nYPNOSE OU SOMMEIL PROVOQUÉ ET SUGGESTION
Quand, par un procédé quelconque, fixation du regard, suggestion ou autres, on endort un sujet bien disposé, l'étal que présente alors ce sujet (hypnose) est essentiellement caractérisé par la suggestibilité : un sujet en hypnose est, par définition, un sujet a qui on peut faire des suggestions.
Seulement je m peux absolument pas accepter la définition de Bernheîm quand il dit que la suggestion est « l'acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui » ou toute idée acceptée par le cerveau. Avec cette définition « toute idée est une suggestion; la suggestion est tout ». Par suite, la suggestion n'est plus rien; il n'j a plus ni hypnotisme, tomme disoul aussi Delbeuf et Hartenberg, ni suggestion.
C'est en m'appuyanl sur les travaux mêmes de Bernheîm que je me sens obligé de combattre celle manière devoir, Car nul
1. Je reviendrai sur cette question, .1 propos des faits psychiques collectifs, aii s '!'.• du ebap. vi,
2. Voir mon livre sur ['Hypnotisme et la Suggestion. Doin, 2' édition, 1904.
n'a mieux établi que lui que la suggestion est quelque chose à part, un phénomène scientifiquement défini, qui doit élre soigneusement distingué de ce qui n'est pas lui. Avant Bernheim, on eût pu confondre clans le même bloc mal analysé la suggestion, la persuasion, l'influence. Depuis Bernheim ce n'est plus permis.
Il y a un hypnotisme. L'hypnose n'est pas le sommeil naturel et a des caractères psychologiques propres et certains symptômes indépendants de toute suggestion. Tout le monde n'est pas hypnotisable et tout le monde dort et, si on peut donner des suggestions vraies à certains dormeurs, c'est à condition de transformer d'abord leur sommeil en hypnose. Pour suggestionner véritablement un sujet en état de veille, il faut d'abord le mettre en hypnose partielle.
L'hypnose et la suggestion sont des phénomènes extraphysiologiques malgré leurs analogies avec certains phénomènes physiologiques. Comme le dit très bien Pierre Janet, on ne doit donc plus « décrire sous le même nom la leçon d'un professeur à ses élèves et les hallucinations provoquées chez une hystérique ». On ne peut pas confondre l'acte par lequel j'essaie de convaincre mon lecteur et l'acte par lequel l'hypnotiseur fait manger un affreux citron à son sujet en lui disant et en lui faisant croire que c'est une pèche exquise.
La suggeslion est si peu toute idée acceptée par le cerveau que, dans la suggestion vraie, l'idée n'est nullement acceptée par le sujet, pas plus qu'elle n'est discutée. Elle est subie', ce qui est tout différent.
Donc, l'hypnose est un état particulier, extraphysiologique, qui a un sens scientifique précis et dont il faut préciser les caractères distinctifs.
Deux éléments sont nécessaires pour constituer l'état de suggestibilité.
C'est d'abord la désagrégation suspolygonale, prouvée par ce fait que le centre 0 du sujet n'a plus d'aclion sur son polygone, les communications centrifuges étant interrompues entre 0 et le polygone. Cet élément, commun à tous les états que nous éludions dans ce chapitre, ne suffit pas à caractériser l'hypnose.
Le second élément constitutif de l'état de suggestibilité est Métal de malléabilité du polygone ;£c' 'est l'obéissance immédiate du polygone au centre 0 du magnétiseur.
Donc, l'étal de suggestibilité est caractérisé par un polygone, émancipé de son 0, obéissant au centre 0 île l'hypnotiseur et gardanl d'ailleurs son activité propre.
Cette conception psychologique île l'hypnose permet de la distinguer, non seulement des influences psj chiques ordinaires sans abdication de 0 du sujet (persuasion, conseil, enseignement...), mais encore du sommeil naturel.
Dans le sommeil, 0 est (comme dans l'hypnose) distrait de sa direction polygonale; il dort; mais la moindre des excitations un peu anormales ou intenses le réveillera et il reprendra le contrôle actif de son polygone. On ne peut pas faire faire des choses bien compliquées à un dormeur ordinaire; on peut simplement diriger ses rêves et encore par des excitations bien superficielles et dans des cas spéciaux. En présence d'un dormeur et d'un hypnotisé, criez : dormez; le premier s'éveillera et le second s'endormira plus profondément.
En tous cas, de cette analyse psychologique on est en droit de conclure que l'hypnose, sommeil provoqué ou état de suggestibilité, est un état extraphysiologique de désagrégation suspolygonale, qui peut par conséquent très bien servir à l'étude de l'activité propre du psychisme inférieur.