DÉFINITION ET IMPORTANCE DE LA PHYSIOLOGIE HUMAINE
Primitivement, la physiologie*, science des fondions de l'être vivant, ne constituait qu'un chapitre, relativement peu important, de la biologie3, science ou ensemble des sciences de l'ôlrc vivant.
On la distinguait notamment de Vanatotnie, science des organes, et de la pathologie, science des maladies : ce dernier terme reste souvent encore, dans le langage actuel, opposé à celui de physiologie.
Ceci est une erreur. Les phénomènes pathologiques correspondent au fonctionnement de l'être vivant comme les phénomènes physiologiques; ils sont de même nature. L'être vivant fonctionne suivant les mêmes lois générales, à l'état normal et à l'état morbide.
De plus, les deux domaines physiologiques de la santé et de la maladie s'éclairent et se complètent mutuellement et il est impossible de connaître le vrai fonctionnement d'un être vivant bien portant sans connaître le fonctionnement de cet être vivant malade.
Ceci est particulièrement vrai quand on envisage la seule physiologie humaine. L'histoire de l'homme malade et l'histoire de l'homme bien portant sont intimement liées; elles sont étroitement solidaires; il y a même des points de soudure tellement intimes qu'on ne peut plus distinguer l'une de l'autre.
Il ne faut donc plus opposer les deux mots physiologie et pathologie] il faut au contraire taire en quelque sorte de la
l. Dans un livre comme celui-ci il m'a paru impossible de donner des indications bibliographiques; nu trouvera ces indications et les documents justificatifs dans mes autres publications, plus spécialement dans mes Centres nerveux (Paris, J.-B. Bailïière) el dans mon Psychisme inférieur (Paris. Chevalier el Rivière), qui se complètent el Forment ensemble comme une Physiopathologie clinique 'lu système nerveux, dont le présent livre est une sorte de résumé pour les étudiants non médecins el pour le grand public lettré.
12. Le mol physiologie (étymologiquemenl science de la nature) a son sens actuel depuis Haller.
:t. Le mol biologie paraît avoir été prononcé, pour la première fois en France, par Lamarck en 1801 .
DÉFINITIONS ET GENERALITES 3
pathologie une subdivision de la physiologie, qui devient la science du fonctionnement de, l'homme sain et malade.
L'anatomie elle-même, réduite à l'examen du cadavre, est stérile; elle ne devient une science que quand on étudie les organes dans leurs rapports avec leurs fonctions. Cela est si vrai que nous verrons la science des fonctions compléter souvent, corriger même parfois, la science des organes.
Et ainsi la physiologie humaine prend l'hégémonie des sciences biologiques de l'homme vivant; elle se confond vraiment avec la biologie humaine.
Une évolution bien remarquable s'est produite à ce point de vue dans les sciences biologiques humaines ou sciences médicales dans le cours du dernier siècle.
La première moitié du xixe siècle peut être appelée Vâge de l'anatomie (normale et pathologique). L'étude de l'anatomie absorbe la meilleure part de l'activité des étudiants en médecine et on n'étudie et on ne classe les maladies que par leur reliquat anatomopalhologique.
C'est l'époque (1820 à 1850) où l'École de Paris est entièrement anatomique et n'a que des railleries pour l'École de Montpellier qui essayait de maintenir et de défendre l'étude de l'homme vivant, pris dans son unité fonctionnelle et non dans sa désagrégation cadavérique.
La révolution qui a fait passer la médecine de l'ère anatomique à l'ère physiologique peut être symbolisée sous les noms de Claude Bernard et de Pasteur.
Le premier montre l'analogie, l'identité, des fonctions normales et des fonctions morbides et établit les grandes méthodes à employer dans cette vaste science de la Physiologie agrandie (Physiopathologie). Le second dégage la maladie de la lésion étroite constatée à l'autopsie et montre dans la maladie la lutte, le conflit de l'homme vivant avec d'autres êtres vivants; il ramène la notion de vie et d'activité propre dans la Pathologie morte de 1830.
Aujourd'hui l'évolution est accomplie et acceptée de tous côtés.
« Que nous voilà loin, disait déjà Peter, de cet aphorisme aussi faux que spécieux : la lésion, c'est la maladie ». « Il est suranné de penser analomiqucment » au lit du malade, dit Lépine. Et Huchard ajoute : « en clinique, il faut, à l'avenir,
4 DÉPINITrONS ET GENERALITES
penser el agir physiologiquement »... El tout le monde se rallie ainsi à la phrase de Claude Bernard : « il n'existe qu'une science en médecine el cette science est la physiologie, appliquée à l'étal sain comme à l'état morbide ».
Si, cent ans après, quelqu'un osait reprendre le litre de l'immortel ouvrage de notre grand Bailliez et publier de « Nouveaux éléments de la Science de l'homme », c'est vraiment un traité de Physio pathologie ou de Physiologie normale et pathologique qu'il devrait écrire.
Donc, pour conclure ce premier paragraphe, la Physiologie est la Science de l'homme vivant bien portant et malade.