Il y a, dil van Biervliet, rappeler cl se rappeler
2. Je ne crois pas d'ailleurs qu'il y ait de vrai trouble hyper pour aucune fonction psychique.
certains cas de fièvre, de troubles circulatoires cérébraux, d'intoxicalion, de manie, est toujours une hypermnésie partielle de reproduction, jamais une hypermnésie Maie de fixation et de conservation. Le sujet ressort ses souvenirs sans en acquérir plus facilement de nouveaux. Et alors le symptôme répond à un trouble de l'association des idées et des images, au moins autant qu'à un trouble de mémoire. De plus, dans ces cas, la mémoire de fixation et de conservation non seulement n'est pas exaltée, mais encore est le plus souvent abolie ou au moins diminuée; c'est-à-dire que l'hypermnésic partielle (de reproduction) est réellement associée à une amnésie partielle (de fixation et de conservation) et rentre plutôt dans le cadre des paramnésics.
Je dirai un mot successivement : des amnésies générales et totales, des amnésies partielles et localisées, des paramnésies.
a. Amnésies générales et totales.
Ces amnésies ' peuvent être plus ou moins complètes, c'est-àdire atteindre plus ou moins profondément tous les genres de mémoire.
A ces amnésies s'applique généralement la loi de régression de Ribot : la destruction progressive descend successivement de l'instable au stable. « Elle commence par les souvenirs récents qui, mal fixés dans les éléments nerveux, rarement répétés et par conséquent faiblement associés avec les autres, représentent l'organisation à son degré le plus faible. Elle finit par cette mémoire sensorielle, instinctive, qui fixée dans l'organisme, devenue une partie de lui-même ou plutôt lui-même, représente l'organisation à son degré le plus fort. »
Les cas (si fréquents) dans lesquels la mémoire persiste (et se ravive même) pour les souvenirs anciens, tandis que les souvenirs récents ont disparu, nous conduisent aux amnésies partielles.
[j. Amnésies partielles et localisées.
L'amnésie est partielle quand elle porte sur une espèce de mémoire : amnésie de fixation, par défaut de pénétration [antivog'rade de Korsakow) ou par défaut de rétention (rétrograde, destructive, des démentiels), amnésie de reproduction ou do
l. Congénitales (idiotie, imbécillité, crétinisme) ou acquises (certains traumatismes), h invasion rapide et à durée courte (épilepsie) ou à marche progressive el chronique (démence).
recollection par défaut d'évocation ou de reviviscence (rétrograde, souvent associée à l'antérograde, dans beaucoup de psychoses aiguës, confusion mentale primitive, psychoses toxiques).
Plus limitée encore, l'amnésie (d'un quelconque de ces types) peut porter plus spécialement ou exclusivement sur un groupe particulier de souvenirs, groupe dans le temps (période donnée de la vie) ou groupe suivant la nature du souvenir (amnésie systématisée des mots, des noms propres, des nombres, des signes...)
Je retiens deux groupes qui méritent une mention spéciale : les amnésies supérieures avec conservation de la mémoire polygonale et les amnésies polygonales et électives.
1° Amnésies supérieures avec conservation de la mémoire polygonale. — Ce sont les malades de la mémoire des neurones psychiques supérieurs, tout à fait comparables aux anesthésiques hystériques dont j'ai parlé plus haut (p. 83).
Ces sujets ont toutes les apparences cliniques des amnésiques généraux du précédent paragraphe quand ils sont à l'état de veille, c'est-à-dire quand ils vivent avec leur psychisme général. Mais quand on peut les observer dans des états (spontanés ou provoqués) de désagrégation suspolygonale, ils diffèrent des précédents en ce qu'alors on retrouve dans leur polygone désagrégé le souvenir qui paraissait totalement disparu de leur cerveau.
Pierre Janct cite une malade qui, interrogée sur le nom de l'interne du service, ne le sait pas. On détourne son attention sur autre chose par une conversation ; on lui glisse un crayon dans la main et on lui souffle d'écrire le nom de l'interne : elle l'écrit.
Une malade de Charcot perd le souvenir de tout ce qui s'est passé, à sa connaissance, depuis six semaines au moins (amnésie rétrograde) et est devenue incapable d'enregistrer désormais dans sa mémoire les faits actuels quels qu'ils soient (amnésie actuelle, rétroantérograde). La nuit, dans son sommeil, elle révèle (rêve parlé) les souvenirs qu'elle paraît avoir perdus ou n'avoir pas enregistrés. La chose est encore plus nette et claire dans l'hypnose.
Ceci peut se produire avec des lésions organiques. Mon malade .et celui de Bernhcim, cités plus haut (p. 78) avaient oublié, en 0, le nom et la topographie des rues de la ville; mais leur mémoire polygonale leur permettait de retrouver leur chemin.
2ù Amnésies polygonales el électives. - Ceci est en quelque sorte le groupe complémentaire du précédent. Il comprend de* sujets chez lesquels la vie psychique inférieure cs1 très troublée, alors que la vie psychique supérieure fonctionne relativement bien.
Pierre Janet l'ait remarquer qu'avec ces amnésies l'hystérique ne devient pas stupide comme il devrait l'être et comme il le serait s'il était amnésique général : l'intelligence supérieure n'est [tas atteinte parce que la mémoire supérieure reste suffisante.
On réalise très bien par suggestion ces amnésies polygonales et on les localise comme on veut (amnésies partielles électives) aux mots, aux noms propres, aux localités, à certaines personnes, à une période donnée de la vie...
Dans tous ces cas il y a plutùtinhibvtion suggestive de la mémoire qu'amnésie vraie. Liégeois a montré qu'avec des subterfuges, en évitant d'aller directement et ouvertement contre la suggestion donnée, on peut faire retrouver au sujet, dans son polygone, les souvenirs que, par ordre, il croyait disparus ou inexistants. C'est-à-dire que, par suggestion, on ne modifie pas la mémoire de fixation, mais la mémoire de rappel et d'évocation — Tout ceci est très important pour la médecine légale de l'hypnotisé témoin.
y. Paramnêsies.
Les erreurs de mémoire sont en général des troubles mentaux véritables. Je citerai comme exemple le « déjà vu » des aliénistes qui est tout à fait différent du « déjà vu » des physiologistes étudié plus haut (p. 101).
Ces malades reconnaissent tout, alors même qu'il est absolument impossible qu'ils aient déjà éprouvé cette môme sensation antérieurement. Un malade d'Arnaud retrouvait, dans sa mémoire, même le souvenir de la locomotive suspendue lors de l'accident de la gare Montparnasse. C'est le ùèlice palingnostique de Mendel, dans lequel « le malade croil reconnaître dans ce qu'il voit pour la première fois, dans un milieu tout à fait nouveau, des objets, des individus, qu'il aurait déjà connus auparavant, un milieu dans lequel il se serait trouvé autrefois ».
Au même groupe appartient le trouble morbide inverse, amnésie de reconnaissance, sensation du » jamais vu »..
Dans les paramnêsies, il faut placer encore les confusions de
localisation des souvenirs (désoricntation) dans le temps et dans l'espace, l'attribution illogique d'un souvenir à un objet ou une personne...
35. — l'imagination, l'association des idées et des images, l'inspiration.
a. L'association et l'imagination. Rôle et activité propre des deux ordres de neurones psychiques.
Claparède ne veut appliquer le mot d'association qu'à l'« association des faits de conscience ». Un des principaux buts de ce paragraphe sera de démontrer l'existence de l'association et de l'imagination dans le domaine de l'inconscient, c'est-à-dire dans les neurones psychiques inférieurs.
Plus que les autres fonctions psychiques déjà étudiées, l'association prouve Vactioité propre des neurones psychiques. Les idées et les images ne s'évoquent pas mutuellement dans des centres passifs : provoqués par une idée ou une image nouvelles ', les centres évoquent dans la mémoire des souvenirs ayant quelque rapport avec l'impression provocatrice; ce sont les centres qui associent, comme ce sont les centres qui font attention et qui se souviennent. La meilleure des preuves en est le rôle que joue la nature propre du sujet dans cette association, soit à l'état normal, soit à l'état pathologique. Les idées et les images ne s'appellent pas mutuellement comme l'aimant attire la limaille... « L'association, dit Hôffding, est une forme particulière de la force unifiante, de l'activité synthétique » qui forme la nature des centres psychiques. Claparède, lui aussi, trouve « franchement insuffisante » l'opinion de Rabier d'après lequel la raison de l'association est dans l'idée antécédente. Il appelle « force d'association » cet élément actif propre, duquel, toutes choses égales d'ailleurs, dépend l'évocation d'une nouvelle idée.
1. Suivant des lois que Hôiïding' ramène à trois : 1° l'association par ressemblance; deux sensations s'appellent : a. quand elles ont été d'abord évoquées ensemble par une seule cause; b. quand il y a entre elles une ressemblance qualitative; c quand il y a entre elles \\i\ rapport, une analogie (métaphores, symboles); 2° l'association de la paiiie au tout (un son évoquant une mélodie); 3° l'assoeiation par contiguïté (d'un joueur à la table verte). Schématiquement, on peut dire qu'il y a deux lois de l'association : la loi de ressemblance et la loi de rapprochement (dans le temps
et dans l'espace).
Dans l'imagination, qui est formée de deux éléments constitua tifs Vobjectivation el la création)^ l'activité propre des neurones psychiques est encore moins discutable el discutée. Tout le monde l'admet sous des noms divers.
b. U association et Vimagination dans les neurones psychiques inférieurs.
J'ai déjà dit plus haut (p. 87) que dans le sommeil on peut diriger les rêves par des impressions extérieures. Dans ces cas il j a bien association d'images par les neurones polygonaux. On approche un fer chaud de la ligure de Maury endormi il rêve des chauffeurs qui mettent des gens à la question en leur plaçant les pieds sur un brasier; de là, il passe à la duchesse d'Abrantès dans les mémoires de laquelle il avait lu des détails sur les chauffeurs, el rêve qu'il est son secrétaire. Dans un autre rêve, il marche sur une routé; route éveille l'idée de kilomètre; de là, il passe à kilogramme et se trouve sur la balance d'un épicier; puis, il arrive à l'île de Gildo, où l'épicier lui dit qu'il se trouve; il voit alors une Heur de lobelie, puis le général Lapez et finit par faire une partie de loto.
Dans la distraction, le polygone associe et imagine; j'ai déjà cité (p. 100) un exemple de la chose dans l'histoire de cet étudiant qui lit Verbascum thapsus là où est écrit Bouillon. C'est la base de la flânerie, de la rêvasserie éveillée et aussi de l'association médiate latente.
Hobbes raconte, dit Claparède, « qu'au milieu d'une conversation sur la guerre civile d'Angleterre, quelqu'un demanda tout à coup combien valait le denier romain ». Le lien inconscient entre ces deux idées était : la guerre civile sous Charles 1", Charles Ier livré par les Écossais pour deux cent, mille livres sterling, Jésus-Christ livré par Judas pour trente deniers.
Dans l'hypnose, le phénomène est plus net et plus riche : un ordre donné est le point de départ d'une série d'actes combinés par l'imagination polygonale du sujet endormi.
Bemheim dit à une ménagère :« levez-vous donc, puisque nous
êtes guérie; faites votre ohm âge ». Aussitôt elle se lève, s'habille
et va à tous les soins complexes du ménage. On suggère à un
sujet qu'elle a un oiseau sur son tablier : elle le voit; l'entend,
le poursuit, le lient... Charles Kichel fait voyager un de ses
malades et immédiatement celui-ci décrit tous les pays traversés jusqu'au lac de Côme ou même au pôle Nord...
Enfin la plus belle et la plus complète manifestation de cette association et de cette imagination polygonales est dans les romans que combinent et racontent les médiums dans leurs transes. J'ai résumé ailleurs (d'après Flournoy) le roman d'Hélène Smith transformée en Marie-Antoinette ,ou transportée sur la planète Mars. De ce dernier roman on peut rapprocher un autre récit martien combiné par un autre médium, Mme Smead. Rien ne démontre, mieux que ces romans, l'étendue et les limites de l'imagination polygonale, de sa force d'objeclivation et de sa puissance d'association.
c. L'imagination créatrice et l'inspiration.
Ribot déclare désigner sous le nom de « facteur inconscient » de l'imagination « ce que le langage ordinaire appelle l'inspiration ». Et, à son exemple, plusieurs auteurs considèrent l'inspiration comme une fonction des neurones psychiques inférieurs.
A l'appui de cette théorie, on cite l'exemple de Tartini composant clans son sommeil la Sonate du diable, Schumann dans les mêmes conditions trouvant le thème en mi bémol majeur, Coleridge deux ou trois cents vers...
Ribot conclut : « l'inspiration ressemble à une dépêche cbilïrée que l'activité inconsciente transmet à l'activité consciente, qui la traduit... Ce qui semble acquis, c'est que la génialité ou du moins la richesse dans l'invention dépend de l'imagination subliminale, non de l'autre, superficielle par nature etpromptement épuisée. Inspiration signitie imagination inconsciente et n'en est même qu'un cas particulier. L'imagination consciente est un appareil de perfectionnement. » Et, comme exemple d'imagination créatrice subliminale, il cite le roman martien du médium Hélène Smith.
Cet exemple même me parait être le meilleur point de départ pour la réfutation de cette théorie.
Le roman royal d'Hélène Smith n'est ni neuf, ni original, ni vraiment créé; il est rempli d'erreurs. La chose est encore plus vraie pour le roman martien que Ribot vise plus particulièrement; la langue martienne, qui en est la meilleure invention et que Flournoy et V. Henry ont si finement anahsée, n'est que « du français déguisé ». « Cet idiome fantaisiste est évidemment
l'œuvre naïve et quelque peu puérile d'une imagination enfantine qui s'est mise en tête de créer une langue nouvelle el qui, tout en donnant à ses êlucubralions des apparences baroques et
inédites, les a coulées sans s'en douter dans les moules accoutumés de la seule langue réelle dont elle eût connaissance. »
Il n'y a donc aucune « inspiration » dans ces romans d'Hélène Smith. « Rien des Mille el une Nuits, des Métamorphoses d'Ovide, des Contes de /ces, ou des Voyages de Gulliver ' ; pas traces d'ogres, de géants ni de véritables sorciers dans tout ce cycle. On dirait l'œuvre d'un jeune écolier à qui on aurait donné pour tâche d'inventer un inonde aussi différent que possible du nôtre, mais réel, et qui s'y serait consciencieusement appliqué, en respectant naturellement les grands cadres accoutumés, hors desquels il ne saurait concevoir l'existence, mais en lâchant la bride à sa fantaisie enfantine sur une foule de points de détail, dans les limites de ce qui lui paraît admissible d'après son étroite et courte expérience. » Cet exemple 2, cité avec raison par Ribot comme une des plus complètes manifestations de l'imagination polygonale, prouve en même temps, mieux que tout autre, que l'élément polygonal n'est pas tout, n'est pas même l'élément principal de la création, de l'inspiration.
Car l'infériorité psychique des conceptions polygonales eu général éclate encore bien plus nettement quand on les étudie ailleurs que dans les transes des médiums.
Toutes les fois que l'imagination polygonale est lâchée, elle est vraiment la« folle du logis », « maîtresse d'erreur ou de fausseté », comme dit Pascal. Rien de bête et d'illogique comme la plupart des rêves. Même dans l'hypnose, très limitées sont les ressources imaginatives d'un sujet que l'on transforme en prédicateur ou en général. Il réalise un Bossuet ou un Napoléon très modestes, souvent ridicules, toujours à la taille de son polygone. « Wundl, après avoir assisté à une séance de spiritisme, se plaint vivement de la dégénérescence qui a atteint, après leur mort, l'esprit des plus grands personnages; car ils ne tiennent plus ipie propos de déments et de galeux»; el Pierre Janet ajoute : « ce serait vraiment à renoncer à la vie future, s'il fallait la passer avec des individus de ce genre. »
I. Rien non plus des si curieiui romans de II. i>. Wells el plus spéciale* ment de ses romans martiens VŒuf de cristal ri la Guerre '/<••-' mond qui, eux, son! écrits avec rentier psychisme île l'auteur.
-. Le roman martien de Mme Smead n'esl pas plus fort.
Donc, malgré l'autorité de ses parrains, la théorie polygonale de l'inspiration me paraît renverser en quelque sorte le rôle respectif des deux psychismes. C'est bien avec leurs neurones psychiques les plus élevés, en 0, que Victor Hugo, Shakespeare, Pasteur ou Rodin, créent leur œuvre, sont « inspirés ». Les neurones psychiques inférieurs, eux, ruminent1; complètent la pensée supérieure et surtout en conçoivent l'expression ou manifestation extérieure. Et ainsi les grandes œuvres littéraires, artistiques ou scientifiques, sont en définitive le produit de l'activité de V 'entier -psychisme.
S'il est vrai que La Fontaine a composé les Deux Pigeons en rêve (Lombroso), il en a ainsi composé l'expression, la versification; mais l'idée était antérieure. De même, Walter Scott se couchait, confiant à son psychisme inférieur une idée à exprimer ou h développer; au réveil, il avait l'expression cherchée (Brierre de Boismont). Michelet, dit Maurice de Flcury, « avait l'habitude de ne se coucher qu'après s'être occupé, au moins un instant, des documents ou des sujets qui devaient faire l'objet de ses études du lendemain. Il comptait sur le travail de la nuit, rêve ou automatisme, pour mûrir les concepts ainsi déposés dans sa conscience »...
Dans cette collaboration des deux psychismes pour la production des œuvres d'inspiration, la part n'est pas toujours facile à faire entre les deux groupes de centres et d'ailleurs varie beaucoup suivant la nature particulière de 1' « inspiré ».
Dans l'œuvre de Pasteur, de Laennec, de Claude Bernard ou de Laplace le rôle de 0 est évidemment absolument prépondérant. Chez les peintres et les musiciens la collaboration du psychisme inférieur doit être bien plus grande- Les poètes se rapprochent des premiers pour la conception et des seconds pour l'expression, dans laquelle la musique et les assonances jouent un si grand rôle. On peut, ce me semble, dire que les associations polygonales sont pour beaucoup dans la composition des vers si connus à'Bernani :