LE ROI
Sortir quand mon sort à ton sort est lié l.
(1. Les tempéraments suivant la force de l'association et de V imagination.
Une association est d'autant plus forte, dit Glapàrède, qu'elle persiste plus longtemps et que son évolution est plus prompte; la force d'une association a donc pour fadeurs : la durée de l'associai ion et la rapidité de son évocation2. C'est en s'appuyant sur ce principe qu'on peut distinguer les sujets à imagination forte et les sujets à imagination faible.
Les premiers sont les grands romanciers et spécialement les auteurs de romans romanesques. Il y a aussi des types partiels d'imagination forte : dans l'un, on objective bien sans beaucoup créer, tels certains peintres; dans l'autre, on crée beaucoup sans objectiver mieux qu'un autre, tels certains savants peu artistes.
1. Je ne commettrai pas l'irrévérence de rapprocher ces vers des suivants dus a un malade de Régis :
On peut tirer en s'amusant Deux sous d'un sel qui lave tout De soude, un sel qui lave tout.
Il faut d'ailleurs se garder de qualifier, avec Nordau, de dégénérés, tous les auteurs dont les œuvres contiennent des enchaînements d'idée ne reposant que sur l'assonance. Comme le remarque Glapàrède, les associations par assonance, quand elles sont voulues ou du moins acceptées par le psychisme supérieur de l'auteur, ne prouvent pas l'affaiblissement mental.
2. On trouvera dans le livre de Glapàrède toute une série de méthodes pour mesurer cette force de l'association chez un sujet donné. — On a voulu aussi établir ces types physiologiques, non plus seulement par la quantité ou la force de leurs associations, mais par leur qualité et séparer les sujets en trois catégories différentes suivant qu'au mot œil par exemple ils associeraient visage, nez ou pupille (Munsterberg), c'est-à-dire le contenant, le voisin OU le contenu. Avec Claparcilc, on peut considérer cette méthode comme bien théorique el réellement peu utilisable en psychologie individuelle. Certaines circonstances peuvent d'ailleurs modifier le type normal d'association chez un sujet. Telles sont : la l'aligne (expériences d'Aschalïenburg) et la faim (expériences de Weygandt) qui Semblent remplacer les
associations supérieures par des associations inférieures, automatiques ou polygonales (associations d'habitude, par assonance). L'alcool agirai! dans
le même sens (expériences de Kraepelin) el développerait le> associations
d'idées stéréotypées el les associations verbales.
Dans ces types à imagination forte on peut encore distinguer : ceux dont l'imagination est mobile et instable (fantasques) et ceux dont l'imagination est tout entière orientée dans un unique sens donné par une pensée ou une émotion, autour de laquelle l'entier psychisme cristallise (comme nous l'avons dit déjà pour l'attention).
Les seconds peuvent être faibles pour l'objectivation et pour la création ou seulement pour l'une de ces deux fonctions. Avec Ribot, on peut rattacher à ce groupe : 1° les esprits positifs ou réalistes, qu'ils soient bornés et terre à terre ou énergiques et hommes d'action; 2° les esprits abstraits, mathématiciens ou métaphysiciens purs.
Enfin, ici comme pour toutes les autres fonctions psychiques il faut distinguer les équilibrés et ceux chez lesquels prédomine soit l'imagination supérieure soit l'imagination polygonale. En général, les très équilibrés sont des médiocres, tout au plus des talents. Les grands supérieurs, les génies sont déséquilibrés : ils ont une grande prédominance d'une partie de leur psychisme, tout en restant physiologiques.
Comme je l'ai déjà indiqué, ces divers tempéraments interviennent naturellement dans le mécanisme de l'inspiration chez les divers sujets.
D'après François Clément, Nietzsche serait un des plus grands imaginatifs polygonaux du xixe siècle. Tels apparaissent encore Mme Rachilde et Camille Mauclair quand ils disent, la première : « je me demandais souvent si je n'existais pas sous deux formes, ma personnalité vivante et ma personnalité rêvante »; et le second : « j'écris vite, sans jamais m'arrêter, presque comme un télégraphiste qui enregistre une dépêche... c'est évidemment d'une façon analogue que naissent les images du rêve et les paroles que prononcent les dormeurs, jusqu'à s'éveiller par leur propre voix ».
C'est au contraire dans son 0 que Mozart est inspiré quand il dit : « vous me demandez comment je travaille et comment je compose les grands et importants sujets. Je ne puis en vérité vous dire plus que ce qui suit; car je n'en sais pas moi-même plus long et ne peux trouver autre chose. Quand je me sens bien et que je suis de bonne humeur, soit que je voyage en voilure ou que je me promène après un bon repas, ou dans la nuit quand je ne puis dormir, les pensées me viennent en foule et le plus aisément du monde. »
grasset. — Introduction. 8
e. Pathologie.
a. Troubles il iras para et hypo.
Chez certains sujets, l'association se l'ait sans règle, paradoxale, étrange, inintelligible. Chez un malade de Sommer, clair-bleu, foncé-vert, blanc-brun, noir-bonjour, etc. filiez une idiote, le même auteur a vu l'association se faire par synonymie (ressemblance extrême) : solide-dur, chaud-brûlant ; ou par contraste (ressemblance renversée) : clair- foncé, dur-mou.
D'autres font des associations rapides, courtes, basées sur des caractères secondaires, souvent même des mots ou des assonances '. Tels sont les vers d'un malade de Regnard :
Aiaguan! à mou souhait, médecin magnanime. Adore de mon sort la force qui t'anime1. Admirant son crâne .. autre renard de Phèdre Nargue Legrand du Saulle et sois un grand du Cèdre.
Dans ces cas, l'activité psychique supérieure est envahie et remplacée par l'hyperimagination maladive du polygone (oowaffta) : les « créations folles » envahissent, suivant les sujets « la vie pratique, religieuse, mystique, la poésie, les beaux-arts elles sciences, les projets industriels, commerciaux, mécaniques, militaires, les plans de réforme sociale el politique » (Ribot).
Ces divers malades sont des expensifs, des extériorisés. Dans le type inverse (absorbés ou concentrés) chez les obsédés, les hallucinés, les mélancoliques, on constate l'affaiblissement du pouvoir d'évocation et la conservation ou l'accroissement de la durée de la représentation. — Cet affaiblissement peut aller jusqu'à l'anéantissement de la faculté d'association (déments, imbéciles, débiles).
p. Hallucination.
L'hallucination est un trouble partiel el localisé' de L'imagination.
Seglas et beaucoup d'aliénistes font plutôt de l'hallucination un trouble de la perception. Je crois que, dans l'hallucination, l'élément « objeclivation » d'un objet imaginaire est le [dus important; c'est lui qui détermine la perception de cet objet Imaginaire comme s il était réel. Pour qu'il > ait hallucination,