Voir la note I de la p
il faut que la force cTobjectivation (phénomène d'imagination) soit telle que les neurones percepteurs admettent l'existence réelle et extérieure de cet objet de leur perception.
Le plus souvent c'est dans 0 que se constitue l'hallucination (phénomène ordinairement mental). On connaît cependant aussi des hallucinations qui se forment complètement dans le polygone désagrégé, sont perçues par lui et ne le dépassent pas : ainsi dans l'hypnose et dans les transes des médiums; encore mieux dans lacristallomancie où l'hallucination est toute entière polygonale et spontanée.
L'image vue dans le cristal (voir plus haut p. 74) peut prendre une fixité et une objectivité remarquables. Certaines personnes « s'éloignent même de la boule pour aller chercher une loupe; à leur retour, elles retrouvent le même spectacle, le regardent avec la loupe et voient les images se développer et les détails apparaître de plus en plus nets... J'ai même vu une personne, continue Pierre Janet, qui pouvait faire sortir ces images de la boule, les objectiver sur un papier et suivre sur ce papier avec un crayon le dessin de son hallucination ».
Le trouble de l'imagination est bien plus net et plus morbide que le trouble de la perception. Mais il est nécessaire d'ajouter qu'il faut aussi une grande faiblesse d'intelligence pour que l'hallucination se constitue. Quand ce dernier élément est très marqué, l'hallucination « revêt toutes les allures d'un véritable délire, dans le sens le plus général du mot » (Scglas). Il y a done toujours un peu de « faux jugement » dans l'hallucination, sans qu'il faille confondre l'hallucination avec le faux jugement, pas plus qu'avec l'illusion '.
En somme, comme la plupart des symptômes psychiques, l'hallucination est un phénomène complexe dans lequel il y a un élément de sensation (ou d'impression) et un élément de perception; mais le trouble intermédiaire de l'imagination semble être le principal et le plus caractéristique.
y. Rapports du génie et de lanévrose.
D'après certains auteurs, je devrais placer le génie et la supériorité intellectuelle ici, dans la pathologie de l'imagination, « Les hommes ordinaires sont les seuls qui jouissent toujours
1. Quoique h' plu- souveal une certaine impression puisse être considérée comme ayant évoqué l'image hallucinatoire.
d'une saule oormale », dit Tchékhov dans le Moine noir. Diderot avait déjà dit : « oh! que le génie et la folie se touchent de bien près. »
Moreau de Tours formule le premier la doctrine médicale : « le génie, c'est-à-dire la plus haute expression, le ncc plus ultra de l'activité intellectuelle, une névrose! Pourquoi non? On peut très bien, ce nous semble, accepter cette définition. » Tout en apportant des restrictions au mot névrose1, il proclame nettement la « nature morbide » du génie. Lombroso précise encore : le génie est une névrose particulière; c'est de l'épilcpsie. La « création géniale » est « une forme de psychose dégénérative appartenant à la famille des épilepsies ».
Je crois que c'est là une conception erronée au point de vue physiologique.
En réalité les faits sont nombreux qui prouvent que les supérieurs intellectuels sont souvent des névrosés, voire même des psychonévrosés, ou ils ont des maladies organiques des centres nerveux ou une hérédité névropathique plus ou moins chargée '2. On peut même dire que, chez beaucoup, aux mêmes périodes de leur existence on peut constater les signes du génie et les signes de la psychonévrose 3. Mais ce n'est pas avec les mêmes neurones psychiques que le supérieur fait acte de génie et acte de maladie 4.
La névrose n'est ni la cause ni la conséquence (Réveillé Parise) du génie. Il ne faut cependant pas dire non plus que la coexistence, si fréquente, de la névrose et du génie soit purement fortuite et accidentelle; il ne faut pas croire résoudre le problème en disant avec Henri Joly que « chez tout le monde la tête peut devenir malade comme le cœur ou les intestins » et que certains supérieurs deviennent fous comme d'autres ont îles « lluxions de poitrine ».
1. Il ne l'.'iul pas, dit-il, attacher au mot « névrose un sens aussi absolu que lorsqu'il s'agit de modalités différentes des organes oerveux ■■; il faut en faire •• simplement le synonyme d'exaltation (nous ne disons pas trouble) des facultés intellectuelles ■•.
2. Voir le chapitre iv (p. 134) de mes Demifous et demiresponsables.
■'!. « Dans ses deux dernières années, dit Jules l.emaitre en parlant de Jean-Jacques Rousseau; dans ses deux dernières années, c'est-à-dire au temps
nu il donnai) les signes les plus évidents de folie, il écrivait les di\ chapitres îles RéverieqtTun promeneur solitaire, c'est-à-dire le plus beau (avec les Confessions), le plus original, le plus immortellemenl jeune de sc~ livres ■ (p. 328).
4. Quand Pasteur a découvert le remède de la rage, il avait eu une paralysie par lésion cérébrale organique.
En réalité, on ne doit pas contester que le tempérament nerveux très marqué, l'état névropathique, héréditaire ou acquis, se retrouvent à la fois chez les supérieurs et chez les névrosés, forment le lien entre la supériorité intellectuelle et la névrose. De cette racine et de ce tronc uniques sortent des branches de vigueur et d'aspect bien différents : l'une rabougrie et maladive (c'est la névrose), l'autre d'une magnifique et vigoureuse frondaison (c'est le génie).
La conclusion est que le génie et la supériorité intellectuelle ne sont pas des maladies à combattre et à guérir. Il eût été bien ridicule de vouloir guérir Pascal de son génie, qui n'était pas une maladie. Mais, si on avait pu le guérir de sa névrose, son génie n'y aurait rien perdu, au contraire. Car, comme dit Féré, « la névropathie n'est pas indispensable au génie 1 ». Si on avait pu guérir ou prévenir la folie de Guy de Maupassant, on aurait certainement multiplié le nombre de ses chefs-d'œuvre.
Donc, le génie n'est pas une névrose; la névrose est plutôt la rançon du génie. La névrose n'est pas la cause de la supériorité intellectuelle; elle en est trop fréquemment la plaie, la complication, l'obstacle.