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LA VOLONTÉ

a. Physiologie.

Dans ce paragraphe sont compris les actes psychiques de décision et les actes psychiques d'extériorisation de la décision (passage à l'acte moteur). La subtilité n'est qu'apparente dans cette distinction. Ce qui en prouve la légitimité c'est que la décision peut s'exprimer par une abstention ou une inhibition, ne s'extérioriser par rien de positif et d'apparent, c'est aussi que la pathologie des deux groupes est différente.

Déjà dans le premier « moment » du processus volitif (décision) l'activité propre des neurones psychiques s'affirme par des actes successifs : on réunit les idées et les images susceptibles de devenir des motifs et des mobiles, on les compare, on les hiérarchise, on juge leur valeur respective, on les classe suivant l'influence qu'elles doivent exercer sur la conduite et enfin on veut •. ce dernier acte est bien vraiment un processus actif, une manifestation de l'activité propre des neurones psychiques.

On ne doit donc pas dire : la science a déclaré « que volonté n'est désormais qu'un mot vide de sens et elle ne reconnaît comme pourvues de caractères positifs, comme susceptibles d'analyse, que les volitions ». Il faut admettre, comme cause des actes volitifs, quelque chose d'actif, un centre qui veut. « Malgré tous nos efforts, dit Dallemagne, la plus éclatante des caractéristiques de la volition sera toujours le sentiment intime qui rapporte à notre moi l'acte, quel qu'il soit, qui caractérise la volition. » El Paulhau : « la volonté est une forme, un cas spécial de notre activité... l'esprit crée la volition ». De même,

i -22 LES GRANDES FONCTIONS PSYCHIQUES

Kiltoi définit la volonté une « réaction individuelle » et déclare nuo « par rapport aux volitions, elle (la volonté) est une cause1 ».

Dans le deuxième « moment » du processus volitif la décision est extériorisée sous tonne d'acte moteur.

llihol classe les idées en trois groupes suivant que leur tendance à se transformer en acle est forte, modérée ou faillie et même, en un certain sens, nulle. Le premier groupe comprend les états intellectuels extrêmement intenses, les idées « qui nous touchent », qui s'accompagnent de phénomènes sensitifs (idées avec émotion, passion); dans le deuxième groupe sont les niées courantes, ordinaires, à action extériorisante moyenne; le troisième (action extériorisante minima) comprend les idées abstraites.

Ce qui revient à dire que les impulsions les plus fortes viennent du psychisme inférieur, les moyennes des deux psychismes unis et. les plus faibles du psychisme supérieur. La décision, une fois prise en 0, passe par le polygone pour l'exécution ; le psychisme polygonal est ainsi bien plus près de l'acte moteur que le psychisme supérieur. Paulhan a très bien fait ressortir ce rôle de l'automatisme dans l'exécution. Il montre que la délibération et la décision se distinguent de l'automatisme, tandis que, « dans l'exécution, l'automatisme reprend le dessus ». « Une fois que j'ai décidé » en 0 « de sortir de chez moi, je suppose, le reste s'en suit à peu près spontanément... Sans presque y penser, sans nouvel acte de volonté, je passe mon pardessus, je mets mon chapeau, je regarde le temps pour savoir si je dois prendre un parapluie, j'ouvre la porte, je la referme et je descends mon escalier. Une fois la décision prise, fous ces phénomènes s'easuivent automatiquement » dans le polygone « comme sa conséquence logique et, je peux le dire, comme sa conclusion organique ».

On arrive ainsi à cette notion qu'il y a une volonté polygonale, que la conscience n'est pas un élément constitutif nécessaire de l'acte volilif. « Je pense, dit encore Paulhan, (pie la volilion... peut exister sans que nous le sachions bien nettement. »

Cette volonté polygonale apparaît très nette dans les états de

1. Il faut reconnaître qu'ailleurs Ri bol atténue beaucoup nette idée : • la volition n'est donc pour nous qu'un simple fiai de conscience. De plus, elle n'est lu cause de rien, » J'adopte plutôt l'opinion de Paulban : « Je pense que la volition est autre chose qu'un étal de conscience... elle es! une synthèse d'éléments divers et, comme telle, elle peut être active et efficace. •

désagrégation suspolygonale. Ainsi, dans l'hypnose, certains sujets, réduits à leur activité polygonale, résistent parfois à certaines suggestions : les centres psychiques inférieurs puisent dans les dépôts de l'hérédité, de l'éducation, etc., la force d'inhiber certaines injonctions. De même, le médium en transe manifeste parfois de véritables voli lions...

De plus, le psychisme inférieur exerce souvent une influence décisive sur certains actes de 0. C'est ce qui arrive dans les suggestions posthypnotiques à plus ou moins longue échéance, dans l'exécution volontaire d'actes inspirés en distraction ou d'actes habituels ou passionels...

Au point de vue du langage, il vaut peut-être mieux convenir que la volonté sans épithète veut dire la volonté responsable du moi supérieur, tandis qu'on ajoutera toujours l'adjectif « inférieur » quand il s'agira des volitions polygonales.

b. Tempéraments.

Suivant leur caractère, leur elhos, les hommes peuvent être divisés en sujets à volonté faible, forte ou moyenne, avec cette remarque générale que le rôle habituel du polygone est en rapport inverse de la force de volonté supérieure.

Les faibles (enfants, femmes, foules) sont des sujets à grosse influence polygonale, se laissant gouverner par leurs instincts et leurs passions : volonté instable, changeante, fluctuante, capricieuse; irrésolus et timides; très influencés parles circonstance extérieures.

Les forts sont à volonté stable, ont de la suite dans les décisions, réalisent de grandes choses; ce sont plutôt des bergers ou des meneurs que des grégaires. La force de volonté doit être à la fois expressive et inhibitrice. Dans les grands actifs Ribot cite César, Michel-Ange et saint Vincent de Paul et dans les grands volontaires d'arrêt, les stoïciens historiques, Epictèle et Thraseas.

Les moyens, qui n'ont pas besoin de définition, oscillent souvent (Ribot) d'une période à volonté forte a une période à volonté faible.

Il ne faut pas confondre les têtus avec les sujets à volonté forte. Ceux-ci sont des supérieurs intellectuels; car il n'y a pas de bonne volition sans bon jugement et sans bon raisonnement. Le têtu est au contraire ordinairement de faible intelligence, à

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courte vue; il veut avec ténacité, mais il ne sait pas toujours ce qu'il veut...

Pour la force d'extériorisation, il y a •. 1° le froid, réservé, enfermé; 2° Pexpansif, gesticulateur, méridional. La force d'extériorisation polygonale fait les médiums et les hypnolisables actifs.

c. Pathologie.

a. Troubles hypo. Aboulies.

Au degré léger, ce sont les caprices, l'indécision, l'irrésolution, le caractère de l'hystérique : hésitant, indécis, irrésolu, inattentif, léger, lent, paresseux ; avec exaltation de l'activité automatique.

L'aboulie (neurasthénie, hystérie, psyehasthénie) est : 1° systématisée, « portant sur un acte particulier ou un système d'actes spéciaux »; 2° localisée, momentanée, périodique (groupe peu précis); 3° générale.

L'aboulie, symptôme du psychisme supérieur, coïncide (Pierre Janet) avec : 1° la conservation des actes anciens (devenus polygonaux); 2" la perte des actes nouveaux (0); 3° la conservation des actes subconscients et la perte de la perception personnelle des actes.

Au degré le plus élevé, la volonté et la spontanéité polygonales peuvent être, elles-mêmes, diminuées (sujets réduits à l'imitation et à la reproduction des attitudes, des actes ou des paroles : stéréotypie) ou abolies (chloroformisés, comateux, stupides).

Il faut distinguer l'aboulie de volition (les sujets ne veulent pas) et l'aboulie d'exécution (les sujets ne peuvent pas). Dans cette dernière, ditGuislain, les malades « savent vouloir intérieurement, mentalement, selon les exigences de la raison. Ils peuvent éprouver le désir de faire; mais ils sont impuissants à faire convenablement... le je veux ne se transforme pas en volonté impulsive, en détermination active ».

Dans certains cas d'aboulie polygonale d'extériorisation les actes ne peuvent être accomplis que quand ils sont constamment provoqués et entretenus par une excitation sensorielle actuelle, la vue par exemple. Ces sujets feront des mouvements tant qu'ils verront leur membre et en seront incapables quand il ne le verront plus (syndrome de Laségue). De là, des paralysies nocturnes que Briquet a vu traiter par la quinine à cause de leur

périodicité. Je reviendrai sur ces faits à propos des troubles du sens kinesthésique (troisième partie, chapitre xra).

fï Troubles para. Obsessions et impulsions.

Dans Yobsession, il y a certainement une idée fixe, qui est pour Weslphal le symptôme principal, et une émotion, base du délire émotif de Morel. Mais il faut, en outre, que ces deux éléments agissent sur la volition, sur la délibération et le jugement des motifs qui précèdent la décision. Ce qui caractérise vraiment l'obsédé, c'est le trouble de la fonction de hiérarchisation des motifs. L'obsession n'est constituée que quand l'idée fixe a pris sur la volonté du sujet un empire injuste et immérité, incoercible, irrésistible, disproportionné, insensé. L'obsession est bien vraiment un trouble de la volonté (Arnaud).

Les obsédés peuvent d'ailleurs (Pitres) avoir en même temps une « volonté très ferme » pour certaines choses; c'est pour cela que j'en fais des parabouliques et non des abouliques.

Régis définit Yimpulsion « une tendance irrésistible à l'accomplissement d'un acte ». C'est un trouble, non de la motilité (l'acte moteur est l'aboutissant de l'impulsion), mais du processus psychique d'exécution ou d'extériorisation de l'idée : il est caractérisé par un motif violent, impératif, doué d'une extrême force d'extériorisation, qui vient se substituer à tous les autres, les remplacer tous.

Le caractère brusque et impératif de l'impulsion supprime la délibération et raccourcit l'acte psychique de la décision. Et ainsi à son degré le plus grave (chez les épileptiques par exemple), « l'acte a tous les caractères d'un phénomène purement réflexe ' qui se produit fatalement sans connivence aucune de la volonté » (Foville).

Les agitations et les manies mentales constituent les formes inférieures et diffuses de la paraboulie d'extériorisation (dont l'impulsion morbide est la forme élevée et localisée).

Il y a enfin des paraboulies d'arrêt, formes de négativisme, d'obstruction (Sperrung de Kracpelin), sorte d'interférence psychique (Paulhan)... Dans les cas graves (démence précoce, catatonie) ce négativisme aboutit à l'immobilité, l'inertie, le mutisme et le refus d'aliments.

1. Pilres et Ré^is ont défini l'impulsion morbide : « la tendance impérieuse et souvent même irrésistible nu retour vers le pur réflexe, dans le domaine de l'activité volontaire »; et Dallemagne : <• l'impulsion est, à sa façon, une sorte de réflexe cortical ».

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