Troubles du psychisme individuel dans lis collectif itéa
PONCTIONS PSYCHIQUES SPECIALES 127
40. Les fonctions psychiques relatives à la conservation et à l 'accroissement de la vie de l'espèce.
a. Physiologie.
a. Actes psychiques relatifs à la vie sexuelle.
S. Actes psychiques relatifs à la vie familiale. 6. Tempéraments.
c. Pathologie.
a. Troubles des actes psychiques relatifs à la vie sexuelle. 1" Troubles hypo. Hypdphilisme. Anaphrodisie. Horreur
sexuelle.
2" Troubles para. Hyperesthésie sexuelle, perversions
sexuelles, inversion sexuelle.
p. Troubles des actes psychiques relatifs à la vie familiale.
Au lieu d'étudier chaque fonction psychique prise à part et en soi, nous allons les envisager dans leur ensemble, suivant qu'elles servent à la conservation et à l'accroissement de la vie individuelle, à la conservation et à l'accroissement de la vie sociale, à la conservation et à l'accroissement de la vie de l'espèce.
38. — LES FONCTIONS PSYCHIQUES RELATIVES A LA CONSERVATION ET A L'ACCROISSEMENT DE LA VIE INDIVIDUELLE.
a. Physiologie.
Nous envisagerons successivement : les perceptions (sensations et émotions), les idées et les volitions que chacun a de ou pour soi et de ou pour sa vie.
a. Les perceptions que chacun a de soi et de sa vie. Cénesthé>ie.
« On a donné le nom de cënesthésie, sens de l'existence, au sentiment que nous avons de l'existence de notre corps, sentiment qui, à l'état normal, s'accompagne d'un certain bien-être » (Séglas). Cette conscience du moi physique comprend toutes les sensations endogènes que nous avons de notre corps et de ses organes.
La plupart des impressions centripètes, venues des diverses parties de notre corps, ne dépassent pas en général, en état de santé, les neurones des réllexes et de l'automatisme, mais la maladie les fait souvent parvenir à la conscience. Même à l'état physiologique, leur exagération en fait percevoir un certain nombre par 0; tels sont la faim, la soif, les besoins d'évacua-
128 PONCTIONS PSYCHIQUES SPÉCIALES
lion... toute la kinesthésie que nous retrouverons plus loin (troisième pailir, chapitre xm).
Ailleurs aussi (troisième partie, chapitre xi) nous retrouverons les émotions cénesthésiques : émotions de joie et d'attraction en présence <le tout ce qui accroît notre vie physique ou psychique, émotions de tristesse et de répulsion en présence de tout ce qui diminue notre vie psychique ou physique; affection, admiration, émotion esthétique d'un côté; horreur, peur, de l'autre...
[i. Les idées que chacun a de soi et de sa vie. Idée du moi et de la personnalité.
La cénesthésie est une source importante de sensations pour la constitution de Vidée du moi, mais ce n'est pas la seule. L'idée du moi complet (psychique et physique) se constitue avec des faits de conscience comme avec des impressions cénesthésiques.
Nous avons tous l'idée très nette de Y unité du moi total.
Hume avait dit que les hommes « ne sont autre chose que des assemblages ou collections de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité et sont dans un état de flux et de mouvement perpétuel ». Hoffding lui répond qu'il « néglige le lien intérieur de ces éléments, qui précisément leur permet d'être les éléments d'une seule et même conscience et non de plusieurs ».
Cette unité, sentie et réelle, du moi n'exclut en rien la complexité de l'individu. Unité n'est pas synomyme de simplicité.
L'idée du moi total, ainsi compris, est l'idée de personnalité. Chacun de nous n'est pas seulement un individu physique, c'est une personne, un individu humain avec son entier psychisme. Ce moi physiologique est conscient : c'est une idée de 0.
y. Les volitions que chacun a pour soi et pour sa vie. Les impressions et les idées que chacun a de soi sont le naturel point de départ d'une série de volitions conservatrices et défensives du moi : volonté de vivre et d'accroître sa vie et, dans ce but, de s'adapter au milieu, d'y éviter les éléments nuisibles ou d'en pallier les effets fâcheux, de chercher les éléments utiles ou d'en amplifier les heureux effets.
b. Tempéraments.
A chacun des éléments psychiques précédents ^a p y) correspond un groupe particulier de tempéraments.
a. Pour la céneslhésie, il y a le sujet qui s'occupe beaucoup de son corps, fait grande attention h ses sensations organiques, les analyse, les développe, leur subordonne sa vie — et celui qui au contraire n'en tient aucun compte et qui, dans la vie ordinaire, ne sait même pas s'il a un corps.
,3. Le sujet qui a une forte idée de soi est l'égoïste sous toutes ses formes et à tous ses degrés, l'individualiste, personnel, qui ne se laisse pas diriger, prend de l'influence, est autoritaire, vaniteux, orgueilleux; c'est un berger. — Celui qui a une idée faible de soi est au contraire un grégaire, un malléable, un modeste, un humble, un timide, souvent un altruiste.
Il y a aussi des types physiologiques plus complexes, d'apparence contradictoire : tel l'orgueilleux timide, qui, rebuté par la vie d'extériorisation, se replie sur lui-même et devient individualiste, égoliste et égocentriste. Ce sont là de faux timides qui ont, en réalité, une forte idée d'eux-mêmes. Le dilettante, lui aussi, a une forte idée de soi, mais sans timidité, même apparente.
C'est encore aux types basés sur la force et la nature de l'idée de soi qu'il faut rattacher le poseur, le guindé, le sujet aux altitudes factices, fausses et théâtrales... quand elles sont sincères.
y. Quant à la volonté de vivre, les forts sont ambitieux, énergiques, autoritaires; ils ne s'abandonnent pas devant l'adversité, organisent la défense. — Les faibles sont lâches, paresseux, reculant devant les difficultés, indécis, scrupuleux.
Si le type est exagéré, le fort devient peu scrupuleux, égoïste, méprise les conventions sociales et les lois pour arriver à ses fins personnelles : c'est l'arriviste.
c. Pathologie.
■j.. Troubla de la cénesthésie.
1° Phénomènes autoscopiques. — Au polygone désagrégé dans le sommeil se révèlent parfois, avec une particulière force, certaines sensations cénestliésiques qui donnent au rêve l'apparence divinatoire ou prémonitoire. La chose est plus nette dans l'hypnose (Sollier). Comar et Sollier ont décrit chez certains hystériques la possibilité de sentir et de se représenter certains de leurs organes (autoscopie interne).
Dans d'autres cas, le sujet se représente son corps entier et l'objective ; il le voit devant lui (autoscopie externe). C'est l'hallucination décrite par Alfred de Musset dans la Nuit de décembre
grasset. — Introduction. 9
et qu'il éprouvait lui-môme, comme l'a décrit George Sand dans Elle et Lui.
Sollier distingue trois formes d'autoscopie externe: 1.1'auloscopie spéculaire : le fantôme est identique au sujet; 2. l'autoscopie dissemblable (deutéroscopie de Brierre de Boismonl) : le fantôme est différent du sujet dans ses attributs externes, mais identique à lui moralement; 3. l'autoscopie cénesthésique : le double est seulement senti, mais non vu, et reconnu identique au sujet.
Sollier décrit enfin, sous le nom d'autoscopie négative, les cas dans lesquels le sujet, se regardant dans une glace, ne s'y voit pas.
2° Fausses sensations de. maladie. Hypocondrie. — L'hypocondrie n'est pas la peur de la maladie (pathophobie); c'est un trouble de la cénesthésie : le sujet se sent malade, quoiqu'il ne le soit pas. C'est une illusion de la cénesthésie : le sujet interprèle mal des sensations endogènes vraies. Voilà l'élément essentiel de l'hypocondrie qui, dans les formes graves, se complique d'émotion (phobie hypocondriaque) et même d'idée délirante (folie hypocondriaque^.
3° Mécontentement et contentement exagéré (euphorie) du moi physique. — Certains psychasthéniques sont des timides de la santé, mécontents d'eux-mêmes, se sentent mal à l'aise; cela peut aller (Pierre Janet) jusqu'à l'obsession de la honte du corps avec angoisse.
L'euphorie est au contraire le contentement exagéré du moi physique (Y optimisme étant plutôt le contentement exagéré du moi personnel total).
Ces troubles cénesthésiques se compliquent le plus souvent d'émotion : le mécontent de soi est triste et l'euphorique gai.
4° Autres troubles cénesthésiques. — Seglas résume ainsi les troubles de Yinstinct de nutrition.
l Augmenté ■■ voracité, boulimie, mérycisme. Instincl \ Diminué: anorexie, sitiophobio; manie du jeûne.
île .' Perverti : préférence ou répugnance pour certains aliments ou liquides, nutrition. / dipsomanie, etc. Ingestion Uo substances diverses non alimentaires ( géophagie, scatophagie, etc.
La fonction kinesthésique peut aussi être le point de départ de symptômes du même groupe. Certains malades « jouissenl
avec délices de la légèreté de leur corps, se sentent suspendus en l'air, croient pouvoir voler ; ou bien ils ont un sentiment de pesanteur dans tout le corps, dans quelques membres, dans un seul membre, qui paraît volumineux et lourd »; ou bien le malade « se sent beaucoup plus petit ou beaucoup plus grand que dans la réalité » (Ribot) ou sent ses bras plus courts ou plus longs qu'ils ne sont...
[$. Maltdies de la personnalité.
1° Troubles de Vidée du moi. — Uégoisme et la timidité, dont j'ai parlé aux tempéraments, peuvent devenir morbides.
L'optimisme (idée beureuse du moi entier, pbysique et psychique) conduit aux idées de grandeur que Seglas divise en : 1° idées de satisfaction, de capacité, de force, de puissance, de richesse; 2° idées orgueilleuses, idées de grandeur proprement dites, idées ambitieuses.
Le mécontentement de soi conduit aux idées d'amoindrissement et aux idées de négation, partielle ou totale, du moi. Les négateurs perdent tout d'abord ce que Wernicke appelle l'orientation autopsycbique (notion de leur propre personnalité) et allopsychique (notion du monde extérieur).
Des idées de négation peuvent être rapproebées les idées de transformation du corps (délire métabolique) en verre, en bois, en caoutchouc, en animal (zoanthropie), en loup (lycanthropie) — les idées ù'énormilé (Cotard) des immortels...
Il suffit que le mental cherche à interpréter ces idées tristes de négation ou de transformation de soi, qu'il leur attribue une origine extérieure, pour arriver aux idées de persécution. A côté des persécutés vrais qui attribuent leur persécution à une cause extérieure, il v a aussi les persécutés autoaccusateurs. Aux idées de persécution étrangère s'ajoutent facilement et naturellement des idées de défense passive (Seglas) : le malade est convaincu qu'à côté d'individus qui le poursuivent, il en existe d'autres qui le défendent.
2° Troubles de Vidée de personnalité. — H y a de vraies maladies de la personnalité par trouble de l'idée supérieure de soi.
Il se forme (Morselli et Seglas) « un moi nouveau ayant avec l'ancien des rapports : a. de substitution (délire métabolique), [i. d'alternance 'double conscience), y. de coexistence (dédouble-
132 PONCTIONS PSYCHIQUES SPÉCIALES
nient, délire de possession) ». Ce sont à peu près les trois types de Ribol : aliénation de la personnalité, alternance de deux personnalités, substitution d'une personnalité à l'ancienne qui ne disparaît pas (l'empereur qui avoue être manouvrier).
Enfin il faut joindre à ces troubles \n faiblesse ou l'affaiblissement de la notion de personnalité.
Il y ^.régression de la personnalité quand le trouble reproduit la personnalité du sujet à une époque antérieure de son existence.
La personnalité polygonale peut participer à la maladie : quand 0 s'affaiblit, c'est une personnalité polygonale qui apparaît, coexiste avec la personnalité vraie, alterne avec elle, se substitue à elle ou s'affaiblit avec elle.
L'histoire de ces personnalités polygonales pathologiques est éclairée par les transformations de personnalité observées dans les états de désagrégation suspolygonale : dans l'hypnose, on transforme par suggestion le sujet endormi en archevêque ou en général et il parle et vit ce rôle d'archevêque ou de général (comme son polygone le conçoit). Dans l'hystérie, il y a des dédoublements curieux dont la malade d'Azam (Félida) est restée un exemple célèbre. Les médiums subissent des transformations du même genre...
Pour concilier tous ces phénomènes de dédoublement, de multiplicité, de transformation avec les idées d'unité, d'indivisibilité, d'immutabilité qui semblent inséparables de la notion de personnalité, il faut rappeler qu'il n'y a, chez chacun, qu'une personnalité une et indivisible, c'est celle de 0 ou du psychisme entier. Au-dessous, le polygone forme une individualité inférieure, suffisante pour faire certaines personnalités anormales ou morbides.
Dans les états extraphysiologiques de désagrégation suspolygonale et dans certaines maladies de 0, l'individualité polygonale (ordinairement dissimulée) apparaît, à côté, à la place ou au-dessus de la personnalité vraie et de là naissent les divers symptômes que j'ai énnmérés plus haut.
•;. Maladies de In volition personnelle.
Le développemenl des volitions de défense et d'accroissement
de la \ie devient maladif, quand il esl faux dans son point de départ on dans ses conclusions. C'esl le «as des persécutés jwrsécuteurs, <\c* aliènes processifs, de ceux qui oui des •• concep-
lions délirantes attribuant une portée particulière à certains actes bizarres qui ont pour le malade la signification d'une défense contre ses ennemis ». Ce sont les troubles para de cette fonction psychique.
Dans les troubles hgpo nous mettrons les impulsions de destruction partielle ou totale, les automutilateurs, suicides... ces actes pouvant d'ailleurs être délibérés et consciemment exécutés (persécutés, mélancoliques, mystiques) ou au contraire rapidement, brusquement et inconsciemment exécutés sous l'influence d'une impulsion irrésistible (épilepsic).
39. — LES FONCTIONS PSYCHIQUES RELATIVES A LA CONSERVATION ET A L'ACCROISSEMENT DE LA VIE SOCIALE.
a. Physiologie.
L'homme vit naturellement en société : t>. Ijoiov itoXmxov. A cette vie en société correspondent deux ordres d'actespsychiques : les actes psychiques sociaux ("des hommes en société) et les actes psychiques collectifs (des sociétés d'hommes). Le fait social et le fait collectif sont des modalités différentes de la vie en commun.
a. Actes psychiques sociaux.
1° Idées sociales et politiques. — La sociologie, dit Palante, est « la science qui étudie la mentalité des unités rapprochées par la vie sociale ». L'idée sociale fondamentale est l'idée de l'inégalité physique et psychique et de l'égalité morale de tous les hommes, c'est-à-dire l'égalité des devoirs et des droits chez tous avec inégalité des moyens reçus par chacun pour remplir les devoirs et utiliser ces droits; c'est l'idée de la hiérarchie naturelle et logique dans laquelle, sans privilèges ni faveurs, chacun occupe la place que valent ses aptitudes et aide son voisin à occuper la sienne. La vie sociale ne se ramène donc pas à la lutte.
Il faut se tenir aussi loin du socialisme qui veut subordonner l'individu à la collectivité et de V individualisme qui supprime en quelque sorte les devoirs de l'individu vis-à-vis de la collectivité. En somme, la question sociale n'est soluble qu'avec Vidée du devoir. Comme l'a dit Brunctière, « les questions sociales ne sont, au fond, que des questions morales ».
2° Idées morales et religieuses. — Quelles que soient les opi-
nions philosophiques de chacun, <m peut admettre, comme un fait, « ] m" les idées morales et religieuses sont les lois <(<■ la conduite tic l'homme, comme les idées métaphysiques sont les lois de son raisonnement. Cette fonction psychique doit être notée ici comme les autres, parce que sa physiologie et sa pathologie intéressent le philosophe.
Personnellement, je groupe autour des cinq idées suivantes les lois qui doivent gouverner la conduite sociale et politique de l'individu vivant en société :
1° l'idée de devoir et de droit, chez soi et chez autrui, le devoir comportant l'obligation et le droit nécessitant la liberté;
2° l'idée du respect nécessaire de la vie, de la propriété et de la liberté d'autrui. c'est-à-dire le respect chez autrui de ce que l'on tient à voir respecter chez soi par les autres;
3° l'idée de la responsabilité de chacun vis-à-vis de la société quand il se soustrait aux devoirs sociaux;
4° à ces idées purement morales qui obligent chacun à Injustice vis-à-vis de ses semblables j'ajoute l'idée de bienveillance, de pitié dues par chacun à ses semblables; d'où la formule religieuse qu'on doit aimer son prochain comme soi-même;
5° dans ce même ordre religieux, j'ajoute enlin que chacun a la responsabilité de ses actes, non plus seulement devant la société, mais devant Dieu.
B. Actes psychiques collectifs.
Au chapitre des états physiologiques de désagrégation suspolygonalc (p. Go) j'ai déjà parlé de l'entraînement grégaire, de la psychologie des foules et des collectivités.
J'ajouterai seulement ici que la foule peut être éparse, c'est-àdire que par la presse, le livre, la conférence, il peut s'établir une communauté d'opinion qui forme une grande unité mentale. C'est ainsi que se forment les partis, les sectes, l'esprit de corps, de caste.
« La foule psychologique est un être provisoire » dont il ne faut pas dire que sa mentalité est toujours inférieure à celle des individus composants (Le Bon). Le public, qui est nue tonne de foule, est parfois bon juge, aussi bon sinon meilleur dans certains cas que chacun des individus composants.
Au fond, la caractéristique psychique des collectivités reste l'abdication plus ou moins complète du centre 0 des individus composants, et la prédominance des activités polygonales sous
la direction des meneurs. Et alors, tant vaut le berger, tant vaut le troupeau.
b. Tempéraments.
a. Au point de vue des actes psychiques sociaux, on oppose : \° le sujet qui, en dehors de toute philosophie et dans la pratique, aime et recherche les études sociales, s'occupe des collectivités, les organise, leur élabore des règlements, aime la politique, consacre ses ambitions et ses forces à étudier et à résoudre les questions sociales, vit par et pour la société... 2° celui qui, au contraire, ignore, néglige ou nie les questions sociales, est je m'en fichiste ou abstentionniste en politique, ne cherche partout que le côté personnel, utile et intéressant pour soi et non pour la collectivité...
Ou : 1° l'altruiste, qui vit plus pour ses semblables que pour lui, qui ne cherche partout que le bien et le devoir, qui sacrifierait plutôt ses droits que d'empiéter sur ceux d'autrui; c'est le libéral, le charitable, le généreux et, à la limite extrême, saint Vincent de Paul...; 2° l'arriviste, qui n'est alourdi dans sa marche ascendante par aucun principe de religion ou même de morale, qui ne craint que le gendarme et ne respecte que la lettre de la loi écrite, qui côtoie le code... et, à la limite, Y amoral qui est un malade.
p. Au point de vue des actes psychiques collectifs, les deux types extrêmes sont :
1° le meneur, qui, non seulement ne laisse pas sa mentalité se déformer par la collectivité, mais qui impose sa propre mentalité à la foule, la dirige, a la vocation et les qualités du berger; il entraine les majorités et fait voter le troupeau;
2° le grégaire, qui subit les influences collectives. Seul, il peut être très solide dans ses convictions; mais un article de journal, une conférence, un meeting le font immédiatement changer. C'est un instable, un malléable, dont le polygone se laisse très facilement désagréger et influencer par la contagion des voisins; il vote toujours avec la majorité et pour le gouvernement;
3° entre ces deux types extrêmes est Y indépendant, qui n'est ni meneur, ni mené, qui ne demande aux collectivités que des collaborations et des lumières (dans leur compétence), mais qui les juge, les hiérarchise et les utilise, s'il y a lieu, sans se laisser
136 PONCTIONS PSYCHIQUES SPECIALES
suggestionner par la foule; il n'a pas lé culte du succès, de l'opinion el du nombre; il fait généralement partie des minorités, vote souvent contre le gouvernement et est parfois guillotiné.
c. Pathologie.
a. Troubles des idées sociales et morales.
A ce groupe je rattache les deux catégories suivantes de Morselli et Seglas :
1° Actes concernant les relations matérielles de l'individu avec le milieu social.
Capacité j Activité désordonnée, diminution de l'activité ou inertie absolue, au travail. I instabilité, travail automatique.
diminué : indifférence, prodigalité, impulsions destructives; " lousie, crainte du vol, manie des achats; kleptomanie, collectionnisme.
Intérêt juridique : folie processive et manie des querelles..
, ,. , (' diminué : inditï
. >'|^'«-/ . \ augmenté : ialo
â° Actes concernant les relations affectives de l'individu avec le milieu social.
/ Négligence ou excentricité de la tenue, mépris des convenances et I des règles du savoir vivre.
Sentiments altruistes : égoïsme, misanthropie, générosité, suggestibilité, tendances aux violences, coups et blessures, homicide. Dans la vie 1 Sentiments de justice : calomnie, vol. pyromanie, exagération des sociale intérêts et droits particuliers, réclamations, scandales, actes de
vengeance destinés à attirer l'attention publique, pseudochantage, processomanie.
Sentiments de solidarité- : nostalgie, zoophilie, pseudoréformateurs, régicides, dispositions testamentaires étranges.
Les plus importants de ces troubles des idées sociales et morales peuvent se grouper sous trois chefs : 1° les délires politiques, anarchistes, régicides... 2° les hypomoralisés : absence de sens moral, folie morale ou idiotie morale, obsession du crime, homicide... 3" les paramoralisés : scrupules, remords, autoaccusateurs...
p. Troubles des idée* religieuses.
Je n'admets pas avec Sergi (pie la religion soit « une inanités tation pathologique de la fonction de protection ». Mais, comme tous les autres actes psychiques, les idées religieuses peuvent être le poinl de dépari ou la forme de certains troubles que Seglas énumère ainsi : folie du doute, superstitions, deinononianie sous ses formes diverses, manie du jeune, mutilations, suicide, homicide, exagération maladive do pratiques reli-
gieuses, amulettes, illuminisme, visionnaires, prophètes et fondateurs de religions extravagantes.
On peut grouper les principaux de ces troubles sous les deux chefs suivants :
1° exagération maladive de l'idée religieuse : extase, mysticisme, superstitions, pratiques rituelles allant jusqu'à l'automutilation ou même au suicide ou à l'homicide (sacrifices);
2° perversion de l'idée religieuse : démonomauie ou démonopathie, démonolàlrie, théomanie, délires religieux et blasphématoires, obsessions et impulsions sacrilèges... Tout ceci appartient bien à la pathologie de l'idée religieuse persistante : il faut avoir encore une idée religieuse, troublée mais existante, pour mieux aimer voler une hostie consacrée que le vase précieux qui la contient; l'incrédule vrai et complet n'a aucune tendance au blasphème ou au sacrilège.
-;. Troubles du psychisme individuel dans les collectivités.
Je ne crois pas (quoi qu'on en ait dit) que la vie en société, en collectivité, en groupe (vie politique, armée, vie religieuse) puisse suflire à déterminer des troubles psychiques vrais et permanents en dehors des causes ordinaires de l'aliénation mentale. L'hérédité, l'alcoolisme et la syphilis font plus de fous que les collectivités.
Ce n'est pas à dire qu'il faille nier la contagion mentale et la contagion psychique : elle s'exerce sur les sujets à prédisposition psychopathique.
Quant à l'influence de la collectivité sur la forme des délires réalisés pour d'autres causes, on peut indiquer deux types :
1° Le mégalomane avec délire ambitieux, conducteur des peuples, faiseur de constitutions, réformateur, fondateur de religions baroques, devient souvent l'instrument des foules criminelles;
2° Le timide, phobique des foules et des collectivités quelconques, mélancolique, misonéiste — le psychasthénique qui présente ce que Pierre Janet appelle des aboulies sociales.