‹ Introduction physiologique à l'étude de la philosophieChapitre 61 sur 143 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL ET CONCLUSIONS

1° Sans rien dire d'abord de leur localisation, l'existence distincte semble bien démontrée de trois groupes de centres psychiques : les centres psychiques sensoriomoteurs (centres de projection), les centres psychiques inférieurs (centres d'association inférieure, centres polygonaux) et les centres psychiques supérieurs (centres d'association supérieure, centres 0).

Il parait donc difficile de continuer à dire, avec Jolfroy et Pierre Janet, que le psychisme supérieur et le psychisme inférieur ne sont que des degrés différents de l'activité des même» neurones.

1. Voiraussi le travail de Dupré et Camus, sur l'euphorie délirante des phtisiques, dans L'Encéphale (1900, i>. 452).

La possibilité de l'altération isolée <les uns ou des autres de ces groupes de neurones et la symptomatologie différente qui apparaît, suivant que l'un ou l'autre de ces groupes de centres est atteint, prouvent que, sans pousser la division à l'extrême, on doit, en clinique, distinguer ces trois groupes de neurones psychiques : les centres du psychisme sensoriomotenr (sensation et expression volitive). les centres du psychisme inférieur (automatique et inconscient) et les centres du psychisme supérieur (volontaire et conscient). Et je ferai remarquer que cette conclusion n'est pas basée sur l'étude des hystériques (comme me Ta reproché Binet) mais sur des cas de lésion organique du cerveau.

2° Il semble que l'on puisse tenter une localisation clinique de chacun de ces groupes de centres : les premiers dans les zones de projection de Flechsig (parties noires des ligures 13 et 14, p. 146 . les deuxièmes dans les zones postérieure et moyenne d'association de Flechsig (zones blanches postérieures des ligures 13 et 14), les troisièmes dans la zone antérieure d'association de Flechsig ou lobe préfrontal (zones blanches antérieures des mêmes figures).

3° Je ne crois pas qu'il faille, pour caractériser les lésions du lobe préfrontal, dire que tous ces malades sont gais [motia, Witzelsucht) ou tristes et mélancoliques. Ce qui me paraît dominer la scène clinique dans ces cas, c'est l' affaiblissement des fonctions psi/chiques supérieures et V émancipation des centres psychiques inférieurs qui, échappant au contrôle et à la frénation de 0, prennent la direction exclusive de la vie psychique et deviennent d'une activité exubérante et maladive.

Voilà la caractéristique psychologique que l'on retrouve dans la plupart des cas de lésion préfrontale, bien analysés dans ces dernières années.

La diminution des fonctions psychiques supérieures se présente à des degrés et sous des noms divers suivant les cas : limitation de l'activité mentale (d'Abundo), débilité mentale (Lullum Wood Bathurst), affaiblissement intellectuel progressif (Irwin Neff) avec idées mélancoliques (Grimm, Durante), hébétude mentale (Eskridge, Mac Naught), torpeur psychique (Porte, d'Allocco, Triboulet et Omiecinski), apathie et tendance au sommeil (Bruns, Lannois, Ballet et Delille), confusion mentale (Maurice Dide, Dupré et Heitz), perte presque complète de l'intelligence (Lavista), démence (Unir et d'antres)...

L'émancipation et l'hyperfonctionnement déréglé des centres psychiques inférieurs apparaît aussi sous des formes diverses : crises d'automatisme ambulatoire (Devic, avec Courmontet avec Gauthier, Patel et Mayet...), accès procursifs (Rezek), idées joviales, comiques (Jastrowitz), euphorie (Dupré), puérilité ('Williamson, Zacher), idées ambitieuses (Lépine), de grandeur (Gianelli), excitation motrice (Mœli), irritabilité, violences (Obici, Burzio, Erskine)....

4° En tous cas, et c'est la seule conclusion à laquelle je tienne, il ne faut plus, avec Munk, traiter de Gedankenspiel les tentatives de localisation psychique dans le cerveau. Il ne faut plus dire, comme Pitres le proclamait encore en inaugurant le Congrès de Nancy, que les neurones psychiques « échappent même à la méthode anatomocliniquc » et que « les fonctions qui leur sont attribuées ne sont pas localisables ».

Je crois au contraire qu'il faut encourager tous les cliniciens à apporter des matériaux à cette recherche et à cette détermination, qui sont possibles, à la condition que l'on cherchera dans le sens proposé ci-dessus et qu'on fera pour chaque malade une analyse psychologique complète d'après les principes et dans la direction que je viens d'indiquer.

Page 1