Voir plus loin, p. LU
clame très justement aussi que dans l'aphasie motrice il y a toujours quelque chose de plus : l'impossibilé de parler. Jusque-là nous sommes d'accord et tout paraît clair, mais alors Pierre Marie dit : dans l'aphasie de Broca on ne parle pas, donc on a l'anarlhrie. Ceci ne me parait nullement démontré.
Certes, si on prend des cas très graves et complets, il y a une grossière et grande ressemblance entre tous les muets, qu'ils soient aphasiques, anarthriques, mentaux... Pour voir la profonde différence qui sépare ces divers cas, il faut envisager les malades chez lesquels la lésion et les symptômes sont incomplets et partiels : le dysphasique et le dysarthrique sont absolument différents. Le dysphasique ne trouve pas certains mots, dit un mot pour l'autre; mais il articule très bien tous les mots qu'il dit. Le dysarthrique a son entier et correct vocabulaire; mais il articule mal les mots qu'il dit; s'il y a une différence entre les divers mots, cela vient uniquement des lettres qui entrent dans la composition de ces divers mots. L'aphasique qui pouvait chanter, et ne pouvait pas dire, la Marseillaise n'était pas dysarthrique. Récemment, à la Société de Neurologie, André Thomas, parlant d'une malade restée aphasique pendant quinze ans, disait : c ce n'est ni une dysarthrique ni une anarthrique... puisqu'elle peut articuler. »
Une dernière différence, soulignée par Pierre Marie, montre bien que l'aphasique moteur ne diffère pas uniquement par l'anarllirie de l'aphasique sensoriel : c'est que la lésion de l'aphasique moteur est toujours dans l'hémisphère gauche tandis que la lésion du dysarthrique est indifférente ou bilatérale.
Donc, entre l'aphasique de Wernicke et l'aphasique de Broca il y a un élément clinique différent. C'est cet élément clinique que nous continuons à localiser dans le pied de la troisième circonvolution frontale gauche ne pouvant l'attribuer ni à la lésion de la zone de Wernicke ni à la lésion des centres de l'articulation.
4° Il y a maintenant deux points (beaucoup moins révolutionnaires) de l'argumentation de Pierre Marie qu'il faut retenir et qu'on peut très bien adapter à la doctrine classique qui en est complck'c.
a. C'est d'abord l'importance plus grande de l'élément intellectuel dans l'aphasie.
Le langage est au premier chef une fonction psychique; l'aphasie est un trouble psychique et nous devrions dire tou-
jours : aphasie gsj/e/iosensorielle et aphasie psychomotrice. Ce n'est donc pas effondrer l'aphasie sensorielle que de montrer l'importance de l'élément psychique dans sa constitution. '
Seulement deux caractères restent de cet élément intellectuel dans l'aphasie : 1° ce trouble intellectuel n'est pas assez intense pour expliquer le trouble du langage; 2° ce trouble intellectuel est systématisé aux communications psychiques de l'homme avec ses semblables. Toutes les expériences, très intéressantes, que fait Pierre .Marie avec ses aphasiques ne visent que ce côté spécial du psychisme. L'aphasique garde la faculté d'exprimer ses émotions, il perd la faculté de faire connaître à ses semblables par le langage mimique une émotion à laquelle il pense sans l'éprouver1. De même pour la compréhension des idées exprimées devant un aphasique par un interlocuteur. Les expériences de Pierre Marie montrent bien que ce qui est défectueux chez les aphasiques, ce n'est pas l'intelligence du malade, sur les idées une fois accueillies et comprises, c'est la compréhension de l'idée exprimée, c'est-à-dire le passage du mot, du signe, du symbole à l'idée : c'est là la définition même de l'aphasie sensorielle.
Comme le remarque Déjerine, ces troubles psychiques gardent si bien leur spécialité qu'ils ne se produisent que par la lésion de l'hémisphère gauche, tandis que les deux hémisphères entraînent des troubles psychiques généraux. Pierre Marie a d'ailleurs montré en quoi ce déficit psychique des aphasiques diffère de celui du paral\ tique général, du dément, du minus habens par srierose cérébrale...
C'est ainsi qu'à la Société de Neurologie André Thomas a fait remarquer que le changement d'étiquette imposé par Pierre Marie à la zone de Wernicke (autrefois zone sensorielle, aujourd'hui intellectuelle') n'importe guère, « si Pierre Marie veut bien faire la concession que c'est un centre intellectuel très spécial qui joue un rôle de premier ordre dans la compréhension du langage parlé... Si on range le langage parmi les fonctions intellectuelles, je suis bel et bien obligé de reconnaître que l'aphasie de Broca est un trouble de l'intelligence, mais c'est un trouble de l'intelligence portant exclusivement sur la fonction du langage ...
p. Le second point sur lequel Pierre Marie a très heureusement