THÉRAPEUTIQUE DE L'ÉMOTION ET DE LA MIMIQUE
1 Ce qu'il faut traiter chez un émotif morbide, ce n'est pas l'émotion môme qui est la forme ou le symptôme de la maladie, mais bien l'éraotivité, c'est-à-dire l'état maladif de l'appareil nerveux cause de ces émotions anormales. Un malade se trompe quand il demande à être débarrassé d'une phobie particulière par le raisonnement, la discussion ou l'hypnotisme. Si le phobisme n'est pas combattu, cette phobie sera remplacée par une autre. Si, par suggestion, on avait cnle\é à Sacher Masoch son amour pour les fourrures sans le guérir de sa névrose même, il aurait simplement pris un antre fétiche, peut-être moins distingué.
2' Le fond de cet état morbide à combattre est toujours psychasthénique1. Ce serait une grave erreur thérapeutique de chercher à diminuer la sensibilité des malades de l'émotivité : ils ne sentent pas trop, ils sentent mal, à contre-sens, ne hiérarchisent pas leurs sensations, par faiblesse. Ce sont donc les agents toniques qu'il faudra donner (quinquina, acide phosphorique, hydrothérapie, électricité, massage, mécano thérapie .
3° Il faut surtout tonifier le psychisme en se rappelant les observations faites plus haut (p. 181) sur la psychothérapie supérieure et inférieure. Tous les principes de la technique ont été résumés dans le chapitre ix (p. 180). La condition indispensable du traitement est l'intégrité du centre 0 auquel on s'adresse : il ne s'agit que du traitement des névroses psychiques ou psychonévroses et non du traitement des névroses mentales ou psychoses.
4° En même temps il faut éviter au malade les émotions inutiles, causes occasionnelles de réactions maladives. Il faut prescrire le calme, hors de l'agitation énervante de la ville et de la famille, du milieu habituel, à la campagne ou dans un établissement de neurothérapie. Pour le repos, il faut se rappeler qu'on ne repose un cerveau qu'en changeant de sens et de direction son activité habituelle: il faut envoyer Ingres à son violon et Gounod à ses pinceaux.
.">" Pour agir directement sur une émotion morbide j'ai déjà
I. Pierre Janel a donné le nom de psychasthénie h une Forme de la neurasthénie.
indiqué plus haut (p. 187) les procédés que Ton peut employer.
« Il n'y a pas, dit James, dans l'éducation morale, de précepte de plus haute valeur que le suivant, comme le savent tous ceux qui ont de l'expérience : si nous voulons nous rendre maîtres de tendances émotionnelles peu désirables pour nous-mêmes, nous devons nous livrer assidûment, et tout d'abord de sangfroid, aux mouvements extérieurs correspondant aux dispositions contraires que nous préférons cultiver. Notre persévérance sera infailliblement récompensée par la disparition de la maussaderie ou de la dépression et l'éclosion, à leur place, d'une gaîté et d'une bonté vraies. Prenez un air réjoui, donnez une expression vive à votre œil, tenez-vous droit plutôt que courbé, parlez sur un mode majeur, faites des compliments enjoués et il faudra que votre cœur soit vraiment de glace s'il n'arrive pas à se fondre un peu. »
6° Comme en tous cas ces maladies de l'émotivité sont très difficiles à guérir et ont de graves inconvénients dans la vie, le grand devoir du médecin est de prévenir autant que possible ces maladies en développant et en faisant connaître les grandes règles de l'hygiène et de la prophylaxie individuelle, familiale et sociale.