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LES MALADIES DE L'ÉMOTION ET DE LA MIMIQl'E

Ce qu'il faut étudier, ce sont les maladies des neurones avec lesquels l'homme éprouve et exprime des émotions. Ce sont vraiment les maladies de Vémotïvité, l'émotivité étant la faculté ([lie nous avons d'éprouver et d'exprimer les émotions.

L'exagéralion de l'émotivité n'est pas par elle-même maladive. L'hypersensibilité, la peur exagérée ne sont pas des maladies; l'hyperémotivité morale ou esthétique de saint Vincent de Paul, de Victor Hugo ou de Rodin ne constitue pas une maladie. De même pour la mimique : le méridionalisme gesliculatoirc n'est pas une maladie. De même, chez certains mentaux à idées maladives, la mimique parait malade, mais ne l'est pas, parce qu'elle reste adéquate à l'émotion qu'elle exprime, ne montrant qu'un excès d'émolivilé ou de mimique.

Donc, il y a seulement deux ordres de troubles de l'émotivité : des troubles hypo et des troubles para.

a. Troubles hypo : inémotivité et hypomimie.

a. Inémotivité.

L'inémotivité, partielle ou totale, diminution ou abolition de la faculté de sentir, d'être ému, peut être d'abord analysée sur la peur.

La peur est une émotion normale, nécessaire à la conservation et à la défense de l'homme. C'est le phénomène psychique que fait naître la connaissance d'un objet dangereux ou nuisible el qui fait naître les actes nécessaires pour éviter ou combattre ce! élément nocif. C'est un élément psychique normal de défense.

Dans une intéressante conférence faite à Valence en 1904, Augustin Menard rappelle ce mot du maréchal Ney : « je voudrais bien savoir quel est le Jeanfoutre qui n'a jamais eu peur. » Ce Jeanfoutre existe : mais c'est un malade, c'est i'hypophobique.

Les vrais hvpophobiques ne sont pas ceux qui bravent le

1. Voir Dromard, Journal de Psychologie normale <■/ pathologique, 1906, o" l p. 280, el 1907, d° l, |». l et Q° 5, |>. 417.

danger parce qu'ils en ignorent l'existence, mais bien ceux qui le bravent parce qu'ils n'en comprennent pas, n'en sentent pas l'importance; ils n'en ont pas l'émotion nécessaire. Ace groupe appartiennent l'euphorie, l'optimisme, la satisfaction de soi et la confiance en soi maladives du paralytique général, de certains mégalomanes, des névrosés fanfarons...

Ce que je dis de cet exemple facile de la peur peut s'étendre à toutes les émotions : il y a des hypopbiliques, des amoraux, des inesthétiques...

Pour juger cette inémolivité il ne faut d'ailleurs pas se fier toujours à l'expression mimique. Comme l'a dit d'Allonnes, « les états affectifs peuvent être abolis chez un sujet, alors que la pbysionomic reste mobile, la voix chaude et vibrante, le geste et l'attitude pathétiques, la pensée éveillée, les tendances et inclinations tenaces. Il y a des inclinations inémotives qui suffisent à nous faire gesticuler, grimacer, penser, vouloir, désirer et redouter sans émoi ».

rp. Hypomimie l.

Le trouble bypo peut aussi porter sur la mimique. Ce sont les malades froids, à masque immobile, concentrés, dissimulés, qui n'expriment rien ou peu de chose, dont on ne peut pas deviner les émotions. Souvent il y a en môme temps inémolivité parallèle; d'autres fois l'émotivité est suffisante et la mimique

insufli saute.

b. Troubles para.

a. Le phobisme et les phobies.

Voici les signes auxquels on reconnaît que la peur est devenue morbide.

1° La peur porte spécialement ou exclusivement sur un objet donné ou sur un groupe d'objets. On connaît la série des noms donnés à ces diverses phobies, depuis l'agoraphobie (places publiques) et la claustrophobie (espaces clos) jusque la belenophobie (épingles), la rupophobie (saleté), l'aichmophobie (objets pointus), la cremnophobie précipices), l'amaxophobie (voitures) et la sidérodromophobie (chemin de fer). — Voilà le premier

I. On dit en général hypomimie pour l'affaiblissement <!«• la mimique émotive, hyposémie el asémie pour l'affaiblissement de la mimique langage.

grasset. — Introduction. iU

caractère de la peur morbide : la localisation anormale, la spécialisation à un objet particulier.

2° La peur s'applique à plusieurs choses; mais l'ordre des peurs u'esl en rien parallèle à Tordre logique des impressions dangereuses. Môme quand le malade a peur de tout (panophobie) l'émotion n'est pas proportionnelle à la valeur terrifiante de l'objet. Le malade finit même par ne plus savoir de quoi il a peur; il a peur de tout et de rien; il a surtout peur d'avoir peur. Il a l'obsession et la terreur de son pbobisme. — Voilà le deuxième caractère de la peur morbide : le défaut de proportionnalité et de parallélisme entre la peur et sa cause.

3° Tout différents des effets de la peur physiologique, les effets de la peur morbide sont illogiques et contradictoires. Tandis que la peur pbysiologique fait fuir, éviter ou comballre l'objet dangereux, la peur morbide est angoissante et paralysante. Elle fait naître des actes inutiles (constriction, sueur...), puis des actes vraiment fâcheux, de nature à accroître le danger : elle fait flageoler les jambes, les contracture, les paralyse; en tous cas, elle immobilise le sujet qui ne fuit plus le danger, ne le combat plus, ou le fuit et le combat maladroitement, follement, maladivement.

4° Dans tous ces troubles para il y a toujours un fond d'hypo. Chez les phobiques il y a le plus souvent méconnaissance des dangers réels, vrais, à éviter, diminution ou abolition de la peur physiologique et utile.

p. Le paraphilisme.

Ces divers caractères se retrouvent dans Vamour morbide (voir ce que j'ai déjà dit plus haut, p. 140).

1° Il est anormalement localisé sur un objet, au détriment des autres : l'amour maternel par exemple nuisant à l'amour conjugal, se substituant à tous les autres amours;

2° Il n'y a pas de proportionnalité entre l'amour et sa cause : l'amour d'un enfant disproportionné avec l'amour pour les autres enfants; on aime son confesseur ou son médecin plus que son mari ou son tils;

3° Les effets île l'émotion sont anliphysiologiqu.es; on arrive ainsi aux pervertis et aux invertis;

4° Chez tous les paraphiliques il y a toujours un fond d'hypophilisme très net. Sachcr Masoch, qui a été un paraphiliquo célèbre, était à ce point de vue un faillie, un aslhéuique, un hypophilique.

y. Lesparamimies.

J'ai déjà indiqué (p. 241) l'expression fautive, désordonnée dans la symptomatologie, de certaines émotivités morbides. Il faut aussi citer les tics et en général les maladies dans lesquelles les émotions sont exprimées autrement que par la mimique physiologique et normale.

Dromard insiste sur les caractères que doit présenter une mimique pour être morbide chez un aliéné; tant qu'elle reste logique par rapport à l'émotion délirante, elle n'est pas morbide. « La méfiance du persécuteur, l'orgueil du mégalomaniaque, la lascivité de l'erotique, le recueillement du mystique, la tristesse du mélancolique, tous ces états d'âme en un mot n'ont pas une expression mimique différente de celle qui traduirait des sentiments analogues chez un sujet normal. Le mystique prosterné, les mains jointes, peut avoir une mimique étrange parce que son geste est déplacé. Mais il n'a pas un trouble de la fonction mimique à proprement parler, pas plus qu'il n'a un trouble de la fonction du langage pour raconter qu'il voit la Vierge et les saints : son attitude et son récit répondent très exactement à tout ce qu'il ressent. » Au contraire, « nous dirons que la fonction mimique est troublée, si l'expression considérée en ellemême est dépourvue d'harmonie et d'homogénéité dans les parties qui la constituent. Dans le premier cas, la mimique reste défectueuse au point de vue de son adaptation; dans le second, elle pèche par son fonctionnement ».

Partant de là, Dromard divise les maladies de la mimique émotive en deux groupes : 1° troubles d'adaptation, portant sur les centres corticaux d'association idéoaffective ou par incongruance; c'est la paramimie proprement dite : expression franchement paradoxale, contradictoire ou simplement discordante ou injustitiée; expression triste avec émotion gaie ou réciproquement; 2° troubles de fonctionnement portant sur le centre tlialamiquc de la psychoréflectivité. Ce groupe se subdivise : a. par défaut d'inhibition de l'écorce ; mimiques spasmodiques, rires et pleurs intempestifs; (3. par défaut de duiamogénisme du thalamus (couche optique); mimiques dissociées. « Généralement, c'est un muscle associé à une expression qui n'entre pas enjeu quand il le faudrait ou bien c'est un muscle étranger qui entre en jeu quand il ne le faudrait pas. Les deux processus peuvent être associés d'ailleurs et des muscles à jeux expressifs opposés peuvent entrer en action simultanément. » Il y a aussi

les troubles asymétriques dont le point de départ est dans une insuffisance fonctionnelle congénitale de tout uncôtédu corps ».

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