LES VOIES CENTRIPÈTES DE LA SENSIBILITÉ
a. Les nerfs sensitifs, les racines postérieures, les ganglions, la moelle.
A la face, les nerfs sensitifs sont distincts des nerfs moteurs; dans le reste du corps, les fibres nerveuses sensitives sont anatomiqucmeni rapprochées des fibres motrices dans ce que l'on
^is
appelle les nerfs mixtes (nerf sciatique par exemple, nerf cubital). Mais le rapprochement est purement géographique; partout les
[Centre, cortical du {membre inférieur
Face, gauche
Centre cortical domembre supérieur
[Centre cortical -x [de la face
Hémisphère droit
Fig. 2^. — Le double entrecroisement, en hauteur el en largeur,
des vides sensitivoiuot rires.
libres sensilives gardent leur indépendance dans les nerfs el dans les plexus.
Ces nerfs sensitifs se séparent des nerfs moteurs avant de pénétrer dans la moelle et forment les racines postérieures; sur
ces racines se trouvent les premiers neurones sensitifs inférieurs réunis en ganglions : ganglions spinaux ou rachidiens (tig. 26). Pour les nerfs sensitifs delà tête (trijumeau et glossopharyn-
Fig. 26. — Racines postérieures et ganglions rachidiens.
1, sillon médian antérieur: 2, sillon médian postérieur; 3, sillon collatéral antérieur; 4, sillon collatéral postérieur; entre 1 et 3, cordon antérieur; entre 3 et 4, cordon latéral; entre -2 et 1, cordon postérieur; 5, racine antérieure et 6, racine postérieure des nerfs rachidiens; 6', ganglion rachidien ; 7, nerf rachidien (nerf mixte).
gien) les protoneurones sensitifs sont constitués par les ganglions de Gasser et d'Andersen.
Ces racines postérieures pénètrent dans le canal rachidien et dans la moelle, forment les cordons postérieurs et, à des hauteurs diverses, se jettent dans les cornes postérieures de la substance grise (fig. 26j. Là, se trouvent les corps cellulaires des premiers neurones de relais sensitif. Pour les nerfs crâniens ces neurones forment dans le mésocéphale des noyaux gris qu'on appelle l'origine réelle de ces nerfs.
b. Entrecroisement des voies sensi tires dans la moelle.
En 18-49, Brown-Séquard a montré qu'une liémisection ou lésion d'une moitié de la moelle entraîne la paralysie motrice du même côté, l'anesthésic du côté opposé : c'est l'hémiparaplégie croisée ou syndrome de Brown-Séquard.
Cela prouve que les libres sensitives s'entrecroisent avec celles du côté opposé sur toute la hauteur de la moelle : ce qui lait qu'une lésion de la moilir droite de la moelle supprime la conduction seusilive pour les impressions nerveuses venues de la moitié gauche du corps au-dessous de la lésion.
Les physiologistes ont beaucoup discuté cette loi. De leur discussion et surtout des faits cliniques il résulte que la loi n'est applicable qu'à l'homme, mais qu'elle lui est bien applicable.
Fig. 2"ï. — Le système nerveux central.
Pc. pédoncule cérébral; P/\ protubérance; B, bulbe; Me, moelle épinière; Ram,
racine antérieure motrice: tim, nerf mixte: R«, racine sensitive et ganglion spinal.
c. Dissociation des divers conducteurs sensitifs dans la moelle.
La clinique a également établi que, toujours chez L'homme, les diverses sensibilités ne suivent pas les mêmes voies dans la moelle.
On observe assez souvent des cas dans lesquels la sensibilité tactile esl conservée tandis que la sensibilité à la température et à la douleur est abolie. Un de ces malades que j'ai observés, s'étant endormi l 'avant-bras sur une forge, ne fut éveille que
par rôdeur de chair brûlée quand son avant-bras fut à moitié cuit; il ne sentait ni la chaleur ni la douleur, alors qu'il sentait les contacts.
On a d'abord cru que celte dissociation de l'anesthésie ne s'observait que dans une maladie particulière de la moelle, la s yringo myélie (maladie dénommée par Ollivier d'Angers et caractérisée par la formation de cavités dans la moelle). Cette manière de voir est aujourd'hui abandonnée. 11 y a des cas de dissociation de la sensibilité sans syringomyélic comme il y a des cas de syringomyélic sans dissociation de la sensibilité. Il faut abandonner l'expression dissociation syringomyélique des sensibilités.
La dissociation des anesthésies est, comme tous les symptômes des maladies du système nerveux, signe d'un siège particulier de la lésion et non d'une nature analomique ou nosologique particulière de cette lésion.
Dans le labes, c'est-à-dire quand la lésion porte sur les cordons postérieurs de la moelle, on observe assez souvent la diminution ou l'abolition de la sensibilité tactile avec conservation de la sensibilité à la douleur et à la température. La dissociation inverse (dissociation dite syringomyélique) s'observe quand la lésion porte sur la substance grise postérieure et centrale de la moelle. Et si l'on observe cette dissociation dans la syiïngomyélie plus souvent que dans d'autres maladies, c'est uniquement parce que la syringomyélic se localise plus souvent que les autres maladies sur cette région de l'axe médullaire.
De tout cela il résulte que les fibres sensilives tactiles passent plutôt par les cordons postérieurs et ne passent pas ensuite obligatoirement par les cornes grises postérieures. Quand celles-ci sont détruites, les conducteurs sensitifs peuvent continuer par la seule substance blanche postérieure ou par des neurones de relais plus élevés. Au contraire, les impressions thermiques et douloureuses passent plutôt par la substance grise postérieure et, de là, probablement par des faisceaux, du cordon antérolaléral, notamment le faisceau de Gowers.
L'entrecroisement, d'un côté à l'autre, des fibres thermiques et algésiqucs se fait bien dans la moelle, mais moins vite et plus haut que l'entrecroisement des fibres tactiles : pour une lésion limitée des cornes postérieures, les deux zones périphériques d'anesthésie ne se superposent pas nécessairement.
il. Voies sensitives indirectes.
Après ce trajet intramédullairc, une partie des impressions sensitives va directement aux centres supérieurs (mésocépliale et hémisphères) par des voies directes. Mais une partie prend un chemin détourné et suit des voies indirectes dans lesquelles est compris le cervelet.
Ainsi, d'après van Gehuchten, un faisceau cérébelleux direct (de Flechsig) va, de certaines parties de la moelle (colonne de Clarke), par le pédoncule cérébelleux inférieur, aux neurones du cervelet; puis, par les pédoncules cérébelleux supérieurs, les impressions vont au mésocépliale, à la région capsulooptique et à Técorce.
e. Capsule interne. Couronne rayonnante.
Toutes ces diverses fibres sensitives arrivent à la partie supérieure du bulbe.
Ce faisceau sensitif, maintenant croisé, forme le ruban de Reil, s'augmente des prolongements des nerfs sensitifs crâniens, notamment de la voie centrale entrecroisée du trijumeau, traverse la protubérance, s'écarte de la ligne médiane, passe dans le pédoncule et arrive clans la capsule interne, plus spécialement dans la partie tout à fait postérieure du bras postérieur.
La capsule interne (tig. 5, p. 20 et lig. 28) est une bande blanche, située entre la couche optique et le noyau caudé d'un côté (en dedans) et le noyau lenticulaire du corps strié de l'autre (en dehors). C'est la suite du pédoncule; avec le pédoncule, la capsule interne forme la queue commune du double bouquet, cortical et périphérique, que forment les voies seusitivomotrices (tig. 25, p. 248). Ces voies sont eu effet étalées sur une assez grande surface sur l'écorcc cérébrale, sur une plus grande surface à la périphérie de tout le corps. Mais, entre ces deux régions, toutes ces voies se réunissent dans un important carrefour forme par la capsule interne et le pédoncule.
Dans cette capsule interne les voies sensili\es sont particulièrement réunies dans la partie postérieure du bras postérieur : carrefour sensitif de Charcot. Les lésions de celte région donnent de rhéniianestbésie dans toute la moitié opposée du corps.
On admettait jusque dans ces derniers temps que, de la capsule interne, le faisceau sensitif allai! directement à Pécorce.
854 LA PONCTION SBN8ITIV0M0TRICB GENERALE
Aujourd'hui on admet plutôt, avec von Monakow el Déjerinè, que la plus grande part (et peut-être la totalité) du faisceau sensitif l'ait une étape dans la couche optique : ce sont là encore des neurones de relais.