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(Sérieuses. Vers le même temps, Arnold proposa d'envahir le Canada ; il se faisait fort de le conquérir avec une armée de 2,000 hommes. Dans la prévision d'une attaque du général Carleton par le lac Champlain, le Congx'ès résolut de prendre l'offensive et de diriger deux corps d'armée vers des points différents. On comptait sur le petit nombre de troupes qu'il y avait dans le payset sur le concours de la masse des Canadiens.
Le général Schuyler fut nommé commandant de l'expédition, avec le brigadier-général E. Montgomerj pour le seconder. Il avait mission de faire une descente sur Montréal par le lac Champlain, après s'être emyavé de Saint-Jean et des autres forts de la rivière Chambly ; puis, s'il réussissait, d'opérer sa jonction à Québec avec Arnold qui devait le rejoindre par les rivières Kennébec et Chaudière.
Au commencement de septembre, l'armée américaine vint débarquer à deux railles du fort Saint-Jean. Une bande de sauvages, commandés par les frères de Lorimier et le capitaine Deace, se iwrta à sa rencontre, et fit une attaque si vigoureuse que les Américains furent contraints de se retirer, (i)
(l) M. de Lorimier rendit des services importants pendant la guerre américaine ; il remplit £Lyec honneur plusieurs missions difficiles.
Voici le récit du combat livré près de Saint-Jean, et que nous tirons de Son mémoire intitulé : Mes services pendant la guerre Américaine.
" Quelques jours après le général Muntgomerie vint paraître avec une flotte assez considérable, bâtiments, b.^teaux, etc., et se retira au-delà d'une pointe où nos canons ne pouvaient rien faire, et fit son débarquetnent de 1,400 hommes. Sur le champ je fus ordonné d'aller m'oppuser au débarquement accompagné du capitaine Tis^e (Deace), de la rivière Mohawk, avec environ vingt-cinq des Dations et 72 sauvages du Bas- Canada et mon frère. II est à regretter que le major Prestonne n'ait pas fait marcher une compagnie du 26 ou 7e, et tous les Canadiens volontaires. Kous avançâmes donc en route touchant les petits bois si épais que nous ne pouvions pas voir l'ennemi plus loin de trente verges ; mais une petite rivière aux eaux hautes nous donna un découvert de huit verges. Le capitaine Tisse reçut une balle dans le gra« de la cuisse, mon grand-chef franchit la rivière n'ayant pour arme qu'une lance et mon couteau de chasse, planta la lame dans le corps d'un Américain et en tua un autre avec mon couteau de chasse, et voulant expédier le troisième il reçut deux balles dans l'aine qui le mirent hors de combat.
" Enfin notr»! victoire fut si complète que nous fîuies rembarquer les 1,400 hommes à bord. Nous eûmes six Sauvages du Bas-Canada de tués et deux Mohawk, le capitaine Tisse la cuisse cassée et huit Sauvages blessés. J'eus l'honneur qu'il fut ordonner de chanter un 2'« Deum daim
Le lendemain, Schuyler se rendit à l'Ile-aux-Noix. Là, il publia une proclamation assurant les Canadiens que son armée n'avait pour mission que de combattre les troupes anglaises, qu'elle respecterait leurs per» sonnes, leurs propriétés, et qu'elle désirait leur procurer les libertés des sujets anglais. Attaqué d'une maladie dangereuse, Schuyler laissa l'armée, et le commandement passa à Montgomery.
Avant d'examiner la conduite des Canadiens dans cette guerre, jetons un coup-d'œil rapide sur leur histoire depuis la conquête. Ce résumé est nécessaire pour nous expliquer la position qu'ils ont prise.
Quatorze années, à peine, s'étaient écoulées depuis que le sort cfes armes les avait soumis à leurs nouveaux maîtres. Affaiblis par une guerre désastreuse, en partie ruinés par la dévastation de leurs propriétés, et abandonnés par presque toute la noblesse et la classe instruite, leur situation d'abord avait été très-critique. ■Jusqu'en 1764, ils avaient été soumis au régime militaire. Ensuite un gouvernement civil avait été investi du pouvoir, et l'avait exercé d'une manière despotique. Dans le même temps, l'introduction des lois anglaises et l'administration de la justice, par des juges incompé-
toutes les églises de la province en remerciement à l'Etre-Suprôme pour ce succès inattendu."
Voici une autre version de cet engagement donnée par un officier de l'armée continentale :
" Je vais vous donner un court aperçu des dififérentes escarmouches de l'armée du Nord. Après notre arrivée à l'Ile-aux-Noix, le Colonel Waterbury s'avança avec son régiment au pied du lac et commença à se retrancher, à un mille et demi de Saint-Jean, d'où il envoya un léger parti dans lés bois, lequel fut attaqué par un certain nombre de réguliers et de sauvages. Dans cet engagement, le Colonel Waterbury eut huit hommes tués et six blessés. Du côté de l'ennemi, doute tués et plusieurs blessés, surtout des sauTages : le Major Hobby a été blessé. Après cela, les nôtres retournèrent à l'Ile-auX-Noix. Là, un parti de cinq cents hommes partirent de nuit pour Chambly par Saint-Jean. Nous nous avançâmes jusqu'au retranchement précédent oti nous fftmes attaqués par l'onnemi : le feu fut assec cliaud pendant six à huit minutes : à la fin, l'ennemi prit la fuite, et nous nous emparâmes de ses retranchements où nous ^meurâmes jusqu'au matin, et comme le Fort était alarmé nous ne crûmes pas prudent d'avancer, et ainsi nous nous retirâmes à nos anciens retranchements de l'Ile-aux-Noix. Nous n'eûmes dans oet ■engagement ni blessés ni tués : nous sommes informés d'une manièrs assez probable que l'ennemi a eu onie tués et trois blessés." F«rr<ou, ■Jnvtmion du Canada,
tëîits et ignorant la langue française, causèrent aux 'Canadiens de nouvelles inquiétudes. Un autre grief était leur exclusion des emplois publics, car leui- croj-ance ue leur permettait pas de prêter le serment du test.
On sait que le gouverneur Murraj, par une conduite pleine de modération, adoucit les rigueurs de la politique anglaise ; il encourut pour cela la disgrâce de ses compatriotes. Par malheur, il était oblige de compter avec des conseillers et des fonctionnaires j^oar la plupart ■indignes de leurs charges. Aussi s'en plaignait- il dans un rapport au ministère.
l\ devait être pénible pour la population canadienne, déjà au nombre de 70.000 âm^s, d'être gouvernée par un petit nombre, d'hommes encore étrangers à leurs coutumes et à leurs besoins politiques. Cependant les Canadiens souffraient en silence, et montraient {jeu de mécontentement, du moins "d'une manière ouverte. lîs s'occu- >paient paisiblement de lem-s affaires particulières, et peu à peu l'aisanoe revint av«c les récoltes abondantes, -en même tem.ps que le commerce devenait florissant.
Le général Carleton, successeur de Murraj dans l'admi- Tiistration de la Province, l'imita dans sa modération. Mais le régime civil no pouvait subsister longtemps ; il ne plaisait pas plus aux Anglais qu'aux Canadiens. Les •premiers demandèrent une Chambre d'Assemblée, et les Canadiens se contentèrent de réclamer le rétablissement •de leurs lois et privi:«geset les anciennes limites de la province.
A diver.^s reprises, on fit des enquêtes mv l'état du ]5ays. Le Conseil d'État et le Bureau des Plantations 8 occupèrent de <;es rapports et des ]>étiti<5ns des habitants ^ ils entendirent KîQcaïv; le témoignage du goiivernenr et de plusieurs personnages du pays. L'Angleterre comprit e?ifin q^ie le temps était venu de modifier sa politique et de se montrer plus libé«iîo envers nos an- 'cètres, au moment où les a-uti-es colonies raeiîaçaient de se séparer d'elle. Ccst oe qu'elle fit par l'acte de Qu^ec.
Laeouvellc constitutr.on reconnaissait le libre exer- 'cice de la relia^ion ■cafhoîrq^ie, retabliswwt les ksis «civiles :ft-ançaises, mais maintenait les lois criminelles anglaises. Elle agrandissait de plus les limites do la province,.ôfc ouvrait aux Canadiens l'entrée aux emplois publics.
Loin de nous la pensée d'approuver la constitution de 17'74 ; elle laissait trop à désirer. Nous accorder le libre exercice de notre religion, le rétablissement de nos lois fi-ançaisea, n'étaient que des actes de simple justice. Mais nous sommes porté à croire que sans l'insurrection des colonies anglaises, l'Angleterre nous les aurait également accordés. Toutefois, les Canadiens, assurés du bon vouloir de la métropole, se montrèrent satisfaits de l'acte de Québec. Le clergé et la noblesse témoignèrent de leur reconnaissance par leur attachement à la couronne britannique.
On assure que Carleton travailla beaucoup à faire adopter les clauses de la constitution favorables aux Canadiens. Il avait démontré aux ministres le tort causé par l'introduction des lois anglaises. Ce gouverneur aimait à rendre justice à nos ancêtres, il avait étudié leurs habitudes et leur caractère pacifique ; et ne pouvait plus longtemps consentir à leur proscription. Aussi lorsqu'il composa le Conseil Législatif, sur les 23 merhbres de ce corps, en nomma- 1- il huit choisis dans les rangs de la noblesse, (i) 11 appela en outre plusieurs Canadiens à des charges judiciaires et à d'autres emplois, occupés auparavant par des Anglais. (2) Cette conduite noble, lui gagna l'aftection de nos pères } il devint un de nos gouverneurs les plus estimés.
Doué de ces qualités du dœur, Carleton était en outre reconnu comme excellent officier. Il avait servi avec distinction dans la guerre de 1759 en qualité de briga-
(1) " Le 17 d'août 177?, dit Sanguinet, les membres de l'hcncrablo Conseil Législatif de cette province s'assemblèrent au Château Saint- Louis, dans la ville de Québec, en conformité des ordres émanés de Soi: Excellence le Gouverneur' Guy Carletcn à ce sujet, en conséquence de la commission du Koy, qui nomme et constitue les Messieurs suivants, lesquels prêtèrent serment et prirent leurs places à la table, sçavoir:
L'Honorable H. T. Gramahé. Lieutenant-Gouverneur, William Hey, Ecuyer, Juge en Chef, Hugh" Finlay, Thomas Dunn, James Cuthbert, Colin Drummond, François Levêque, Ed-ward Harrison, John Collina, Adam Mabane, Pécaudy de Contrecœur, Roch St. Ours LechailloDS, Charles François Lanaudière, George Pownall, George AIlsopp, St. Luc de Lacorne, Joseph G. Chaussegro» de Léry, Ale^ander Johnston, Conrad Qugy, Picotté de Belestre, Des Bergères de Rigauville, John Fraser."
(2) M. Claude Panet, fut nommé juge à Québec, M. R. 0. Hertel de Rouville juge à Montréal ; M. de Longueuil, devint inspecteur des milices, M. Dufy Desanlniera, colonel^ M. St. George Dupi'é, ma^r «t eommissair* â«a oorr'ésav
dier-général, et avait combattu à la bataille des Plaines d'Abraham. Sa bravoure lui avait mérité les éloges des officiers supérieurs. En reconnaissance de ses services passés, il fut élevé au grade de major-général.
L'expédition de Ticonderaga et l'invasion du territoire canadien prirent le gouverneur par surprise. Il n'avait à opposer à l'ennemi que 800 soldats des 7e et 26e régiments. Il ne pouvait attendre de grand secours de la population anglaise ; elle comptait à peine 3000 âmes, et les mémoires du temps nous assurent qu'un bon nombre, mécontents de l'acte de Québec, montrèrent des sympathies aux Américains ou gardèrent la neutralité. Le sort de la colonie était donc entre les mains d'une population conquise quinze années auparavant par la force des armes, et qui avait été gouvernée avec peu de justice et de discernement.
Carleton cependant poussa les préparatifs de défense avec promptitude, dirigea une partie de ses troupes et de l'artillerie au fort Saint-Jean ; des détachements furent aussi envoyés à Satigan, à la Gralette et à Saint-François. Il partit lui-même pour Montréal, oià il arriva le 26 mai. (i)
Le 9 juin suivant, il proclama la loi martiale, et appela la milice sous les armes. Le clergé catholique secondva les vues du gouverneur ; déjà l'évêque de Québec, Mgr. Briand, avait écrit aux curés une lettre pastorale, en date du 22 mai, dans laquelle il engageait les catho-
(1) " La première démarche que le général Guy Carleton, après aroir appris que les Bastonnois étoient venus à St. Jean, fut de faire partir de Québec les troupes qui y étoient avec deux bâtiments chargés d'artillerie et de munitions — pour construire un fort à St. Jean. Il envoya un détachement de troupes à la rivière Chatigan (Satigan), un autre à St. François, et fit partir trente hommes de troupes pour La Oalette, avec des ouvriers pour réparer le fort, et donna ordre également d'envoyer des charpentiers pour construire des navires à St. Jean. Ensuite de quoy il donna ordre aux troupes des Trois-Rivières ainsi que de Montréal de se rendre à St. Jean sous le commandement du Major Preston- Le Général partit luy-même pour Montréal où il arriva le vingt-six de May, au grand contentement de toute la ville.
" Les citoyens s'assemblèrent et furent luy faire une visite en corps qu'il reçut froidement, sans en sçavoir la cause. Il est vray qu'il pouvorit avoir quelques sujets de mécontentement contre quelques-uns qui te comportoient mal, mais le plus grand nombre s'étoient montrés bons et fidèles sujets, et ils l'étoient effectivement." Sanguinet.
Sanguinet, avosat de Montréal, a laissé sous le titre de Témoin oculaire de l'Invasion du Canada, une relation très-complète et très-intéreesante de cette guerre.
liques à prendre les armes pour le roi et à se montrer de bons et fidèles sujets, (i)
Le clergé et la noblesse, dont les idées étaient essentiellement monarchiques, restèrent attachés a l'Ancrleterre. La classe bourgeoise et aisée suivit le même exemple. Tous étaient satisfaits de Tacte de Québec; ils y voyaient des garanties suffisantes pour leur religion et leurs proj)riétés. Un changement de domination ne devait, suivant eux, leur apporter aucun bien. En outre, ils avaient confiance dans le gouverneur qui avait su gagner leur estime et leur affection.
Une partie de la population de Québec et de Montréal se montra également empressée à défendre l'autorité,
(1) Voici ce mandement que nous avons trouvé dans les ArchÎTes de l'Archevêché, et que nous avons cru devoir reproduire au long :
" Jean Olivier Briand par la miséricorde de Dieu, et la grâce de St. siège, Evêque de Québec, etc. A tous les peuples de cette colonie. Salut et Bénédiction.
" Une troupe de sujets révoltés contre leur légitime Souverain qui est en même temps le nôtre, vient de faire une irruption dans cette Province, mais l'espérance de s'y pouvoir soutenir que dans la vue de vous entralcer dans leur révolte, ou au moins de vous engager à ne pas vous opposer à leur pernicieux dessein. La bonté singulière et la douceur avec laquelle nous avons été gouvernés de la part de Sa Très-Gracieuse Majesté le Roi George III, depuis que par le sort des armes nous avons été soumis à son empire ; les faveurs récentes dont il vient de nouB combler, en nous rendant l'usage de nos lois, le libre exercice de notre religion, et en vous faisant participer à tous les privilèges et avantages des Sujets Britanniques, suffiraient sans doute pour exciter votre reconnaissance et votre zèle à soutenir les intérêts de la Couronne de ia Grande Bretagne. Mais des motifs encore plus pressans doivent parler à votre cœur dans le moment présent. Vos sormens, votre religion Tous imposent une obligation indispensable de défendre d^ tout votre pouvoir votre patrie et votre roi. Fermez donc, chera Canadiens, les oreilles, et n'écoutez pas les séditieux qui cherchent à vous rendre malheureux et à étouffer dans vos cœurs les sentimens de soumission à vos légitimes supérieurs, que l'éducation et la religion y avait gravés. Portei-vous avec joie à tout ce qui vous sera commandé de la part d'un Gouverneur bienfaisant, qui n'a d'autres vues que vos intérêts et votre bonheur. Il ne s'agit pas de porter la guerre dans les provinces éloignées ; ou vous demande seulement un coup de main pour repousser l'ennemi, et empêcher l'invasion dont cette Province paraît menacée. La voix de 1» religion et celle de vos intérêts se trouvent ici réunies et vous assurent de votre zèle à défendre nos frontières et nos possessions.
Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de nos armes, et la signa' ture de notre secrétaire le 22 Mai 1775.
t J. OL. EVÊQUE DE QUÉBEC, Par Monseigneur.
F. PerrauItT, Ptre., SeciiflU
Dans un bon nombre de paroisses, surtout dans celles du nord du «.i.^lrict de MonU'éa), les habitants finirent par prendre le^ armes. Au mois d'octobre, on en vit douze -cents se ivhdro à Montréal.
A l'arrivée de l'armée américaine devant Saint Jean, il y avait dojà dans cette y)laoe 150 Canadiens cominandcH ; ar »1. d,e Bellestre et M. de Longueuil. C'était en partie <lv.s nobles et des négociants riches (jui n'avaient pas craini il'abandonner leurs familles et leurs pro2:)riétés pour vokr :i la défense de la frontière.
Ce|)enihuii la masse de la population canadienne restait indiUéienie à la lutte. Isi la proclamation du G-ouverneur. ni la circulaire de l'Évoque ne purent la décider à prendre les armes. Les Canadiens regardaient le confliet conime une querelle de frères dont ils -connaissaient bien peu la cause. Dans les Anglais et dans les Américains, ils voyaient également des e»^nemis de leur religion et «le leur nationalité. Comme nous avons essayé <b le démontrer, il y a un instant, le gouvernement, jus(iifen 1774, n'avait rien fait pour gagner leur affection, tt l'acte de Québec qui venait à ])eine d'être promulgué, ne leur était presque ]jas connu. Un bon nombi-e -r r;i])pelaient encore que lors de la conquête, les Angl. i> avaient exigé d'eux ou de leurs pères une stricte ncnîralité, et se croyaient tenus de garder la même con.luiie dans cette guerre.
PiusitMr- autres causes contribuèrent à cette abstention : l;i niination de quelques otliciers impopulaires, les injn « . commises dans la distribution des grades, et surio I conduite hautaine de certains seigneurs, (i)
(1) M. - .-.linet donne les détails suivants sur la nomination des officiers :
"En Cfi-- i-.Hncc de cette proclamation (du Gouverneur), M. Dnfy- Desaunier^ f.i nommé Oolotifl. M- Neveu Seves^tre Lieutenant Colonel, et M. St. (Jei'r^o Uupré Jlfijor des milices du di-^trict do iMontréal, à qui il donna I"s .uivoirs do rétablir la milice et de nommer des officiers. Ces trois Ales.-ii' - ••omraencèrent i\ faire des injustices, |'ar favoriser leurg famille." et ■ i- iiiiiis, do manière que les anciens Lieutenants de milice, ils en tire: ■ us Ku.-ieignes, et des personnes qui n'avaient jamais été dans les m • des Capitaines, et laissèrent plusieurs anciens othciers qui n'euieii; i ■ iut do places. Cela fit nombre de mécontents. Toute la ville de M . .il niiirmuroit, et pour comble de m;ilht>ur la populace refusoit d. .ettrc en milice, sous prétexte que le Colonel Tcmnlere
leur aroit j • - (qu'ils se formeroient en compagnies de trente hommes,
Ces derniers prétendaient avoir le droit de les contraindre au service militaire, et voulurent l'employer avec rigueur. Ainsi M. Lacorne, jeune officier de 22 ans, souleva le mécontentement de ses censitaires par son arrogance, et il alla jusqu/à frapper ceux qui lui résistaient le plus. 0) Les mémoires de M. Mazères nous rapportent aussi la conduite impérieuse de M. Deschambault dans sa seigneurie de Chambl}^ et de M. Cuthbert à Berthier. Les Canadiens voulaient bien respecter leurs seigneurs et remplir toutes leurs obligations de censitaires, mais ils leur niaient le droit de commander le service militaire.
Ainsi, tout ce qu'on put obtenir des Canadiens, et cela
et qu'ils auroient la liberté de nommer leurs officiers. Tout ceci se passoit sous les yeux du Gouverneur. Malgré les représentations qui luy furent faites, il ne voulut y avoir aucun égard; au contraire, il fit expé» dier les commissions pour ceux qui avoieut été nommés par jMessieurs Dufy-Desauniers, Neveu-Sevestre et St. George-Dupré. A Québec, Messieurs Voyer, Colonel, Dumont, Lieutenaut-Oolonel, et Dupré l'aîné, Major.
" Dans ce moment critique, les mauvais sujets n'épargnoient point leurs peines pour indisposer le peuple et y mettre la confusion. Ils répétoient continuellement qu'ils avoient eu raison do prévenir les Canadiens, qu'ils auroient le gouvernement françois, et qu'ils seroient sujets aux lettres de petit cachet. Cependant le Général Guy Carieton n'ignoroit point tous ces discours séditieux, mais il ne fit aucune démarche ny punition pour en arrêter les progrès- Il fit envoyer des ordres dans les campagnes pour rétablir la milice, et mettre les Imbitiints en compagnies. Il s'y commit également des injustices et la majeure partie des habitants se trouvèrent mécontei/ts, et même plusieurs paroisses ne vouloient point recevoir leurs officiers. Si les milices eussent resté sur l'ancien pied lors de la conquête du Canada au lieu d'avoir fait drs Baillis, il y auroit eu beaucoup moins de diflicultés. En outre, plusieurs marchands anglois qui étoient à Montréal rei'usèrent de so former en compagnie et de servir comme miliciens, mais William Hey, Ecuyer, Juge en chef, qui étoit à Montréal depuis peu de jours, leur fit une remontrance qui lit un bon efiet, comme étant obligés de donner l'exemple aux Canadiens. Alors ils se soumirent la plus grande jiartie. Le (iénéral passa les milices de la ville en revue, oii les Canadiens luy témoignèrent avoir beaucoup de s tisfacfion de servir sous ses ordres, et ils paroissoient bien disposés à remplir leurs devoirs, et à repousser les Bastounois, s'ils faisoient une nouvelle tentative dans la province.
" Le fjénéral envoya dans les campngnes plusieurs jeunes gens, plus étourdis que sages, pour passer les milices en revue. Le Sr Lacorne fut envoyé à Terrebonne pour cet effet. Tous les habitnnts assemblés témoignèrent de la répugnance à so mettre en mili(?e, parce qu'un d'entr'eux leur avait lu la lettre du Congrès en date du 20 Octobre 1774. "■
(1) Voir les mémoires et documents sur la guerre américaine publiés à la suite de cette conférence, note A.
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^râce surtout à l'infînence de clergé, fut de rester tranquilles chez eux. C'était déjà beaucoup que de résister aux séduciions et aux prome-ses des Américains. Q'!elques miliers d'entre eux eussent-ils favorisé les dessins du Congrès, et le Canada était à jamais perdu pour l'Angleterre.
D'un autre côté, les Américains avaient tout foit pour gagner nos ancêtres, (i) Leurs agents répandus dans les villes et les campagnes, avaient distribue les adresses du Congrès. Dès le début, les marchands les plus riches et les ])lus influi'nts devinrent leurs auxiliaires, et firent de la propagante chez le peuple. On cite, entre autres, M. Fi-ançois'Cazeau, riche négociant de Montréal, qui était
(1) " Dans le mois de Février, dit Sanguinet, le Congrès envoya des députés incor/into, pour conférer avec les marchands des viUes da Québec et de Montréal, pour entrer dans la conspiration, sous prétexte d'acheter des chevaux. Il y eut une assemblée à Montréal, les choses 6'y passèrent seerèteœent. Les députés auroient désiré que les Canadiens eussent été de l'assemblée, mais il n'en fut pas un seul, et les marchands anglois de Montréal leur dirent qu'ils sçavoient que les Canadien- ce vouloient point entrer dans l'union proposée. Effectivement le plus grand nombre prit le parti de la neutralité, sous préteste qu'ils avaient fait serment de ne point prendre les armes contre les arglois. Il étoit de lu politique de les entretenir dans cette opinion ; c'est à quoy les mauvais •sujets ne nanquoient pas.
" Par l'impunité de toutes ces démarches nocturnes, la ville de Montréal fut bien vite remplie d'espions qui avoient correspondance avec plusieurs marchands anglois de Montréal et de Québec. Entiii ils combinèrent à faire leur entreprise sur la province de Québec ; il leur étoit d'autant moins difficile qu'ils étoicnt assurés de la disposition de la plus grande partie des habitants, ils sçavoient en outre tout ce qui se passoit dans la province, le peu de troupes qui y étjit Un grand nombre de marchands fingîois se montrèrent publiquement dévoués en faveur des Bastonnois par leurs discours et elierehaient à soulever le peuple et à mettre la confusion."
Dans une autre page, le même auteur raconte l'incident suivante :
" Le premier May 1775, les mauvais sujets commencèrent à insulter le buste de Sa .Majesté qui était sur la place de la haute ville à Montréal. On trouva le matin le buste barbouillé de noir avec un chapelet de natates passé dans le cou et au bout une croix de bois avec cette inscription—voila LK PAl'K 1>U CANADA KT LK SOTANGI.OIS Au.^sitôt le Généuil
<Tuy Carletfin, Gouverneur de la Province à Québec, fut instruit de l'insulte faite au bu!-te de Sa M.ije.-U^. Les Canadiers indignés et mortifiés d'une telle insulte, à quoy ils ne s'attendoient pas, eurent quelques ditlicultés avec plusieurs anglois à ce sujet. Monsieur de Belestre, ancien capitaine et chevalier de .St. Louis, fut frajipé par un nommé Frinke, et le Sr Lepailleur par le m.mmé Solomon. Il y avoir quelques indicés que c'<^ti'ient des Juifs et des mauvais sujets aoglois qui avoient commis cette insulte, s-ins qu'on ait pu découvrir les criminels."
très-influent parmi les sauvages ; M. Tlis. Walker, (î>qni agit d'une manière si ouverte, qne le crouverneur finit par le mettre en prison, et M. .lames Priée, qui se chargea, sans autorisation, de la défense des intérêts canadiens auprès du Congrès. (2)
Dans leurs proclamations, les Américains faisaient sonner bien haut les avantages de la liberté et de l'exemption des taxes. Suivant eux, laditféreiice de religion ne devait pas empêcher les Canadiens de s'unir à eux. Ilsexposaient en outre les défauts de l'acte de Québec, les invitaient à défendre ensemble des droits communs et à envoyer des délégués au Congrès. (3) Ils espéraient toujours voir nos pères, mécontents des injustices commises prêter leur concours. Mais ces adresses, quoique rédigées avec modération, n'eurent pas le résultat désiré. J^n vain les Américains prociamaient-ils qu'ils n'étaient pas les ennemis de la religion cathalique, les Canadiens connaissaient les sentiments contraircH exprimés dans leur lettre du 5 Sept, au peuple anglais. Ils avaient alors
(1) " Thomas ■Wa.lker, marchand de Montréal, qui demeurait à l'Assomption, employa tous les moyens pour faire révolter les habitants tant de cette paroisse que de celles voisines. Il fit pour cet effet plusieursassemM<5es, il avait même des correspondances avec les Bastonnais. " ■Sunguinet.
(2) " James Priée oui rtoit un marchand de Montréal et qui y avoit fait sa fortune, étoit parti dès le printenijjs pour la Nouvelle Ansleterre, sans doute pour conférer avec ses amis sur le plan qu'il conviendroit pour attaquer le Canada. Il arriva à Montréal après la prise de Carillon ei de la barque à St. Jean. Il assura les Canadiens que le Congrès étoit mortifié de l'insulte qu'Arnold et Allein avoient faite au Canada, que le Congrès les avoit mandés pour les faire punir, il apporta, une lettre du Congrès pour tranquiliser les Canadiens. Tout ceci n'étoit qu'un jeu et que pour mieux tromper les Canadiens, puisque les Provinces-Unies levoient des troupes dans ce temps, pour faire une expédition dans la province de Québec. Le Général interrogea James Priée pour tâcher de connaître la vérité, mais il fut également trompé. Il obtint la permission pour descendre à Québec, oii il resta qnelque temps. Après s'être assuré de la disposition des mauvais sujets de laprovinct' ot avoir pris toutes les connaissances qu'il désiroit, il déserta et se rendit à Boston et de là au Congrès où il rendit compte d.o sa mission et de i'état où. il avoit laissé l'a Province de Québec.
" Le Sieur Levingston, père, qui demeurait près du faubourçr des Récolets avait une correspondance exacte arec les Bastonnois par le moyen des Sauvages, et qui leur apprenait tout ce qui se passait à Montréal, son tils qui commandait un parti Basionnois entraîna ses deux autres frères du consentement de leur j)ère, dans son ])arti." — ,S"nf/uinet..
(;i) Voir la proclamation du Congrès à la note B des mt moires &%■■ documents sur la guerre Américaino^
reproché au gouvernement britannique d^avoir rétabli les lois françaises et reconnu la religion catholique, " religion, disaient-ils, qui avait fuit, en Angleterre, couler des fleuves de sang, avait semé l'impiété, la bigoterie et, la persécution, et porté dans chaque pai-tie du monde le meurtre et la rébellion.'' Ce langage fanatique était une faute grave de la part du Congrès. Aussi contribua-t-il pour beaucoup à assurer la neutivalité de la masse des Canadiens, tandis qu'un bon nombre se déclaraient royalistt'8.
Quelques centaines de Canadiens seulement embrassèrent la cause du Congrès. Ils furent pour cela désignés sous le nom de congréganistes, par les amis du gouvernement. Si l'on excepte les marchands, ils appartenaient presque tous à la classe agricole et industrielle, et n-sidaient dans les villes et dans les paroisses de la rivière Chambly.
Carlelon, n'ayant pas réussi à lever en masse la milice canadienne, essaya de former des corps de volontaire.-*, et i)Our ci'la offrit des octrois de terre. Quelques centaines seulement acceptèrent ces avantages, (i) Il s'adressa ensuite aux sa'uvages et s'etforça de le« convaincre quMl était de leur intéiêt de faire cause commune avec lui. Il en gagna plusieurs centaines, malgré les tentatives contraires faites par M. Cazeau et autres partisans des Améi-icains. Le colonel Guy Johnston en reunit cinq à six cent des diverses nations. Mais leur zèle fut de peu de durée. Ils se débandèrent au mois d'octobre, lorsqu'ils virent l'avantage passer du côté des Américains.
(^uand Montgomeiy j)arut devant Saini-Jean, Carleton était dcj! assez bien préjtare. La garnison de ce fort, commandée par le Major Preston, se comi^osait de 300 réguliers, de 150 volontaires canadiens, et d'iui );etit nombre de sauvages. Ce fort quoique en mauvais ordre, était défendu par une bonne artillerie. Carleton devait aller au secours de la garnison avef la milice de Montréal et l'-s volontaires que le Col. McLean devait amener de Québec.
Montgomery commença le siège de Saint-Jean, le 17
(I) Nous sommes porté à croire qu'un seul régiment, le Royal Emi-grant du col. McLean, se forma avec ces coaditions.
•se-ptembre. (l) Il venait de recevoir un renfort qui portait 8on armée à 1500 hommes environ. Le nouveau général, irlandais de naissance, était un officier distingué, idole de ses soldats. Entré dans l'armée anglaise en 1756, il avait combattu à Louisbourg, suivi ensuite l'armée du général Amherst, chargée en 1759 delà conquête des forts du Lac Chamjjlain. Plus tard, on le retrouve dans les Indes Occidentales, où il est élevé au grade de capitaine. En 177::?, ayant abandonné le service militaire, il se fixa aux Etats-Unis, et il s'y livra <à l'agriculture. Au commencement de la révolution, il embrassa la cause des Américains qui le déléguèrent au premier Congrès de New York, et peu ajirès. le nommèrent brigadier-général dans l'armée.
Montgomery, érigea une batterie du côté nord du fort Saint- Jean. Un d tachement de volontaires et de soldats sortit pour s'opposer à ces travaux. Il y eut une escarmouche assez sérieuse ])endant laquelle les assiégés perdirent deux soldats et M. Beaulien des Ruisseaux. Comme les munitions manquaient aux Américains, le siège fit d'abord peu de progrès. Ils se rendirent maîtres de toutes les campagnes du sud, et établirent un camp à Laprairie et un autre à Longueuil, et toute com-
(1) "Quand M. Longueuil fut rendu à Saint-Jean, il eut ordre d'aller passer la nuit à deux milles du fort avec trente des volontaires. Les Bastonnois, qui s'étuieiit retires à l'Ile-aux-Noix après le combat avec les Sauvages, revinrent cette même nuit en beiges pour prendre possession des retriinchements qu'ils avuient faits quelques jours auparavant h l'endroit même oîi M. de Longueuil et les trente volontaires étoient logés. Ils c-rurent qu'ils ne pourroient point soutenir aux Bastonnois. Etant trop jieu do monde — ils les abandonnèrent. Mais par réflexion les Sieurs Perthuis, de la Bruère, Canipion, et un sauvage abénakis, entrèrent diins une petite maison qui était dans les retranchements, pour y faire du feu pour se chauffer. Messieurs de Boucherville et de la Magdeleine restèrent dehors de la maison en faction, et le restant des volontaires s'embarquèrent diins un bateau pour faire en sorte de découvrir les Bastonnois, mais ils étoient sur leurs talons sans qu'ils s'en apperçussent, car la maison étoit investie quand le Sieur Perthuis et les autres voulurent en sortir. Le tjicur Peithuis, interprète des Iroquois fut tué, avec le sauvage abénakis, le Sieur de la Bruère eut les bras cassés et le Sieur Carnpion se sauva sans aucun mal. Les volontaires qui étoient dans le bateau voulurent aller leur donner du secours, mais ils furent fusillés pas les Bastonnois, sans qu'il y eût ]>ersonnR do tué ny blessé. Après cette petite action lei Bastonnois, au nombre do douze à quinze cents — vinrent se camper auprès des retranchements de St. Jean, pour l'assiéger. Dès lors lus Sauvages so retirèrent dans leur village."
Siiitt/ui'iet,
municntion entre Montréal et Saint- Jean fut dès lors in^ terrompue. (i)
Les AniériL-ains, sacliantqne la ville de Montréal était mal défendue, tentèrent de la tsurprcndre, comptant pour réussir sur le concours des mécontents. Le 24 septembre, le Col. Allen traversa de Longucuil avec 150 hommes. A cette nouvelle, les citoyens prirent d'eux-mêmes les armes. Le général Carleton permit à 200 volontaires canadiens, aune trentaine d'anglais et à quelques réguliers d'aller à leur rencontre. Ils trouvèrent les Américains à la Longue-Pointe et les attaquèrent avec vigueur. Pendant une demi-heure le combat fut vif. Les Américains eurent cinq hommes tués et plusieurs blessés. Ils commençaient déjà à retraiter, lorsque les nôtres les cernèrent du côte du bois et firent prisonniers le Col. Allen et 36 soldats. Ce succès ne fut pas obtenu sans des pertes sérieuses de notre côté. Le major Carden et M. Patersoii, marchand, blesses grièvement, moururent peu après. Un canadien et un soldat furent aussi tués. Carleton comptait si peu sur la victoire, qu'il se tenait prêt à s'embarquer avec ses officiers sur les navires, si les cito3'ens étaient re])Oussés. (2)
(1) *' Les Bastonnois, dit Sanguinet, mirent un camp au fort de La Prairie de la Magdeleine et ua autre au fort de Longueuil. Par ce moyen ils avoient la facilité de courir toutes les campagnes du sud jusqu'à Sorel. Malgré l'invasion des Bastonnois dans toutes les côtes du sud, tout paroissait aussy tranquille à Montréal que si nous eussions été dans une profonde paix. Cependant les citoyens de Montréal voyoient avec douleur que le Général faisait embarquer dans les navires qui étoient mouillés devant la ville, toutes Us vivres du Koy, le bag;ige des troupcj qui étoient à St Jean. Tout étoit disposé à jiartir pour Québec à la ])reuiicre alerte. Il n'y avait plus de communication dan?- les campagnes du sud, et même on ignorait ce qui s'y passait. L'on vit la ville se remplir d'étrangers qui arrivoient tous les jours sous le titre de marchands, quoiqu'ils fussent réellement des olliciers des Bastonnois qui avoient bloqu.,- les retranchements à St. Jean, qui étoient conséquemniunt autant d'espions."
(2) Extrait du Mémoire de Sanguinet :
" Nous étions dans cette situation au 24 Sei.tembre 1775, quand Allein, un chef des Bastonnois, avec environ cent cinquante hommes du oamp de la Pointe-Olivier, traversèrent de Longueuil au Courant Ste. Marie près Montr^-al à dix heures du soir. 11 se logea chez jilusieurs habitants. Dans la nuit Allein, Loizeau et Dugand, vinrent dans plusieurs maisons du faubourg de Québec, particulièrement chez Jacques Roussain qui était passager do la ville à Longueuil, qui leur prêta dos canots pour leur aider Ji traverser une i artie des Biistonnois qui étoient ^ncore au fort de Longueuil II fut môme les voir à Ste. Mario avec sept
Ce succès encouragea beaucoup la population de Montréal, et réveilla le zèle des habitants. Ces derniers arrivèrent à Montréal les jours suivants en grand nombre. Au commencement d'octobre, on en comptait 1200 auxquels le gouverneur distribua dos armes, (i) La milice
ou huit autres. Le Général Guy Carleton, ainsy que les citoyens de la Wlle, ignoroit que les B.istonnois fussent si près de la ville, jusqu'au vingt-cinq, à neuf heures du matin, qu'un nommé Deshotel, qui alloit à sa terre à la distance d'une lieue plus bas que Montréal, qui vit les Bastonnois dans plusieurs maisons; alors il revint aussitôt par les champs pour avertir la ville. Dans l'instant l'on ferma les portes et l'on fit battre la générale. Aussitôt les citoyens canadiens et anglois de la ville se rendirent dans le Champ-de-Mars avec leurs armes, et de là à la cour dos casernes pour prendre des balles et de la poudre pour aller repousser l'ennemi. Cette démarche se fit d'eux-mêmes, sans avoir reçu d'ordre, ny même de permission du Général. Pendant ce temps l'on vit plusieurs personnes, et surtout le Colonel Jamson (Johnston), Surintendant des Sauvages, Clause et toutes les femmes et enfants des officiers qui, avec leur bagage, s'embarquèrent dans les navires qui étoient mouillés devant la ville.
" Les citoyens sortirent de Montréal au nombre d'environ trois cents canadiens et trente marchands anglois. Le reste des marchands anglois ne voulurent point y aller. C'est là oîi on reconnut le plus ouvertement les traîtres. Il sortit aussitôt de la ville environ trente hommes de troupes. Les Bastonnois se replièrent dans une maison et une grange, et c mmencèrent à tirer. Le feu fut vif de part, et d'autre. Des Canadiens cernèrent les Bastonnois du côté du bois, et leur coupèrent chemin. Il fut fait prifcfnniers dans cette action environ trente-six Bastonnois avec Allein qui était leur chef. Il y en eut plusieurs de blessés et tués, et le reste prit la tuite. Nous eûmes le Major Carden qui fut blessé, et le Sr. Alexandre Paterson, marchand de distinction, qui sont morts de leur.s blessures; un soldat et un ouvrier tués, et un manchonnier blessé. Pendant le combat, le Général Guy Carleton et le Brigadier Prescot restèrent dans la cour des casernes iivec environ quatre-vingt et quelques soldats, lesquels avoient leurs havresacs sur le dos et leurs armes, prêts à s'embarquer dans les navires, si les citoyens de la ville étoient repousses ; mais tout le contraire heureusement arriva, car ils revinrent victorieux avec leurs prisonniers que l'on mit à bord des navires. Sitôt leur retour, les citoj'ens préposèrent au Général que s'il vouloit, il partiroit quatrevingts ou cent citoyens à cheval et en calèche pour poursuivre les fuyards bastonnois, mais il les refusa. Cependant il étoit facile de tous les prendre, car une partie s'étoit sauvée à la coste St. Léonard et dans les bois. Il n'était question que d'aller s'emparer des canots qui étoient le long de la Longue Pointe et de la Pointe-aux-Trembles, par ce mi>yen ils n'auroient pas pu traverser du côté du sud, ce qu'ils firent pendant la nuit suivante, mais non jias s.ans crainte. "
(1) " Les habitants des campagnes, dit Sangninet, se montrèrent si zélés qu'il vint à .Montréal quarante-deux hommes de Sainte-Anne, à dixhuit lieues de Québec. Les habitants de la ])aroisse de Varennes se distinguèrent plus qu'aucune autre qui est située au sud du fleuve St. Laurent, dans laquelle les Bastonnais passaient et repassaient tous les jours. Il arriva à Montréal plus do trois cents de cette paroisse, avec la
de Montréal fouiniseait en outre 600 hoinmes qui irionté-^ 1-ent la garde régulièrement. Les bourgeois et les mar^ chands des deux origines, non compris dans la milice, ^'étaient organisés en compagnie de volontaires. Tous étaient remplis do ?-èle, et attendaient avec impatience les ordres du gouverneur.
Avec les rai liciens, les troupes régulières et les sauvageSj le gouverneur pouvait former un camp de 2500 hommes. " Cette armée, dit Sanguinet, aurait été plus que suffisante pour faire lever le camp de Saint-Jean Tout le
inonde se flattait que le général donnerait ordre de traverser à Longueuil.'* 11 refusa toujours, au grand mécontentement de tous, disant qu'il ne voulait pus perdre de monde, que le temps n'était pas encore venu pour traverser. Il permit cependant à 60 Canadiens et à quelques soldats d'aller à Longueuil, et une autre fois, 200 autres firent une descente à Boucherville ; mais ils ne purent rencontrer les Eostonnais. " Tout le monde, continue Sanguinet, gémissait contre la conduite du général, et se persuadait qu'il avait reçu des ordres de la cour d'Angleterre etin d'épargner le sang de ses sujets dans l'espérance que les Eostonnais rentreraient dans leur' devoir. "
Evidemment le gouverneur ne montra pas assez do confiance dans nos ancêtres. Il s'eû défiait à tort, ces braves étaient trop bien disposés pour le trahir. Mais il -voyait dans la population de Montréal un grand nombre de personnes qui montraient ouvertement leurs sympathies pour les Américains. Il se trouva en outre trompé par la défection des habitants de Chambly et des sauvages qui abandonnèrent la cause du roi.
Carloton perdit ainsi l'occasion de secourir à temps les garnisons de Chambly et de Saint-Jean, et d'opérer sa jonction avec le colonel McLean. Ce dernier confor-
ïneilleuro Volonté du monde. Alors plusieurs paroisses des enyîrons da Montréal s'offrirent h marcher contre les Dastonnais de bonne volonté. Il le trouva, au commencement du mois d'octobre dans la ville de Montl'éiil plus de douze cents habitants des campagne», joints à plus de six Cents de la ville, des faubourgs et de la banlieue de Montréal, ce qui auroit fait une petite armée respectable. îl auroit été facile de traverser an sud du fleuve St. Laurent et de s« camper auprès du fort de Longueuil, il arriva aussy à Montréal cent sauvages du Lac-de8-D«ui-Moa' ««gn«g «t de St. Régis. "
triénient à ses ordres avait réuni à Québec environ 350 Canadiens et soldats du Royal Emigi-ant. Ceux-ci étaient composés en partie des montagnards de M. Fraser, licenciés après la conquête. U se dirigea vers Sorel, et prit en passant aux Trois-Rivières 67 miliciens levés dans les environs de la ville, (i)
La reddition du fort Chambly fut un rude échec pour la cause du roi. Muntgomery avait envoyé le major Brown avec 150 hommes attaquer ce fort, et lui avait associé le major Livingston. Ce dernier, qui avait résidé dans l'endroit où il avait des parents et des amis, s'était mis à la tète d'un certain nombre de Canadiens de Chambly et des environs. (2) L'ennemi avait à peine tiré quelques coups de canon, que le major Stepford. capitula honteusement, le 18 octobre, après un jour et demi de siège, et avant qu'aucune brèche n'eiit été faite au fort qu'il livra ainsi avec 17 canons et une grande quantité de munitions* (3)
(1) Ces miliciens étaient ?ou3 les ordres de M. Godefroy de Tonnancourt et de M. de Lanaudière. lis appartenaient aux paroisses de la Rivière du Loup, de Machiche et de Maskinongé. Les habitants des autres paroisses refusèrent de prendre les armes. Juumal de J. B. Badeaux.
(2) " James Livingston, Jérémie Dugan, perruquier, et Loizeau, forgeron, qui demeuraient dans la Rivière Chambly firent révolter quelques habitants de la Pointe Olivier, et se déclarèrent leurs chefs " .. ■Sanguinet. (Le Col. James Livingston était le fils de John Livingston dô Montréal.)
(3) " Le général Montgomery envoya environ cent cinquante hommes, le iS d'octobre, pour attaquer le fort Chambly, avec une pièce de canon de douze et une autre de quatorze. Pendant ce petit siège les Bastonnoia Venoient à Longueuil, vis-à-vis de la ville, battoient du tambour et jouoient du fifre et même tiroient quelques coups de fusil, sans doute pour se moquer et pour intimider les espfits ; mais il est certain que lô commandant du fort Chambly, avec sa garnison au nombre d'environ soixante hommes, se rendirent aux Bastonnois après quelques coups dô canon, sans perdre un seul homme de part ny d'autre. Les Bastonnoia trouvèrent dans ce fort cent trente trois barils de poudre, cent cinquante quarts de farine, dix pierriers, cinq mortiers, deux pièces de canon, trois cents bombes et les drapeaux des troupes qui étaient dans les retranchements de St. Jean. Ils avoient grandement besoin de ces articles, car ils manquoient tellement de tout. On n'apprit cette nouvelle à Montréal que huit jours aprè8> encore parce que ce fut M. Montgomery qui envoy* un de ses soldats en apporter la nouvelle au Général Guy Carletun. Cette nouvelle afiligea toute la ville de Montréal, et les citoyens reconnurent plus que jamais que si le Général avoit voulu faire un camp au fort de Longueuil, qui n'est qu'à quatre lieues de celui de Chambly, U est certain qu'il n'auroit point été pria» ny même attaqué, car en moint àe deux heures l'on pouVoit luy donner dds dècbur*. " Sanguinet,
"^ ôo —
Avec ce matériel, Montgomery put ériger une nouvelle' batterie contre le fort Saint-Jean, et le 1er novembre, il commença un feu des plus vifs, qui blessa plusieurs des assiégés. Le lendemain, il envoya un prisonnier annoncer au major Preston l'insuccès du général Carleton devant Longueuil et lui demander là capitulation immédiate de la place. (0
Les assiégés commençaient à perdre l'espoir d'être Secourus à temps ; déjà ils étaient réduits a la demiration. Ils consentirent donc à capituler, moyennant les honneurs militaires, puis ils déposèrent les armes. On permit cependant aux officiers de reprendre leurs épées en considéi-ation de leur bravoure.
D'ajjrès les mémoires du temps, il y eut de notre côté, pendant le siège, 14 hommes tués et "il blessés. M. de Salaberry, père du héros de Châteauguay, était au nombx'e de ces derniers. Les pertes des Américains étaient un peu moins considérables. (2)
La conduite du major Preston, de ses troupes et dès volontaires fut digne d'éloge. Ils avaient enduré les fatigues d'un siège de 45 jours, dans un fort mal construit. Les nobles et les bourgeois s'étaient surtout distingués,
(1) "Montgomery, dit M. Bérthelot, fait annoncer au Major Preston, la tentative infructueuse da général C. devant Longueuil, et lui envoie en même tems le prisonnier Lacoste, qu'il fait le porteur de la lettre dont auit copie :
" M. c'est avec lé plus grand regret du monde que je vois une troupe " aussi vaillante et de si bons patriotes si obstinés à répandre leur sang " et à défendre une place qui n'est plus défendable par aucun endtoit. " J'ai appris par un de vos déserteurs que vous perdiez vos munitions et " vos instruments de guerre. Une telle conduite me rendrait excusable " des extrémités auxquelles pourroient se porter mes soldats." Cette lettre fut suivie d'une cessation d'hostilité et de pourparlers relatifs à la reddition de la place.
" Le 3, la gamisoir de St Jean, aux termes de sa capitulation, sortit de ses forta, les armes à la main, avec deux pièces de canon, tambour battant, mâche allumée, en fit le tout et, au commandement du Major Preston, mit bas les armes. Le Major Américain qui était venu avec un détachement pour être présent à la reddition de la place, dit aux officiers anglois et aux volontaires Canadiens que d'aussi braves gens méritoienC une exception en leur faveur, et leur permit de reprendre leurs sabres et leurs épées ; ce qu'ils acceptèrent comme un témoignage hofibrable de eur courage. " — Mémoire de M. A. Berthelol.
(2) D'après la lettre d'an officier, les Américsins n'eurent que 9 tuéa et 5 ou 6 blessés j 17 canons furent pris.— (Verréau, Invationdu, Canada, page 360.)
^t on les vit s'etposer comme de simples soldats ; eseilti^ pie insigne de dévouement et de respect pour l'autorité^ digne de notre plus vive reconnaissance. Ces braves, oubliant leurs anciens griefs contre l'Angleterre, avaient d'eux-mêmes couru à la frontière au premier danger, et pour cela, fait des sacrifices considérables. Ils défendirent le drapeau britannique avec la même ardeur qu'ils avaient déployée autrefois, eux ou leurs pères, à Carillon et sur les plaines d*Abraham pour le drapeau français^ Maintenant ils allaient subir les privations et les ennuis ■d'un exil de plus d'une année^ car toute la garnison composée de 500 personnes, fut envoyée prisonnière dans les États de la Nouvelle- Angleterre, (i)
Voici comment s'était passée la malheureuse affaire de Longueuil. Ca!t*leton, cédant enfin à l'impatience de pes troupes, s'était décidé, le 26 octobre, à traverser le fleuve sur des bateaux, à la tête de 800 Canadiens et 300 soldats et sauvages. Au lieu d'aller rejoindre le corps do McLean, à Sorel, il tenta de débarquer à LongueuiK ].à se trouvaient 300 Américains, commandés par Warner, et avantîigeusement postés. Ils laissèrent approcher les vaisseaux près de terre et commencèi-ent un feu si ardent que Carleton ne crut pas devoir débarquer, etj donnant oi-dre de virer de boi-d, il revint à Montréal, laissant sur le rivage quelques canadiens et sauvages qui furent ou tués ou faits prisonniers. (2)
(1) M. Duchesnay, dans «ne lettre du 31 janvier 17^6, donne 1« nom des otiiciers du corps des volontaires : M. de Bèllestre, colV>neI, M. dé Longueuil, major, MM. de Boucherville, de la Valtrie, de St. Ours, de Kouville, d'BschambauIt et de Lotbinière, capitaines. (Invasion du Canada par l'abbé Verrean page 324.) Parmi les autres, on remarquait MM. de la Corne, de LaBruère, de Mo&tigny, de LaMadelaine, de Montesson, de Salaberry, de Toanancottr, Duchesnay, do Florimont, Perthuis^ Hervieux, Gauchers, Moquin, LAmarque, Demusseau, Campion, Qiassoa <et Beaubien. (Bibaud, Histoire du Canada.)
(2) Sanguinet raconte ainsi l'insuccès de Carleton devant Longueuil : " Enfin le lundi trente octobre, le Général Ûay Carleton annonça qu'il
avoit envie d'aller débarquer à Longueuil. Dans !« moment il se trouva 'environ huit cents hommes canadiens, cent trente hommes de troupes et quatre-vingts sauVages qui s'embarquèrent dans quarante bateauXv berges et chaloupes. Cette petit» armée s'assembla dans la cour de* casernes à Montréal, à qui ob distribua de la pondre et des balles. Lô eénéral assembla quelques officiers dans u&e chambre, et leur donna l'ordre de la marche qu'il falloit tenir. En suite de quoy cette petite %rmée partit» les bateaux travei^ètent tout droit à Longueuil. Il* arrt*
McLean avait en vain attendu, à Sorel, l'arrivée de gouverneur. Il s'était cependant avancé jusqu'à Saint- Jjenis ; mais il trouva les ponts rompus et une jjartie des habitants mal disposés. Le fort de Chambly venait de tomber au pouvoir de l'ennemi; il retourna alors à Sorel. Là, une partie de ses troupes, gagnée par les partisans américains, l'abandonnèrent. Il s'embarqua peu après pour Québec, avec une centaine de soldats de son régiment.
Après la retraite de McLean et la capitulation de Saint-Jean, le général se vit dans l'impossibilité de se défendre plus longtemps à Montréal. Il songea à descendre à Québec avec le reste des troupes régulières pour s'y retrancher, en attendant l'ai-rivée des secours d'Angleterre. Il s'embarqua avec le brigadier Prescottet
vèrent près de terre à trois quarts de Lieue au-dessus du fort, ils n'y trouvèrent qu'une garde de dix hommes, qui fut au moment de se sauver, mais comme l'on fit signe aux bateaux les plus près de terre de se retirer au large, la garde des Bastonnois tira sur eux. Ensuite les bateaux se promenèrent devant Longueuil, comme les jours précédents, hors de portée de fusil. Pendant ce temps les Bastonnois qui étoient dans le fort de Longueuil vinrent rejoindre la garde au nombre de cent quatre hommes, et trente qui étoient restés dans le fort. Enfin, fatigué de se promener, le Général descendit dans l'île Ste. Hélène, et quelques Canadiens avec les sauvages mirent pied à terre sur les battures et commencèrent à fusiller sur les Bastonnois qui ripostèrent: tout» le reste fut spectateur. M Montigny, l'aîné, qui conduisoit un des bateaux sur lequel il y avoit un canon, demanda au Général ce qu'il falloit faire j il luy répondit qu'il falloit aller souper en ville. Sur les cinq heures du soir les Bastonnois amenèrent une pièce de canon, qu'ils avoient reçue le matin du fort Chambly, qui commença à tirer sur notre petite armée. Alors le général revint en ville avec tout son monde. Les sauvages et quelques Canadiens qui étoient avec eux sur les battures se distinguèrent .dans ce petit combat. Il y eut trois sauvages de tués et deux fait prisonniers; le sieur Jean-Baptiste Lemoine et un nommé Lacoste, perruquier, furent aussy faits prisonniers."
Voici la version de M. Berthelot sur la même affaire : " Pendant qu'il (McLean) attendoit avec impatience l'arrivée da Gouvr. Carleton, celui-ci partit en effet de Montréal avec 800 miliciens et se rendit à l'Ile Ste. Hélène, vis-à-vis cette ville, et y resta environ 3 jours ; mais enfin cédant à l'impatience des Canadiens, il se détermina, le 26 au matin, à traverser à Longueuil. Comme il approchait de terre, il apperçut que l'ennemi se donnoit beaucoup de mouvement, «ans doute dans le dessein de s'opposer à son débarquement. C'étoit en effet le Col. Warner qui était à la tête de 306 Vermontois. Quelques Canad. ayant eu la témérité d'aller à terre, entendirent de toutes parts silBer les balles de l'ennemi et se réfugièrent derrière les rochers, espérant que le Gouvr, viendrait à leur secours. Il n'en fut rien, et ils furent faits prisonniera : de leur aombre était un Mr. J. Bte. De^pins et Laooste, perruquier,
120 soldats sur les vaisseaux qu'il avait à sa disposition^ Le malheur semblait le poursuivre. Rendu à La Valtrie^ les vents contraires le forcèrent de jeter l'ancre. Il éprouva alors les plus vi.ves alarmes ; car, déjà un déta^ chement d'Américains avait été envoyé à Sorel pour lui couper la retraite et le faire prisonnier avec sa suite. Garleton fit un dernier effort ix)ur se rendre à Québec et empêcher la capitale de tomber au pouvoir des Américains. (1) Se confiant à l'habileté du Capt. Bouchette, il
(1) M. Berthelot raconte ainsi le voyage àe Garleton do Montréal ai Québec :
" Les éléments semlôlèrent conspirer contre le gouverneur. A la Valtrie le vent changea et soufflant aVec Violence du côté du Nord EsC )e força de mouiller devant c-ette paroisse.
" Cet obstacle ayant continué jusqu'au 16 et le Gouverneur appercevant des chaloupes canonnières parmi les îles qui sont du côté opposé et des ennemis qui le poursuivoientpar terre, éprouva les plus vives alarmes pour sa persohne. Les bruits couroient qtie les Américains avoient dressé de fortes batteries à Sorel et dans différentes parties des îles qui 3ont au Nord, quand il n'en étoit rien. Il fit tirer un coup de canon pour appeler tous les Capitaines de ses vaisseaux à son propre bord, leur exposa sa position et leur demanda quel étoit leur avis. Tous furent da,ccord qu'il fallut tenter tous les moyens possibles pour le conduire ai Québec, qui était alors le seul endroit capable d'arrêter les progrès de l'ennemi et oil sa présence étoit de la pl'us grande importance. Le Capitaine Belette, qui étoit un ancien marin d'un courage à toute épreuve, à qui on avoit confié les poudres enlevées de Montréal, et qui avait fait bastinguer sa goélette arfnée, pour se garantir dès boulets que pouvoient tirer les chaloupes de l'ennemi, ouvrit le premier son avis : il dit qu'il ne voyait pas un danger bien éminent et qu'il répondoit sur sa tête de sauver le Grouverneur et toute la flotte, qu'il s'engageoit à lui seul de donner tant d'occupation aux chaloupes américaines, si toutefois il ne les couloit pas toutes à fond, qu'il lui donneroit le tems de se rendre en toute sufeté à' Québec avec tout son monde. Le Capitaine Bouchette que l'on surncmmoit La Tourte, à cause de la célérité de ses Voyages, s'offrit de condiiiî^ le Gouverneur en berge, et cet aVis prévalut. La nuit du 16 au 17- le Gouverneur confia soi personne au Capitaine Bouchette. La partie des rames qui portoit sur le bois étoit enveloppée de drap, afin d'éviter le bruit. En passant par le chenail de l'Isle Du Pas, les hommes ne nageoint qu'avec les mains. Pendant cette nuit le Gouverneur ne renconira aucun ennemi. Lorsque la berge fut snr le lac St. Pierre, les' rameurs firent toute la diligence possible, et le Gouverneur arriva le 17, vers midi, au port des 3 Rivières. Il débarqua avec son Aide-de-camp M. De Lanaudière, M. le CheValier de NiVerville et le Capitaine Bouchette. La première personne quil rencontra fut M. MalColm Fraser, ancien Royaliste, qui lui assura qu'il n'y avoit point d'Américains dans la ville, mais qu'il y en avoit à la Pointe aux Trembles près de Québec. Il ne pouvoit le croire, mais M le CheValier Tonnanoour, qui en arrivoit, le lui confirma. Il alla dîner chez M. Tonnanoour, père. M. Maillet, père, en allant lui faire visite, lui dit qu'il avoit appris qu'il y avoit 60ff Américains à Machiche, (jui ne dévoient point tarder d''ar!riv«i. A 3'
part dans une légère embarcation avec M. de Lanaudière, son aide-de-camp, et M. Niverville. Afin d'empêcher tout bruit possible, on a la précaution d'envelopper les rames de flanelle; on parvint ainsi sans accident aux Trois-Eivières. Là, Carleton apprend, à sa grande surprise, l'arrivée des Américains à la Pointe-aux- Trembles. (i)
Il se hâte de continuer sa route et rencontre, au pied du Eichelieu, un petit vaisseau armé à bord duquel il
heures après-midi, il rembarqua dans sa berge, fit toute la diligence possible, rencontra au pied du Richelieu le SénautFell, armé, commandé par le Capitaine Napier, au bord duquel il embarqua, passa sans danger devant la Pointe aux Trembles oii étoit Arnold et arriva à Québec dimanche le 19 après-midi, accompagné de son Aide-de-Camp, M. De Lanaudière, du Capitaine Owen, du Lieutenant Telwyn du 7e régiment et de quelques-uns de ses soldats.
" Voilà ce qu'après bien des recherches j'ai trouvé de plus certain sur le retour du Gouverneur qui fut d'une si grande importance pour la défense de Québec et qui a été rapporté par plusieurs personnes avec des circonstances différentes.
" Quant à la flotte que le Gouverneur Carleton avait laissé à laValtrie, Toiei quel fut son sort.
" Le vent contraire la retenant toujours, le Colonel Easton en faisant montre de quelques chaloupes canonnières vint à bout d'intimider le Colonel Richard Prescott, qui en avait alors le commandement. Suivant les ordres qu'il en avoit reçus du Gouverneur avant son départ, il fit jeter les poudres et les boulets à l'eau. Le 19 matin, le Colonel Easton l'aj'ant sommé par le Major Brown de se rendre, il dit qu'il étoit prêt à livrer la flotte, à condition qu'il lui fût permis de se rendre à Québec avec sa troupe. Le Colonel Easton rejetta la proposition, en lui faisant dire que, si sous quatre heures, les bâtiments ne se rendoient, il les feroit prendre à l'abordage. Ce fut ainsi que le Colonel anglois livra 11 vaisseaux et se rendit prisonnier de guerre avec plusieurs ofiîciers et 120 soldats, quand plusieurs de ces vaisseaux étoient bien équippés. Pour combler les désastres du Gouverneur cette flotte fut conduite à Montréal oii Montgomery en fit usage pour aller rejoindre Arnold. "
(1) " Ce jourd'hui le 17 de novembre, est arrivé en cette ville, sur les midy, M. le Général Carleton, accompagné de M. le Chevalier de Niverrille et de M. Lanaudière fils. Ils étoient en berge et conduits par le Capitaine La Tourtre (Couchette.) En débarquant au port, M. le Général Carleton ayant fait Jrencontre du Sieur Malcolm Fraser, lui ëemanda si les Yankais étoient venus jusqu'icy ? Celui-ci lui fit réponse que non, mais que l'on avait appris qu'ils étoient à la Pointe-aux- Trembles, près de Québec. M. le Général ne le voulut point croire, mais étant arrivé chez M. de Tonnancour, cette nouvelle lui fut confirmée par Jï. le 'Chevalier do Tonnancour qui arrivait dans le même moment de Québec. M. Maillet en allant lui rendre visite lui annonça qu'il y en avoit 600 à Machiche, qui ne tardoient que le moment d'arriver. M. le Général dina et partit environ sur les 3 heures, espérant marcher toute la Quit et se rendre à Québec sans danger." — (Journal deJ. B. Bndea^x.y
s'embarque, passe sans danger devant la Poînte-aux- Trembles, et arrive le 19 novembre à Québec, où il était attendu avec la plus grande impatience.
Montgomery était, depuis plusieurs jours, en possesbion de Montréal ; il avait trouvé cette ville sans défense et sans organisation. Il se mit aussitôt à la poursuite de la flotte, et força le brigadier Prescott de se rendre avec ses onze vaisseaux, (i) Les Américains s'en servirent pour rejoindre Arnold,
Ce dernier s'était rendu à Québec par une route dangereusef, considérée comme impi-aticable. OflScier doué de talents militaires, brave jusqu'à l'imprudence, il ne craignait aucunement les difficultés. Le 13 septembre, il partit avec 1100 hommes de l'armée de Boston, et suivit le cours de la rivière Kennebec jusqu'à sa source. (2) Il franchit ensuite les hauteurs des Alléghanis et après des peines inouïes, il atteignit la rivière Chaudière. Le 4 novembre, il arriva enfin à Satigan (ouSertigan), première habitation canadienne. Son armée, dans un voyage de plus de quatre semaines à travers un pays inhabité, avait souffert de la faim et enduré des fatigues incroyables. (3) A son arrivée à Lévis, le 9 novembre, elle avait diminué d'un tiers par la désertion et la maladie. L'état des soldats était pitoyable; ils n'avaient plus que des haillons, leurs vêtements s'étant usés pendant la route. (4)
(1) Prescott se rendit le 17 novembre arec onze autres officiers et 120 soldats. Il demeura prisonnier de guerre jusqu'en Sept. 1778 ; il fut alors échangé contre le général Sullivan. Doc. Hist. of N. Y. Vol. 8tb, page 659.
(2) Ces troupes consistaient en dix compagnies de carabiniers de la Nouvelle- Angleterre et trois compagnies de fusiliers de la Virginie et de la Pensylvanie commandés par le Capt. D.Morgan. Les principaux officiera étaient le Lt. Col. Greene, le héros de Red Bank, Enos, le Major Meigs, et Bigelow. Enos ayant manqué de vivres, retourna à Cambridge. Loaaings, Field-hook of the Révolution.
Le même auteur cite le fait suivant : " Morgan's riflemen wore linen frocks, their common uniform. The Canadians, who first saw thèse émerge from the woods, said they were vêtu en toile, clothed in linen cloth. The word toile was changed to tôle, iron plate. "
(3) Voir à la note C des Mémoires et documents un extrait du journal du juge Henry qui nous donne une idée des misères souffertes par l'armée d'Arnold, dans cette expédition.
(4) Extrait du journal du Major Meigs.
" 4th Nov. In the morning continued our msroh, at eleven o'oloek arrived at Frenob bouse, and were bospitably used ; tbis is tbe fini bouM
Pai* bonheur, le lieutenant-gouverneur Crémah'^, prévenu de son approche, avait fait éloigner les embarcar tions. Sans cette précaution, Arnold aurait pu surprendre la ville. Il ne put donc traverser le fleuve que dans la nuit du 13 au 14, et débarqua à l'Anse de Wolfe. L'armée suivit le même chemin que "VYolfe dans la guerre précédente et parut sur la plaine d'Abraham, (l) Comme elle manquait de munitions, et qu'elle n'était pas assez nombreuse pour attaquer la ville, elle retraita à la Pointe-aux-Ti-embles. C'est là que Montgomery vint la rejoindre le 1er décembre, et les deux armées s'approchèrent de Québec.
Jusqu'à présent, la cause des Américains a réussi audelà de toute attente. Maîtres des forts du lac Champlain par un coup de main hardi, ils se sont emparés des forts Chambly et Saint-Jean ; Montréal et Trois-Rivières leur ont ensuite ouvert leurs portes. Enfin leurs
I saw, for thirty one days, having been ail that time in a roiigh, barren and inhabited wilderness, where we never saw ahuman being except our own men. Immediately after our arrivai we were supplied with fresh beef, fowls, butter, pheasantâ and tegetables. The settlement is called Sertigan, and is twenty five leaguts from Québec.
" 5th. Marched down to the parish of St. Mary's ; the country thinly settled ; the peuple kindly supplied us with plenty of provisions.
" 6th, 7th, 8th Se 9th. 1 was on business up and down the country on each side of the river ; the inhabitants very hospitable.
" lOth. I was at Point Levi ; nothing extraordinary.
" 13th. On the evening of the day. at nine o'clock, we began to embark our men on board 35 cannes... AVe landed at the same place gênerai Wolfe did, in a stnall cove, which is now called Wolfe's cove... After parading our men on the heights of Abraham, and sending out a reconnaitring party towards the city, and placing sentinels, we marched across the plain.
" 14th. This moming employed in placing proper guards on the différent roads to eut communication between the city and the country. At twelve o'clock... we rallied the mainbody and marched 'ipon the heights near the city, gave them three huzzas and marched our men fairly in their view. They did not choo.se to corne out to us, but gave us a few shot from the ramparts, and we then returned to oirr camp. This afternoon they set tire to the suburbs, and burnt several houses. This evening. Colonel Arnold sent a flag of truce, with a deuiand of the garrison, in the name and behalf of the United Colonies. As the flag approched the wall, it was fired upon, contrary to ail rule and custom on such occasion....
" 19th Early in the moming decamjied, and marched up tu Point au Tremble about seven leagues from Québec. "
(1) Arnold connaissait bien Qu^'-bec. Il y était venu plusieurs fois acheter d"8 chevaux pour les cxp^>dier aux Indes Occidentales. Losningn, Pictorialfidd-book. oj the Révolution, vol. Ist, page 195.
armées viennent d'opérei* leur jonction sous les murs de Québec dans le dessein d'enlever cette ville, et de consommer la conquête du pays. Ce résultat magnifique, ils l'ont obtenu au prix d'une cinquantaine de soldats tués au plus et d'autant de prisonniers.
Mais la prise de Québec n'était pas aussi facile qu'ils le pensaient. Pendant l'absence du général Carleton, le lieutenant-gouverneur avait déjà pris quelques mesures pour la défense de cette ville. La majorité des citoyens, Canadiens et Anglais, s'était organisé en milice dès le commencement de septetnbve. (i) Les premiers avaient formé 11 compagnies, sous le commandement du colonel Voj^ei-, et les Anglais, six auires sous les ordres du colonel Caldwell. Le 17 septembre, Crémahé les avait passées en revue et leur avait distribué des ai-mes. Il avait ordonné la construction de nouvelles fortifications et fait réparer les bâtisses militaires. A la nouvelle de l'arjivée d'Arnold, il convoqua un conseil militaire où l'on
(1) Dès le mois de juin, les citoyens des deux origines demandèrent au Gonverneur de les organiser en milice, et lui adressèrent dans ce but une lettre séparre. Celle des Canadiens était ainsi conçue: " A Son Excellence Guy Carleton, Capitaine- Général et Gouverneur-en- Chef, etc., etc.
" Les bourgeois et citoïens de Québec, considérant la triste situation de cette ville, prennent la liberté de représenter à Votre Excellence, que toujours zélés pour défendre les droits de leur auguste souverain croient ne pas devoir lui otfrir des services qui lui ajipartiennent de droit, en attendant de votre Excellence de moment en moment, en conséquence de sa proclamation, ses ordres pour nous mettre en milices telles qu'elles étoient précédemment, et ainsi que votre Excellence vient de l'établir à Montréal, afin do maintenir le bon ordre et veiller à la tranquillité publique.
" Nous avons l'honneur, avec un profond respect, &c., &c. " Le Gouverneur répondit à cette lettre de la manière suivante : " Messieurs, — J'ai bien des remerciemens à vous faire de votre supplique, remplie de bon sens, et d'obéissance envers un souverain dont le premier soin est le bonheur et la protection de ses sujets; les milices des- districts de Montréal et des Trois-Rivières étant à peu près complétées, je vais prendre les arrangements nécessaires pour celles du district de Québec, quand jo me flatte que ceux qui cherchent à donner atteinto à la tranquillité de cette liroviuce, par les armes et la violence, ou par des rapports faux ot séditieux, seront châtiés, comme leurs crimes le méritent.
" A Montréal, le 3 juillet 1775.
" Guy Carleton.
" Aux sujets canadiens de Sa Majesté résidans à Québec. "
" Le Gouverneur nomma Messieurs Noël Voyer, J. Bte. Dumon et J. B.
■décida, de se défondre jusqu'à la tin. On résolut d'utiliser les services des matelots des frégates, Hunter et Lizard. Oette dernière venait d'arriver à Québec, avec £20,000 en numéraire. Les marins, joints aux 130 soldats du Royal Emigrant, que McLean ramenait de Sorel, 100 recrues du même régiment, arrivés de Terreneuve et quelques fusilliers et artilleurs, «étaient les seules tj'oupes régulières de la ville. Heureusement la majorité des citoj'ens restait loyale, malgré les mauvais conseils des partisans du Congrès, qui cherchaient à les empêcher de se défendre. 11 se tint plusieurs assemblées des mécontents où il fut question de livrer la ville aux armées ennemies. Mais le colonel McLean et d'autres citoyens influents réussirent à déjouer leurs plans et à entretenir le zèle des royalistes.
L'arrivée du gouverneur combla ces derniers de joie et consterna en même temps les ennemis du gouvernement. Il lança une proclamation enjoignant aux pereonnes qui refuseraient de pi'endre les armes de sortir dans quati'e jours, sous peine d'être traitées comme
Le Comte Dupré, Colonel, Lieutenant-Colonel et Major des milices de Québec. " — {Gazette de Québec 6 et 7 juillet 1775.)
" Samedi dernier (9 sept.), à six heures du soir, les bourgeois anglais passèrent en revue, sur la Place d'Armes, et le Lieutenant-Gouverneur les prit sous son commandement, et nomma le Major Caldwell pour commander sous lui, et le même soir 25 montèrent volontairement la garde.
" Dimanche le matin à six heuresQlO sept.), quatre compagnies de bourgeois canadiens passèrent en revue sur la place d'armes, en présence de Sa Grandeur le Lieutenant-Gouverneur, oii on leur lut la proclamation de Son Excellence le Gouverneur, et l'on délivra les commissions aux différons officiers, et Mardi le matin, six autres compagnies avec une d'artillerie passèrent pareillement en revue sur la dite place, oii leurs officiers reçurent leurs commissions." — (JJuzette de ^^it^iec du .14 Sept. 1775.)
" Dimanche dernier (17 Sept), l'Honorable Lieutenant-Gouverneur a passé en revue sur la place d'armes les onze compagnies de milice canadienne à qui il a été distribué des armes. Il a été très-satisfait de ce que les Canadiens de la ville sont dans la ferme résolution de soutenir la •couronne de leur souverain, et de défendre leurâ biens contre les rebel;^. Ils avaient dès avant monté la garde indépendamment de la patrouille. En même temps les six comj)aji;nies de la milice anglai.se de cette ville fiassèrent aussi en revue devant l'Honorable Lieutenant-tiouverneur, dont deux compagnies montèrent la garde à six heures du soir. " — (^Gazette de Québec du 21 Sept. 1775.)
Nous voyons dans le même journal qu'il se forma une compagnie d'in- ■valideâ composée de vicilLurd:^ et de personnes d'un faible tempéramment.
espions. Un bon notnbre profitèrent de roccasion pourlaisser la ville, (i) Cet acte énergique eut l'effet de rétablir le bon ordre et de rassurer les amis du pouvoir. Carleton exhorta les citoyens à soutenir bravement le siège, etyjromit de distribuer des vivres à ceux qui manquaient de ressources. " Il sut gagner, dit un mémorialiste, par son affabilité et sa douceur, les cœurs des citoyens, quoiqu'ils prévissent la misère et les fatigues pénibles d'un siège qu'il fallait soutenir dans une saison rigoureuse."
Au 1er décembre, Carleton avait sous les armes 1800' hommeh:, dont 550 Canadiens, 330 miliciens anglais et 230 soldats du Royal Emigrant. Les autres étaient des marins, des artilleurs, etc. La ville, qui contenait 5000 âmes, avait des provisions pour plus de huit mois. Les fortifications avaient été beaucou|) augmentées depuis la^ conquête et elles étaient défendues par 150 pièces d'artillerie. On fit construire de fortes barricades aux endroits qui pouvaient donner pas^iage à l'ennemi r à l'extrémité de la rue Saut-au-Malelot, pour couper les communications de Saint-Roch à la Basse-Ville, et à Prèsde- Ville, dans larue Champlain, afin d'empèeher l'entrée de l'ennemi du côté du Foulon. (2) Ces postes furent protégés par des canons pour en défendre l'approche. Le gouverneur pouvait donc soutenir facilement le siège,. et bien qu'il eût assez de forces pour attaquer l'ennemi,. il ne voulut pas exposer ses soldats.
L'armée américaine se composait de 1400 hommes environ, y compris 200 à 300 Canadiens, commandés par le colonel James Livingston. (3) Le 5 décembre, elle prit possession des faubourgs et en désarma les habitants;, puis elle érigea des batteries à Saint-Eoch et sur le chemin Sainte-Foye,,et bloqua complètement la ville.
Avant de commencer le siège, Montgomery envoya.
(1) D'après Caldwell, les Bonfields, "Wells, Zachary McCauley,. Murdoek Stuart, John McCord et plusieurs autres laissèrent la ville. Nous n'avons pu constater si Lymburner a quitté en même temps Québec.
(2) Ces travaux furent exécutés sous la surveillance de M. Jameo- Thompson Voir l'opuscule de M. J. M. Le Moine intitulée : The sioord of Monlijomery.
(3) Bancroft dit que l'armée américaine se composait de moins de 1000 hommes et d'un régiment de volontaires canadieDS de 200 environai-
au Gouverneur une lettre lui demandant de capituler. Il renouvela la même tentative le 15 décembre, (i) Mais Carleton ne reçut pas les parlementaires, déclarant qu'il ne voulait avoir aucune communication avec les rebelles, à moins qu'ils ne voulussent réclamer le pardon du roi. Il ordonna aux habitants des faubourgs de rentrer dans la ville, sous peine d'être traités comme rebelles. Il fit ensuite doubler les gardes de crainte de surprise. Le 9 décembre, il mit à l'épreuve le zèle des citoyens en donnant une fausse alarme. Tous se rendirent à leurs postes, et reçurent les félicitations du général.
Pendant plusieurs jours, les ennemis tirèrent sur la ville, sans faire aucun dommage aux propriétés : ils n'avaient en tout que 6 ou 7 petits canons. " La ville ne courut aucun danger, dit le témoin oculaire, et ne
(1) Extrait du Journal de Sanguinet. — " Aussitôt l'arrivée de Mr. Montgomery devant la ville de Québec, il écrivit au Général Guy Carleton la lettre suivante :
MAISON d'hollande, 6 décembre 1775.
" Monsieur, Malgré l'injure personnelle que j'ai soufiFerte de votre " part, malgré la cruauté avec laquelle vous avez traité mes malheureux " prisonniers qui sont tombés entre vos mains, les sentiments d'humanité " m'engagent à prendre cette voj'e pour vous sauver de la ruine pro- " chaine qui menace votre malheureuse garnison Permettez-moy de " vous dire que votre situation m'est trè.f bien connue. En outre un " vaste contour de murailles qui de leur nature sont incapables de " défense, pour garnison un mélange de matelots dont la plupart sont " nos amis, de bourgeois dont le plus grand nombre souhaite de nous " voir dans ces murs, et d'une poignée d'une plus chétive levée qui ne " soit jamais parée du nom de soldat, sans espérance de ressource, avec " une entière certitude que vous ne manquerez à manquer des choses les " plus nécessaires D'ailleurs nous nous contenterons de vous tenir " l)loqués. Tout cela démontre l'absurdité d'une impuissante résis- " tance. Or, telle est exactement votre position. Quant à moy, je suis, " Dieu mercy, à la tête d'une armée accoutumée au succès, sûre de la " bonté de la cause qu'elle a entreprise, faite au danger et aux fatigues, " et si indignée de vos cruautés et de vos mauvais procédés et de8 •' moyens bas et honteux dont vous vous servez pour prévenir contre nous " les esprits des Canadiens, attendant que mes batteries soient dressées, " j'ai bien de la peine à contenir mes gens à qui de foibles murailles à " franchir offrent une belle occasion de se procurer une ample vengeance. " Vous avez fait faire feu sur les pavillons de trêve, ce qui avoit été " jusqu'ici sans exemple, même parmy les barbares. Je crois de vous " taire parvenir ici l'expression de mes sentiments en la manière ordi- " naire. Néanmoins, je veux à quelque prix que ce soit acquitter ma " conscience, ne vous avisez point de détruire les magasins d'aucunes " provisions, appartenant soit aux particuliers, soit au public, comme
pouvait être rav^agée. On craignait si peu leur artillerie que les i'emmes et les enfants restèrent en ville, et (^e promenaient dans les rues et sur les ramparts comme à l'ordinaire. " La sj-arnison, de !~on côté, faisait un feu continuel sur les principaux points occupés par l'ennemi. Cependant, la situation des Américains était loin d'être bi'illante. Les froids rigoureux, la pi cotte et la fatigue faisaient déjà de nombreuses victimes. Les troupes manquaient do vêtements et de vivres et les dissensions existaient parmi plusieurs officiers. Il fallut donc à Montgomery beaucoup de prestige et d'adresse pour maintenir le moral de ses soldats et pourvoir à tous les besoins. Le manque d'artillerie et de munitions augmentait encore ces embarras, et le mettait dans l'impossibilité de faire un siège en règle. D'ailleurs, son
" vons avez fait à Montréal et en rivière, car si vous le faites, jo prends ' ' le .ciel à témoin q^u'il n'y aura pas de quartier pour vous, Carleton." Signé, Richard Montgomery.
Brij^adier Général des troupes du Continent.
" Par la même occasion Mr. Montgomery écrivit la lettre suivante aux citoyens de la ville de Québec en ces termes : " Mes Frères et Amis,
" La malheureuse nécessité de déloger les troupes ministérielles me " force à faire le siège de votre ville maintenant. C'est avec une " extrême douleur que je me vois réduit à des mesures qui peuvent vous " être très-funeste. Votre ville en proie aux flammes dans cette saison, " un assault général donné à de mauvaises murailles défendues par une " plus mauvaise garnison, la confusion, le carnage, le pillage, suite " inévitable dans les assaults, ces idées me remplissent d'horreur. Je " vous conjure de faire tout ce qui dépend de vous pour me procurer une " entrée pacifique. Sans doute vous n'ajouterez pas fcy aux caloumies " bassement répandues à notre désavantage par les valets à gage du " Ministre. Les armées du continent n'ont jamais été ternies par aucun " acte de violence ou d'inhumanité. Nous faisons profession de venir " chefiî vous pour y déraciner la tyrannie, pour y donner la liberté et la " jouissance paisible de ses biens à cette province opprimée, ayant tou- " jours respecté, comme sacré parmi nous, la propriété des particuliers, " Volts avez ci-inclufe ma lettie au Général Carleton parce qu'il a " toujours adroitement évité de vous laisser prendre aucune connaissance '* qui fût jiropre à vous ouvrir les yeux sur vos véritables intérêts. S'il " s'(>bsline etsi vous le laissez persister à vous envelopi)er dans une ruine " qu'il désire peut-être pour couvrir sa honte, ma conscience ne me " reprochera pas d'avoir manqué à vous avertir de votre danger." Signé, Richard Montgomkry.
Brigadier des troupes du Continent.
" Ces lettres ne firent pas grand efTet sur l'esprit du Général Guy Caricton et des citoyens de la ville do Québec, d'autant plus que les mauvaig
armée était insuffisante, à peine comptait-elle 1100 hommes en état de service, (i) Un seul mo3'en de salut lui restait : c'était d'enlever Québec par un coup d'audace. Il se fiait à son étoile, tout lui ayant réussi jusqu'alors. Il se prépara donc à exécuter son plan à la faveur de la première nuit obscure. Cette nouvelle parvint à Carleton par un déserteur, et les assiégés se tinrent plus que jamais sur leurs gardes.
La nuit du 30 au 31 décembre parut favorable à Montgomery. Le temps était sombre, il faisait une tempête de neige, propre à couvrir son dessein. A deux heures du matin, ses soldats étaient tous sur pied, chacun à son poste. Pour se reconnaître, ils avaient mis sur leurs chapeaux des inscripiions portant des devises '' JUors aut Victoria, ou Vive la liberté. " Le général parcourut
sujets avaient été mis hors de la ville, par conséquent qu'il n'y avai^ plus de correspondance avec les Bastonnois. Au contraire, le Généra Guy Carleton fit canonner et bombarder les faubourgs St. Roch et St. Jean, après avoir ordonné à ceux qui les habitoient d'entrer dans la ville sous peine d'être traités comme rebelles. Il y eut quelques personnes qui y entrèrent et le reste jragn'»' les campagnes. Le Général vciyant les Bastonnois si près de la ville fit augmenter les gardes pendant la nuit, et pour éprouver la bonne volonté des citoyens, il donna exprès une fausse alarme, il fit sonner toutes les cloches de la ville, battre la générale. Tout le monde s'assembla aussitôt sur la place d'armes devant la maison des Kécollet*'. Le Général Guy Carleton dit alors aux citoyens qu'il était charmé de voir avec quel zèle et quel courage ils se préparoient à combattre, qu'ils n'avoient rien à craindre, que c'étoient une fausse alarme. Mais que dans peu on devoit s'attendre à une véritable. Il ne se trompa point, car le jour suivant, le dix de décembre 1775, à trois heures du matin, les Bastonnois au nombre d'environ trois cents vinrent près de la ville et tirèrent cent cinquante coups de fusil. La ville tira sur eux six coups de canon qui leur donnèrent la fuite. Les Bastonnais tirèrent sur la ville cette même nuit vingt huit petites bombes de dix-huit livres chaque. La ville leur fit réponse par cent cinquante coups de canon et tira f-ept grosses bombes de deux cents et de deux cent cinquante livres sur les maisons des faubourgs dans lesquelles se refugioient les Bastonnois. " Le quinze de décembre, M. Montgomery envoya un de ses oflBciers avec un pavillon blanc et suivi d'un tambour pour parler au Général Guy Carleton. afin de savoir s'il n'avoit point reçu une lettre et en mêrue temps pour parlementer touchant un sujet important. Le Général Carleton dinna ordre de le fiiire retirer sans vouloir lui parler, en lui faisant dire que si quelques rebelles venoient à la ville une autre fois, qu'il feroit faire fea sur eux, à moins qu'il n'en vînt quelques-uns suy])lier le pardon. La ville se tint plus que jamais sui ses gardes surtout pendant la nuit."
(1) Henry assure que les forces américaines ne se montaient pas à plus de IIOU le 30 décembre.
les rangs de ses soldats, et leur donna quelques paroles d'encouragement. Puis il les divisa en quatre corps et disposa son attaque sur autant de points diiîérents.
Le colonel Livingston avait ordre de faire avec les Canadiens une fausse attaque à la porte Saint-Jean, et le major Brown, une semblable du côté de la citadelle. Pendant que les assiégés porteraient leur attention de ce côté, les deux corps principaux devaient se joindre à la Basse-Ville et monter ensuite à la Haute- Ville, celui d'Arnold, en passant j)ar le Palais, et Montgoraery, en forçant la barrière de Prôs-de- Ville.
Montgoraery descendit la côte du Foulon, à la tête de 350 à 400 hommes, et s'avança jusqu'à l'Anse-des Mères. Il était alors quatre heures du matin. Au moyen de fusées, il donna aux autres corps le signal de marcher en même temps à l'attaque. Ces signaux furent aperçus par le ca{)itaine Fraser qui donna l'alarme. Aussitôt la garnison fut sur pied, et chacun courut au poste.
Montgoraery continuait toujours sa marche à la tête de sa colonne. Le chemin étroit, resserré entre le fleuve et le cap, laissait à peine passer trois ou quatre hommes de front, et était embarrassé par la neige qui tombait et les glaçons accumulés par la marée. 11 atteignit ainsi la première barrière à Près-de- Vil le, dans la rue Charaplain, et la franchit avec facilité. La deuxièrae barrière était gardée par trente Canadiens, huit railiciens et neuf marins anglais sous le commandement du capitaine Chabot. Elle était protégée par plusieurs pièces d'artillerie placées dans le pignon d'une maison et servies par le capitaine Barnsfare et ses marins, (i) Ces derniei's étaient à leurs pièces chargées à mitraille, la raeche allumée, avec oi'dre de laisser aj)procher les Américains.
Arrivé à 50 verges de la barrière, Montgoraery s'arrête un instant,- et exaraine la position. Convaincu par le silence qui règne partout que la garde sommeille,
(1) M. Hawkins, dans Picture of Québec, dit que le sergent Ilugh McQuarters était chargé de la garde de la barrière. Il avait ordre d'être vigilant et de tirer les canons lorsqu'il serait assuré de l'approiiho de l'ennemi. La précision avec laquelle il s'acquitta de son devoir eut pour résultat la mort du Général, etc. D'après le même auteur il n'y eut qu'une seule décharge.
il s'élance hardiment à l'assaut. (1) Il n'avait plus qu*tine légère distance à franchir lorsque l'ordre de faire feu est donné. Une décharge terrible part de la barricade, et terrasse les premiers rangs des Américains. Monlgo* înery lui-même, ses aide-de-camp et dix de ses soldats sont renversés par ce coup. Le désordre et la terreur régnent dans le reste de l'armée. Le colonel Campbell) à qui l'evient le commandement, essaie en vain de rassurer les esprits ; les Américains, sans faire aucun effort pour escalader le poste, prennent la fuite sans même emporter le corps de leur général.
Pendant ce temps, une lutte plus sérieuse s'engageait au S;iut-au- Matelot. La colonne d'Ai-nold, chargée d'attaquer ce poste, avait traversé sans danger le faubourg SaintEoch et le Palais. En passant sous les ramparts, vis-à-vis l'Hôtel-Dieu, elle fut aperçue de la Haute* Ville, et essuya, de la part des assiégés, un feu bien nourri qui lui fit perdre plusieurs hommes. Arnold luimême, blessé grièvement, se trouva hors de combat, et fut transporté à l'Hôpital-Général.- Le capitaine Morgan, autrefois perruquier à Québec, mais devenu depuis un brave oflScier, prend alors le commandement de l'armée, et franchit la première barricade. La garde commandée par le capitaine MacLeod fut en partie désarmée, et le reste prit la fuite. Les Américains s'emparèrent de l'espace situé entre la première et la dernière barrière, malgré les efforts des nôtres q^i défendaient le terrain pied à pied^
Cette deuxième barrière, haute de douze pieds était si solidement construite que l'xirtillerie seule pouvait la détruire. Elle était gardée par le capitaine Dumas et 868 braves miliciens. A quinze ou vingt pas plus loin, Bur le quai Lymburner, (à l'endroit ou se trouve aujourd'hui la banque de Québec,) il y avait un autre corps de troupes avec plusieurs pièces de canons.
Déjà les Américains étaient en vue de cette barrière, la plus redoutable à franchir. Le jour commençait -i poindre, lorsque Morgan, de sa voix puissante, com-
(1) L'historieb Bancroft fait dire à Montgomery ces paroles qui furent 868 dernières : " Men of New York, you Will Dot fear to folloW where your Qeneral leads ; push on, brave boys i Québec ie oursl" Bantro/r'* Hiatory, Vol 8th, page 207.
ttiande à ses troupes de la franchir. Il s'élflnce lui-même en avant suivi des compagnies de Steele, Hendricks, Hnmphreys, etc. Un combat furieux s'engage alors ; les Américains resserrés dans une rue étroite, résistent long-^ temîs au feu dérigé de la barricade et du quai Lym-burner. Les officiers paient de leur personne ; presque tous sont ou tués ou blessés. Le capitaine Humphreys suivi de quelques braves s'avance pour poser des échelles et enlever la barrière ; c'est alors, si l'on en croit Sanguinet, qu'un milicien du nom de Charland, homme brave et robuste, va au milieu des balles tirer ces échelles de son côté. Le feu de nos soldats est si fort que l'ennemi abandonne enfin l'idée d'enlever la barrière, et se retirant dans les maisons, tire dans toutes les directions, surtout sur le quai Lymburner qui est évacué momentanément.
Le général Carleton certain maintenant que les attaques du côié de la Haute- Ville sont simulées, et apprenant la défaite de Montgoraery, concentre ses forces au Sautau-Matelot. Le capitaine Laws reçoit l'ordre de sortir par le Palais avec 200 hommes, d'attaquer les Américains en queue et de leur couper ainsi la retraite ; le capi' taine McDougall doit l'appuyer avec sa compagnie. Il envoie en même temps le colonel Caldwell avec les miliciens Anglais et le major Nairne avec 60 matelots soutenir le capitaine Dumas qui combat à la Basse- Ville. Nos troupes maintenant en nombre considérable prennent l'offensive, et décident de déloger l'ennemi des maisons qu'il occupe. Le major Nairne et Dambourgès, sautant alors en dehors de la barrière, montent à l'assaut des maisons au moyen d'échelles. Ils sont suivis des miliciens et des soldats qui pénètrent avec eux dans l'intérieur, et en chassent les Bastonnais. Déjà ceux-ci commencent à perdre du terrain, et se préparent à la retraite, lorsque le capitaine Laws les attaque par derrière. Il tombe au milieu d'un groupe d'officiers Américains qui délibéraient sur le parti à prendre et les désarme. Le combat se prolonge encore quelques ins* tants ; enfin les Américains, cernés de toutes parts, so rendent prisonniers au nombre de plus de 400. Quelquesuns seulement s'échappent en passant sur la glace de la rivière Saint-Charles.
Le CTOitrcrneui', profitant de la victoire, fait enlevei* la batterie de Saint-Eoch, composée de six ou sept canons, et couronne ainsi cette glorieiise journée qui assurait à l'Angleterre la possession du Canada. G)
Ce succès était dû en partie à la vigilance et à l'habi^ leté du gouverneur, pendant le siège et pendant le com-= bat, au zèle du colonel McLean, commandant en second, du colonel Caldwell et du comte Dupré (2), de la milice, qui s'étaient montrés ilifatigables. Mais n'oublions pas les actes de bravoure du major Nairne, de Dambourgès (3) et de Charland, la belle défense des miliciens anglais et canadiens aux postes menacés, actes qui resteront célèbres dans les annales militaires. (4)
(1) Nous engageons nos lecteurs à parcourir îes versions diverses de l'assaut de Québec, données par Sanguinet, Caldwell, Finlay, Henry, et nn otBcier de la garnison. Voir la note D des mémoires et documenta publiés à la fin de cette étude.
Les citoyens de Québec fêtèrent pendant plusieurs années l'anniversaire de leur victoire sur les Amériaaina. Celui du 31 Dec. 1776, dont nou8 donnons le récit à la note E, fut célébré avec la plus grande pompe.
(2) Le comte Dupré (Jean-Baptiste) avait servi avec distinction dans la guerre précédente. Fait capitaine par le marquis de Duquesne, il fut' élevé au grade de major en 17&5, et de lieutenant-colonel quelques mois après. Pendant le siège de Québec de 1775, il rendit des services éminents comme un des commandants de la milice canadienne. Les' Américains firent des dommages considérables à sa propriété près do Québec, et lorsqu'on lui offrit une rénumération de ces pertes et une récompense pour ses services, il ne voulut rien accepter, disant qu'il avait agi par amour pour son pays et pour son roi, et qu'il n'en exigerait aucune récompense. Le général Carleton le nomma (ïependant colonel commandant pour le district de Québec, charge qu'il remplit pendant plus de Tingt ans, à la satisfaction générale. — Morgan, Celebrated Caruidians.
(3) François Dambourgès, Français de naissance, était arrivé au Canada en 1763, et était allé se fixer à Saint-Thomas, en bas de Québec. Pendant la guerre de l'indépendance, il prit Une part active à la défense du pays, et entra comme enseigne dans le régiment Royal Emigrant de McLean. Comme le major Nairne, il se distingua par son courage et son intrépidité dans le combat du Saut-au-Matelot/ et contribua pour beaucoup au succès de la journée. Aussi reçut-il les félicitations de Carleton, et en reconnaissance de sa bravoure une commission de lieutenant dans le 84e régiment. Plus tard, il fut élevé au grade de colonel dans la milice, et lorsque la constitution de 1791 fut octroyée, le comté do Devon qui embrassait une partie de la rive sud (St. Tnomas, l'Islet, etc.,) le choisit pour son député pendant le premier parlement. M. Dambourgès Inourut & Montréal en 17y8, à l'âge do 56 ans. Voir la brochure intitulée i Le Colond Damhourgis.
(4) Dam une dépêche aux ministres anglais, le Général Carleton tùentionne spécialememt avec éloge la conduite du Col. Caldwell, du comte Dupré, et des capitaines Bouchette, Laforce «t Chabot. Puis il
Nos pBî'tee étaient peu considérables : elles ne s'élevaient qu'à cinq hommes tués et à treize blesyés. Au. nombre des morts étaient le capitaine Anderson, de la ma* rine, M. Fraser, constructeur de navires, et un Canadien.
Les Américains firent des pertes sensibles dans la personne de leur général, de ses aide<le -camp McPhersoii •et Cheeseman et des capitaines Hendrick, Humpbreya et autres officiers, (i) Le nombre des morts peut être estimé de quarante à soixante, et celui des prisonniers à 426 ; quarante de ces derniers étaient blessés. Les officiers furent conduits au Séminaire, les autres prisonniers au Couvent des Récollets. Quelques jours après, ils furent tranférés à la prison de la rue Dauphine. On prit le plus grand soin d'eux, surtout des blessés, et d'après le témoi' gnage d'un prisonnier, qui fut plus tard le juge Henry, tous furent traités avec la même sollicitude que les soldats anglais.
Après le combat du 31, Carleton envoya examiner le poste de Près-de-Ville. M. James Thompson trouva à une légère distance de la barrière le corps de Mont* gomery et de ses aide-de-camp, presque ensevelis dans la neige, et dix autres cadavres. Il s'empara de l'épée du général qu'il conserva toute sa vie et transmit à sa famille comme une relique précieuse. (2) Après avoir fait identifier le corps de Montgomery, il le transporta
ajoute: " The militia, British and Canadian, behaved with a steadness and resolution that could not hâve been expected from men unused to amas. " — {The siège and blockade of Québec ; addreaa by W. J% Ândereoti)^
(1) Extrait d'une Jettre du Brigadier-Général Wooster au Colonel Warner, en date du 6 janvier 1776 :
" AVith the greatest distress of mind, I now sit down to inform you of •the event of an unfortunate attack made upon Québec, between the hours of 4 and 6 of the morning of the 31st December last. Unfortunate indeed for in it fell our brave General Montgomery, his Aid de Camp McPherson, Captain Cheeseman, Captain Hendriok of the Riflemen, and two or three Eubaltern officers, and between sixty and a bundied Privâtes, the number notcertainly knoVvn, and about 'three hundred officers and eoldiers mada
Krisonners ; amongst which is Lieut. C«l. Green, Major Bigelow, Major liggs, and a number of Captains and inferior officers. Col. Arnold was wounded in the leg in the beginning of the action, as tvas Major Ogdea in the shoulder." — Doc. Hist. qf N. F., voK 8th> page 664.
(2) M. Thompson transmit cette épée à son fils, M. James Thompson» mon il y a quelques années ; ce dernier l'a léguée à M. James Thompson Harrower qui a eu l'obligoanoo de l'exposer dans la Salle Viotoiia pour {«'fête du eentenc^irov
■dans îa demeure de François Gobert, de la rue Saint- Louis. (1)
Carleton ordonna de le mettre dans un magnifique cercueil, et le fit enterrer privément, mais* d'une manière convenable, par le même M. Thompson, près de la porte Saint -Louis. Les cérémonies religieuses furent faites par le Rév, M. Montmolin, chapelain de la garnison, (2)
Comme on le voit, le Gouverneur se monti-a généreux envers un adversaire qui avait été autrefois son ami et son compagnon d^armes sur les champs de bataille. Montgomery méritait bien cette marque de sympathie et de respect, lui qui avait montré, au milieu de ses succès, une modération dont l'histoire offre peu d'exemples, La mort de ce brave fut vivement regrettée ; ses soldats et ses compatriotes le pleurèrent amèrement, et le Congrès décida d'élever un mpnument à sa mémoire. On voyait dans ce capitaine un homme d'élite, dont le passé était sans tache. Depuis le commencement de cette guerre, il était allé de succès en succès^ grâce à soa habilité et à sa bravoure, il avait conquis les trois-quarts du Canada; enfiîî s'il avait succombé, sa chute était au moins ^glorieuse.
C'est à tort que des écrivtuns Pont confondu avec cet autî'e Capt. Montgomery, qui, en 1759, commit dans la côté de Beaupré des actes "de la plus grande atrocité. L'histoire a rectifié cette erreur. O)
En 1818, M. Lewis vint réclamer, au nom du Congrès, l«8 restes du général Montgomery, son parent ,; on s'empressa de lui remettre ces dépouilles chères aux Américains, et elles furent déposées avec grande pompe près de son monument dans l'église de iSaint-Paul, à îsew York,
Après la tentative malheureuse du 31 décembre, Arnold conduisit les débris de son arm^ôe (700 hommes
^1) Oétte petite Tnaison existe «noore aujourd'hui et est voisine de 1& demeure ûe l'H'on. Jug« Tessier. Ell« porte le numéro 42, de la rue Saint-Loais. Oq y voit une insoription qui indique que le corps de Montgomet^ a été déposé 14.
(2) Voir {« témoign«g« de M. Tbomptois note F éta néwoires ot do«um«nte.
(S) Richard Montigorrrery n'était pas c^itaine en 1759 ; de plup, il n'était pas à (Québec dn temps de Wolfe. Voir Documents relating ta tkt Colonial hiHory of the State of Neiv Yo^-k. Vol. 8, pf^ge 6W et VAlitim dm, TowimUpar J. AI. LeMoime^
ôtiviron) à une petite distance de la ville. Sa sîtûatîoîi devenait de plus en plus critique: les malades étaient en grand nombre, les vivres manquaient, et les Canadiens le délaissaient peu à peu. (i) Toutefois il continua le blocus de la ville, et fit brûler un grand nombre de maisons des faubourgs 5 Carleton, de son côté, ordonna de démolir ou d'incendier celles qui étaient le plus près de la ville. '* Les.deux faubourgs, dit Sanguinet, composés de plus de deux cents maisons furent entièrement ruinés."
Carleton permit au colonel McLean d'enrôler quatrevingt-quinze prisonniers Bostonnais, qui d'abord se comportèrent assez bien ; mais quelques-uns d'entre eux ayant déserté, ils furent mis en prison. Au mois de mars, les prisonniers tentèrent de s'évader. Leur projet était de tuer la garde, et s'ils réussissaient, de s'emparer de la porte Saint-Jean. Ils devaierit alors brûler trois maisons, afin d'avertir Arnold qu'ils étaient maîtres de ce poste et de lui faciliter l'entrée de la ville. Le complot fut découvert la veille de son exécution, et Carleton fit mettre les coupables aux fers ; les oflSciers détenus au Séminaire n'avaient eu aucune connaissance de cette afiaire. (2)
Les Américains ayant reçu quelques renforts se rap-
(1) Voici un extrait (J'une lettre d'Arnold^ datée du 14 janvier 1776 r " The charge which has devolyed upon me, has been a most arduous
task ; our last desaster so disheartened the troops that I hâve had the greatest diflBculty to keep them altogether. Dur whole force, since the
attaok amounts to more than seven bundred men Our duty has been
extremely hard and fàtiguing in this inclement eUmate, where the snow is now four feet on the level ; but what oannot soldiers do who are fighting for liberty and their eountry. " Ârehivea du Séminaire de Qu'^ec.
(2) Au mois d'avril. Messieurs Lamôthe et Papineau partirent de Montréal pour informer Carleton de ce qui se passait dans leur district. Voici quel stratagème ils inventèrent pour pénétrer dans Québec. C'est Badeaux qui raconte le fait :
" L'on nous dit qu'il est entré dans Québec 2 messieurs de Montréal d'une façon assez comique. Ces messieurs ont été 3 ou 4 jours dans le camp des Bostoûnois habilités eii toendians. Le dernier jour ils s'avancèrent jusqu'à la dernière garde ; là ils firent cuir un morceau de lard. Lorsqu'il fut cuit, l'un d'eux le prit et se mita fiiire, l'autre courut après" lui, le ratrapa et firent semblant de se chamailler. Celui qui avoit 1" lard s'échappa et l'autre donna encore après. Lorsqu'il fut arrivé au dernier sentinelle, il lui dit : faites moi le plaisir de tenir mon sac pour que je puisse courir après mon camarade qui emporte mon lard. Le factionnaire prit le sac et ainsi mon homme se mit à courir après l'autre, l<e factionnaire lui crioit : Cours, cours, tu vas le ratrapé. Effeetive^-
pï-ochèrent de la ville. Au printemps, Arnold partit pour Montréal, et son successeur le général Wooster éleva des batteries à Saint-Eoch, siir les Buttes à Neveu et à Lévis ; mais elles ne firent aucun dommage.
Yers le même temps, au mois de mars, M. de Beaujeu, ancien capitaine canadien et seigneur de l'Ile-aux-Grues, forma le pi-ojet do s'emj^arer de la batterie de Lévis et de secourir la garnison. Il réunit à cette fin environs 300 Canadiens qu'il leva dans les paroisses de la rive sud du fleuve, en bas de Québec. Mais les Américains, instruits de son dessein, lui opposèi-ent un détachement de soldats et de Canadiens rebelles qui attaquèrent, à Saint-Pierre de la Eivière du Sud, son avant-garde composée de soixante hommes et la mirent en déroute. M. de Beaujeu fut alors obligé de congédier ses volontaires. Il avait perdu dans cette rencontre quatre ou cinq hommes ; dix autres y compris l'aumonier, M. Bailly, furent blessés, et une vingtaine emmenés prisonniers.
Au mois d'avril, le général Thomas vint prendre le commandement de l'armée américaine. Comme il n'avait que 1200 hommes en état de service, sur les 1900 qui étaient sur les rôles, il résolut de lever le siège avant l'arrivée des troupes anglaises, mais après une dernière tentative. Il conçut donc le projet de mettre le feu aux vaisseaux du port par le moyen d'un brûlot et de donner pendant ce temps l'assaut à la ville ; mais le brûlot se consuma sans causer aucun dommage, et l'attaque n'eut pas lieu.
Deux jours après, fut signalée l'arrivée de plusieurs vaisseaux amenant des troupes anglaises, et le général Thomas donna l'ordre de la retraite. Carleton profita de ce moment pour faire une sorti© avec l'élite de ses soldats, et s'empara de 200 malades et des munitions. L'armée américaine ne s'arrêta qu'à Sorel où le général Thomas mourut de la picote. 11 fut remplacé par le
ment, ils ont si bien courus qu'ils ont entré dans Québec, le lard à la main. La ruse n'est pas mal inventée. "
Le même auteur cite le fait suivant :
■' L'on dit aussi que les gens de Québec ont fait faire nn cheval de bois qu'ils ont mis sur les murs, du côté du faubourg St. Jean, avec une botte de foin devant luy et une inscription en ces termes : Quand ce ■cheval aura mangé cette botte de foin, nov.» nout rendront."
général Sullivan qui venait d'arriver avec 1500 hommes de troupes.
Cependant le Congrès avait fait de nouveaux efforts pour engager les Canadiens à soutenir sa rébellion, et dans ce but il leur avait adressé une nouvelle proclamation :
" Les meilleures causes, disait-il, sont sujettes aux événements, les contre-temps sont inévitables, tel est le sort de l'humanité. Mais les âmes généreuses qui sont éclaircies et échauffées par le feu sacré de la liberté, ne seront pas découragées par de tels échecs, et surmonteront tous les obstacles qui pourront se trouver entre eux et l'objet précieux de leurs vœux.
" Nous ne vous laisserons pas exposés à la fureui* de vos ennemis et des nôtres. Deux bataillons ont reçu ordre de marcher en Canada, dont une partie est déjà en route. On lève six autres bataillons dans les Colonies- Unies pour le même service, qui partiront pour votre province aussitôt qu'il sera possible, et probablement ils arriveront en Canada avant que les troupes du Ministère sous le Général Guy Carleton puissent recevoir dos secours. En outre, nous avons fait expédier les ordres nécessaires pour faire lever deux bataillons chez vous. Votre assistance pour le soutien et la conser\'ation de la liberté américaine nous causera la plus grande satisfaction. Nous nous flattons que vous saisirez avec zèle et empressement l'instant favorable de coopérer au succès d'une entreprise aussi glorieuse. Si des forces plus considérables sont requises, elles vous seront envoyées.
" A présent vous devez être convaincus que rien n'est plus propre à assurer nos intérêts et vos libertés que de prendre des mesures efficaces pour combiner nos forces mutuelles, afin que par cette réunion de secours et de conseils nous puissions éviter les efforts et l'artifice d'un ennemi qui cherche à nous aôbiblir en nous divisant. Pour cet effet, nous vous conseillons et vous exhortons d'établir chez vous des associations en vos différentes paroisses de la même nature que celles qui ont été si salutaires aux Colonies-Unies, d'élire des députés pour former une assemblée i3rovinciale chez vous, et que cette assemblée nomme des délégués j)Our vous représenter eD sce Congrès.........
" JïAN Hancock, Président."
Au mois d'avril, le Congrès envoya ù Montréal deux de ses membres influents, Franklin et Chase, pour exciter le zèle de la population. Le Père Carroll devait aussi employer son influence auprès du clergé. Eeçus aveu froideur, les délégués échouèrent dans leur mission. Les Canadiens avaient enfln compris que les Américains les trompaient en leur faisant de vaines promesses, et en leur offrant en paiement un papier- monnaie dont la valeur était décriée. Ils ne pouvaient plus reposer leur confiance dans un peuple en révolte, qui venait de reprocher à la métropole la protection accordée à nos lois et à notre croyance, et qui chez lui n'avait pas toléré la religion catholique.
D'ailleurs, les Américains avaient d'eux-mêmes perdu les dernières vestiges de popularité lorsque à Montréal le général Wooster, violant les promesses et les engagements de Montgomery, avait contraint les oflBciers de milice à rendre leurs commissions, persécuté les citoyens, exilé plusieurs oflSciers dans les colonies, menacé les prêtres de la prison, et fait ouvrir de force les magasins de grains, (i)
D'un autre côté, le clergé avait repris peu à peu son infliience sur le peuple. Pendant toute cette guerre il n'avait cessé de lui conseiller la soumission à l'autorité. Dans un deuxième mandement dirigé surtout contre les Canadiens rebelles, son digne chef, Mgr. Briand, leur avait, en termes énergiques, démontré leur erreur et la fausseté des promesses de l'ennemi. (2)
(1) " Les Bastonnois, dit Sanguinet, persécutèrent plusieurs citoyens de Montréal, et envoyèrent plusieurs personnes affectionnées au service du Roy prisonniers dans les colonies. Walker retourna à l'Assomption avec Jacques Price pour désarmer les habitants parce qu'il.s ne vouloient point prendre les armes pour les Bastonnois, mais ils n'<1tèrent les fusils qu'à trois ou quatre personnes, les antres les avait cachés
" Le seize de janvier 1776, le Sieur Wooster envoya chercher MM. Hertel de Rouville et Edward William Gray pourlos envoyer prisonniers dans la Nouvelle-Angleterre. Les citoyens de Montréal s'assemblèrent et furent chez le Sieur Wooster pour luy re])résenter que cette démarche était contre le traité fait avec M. Montgomery."
(2) Nous publions à la suite de cette étude plusieurs écrits de Mgr Briand qui donnent une idée do sa loyauté envers l'Anglctorro ; aussi un autre document qui nous fait voir les services rendus par les Messieurs du Séminaire de Québec. Voir la note G des mémoires et documents.
Comme toujours, la voix des supérieurs ecclésiastiques, cette voix qui ne s'était jamais fait entendre que pour soutenir et diriger nos ancêtres aux temps du malheur, eut de l'écho dans le cœur des Canadiens, et presque tous les rebelles se soumirent au Gouvernement. Par cet immense service le clergé s^ acquit des droits à notre éternelle reconnaissance, (i)
Les nouveaux renforts que le Congrès envoya portèrent l'effectif de l'armée Américaine à 5000 hommes. Mais ces secours étaient insuffisants pour résister à l'armée anglaise qui comptait 13,000 soldats au mois de juin. Aussi le général Carleton prit-il l'offensive, et à mesure que les troupes arrivaient à Québec, il les dii-igeait aux Trois- Rivières. Sullivan pensant qu'il pourrait facilement s'emparer de cette ville, envoya le général Thompson avec 1800 hommes. Thompson traversa le fleuve et se rendit à la Pointe du Lac dans la nuit du Tau 8 juin. A cette nouvelle, le général Fraser se porta à sa rencontre avec des forces supérieures, et l'attaqua si vigoureusement que les Américains furent bientôt mis en déroute, laissant 200 prisonniers avec leur général et le colonel L'vine. Carleton arriva le même soir aux Trois- Eivièi-es, et enjoignit au général Burgoyne, commandant en second, d'attendre l'arrivée de toutes les troupes avant d'hasarder le combat. Les Américains profitèrent de ce délai pour opérer leur reraite.
Ils avaient subi un échec plus grave encore aux Cèdres, où 300 de leurs soldats s'étaieiit établis. Le capitaine Foster, accompagné de 250 soldats, volontaires canadiens et sauvages, avait reçu ordre d'aller les chasser de ce poste. Certain que l'ennemi ignorait son dessein, il fit toute la diligence possible, et, à son arrivée, somma le major Butterfield de se rendre. Sans lui laisser le temps de délibérer, il commença un feu si fort que le comman-
(1) " Il est certain, dit Sanguinet, que le clergé du Canada s'est distingué et que les prêtres ont rendu de grands services au Roy de la Grande Bretagne dans cette circonstance, ce qui leur attira beaucoup de persécutions de la part des Bastonnais."
" ïhis morn-ng (7th May) many pric-ts hâve come to town from the adjacent parishes, with cheerful countenances to pay their respects to the Governor and inake their obédience to the Bishop. Their distinguished loyalty will ever redound to their honor. " — Journal of an officer^ Miatory of Smith, Vol. 2nd.
-dftnt capitula à la seule condition que les vainqueurs accordasscint aux assiégés la vie et leui* bagage. Foster apprenant qu'un détachement de 100 Américains venait au secours de la garnison, envoya au-devant d'eux soixante sauvages et trente Canadiens qui les cernèrent et les tirent tous prisonniers, (i)
Après ces désastres, Sullivan commença une retraite précipitée, et gagna d'abord le fort Charnbly, pendant que Carleton entrait à Sorel. (2) Il se dirigea ensuite vers le fort Saint-Jean, où vint le rejoindre Arnold avec les troupes qui avaient gardé la ville de Montréal au pouvoir des Américains depuis le mois de novembre. Après avoir détruit le fort Saint-Jean, l'armée ennemie occupa un moment l'Isle-aux-Noix ; puis elle traversa le lac Champlain, et se replia sur les forts Ticonderaga et Crown Point, d'où elle était partie dix mois auparavant.
Comme on le voit, nos voisins évacuèrent le Canada en moins de temps qu'ils n'en avaient mis à le conquérir l'année précédente. Ainsi se termina cette expédition qui leur avait coûté tant de sacrifices et la perte d'un grand nombre de vies précieuses sans bon résultat pour leur cause. Néanmoins, elle leur offrit l'occasion de s'habituer à l'art militaire et de déployer leur courage. Plus heureux, toutefois, dans leur campagne du Sud, ils purent, grâce à leurs succès, proclamer leur indépendance le 4 juillet 1776.
Carleton résolut alors d'enlever aux Américains, la
(1) Voir à la note H des mémoires et documents le récit du combat livré prèf de Trois-Rivières et de l'affaire des Cèdres tel que raconté par M. A. Berthelot.
(2) " Le Général Qtuj Carleton, dit Sanguinet, continua sa route jusqu'à Montréal sans reucontrer aucun Bastonnais, car ils fuyaient devant les troupes. Il fit passer à Sorel deux mille hommes de troupes sous les ordres du général Bourgoygne, pour monter dans la rivière Charnbly jusqu'à Saint-Jean, avec une quantité de Canadiens volontaires. Mais les Bastonnais abandonnèrent le fort Charnbly qu'ils brûlèrent devant leur départ et se sauvèrent à Saint-Jean, dans l'Ile-aux-Noix. Par conséquent, le dix-huit juin, le Canada se trouva délivré des Bastonnai;-, et le vingt, le général Guy Carleton fit son entrée à Montréal, qu'il avoit abandonné le onze novembre 1776: ce qui fait que les rebelles ont resté à Montréal sept mois et sept jours.
" L'armée du Roy se campa au fort Charnbly et à Saint-Jean, aussitôt 'le général Guy Carleton donna ordre de commander les habitants avec leiUH voitures pour cliarroyer les vivres, les bagages des troupes, etc. En
navigation du lac Champlain. Dans ce but, il arma' plusieurs vaisseaux et chaloupes canonnières, dont ii confia le commandement au capitaine Pringle, De leur côté, les Américains préparèrent une escadre qu'ils mirent £ous les ordres du général Arnold. Le 11 octobre (1716) les deux flottes se rencontrèrent près de l'Isle Valcourt, mais les vents contraires ne permirent pas aux Anglais d'employer toutes leurs forces, et après un combat malheureux, le commandant ordonna la retraite. L'engagement fut repris deux jours après, et cette fois l'avantage fut du côté des Anglais. Quatre vaisseaux ennemis prirent la fuite, un autre abaissa son pavillon, et Arnold après avoir échoué et brûlé le reste de la flotte, fit sauter le fort Crown Point, et se replia sur Ticonderaga.
La saison étant trop avancée, Carleton gagna alors le nord du lac Champlain, plaça des garnisons à l'Ile-aux- Noix et à Saint-Jean, et remit au printemps suivant la continuation de sa campagne. Sur ces entrefaites Burgoyne parvint à se faire donner le commandement de l'armée anglaise, de préférence au Général Carleton qui ne s'occupa dorénavant que de l'administration de la province. Elessé de la préférence donnée à Burgoyne, il demanda son rappel, et partit pour l'Angleterre en juillet 1778.
La conduite de Carleton comme gouTcrneur et comme commandant de l'armée fut approuvée par la méti'opole. Le roi le reçut avec bonté et lui conféra le titre de Che-
conséquence il j avoit tous les jours enriron douze cents hommes qui travailloient par corvée, gratis, pour faire les ehemias, charroyer dans les bateaux L'armée passa l'été à Chatubly et à Saint-Jean, il fut construit une quantité de bateaux, et l'on fit passer par terre quatre barques de Chambly à Saint-Jean dans des voitures, pour naviguer dans le lac Chamjdain. Pendaat le séjour de Fermée à Chambly et à Saint- Jean, il fut mangé quinze à seize mille bœufs.
" A la fin du mois de septembre, l'aïmée se dispos» pour entrer en camjiagne, alors il se présenta au moins deux mille hommes canadiens ))0ur aller volontaires, mais le général Guy Carleton n'en accepta qu'environ la moitié. Cinq ou six cents Sauvages suivirent aussy l'armée, ou plutôt marchèrent à la tête avec les Canadiens. Il y eut un combat' naval sur le lac Champlain et les navires des Bastonnois furent entièrement détruits, et l'armée fut camper à la Grande-Pointe d'où les Bastonnais en ^'-toieiit partis de la veille. L'armée j resta plu^^ie^lrs jours et lo général (^fuy Carleton se borna à ce petit succès sans vouloir aller attaquer Carillon qui aurait été infailliblement pris, mais o'auraitété faiiat. trop d'ouvrage dans une oampagne."
valier de l'Ordre du Baiîi. En 1782", Carleton succéda à Sir Henry Clinton dans le commandement en chef de l'armée anglaise en Amérique; quatre ans plus tard, il fut créé pair du Royaume-Ùni sous le titre de Lord Dorchester, et le parlement lui vota une pension annuelle de £1000. Son retour au Canada comme gouverneur, en 1785, fut accueilli avec plaisir par la population, et lorsqu'il quittait le pays en 1796, il laissait la réputation d'un honnête homme, d'un serviteur dévoué à son pays ; et les Canadiens-Français le comptent aujourd'hui encore au nombre de leurs meilleurs gouverneurs.
Comme on peut le voir, la guerre américaine, en ce qui regarde le Canada, n'a pas été marquée par de brillants faits d'armes. Nos voisins avaient entrepris leur expédition avec des forces comparativement faibles, et avaient trop compté sur la coopération des Canadiens. Le but du Congrès semble avoir été de gagner le peuple par la persuasion plutôt que de le soumettre par la force des armes. Aussi les généraux reçurçnt-ils instruction de ne pas molester les habitants et de respecter leuia opinions et leurs propriétés.
Cette guerre donna occasion à nos ancêtres, surtout au clergé et à la classe instruite, de se montrer loyaux envers leur nouveau souverain. Plus de trois mille Canadiens, oubliant le passé, lui assurèrent par leur bravoure la possession d'une de ses plus belles provinces. La niasse de la population ne crut i)as devoir porter le dévouement aussi loin, et resta sirajjle spectatrice de la lutte. On ne saurait lui reprocher cette conduite. Toutefois, puisque les événements nous ont permis de rester sujets anglais, nous n'avons pas lieu de nous en ])laindre, surtout nous Canadiens-Français. Suivant notre humble opinion, en devenant américains, nous n'aurions peut-être pas conservé aussi bien le caractère français et catholique qui distingue notre peuple. Il nous a fallu, il est vrai, lutter durant de nombreuses années pour défendre nos droits et nos privilèges, mais nous avons obtenu enfin la justice qui nous était due. ■ Aujoui'd'hui, quoique colonie, le Canada jouit de la liberté la plus grande. 11 ])Ossèdo une constitution admirable, calquée sur celles de la métropole et des Etats- Unis. Au moyen de nos institutions politiques uouâ
avons augmenté nos richesses, étendu nos relations commerciales ; nous avons grandi au point que notre province dépasse en population et en importance les treize colonies anglaises lors de la guerre de l'Indépendance.
Nous grandirons encore, espérons-le, pendant de nombreuses années à l'ombre du drapeau britannique tout en conservant avec nos voisins des relations amicales. Et si un jour nous sommes appelés à devenir un peuple indépendant, ce que plusieurs d'entre nous verront peutêtre, nous nous rappellerons avec orgueil le glorieux fait d'armes dont nous célébrons aujourd'hui le centenaire et le temps que nous aoi-ons passé sous la tutelle de l'Angleterre.