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A ce moment de la soirée, après une brillante fantaisie : ‘ Les Prés St. Gervais, ” sur la demande du Président, le lieutenant-colorel Strange a fait exécuter la ‘“ Marche finèbre de Montgomery, ” par Hartman. Cette musique pleine de tristesse et de mélancolie, a vivement impressionné l'auditoire. On dirait les soupirs æt les sanglots de la patrie américaine pleurant encore après un siècle la fin tragique et prémeturée d’un de ses Féros.
Alors parut M. Henri T. Taschereau, chargé du discoars de circonstance. Sa parcie éloquente, appréciant le passé :vec le coup d'œil de i'hamme d'eiat, et le rattachant au présent par les allusions fines et délicates de l’homme d'esprit, a enlevé l'auditoire.
Quelques minutes pius tard, après un galop entrainant de Zécvff, la musique jouant ‘ La Canadienne ”’et l'hymne national anglais ‘“ Dieu Sauve la Reine, ” annonçait la fin de la soirée, la plus brillante que l’Institut Canadien de Québec ait enrégistrée dans ses annales.
Ceux q'ii ont vu ces démonstrations se les rappelleront longtemps, et l’histoire en perpétuera le souvenir. Mais elle redira aussi à la postérite les splendeurs d’une autre fête, plus riante que celles que nous venons de raconter. Elle dira comment, le trente et un décembre 1875, à l'heure du couvre-feu, la forteresse qui couronne le Cap aux Dixmants futenvahie par une foule ioyeuse, accourue à l’appel du soldat gentilhomme qui garde ses inurailles,
rêt'à les défendre non seulement contre les attaques de
‘étranger, mais aussi contre les ravages du temps, les froids calculs de la spéculation et le pic des démolisseurs. Elle dira tout : (1) les merveilles accomplies par les décor.‘teurs, le soin jaloux qu’on avait mis à reconstruire le passé, ia résurrection magique des principaux acteurs du drame de 1775, et des grandes dames et des personnages d'alors, dans dès costnmes reproduction fidèle des xaodes de ce temps-là ; les joyeux propos échangés par toutes ces bouches, qui s’efforçaient en vain de paraître centenaires; puis, les groupes des danseurs et danseuses, cédant aux accoraäs d'une musique entrainante, et em.
(1) Nous empruntons les détails qui suivent au compte-rendu @u Morning Chrenicla du 4 jan7ier 1876.
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portés dans ces légers tourbillons, où les hommes les plus éloquents n'ont de paroles que pour louer l'esprit et la beauté ; et soudain... cette foule bruyante s’arrétant tout à coup, pour écouter un son lointain... ; la voix du clairon et les roulements du tambour se rapprochant de plus en plus, et les tentures du salon, écarties par des mains invisibles, donnant passage à la garde fantôme guidée par l’intrépide sergent F'ugh McQuarters, son uniforme encore couvert du sang d’un brave tombé dans la mêlée, tenant encore allumée dans sa main la mêche dont l’étincelle fut si fatale à l’infortuné Montgomery, et revenant demander pour lui et pour ses braves les honneurs d’un salut militaire, et au même instant les détonations formidables de l'artillerie répétées au loin par les échos, le firmament s’illuminant des couleurs des feux de Bengale et des fusées, comme pour rappeler aux habitants de Québec les angoisses du siége si courageusèment enduré par leurs pères; et, pour couronner toutes ces réjouissances, le lendemain, la garnison entière, en habits de fête, trainant avec elle des pièces de canon parées de rubans ét de verdure, et visitant, au son de joyeuses fanfares, les lieux témoins des combats du 31 décembre 1775, et allant rendre à Montgomery les honneurs militaires à l'endroit même où, cent ans auparavant, des soldats anglais retrouvèrent, enseveli sous un linceuil de neige, son corps broyé par la mitraille. Voilà ce que racontera l'histoire. : H, 3. J. B. CuowiNar».
ET Siége de Québec par ies Américains, en 1755, PAR LOUIS P. TURCOTTE.
À pareil jour, il y a un siècle déjà, un événement remärquable se passait aux yeux de nos'ancêtres, sous les murs de notre vieille cité, événement dont dépendait le sort du Canada. Tous les postes militaires étaient tour à tour tombés au pouvoir des Américains ; Québee seul reconnaissait la suprématie de l'Angleterre. Montgomery allait tenter un dernier effort pour assurer la conquête de cette forteresse redoutablé ét couronner son heureuse expédition. Mais la fidélité ét la bravoure de nos ancêtres, Canadiens comme Anglais, devaient lui enlever cette gloire et conserver à la couronne britdnnique la possession de cette province. . tt
C’est pour rappeler à votre souvenir cette page importänte de nos annales que l'Institut Canadien vous a réunis dans cette enceinte, En répondant à son, invitation, vous êtes venus rendre hommage aux braves qui ont défendu le drapeau britannique À cétte heure de danger ; vous avez encore voulu affirmer votre loyauté envers l'Angleterre et montrer que vous êtes heureux d'appartenir à ce grand émpire. L'Institut Canadien voit encore dans cetto fête une démonstration toute patriotique qui rappelle à notre souvenir les brillants faits d'armes de nos aïeux. C’est ce que manifestent ces emblêmes et ces décorations militaires où figurent les drapeaux de Carillon et de Châteauguay, reliques pré- Ciouses qui guidaient nos pères aux champs de la gloire et de l’honneur.
Appelé à vous entretenir ce soir, je n'ai pas voulu vous parler séulement du combat dont nous célébrons le centenaire. Nous examinerons d'abord les causes et les
commencements de la guerre américaine, les événements dont le Canada a été le théâtre, et le rôle que nos ancêtres y ont joué. Et nous verrons ensemble que si nous sommes aujourd’hui sujets britanniques plutôt qu'américains, nous le devons à la fidélité du clergé et de la noblesse, et aux braves défenseurs de Québec. (1)
La guerre de l'indépendance eut pour cause la résolution que prit l'Angleterre de taxer ses colonies de l'Amérique. Elle avait considérablement augmenté la dette nationale dans la lutte sanglante qui lui valut la conquête de la Nouvelle-France, et c’est pour protéger ses colonies et assurer leur prospérite she À s'était engagée dans cette guerre. Aussi, suivant elle, le concours de son armée et de sa flotte méritait bien quelques sacrifices de leur part. Elle résolut, en conséquence, de retirer de see colonies d’outremer certains revenus qui lui aideraient à supporter le fardeau de sa dette.
Dès 1764, la législature pee imposa de nouvelles charges sur le commerce. L'année suivante, elle passa
l'acte du timbre, taxe directe prélevée sur les contrats,
les billets et autres documents.
A cette nouvelle, toutes les colonies, le Canada et
(1) Pour composer ve travail sur l'invasion du Canada par les Américains nous avons puisé aux sources lies plus authentiques, consulté les archives de notre ville et nombre :le documents historiques dont quelques-uns sont devenus très-rares ; nous avons enfin essayé de présenter une étude aussi complète que possible, en publiant certains faits peu connus ou entièrement ignorés. Nous devons mentionner d’une manière particulière le magnifique ouvrage de l’abbé Verreau, intitulé : ‘‘ Invasion dt Canada.” Les mémoires contenus dans ce volume avaient été ou tous recueillis et annotés par le Commanceur Viger. Mais M.
erreau a eu le mérite de les avoir jrubliés et enrichis de nouvelles notes. Ce volume doit être suivi de trois autres, et nous espérons que M. Verreau pourra bientôt compléter cette uvre vratment nationale.
Voie la liste d’un certain nombre de documents que nous avons consultés :
Les archives de l'Archevéché et du 3éminaire de Québec.
Verreau, /nvasion du (Canada, contunant les mémoires de Sanguinet, a Badeaux, de de Lorimier et de Berthelot, et un grand nombre de ettres.
Les mémoires du Juge Henry, de Meigh, de Caldwell, de Thompson, de Finlay, etc.
Le journal d’ux officier de la garnison de Québec, publié dans le 2e vol. de l'Histoire du Canada par Wm. Smith.
Documents br à t9'ihe colonial hi:tory of the State of New York.
Les histoires de Bancroft, Ramsay, Botta, Lossing, Palmer, Frost, etc.
l’Acadie exceptés, protestèrent énergiquement contre le droit de les taxer sans leur consentement. Elles virent dans la loi du timbre une atteinte à leurs droits de sujots anglais, un com”aencement d’oppression. En plusieurs endroits, le peuple surexcité s’opposa à l’exécution de la loi; à Boston, il détruisit les papiers des bureaux du timbre, et força les employés à résigner. Puis an congrès compusé des délégués des colonies mécontentes s’assembla à New York, et exposa leurs griefs au roi et aux chambres dans des adresses fermes m£&is respectueuses.
Éffrayé de cette attitude menaçante, le parlement rappela l'acte du timbre un an après son adoption. En 1767, il revint à la charge, et imposa des droits sur le thé, le papier et quelques autres articles. Cette nouvelle taxe souleva une opposition encore plus acharnée que la première, et occasionna des troubles sérieux. Les colons insistèrent plus que jamais sur le‘droit de prélex 2r eux-mêmes leurs impôts, et résolurent de suspendre leurs relations commerciales avec la métropole.
Deux ans plus tard, la législature impériale apporta quelques modifications à sa politique, et rappela le droit sur tous les articles le thé excepté. Elle voulait par là conserver une simple apparance de suprématie. Cette demi-mesure ne donna pas satisfaction aux colonies. La Compagnie des Indes ayant expédié en Amérique plusieurs cargaisons de thé, les colons refusèrent de les recevoir ou les mirent dans des entrepôts. A Boston, cinquante personnes déguisées en sauvages, 8e rendirent aux vaisseaux et jetèrent le thé dans le hâvre. Cuci se passait en décembre 1773.
Ce fut avec la plus grande sévérité que le parlement angl..is punit ce dernier acte. Il ferma le port de Boston, révoqua la charte de l'État du Massachusetts, puis il passa une loi par laquelle il protégeait les officiers qui se serviraient de la force jusqu’à tuer pour apaiser les émeutes. Enfin il adopta l'acte de Québec contre lequel les colons protestèrent parce qu’il étendait les limites du Canada et y maintenait la religion catholique.
Par ces mesures de re à la métropole espérait ramener la Province du Massachusetts à l'obeissance et effrayer les autres colonies, Le contraire arriva. L'indi-
au 46 ou
posien des Bostonnais fut portée à son comble: Ils rûlèrent publiquement l'acte qui fermait le port de leur ville, et invitèrent les autres provinces à cesser toutes relations avec la mère-patrie: Partont ailleurs les colons leur moutrèrent la plas grande sympathie, et décidèrent de soutenir leurs droits. Puis on fixa un jour de prières publiques, et on proposa une réunion de délégués de toutes les provinces.
Ce fut le 4 septembre 1774, jour mémorable pour les Américains, que s’assembla à Philadelphie le Congrès continental. Treize provinces y avaient envoyé des représentants.
Le Congrès commença par définir les droits des colonies. Îl réclama l'indépendance législative, le privilége de prélever leurs proprés taxes. Il approuva ensuite la conduite des Bostonnais, et décida de suspendre l’importation et l’usage des marchandises anglaises jusqu'à ce que ldTéparation de leurs griefs fût obtenue. Les délégués votèrent de plus une adresse au peuple anglais pour lui exposer de nouveau leurs plaintes, et une autre aux Canadiens afin de les engager à faire cause commune avec eux. Lo,
Partout les colons approuvèrent les décisions du Congrès, et montrèrent le plus grand enthousiasme à conquérir les libertés politiques. Tous furent décidés à les défendre même pur la force des armes s'il était nécessaire. Dès lors ils organisent des corps de volontaires, et se mettent sur la défensive. Ce peuple traité avec indulgence jusqu'alors, habitué à se gouverner lui-même, est unanime à repousser l'oppression. Rien d'étonnant qu'il montre plus d'énergie maintenant qu’il compte 8,000,000 d’âmes, et que plusieurs années de paix l'ont rendu prospère et heureux.
Cependant, jusqu'à cette date (avril 1775), aucun de leurs hommes d'état n’avaitieu l'intention de se séparer de l’Angleterre. Ils en vinrent à cette extrémité lorsqu'ils virent qu’elle persistait À employer la force pour les réduire à l'obéissance. La métropole regrettera bientôt cette politique, et lorsqu'elle voudra plus tard la changer, il ne sera plus témps. Déjà, d’après ses ordres, le gouverneur de New York, le général Gage, se préparait à prendre l'offensive, car la situation se compliquait
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de plus en plus, les actes du gouvernement demeuraient sans viguéur, et ses troupes: ne pouvaient plus obtenir ni vivres, ni argent. Toute entente était devenue impossible. Aussi les hostilités commencèrent-elles au mois d'avril 1775.
Le général Gage ayant envoyé des troupes pour détruire des bâtisses militaires à Concord, ce détachement rencontre à Lexington un corps de miliciens et le disverse, après avoir tué êt blessé plusieurs rebelles, Arrivé au lieu de sa destination, il trouve les volontaires en plus grand nombre. Un combat sanglant s'engage, et se termine par la défaite des troupes anglaises, Telle est la première bataille de la révolution.
Dès lors, les colonies marchent? grand pas vers l’indépendance. Le Congrès continental s'empare de la direction des affaires. Le peuple:prend partout les armes ; les vieillards comme les jeunes gens, les riches comme les pauvres, tous se font un devo.r de combattre, et leurs premières démarches sont de s’émparer des forteresses et des arsenaux. .
Ce fat alors que les Américains du Nord projetèrent la prise de Ticonderaga ou Fort de Carillon, et des autres forts du Lac Champlain. Ces places, comme on le sait, sont la clef des communications entre le Canada et New York. L'argent était fourni par l’état du Connecticut. (1) Le colonel Allen, choisi pour exécuter ce plan, réunit 270 hommes, la plupart designés sous le nom de ‘ Green Mountain Boys.” Arnold vint bientôt se joindre à eux, et fut nommé commandant en:second.
Le 9 mai, la petite armée atteignit le lac Champlain, vis-à-vis Ticonderaga. Allen traverse le lac avec 82 hommes, et envahit le fort mn la nuit. Puis surprenant au lit le commandant Laplace, il lui ordonne de se rendre, sinon toute la garnison sera passée par les wrmes. Par quelle autorité agissez-vous, demande Laplace ? Au
(1) Ce furent Deane, Wooster, Parsons, Stevens et autres, qui projetèrent ce plan, et obtinrent de l’argent du Connecticut et le concours du colonel Allen. Ramsay, American Revalution, vol. ler, page 226,
D’après l'historien Bancroft, Samuel Adam et Hancock eurent, le 29 avril, une entrevue secrète avec le gouverneur et lé conseil du Connecticut pour promouvoir la prise de Ticonderaga qui avait d’abord été projetée pat les Green Mountain Boys, Nol. 7, page 338.
nom du grand Jéhovah et du Congrès continental, répond Allen. Laplace veut en vain se récrier. A la vue de l'épée d’Allen suspendue sur sa tête, il livre le fort qui contenait cent pièces de cenon, et se rend prisonnier avec la garnison composée de quarante-cinq hommes.
Le colonel Warner envoyé à Crown Point (Pointe à la Chevelure) surprend aussi la garnison de ce fort, et s’en empare sans perdre un seul homme. Un autre parti avait déjà occupé le fort de Skenesborough. (1)
Pour couronner cette expédition et obtenir un plein succès, il restait encore aux Américains à s'emparer d’un vaisseau du Roi, La George, ancré à Saint-Jean. Arnold s'acquitta de cette tâche avec célérité, et retourna avec le vaisseau, en apprenant l’arrivée prochaine d’un corps de troupes anglaises.
La nouvelle de cette invasion causa À Montréal une grande sensation. Un détachement de troupes, sous les ordres du Major Preston, fut aussitôt envoyé à la poursuite des A:néricains. Il rencontra le colonel Allen qui s’'tait rendu à Saint4Jean après le départ d’Arnold. Après une légère escarmouche, les Américains se retirèrent à Ticonderaga.
Ainsi furent pris sans résistance ces forts redoutables qui avaient coûté des sommes considérables, et arrôté sous Montcalm le progrès des armées anglaises.
Ce succès, au début de la guerre, fit naître la confiance dans l'esprit des Américains, et leur valut une quantité considérable de matériel de guerre pour organiser l’armée. Il leur assura de plus la possession des plates fortes qui commandaient l’eutrée du lac Champlain.
Le Congrès en session poursuivait la guerre avec la plus grande vigueur, et nommait Washington commandant en chef de l’armée. C’est alors que se livra la bataille Bunker’s Hill, une des plus sanglantes de la guerre américaine, et que les Anglais gagnèrent après avoir été repoussés deux fois et avoir subi des pertes
(1) Los forts de Carillon ou Ticonderaga et de Crown Point avaient éte abandonnés depuis la conquête; ce dernier était entièrement détruit en 1773 et Ticonderaga tombait en ruine. On venait d'y envoyer une garnison à la demande du gouverneur de New York. Documer ts relating to thé Colonial History ‘of the State of New ork, vol. 8, page 395; Palmer, History of Lake plain.
sérieuses. Vers le même temps, Arnold proposa d'envahir le Canada ; il se faisait fort de le conquérir avec une armée de 2,000 hommes, Dans la prévision d’une attaque du général Carleton par le lac Champlain, le Congrès résolut de prendre l'offensive et de diriger deux corps d'armée vers des points différents. On comptait sur Je petit nombrt le troupes qu'il y avait dans le pays et sur le concours de la masse des Canadiens. :
Le général Schuyier fut nommé commandant de l'ex-
dition, avec le brigadier-général R. Montgomery pour e seconder. Il avait mission de faire une descente sur Montréal par le lac Champlain, après s'être emparé de Saint-Jean et des autres forts de la rivière Chambly ; puis, s’il réussissait, d'opérer sa jonction à Québec avec Arnold qui devait le rejoindre par les rivières Kennébec et Chaudière.
Au commencement de septembre, l'armée américaine vint débarquer à deux milles du fort Saint-Jean. Une bande de sauvages, commandés par les frères de Lorimier et le capitaine Deace, se porta à sa rencontre, et fit une attaque si vigoureuse que les Américains furent contraints de se retirer. (1)
(1) M. de Lorimier rendit des services importänts penüant la guerre américaine ; il remplit aveo honneur plusieurs itissions difficiles.
Voici le récit du combat livré près de Saint-Jean, et que nous tirons de son mémoire intitulé : Mes services pendant la guerre Américaine.
‘ Quelq es jours après le général Montgomerie vint paraître aveu une flotte assez, considérable, bâtiments, bâteaux, etc., et se retira au-elà d’une pointe où nos canons ne pouvaient rien faire, et fit son débarquement de 1,400 hommes. Sur le champ je fus ordonné d'aller m’oppover au débarquement accompagné du capitaine T'ésse (Deace), de la rivière Mokawk, avec environ.vingt-cinq des nations et 72 sauvages du. Bas+ Canada et mon frère. Il est à regretter que le major Prestonne n’ait pau fait marcher une compagnie du 26 ou 76, et tous les Canadiens volontaires. Nôus avançgames donc en route touchant les petits bois si épais que nous ne pouvions pas voir l’ennemi plus loin de trente verges ; mais une petite rivière aux eaux hautes nous donna un découvert de huit verges, Le, capitaine Tisse reçut une balle dans le gras de la cuisse, mon grand-chef franchit la rivière n’aÿant pour arme qu’une lance et mou couteau de chasse, planta la lame dans le corps d’un Américain et en tus.un: autre. avec mon couteau de Chasse, et voulant expédier le troisième il reçut deux balles dans l’aine qui le mirent hors de combat.
“ Enfin notre victoire fut si complète que nous. fimes rembarquer les 1,400 hommes à bord. Nous eûmes six Sauvages du Bas-Canada de tués et deux Mohawk, le capitaine Tisse la ouisse cassée et huit Sauvages vlessés. J’eus l'honneur qu'il fut ordonner de chanter un Te Deum dans
sis UD
Le lendemain, Schuyler se rendit à l’Ile-aux-Noix. Là, il publia une proclamation assurant les Canadiens que son armée n'avait pour mission que de combattre les troupes anglaises, qu'elle cg parie ba: leurs per: sonnes, leurs propriétés, et qu’elle désirait leur procurer les libertés des sujets anglais, Attaqué d'une maladie dangereuse, Schuyler laissa l’armée, et le commandement passa à Montgomery.
Avant d'examiner la conduite, des Canadiens dans cette guerre, jetons un coup-d'œil rapide sur leur histoire depuis la conquête. Ce résumé est nécessaire pour nous expliquer la position qu'ils ont prise.
Quatorsze années, à peine, s'étaient écoulées depuis que le sort des armes les avait soumis à leurs nouveaux maitres. Affaiblis par une guerre désastreuse, en partie ruinés par la dévastation de leurs propriétés, et abandonnés par presque toute la noblesse et la classe instruite, rat situation d’abord avait été très-critique. Jusqu'en 1764, ils avaient été soumis au régime militaire, Ensuite un gouvernement civil avait été investi
du pouvoir, et l'avait exercé d’une manière despotique. Dans le même temps, l'introduction des lois anglaises et l'administration de la justice, par des juges incompé-
toutes les églises de 1a province en remerciement à l’Etre-Suprêéme pour ce succès inattendu.”
Voici une autre Version de cet engagement donnée par un offcier de l'armée continentale :
“ Je vais vous donner un court aperçu des différentes escarmouches de l’armée du Nord. Après notre arrivée à l’Ile-aux-Noix, le Colonel Waterbury s’avança avec son régiment au pied du lac et commenta à se retrancher, à un mille et demi de Saint-Jean, d’où il envoya un léger parti dans les bois, lequel fut attaqué par un certain nombre de réguliers et de sauvages. Dans cet engagement, le ‘Colonel Waterbury eut huit hommes tués et six blessés. Du côté de l’ennemi, douze tués et plusieurs blessés, surtout des sauvages : le Major Hobby a été blessé. Après cela, les nôtres retournèrent à l’Ile-aux-Noix. Là, un parti de cinq cents hommes partirent de nuît pour Chambly par Saint-Jean. Nous nous avançâmes ch de retranchement précédent où nous flmes attaqués par l'ennemi : Île feu fut assez chaud pendant six à huit minutes : à la fin, l’ennemi prit la fuite, et nous nous emparâmes de ses retranchements où nous demeurûmes jusqu’au matin, et comme le Fort était alarmé nous ne crûmes pas prudent d'avancer, et airisi nous nous retirâmes à nos anciens rétranchements® de' l’Ele‘aux-Noix. Nous n’éûmes dans cet engagement hi blessés ni tués: nous sommes informés d’une manière ussez probable que l'ennemi a eu onse tués et trois blessés.” Verreun, Anvasion du Canada, : : FT , se
tents et ignorant la langue française, causèrent aux Canadiens de nouvelles inquiétudes. Un autre grief était leur exclusion des emplois publics, car leur c‘oyance ne leur permettait pas de prêter le serment du test.
On sait que le gouverneur Murray, par une conduite pleine de modération, adoucit les rigueurs de la politique anglaise ; il encourut pour cela la disgrâce de ses compatriotes. Par malheur, il était obligé de compter avec des conseillers et des fonctionnaires pour la plupart indignes de leurs charges. Aussi s’en plaignait-il dans un rapport au ministère.
I! devait être pénible pour la population canadienne, déjà au nombre de 70,000 âmes, d’être gouvernée par un petit nombre d'hommes encore étrangers à leurs coutumes et à leurs besoins politiques. Cependant les Canadiens souffraient on silence, et montraient peu de mécontentement, du moins d’une manière ouverte. Ils s’occu- ‘paient paisiblement .de leurs affaires particulières, et peu à peu l’aisanee revint avec les récoltes abondan.es, en mêmestemps que ke commerce devenait florissant.
Le général Carleton, successeur de Murray dans l’admimistration de la Province, l’imita dans sa modération. Mais le régime civil no pouvait subsister longtemps; il ne plaisait pas plus aux Anglais qu'aux Canadiens. Les premiers demandèrent une Chambre d'Assemblée, et les Canadiens se contentèrent de réclamer le rétablissement de leurs lois et privi:éges et les anciennes limites de la province.
À diverses reprises, on fit des enquêtes sur l’état du pays. Le Conseil d'État et le Bureau des Plantations +’occupèrent de ces rapports et des pé’itions des habitants ; ils entendirent encore le témoignage du gouverneur et de plusieurs personnages du pays. L'Angleterre comprit enfin que le temps'était venu de modifier sa politique et de se montrer plus bérale envers nos anêtres, au moment où les autres colonies menaçaient de se séparer d'elle. C'est ce qu'elle fit par l'acte de Québec.
La nouvelle constitution reconnaissait le libre exercice de la religion catholique, rétablissait des lois civiles françaises, mais maïntenait les lois criminelles anglaises. Œlle agrandissait de plus tes limites de la province, at ouvrait Aux chum l'entrée aux emplois publics.
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Loin de nous la pensée d'approuver la constitution de’ 1774; elle laissait trop à désirer. Nous accorder le libre exercice de notre religion, le rétablissement de nos lois’ françaises, n'étaient que des actes de simple justice. Mais nous sommes porté à croire que sans l'insurrection des colonies anglaises, l'Angleterre nous les aurait également accordés. Toutefois, les Canadiens, assurés du bon vouloir de la métropole, se montrèrent satisfaits de l'acte de Québec. Le clergé et la noblesse témoignèrent de leur reconnaissance pur leur attachement à la couronne bri. tannique.
On assure que Carleton travaiila beaucoup à faire adopter les clauses de la constitution favorables aux Canadiens. Il avait démontré aux ministres le tort causé par l'introduction des lois anglaises, Ce gouverneur aimait à reudre justice à nos ancêtres, il avait étudié leurs habitudes et leur caractère pacifique ; et ne pouvait plus longtemps consentir à leur proseription. Aussi lorsqu'il composa le Conseil Législatif, sur les 23 membres de ce corps; en nomma-t-il huit choisis dans les rangs de la noblesse. (} Il appela en outre plusieurs Canadiens à des charges judiciaires et à d’autres emplois, occupés auparavant par des Anglais. @) Cette conduite noblo, lui gagna l'affection de nos pères ; il devint ui de nos gouverneurs les plus estimés.
Doné de ces qualités du cœur, Carleton était en outre reconnt comme excéllent officier, Il avait servi avec distinction dans la guerre de 1759 en qualité de briga-
(1) “ Le 17 d'août 1775; dit Sanguinet, les meïnbres de l'honorable Conseil Législatif de oétte province s’assemblèrent au Château Saint- Louis, dans la ville dè Québec, en conformité des ürdres émanés de Son Excellence le Gouverneur Guy Carleton à‘ce sujet, en conséquente de la commission du Roy, qui nomme et constitue les Messieurs suivants, lesquels prétèrent serment et pe rent leurs places à la table, sçavoir :
L’Honorable H, T. Gramahé, Lieutenant-Gouvèrnèur, William Hey, Ecuyyer, Jage en Chef, Hugh Finlsy, Thomas Dunn, Kf ames Cuthbert, Cotin Drummond, François Letêque, Edward Harrison, John Colline, Adam Mabane, Pécaudy de Contrecœur, Roch St. Ours Lecñaillons, Charles François Liénaudière, George Pownall, George Allsopp, St. Luc de Liacorne, Joseph G. Chaussegtos de XZéry, Alexander Johnston, Conrad dugy, Picôtté de Belestre, Des Bergères de Rigauville, John Fraser,”
(2) M. Olaude Pariét, fut nommé juge à Québec, M. R, O. Hertel de” Rouville jage à Montréal ; M. de Longueuil, deviat‘inspecteur des milices, M ut, > AN ME colonel, M. St. George Dupré, major et commissaire se e
dier-général, et avait combattu à la bataille des Plaines d'Abraham. Sa bravoure lui avait mérité les éloges des officiers supérieurs, En reconnaissance de ses services passés, il fut élevé eu grade de major-général.
L'expédition de Ticonderaga et l'invasion du territoire canadien prirent le gouverneur par surprise. Il n'avait à opposer à l'ennemi que 800 soldats des 7e ot 26e régiments. Il ne pouvait attendre do grand secours de la population anglaise ; elle comptait à peine 3000 âmes, et les mémoires du temps nous assurent qu’un bon nombre, mécontents de l'acte de Québsc, montrèrent des sympathies aux Américaine ou gardèrent la neutralité. Le sort de la colonie était done entre les mains d’une population conquise quinze années auparavant par la force des armes, et qui avait été gouvernée avec peu de justice et de discernement.
Catletos cependant poussa les préparatifs de défense avec A ares dirigea une partie de ses troupes et do l'artillerie au fort Saint-Jean ; des détachements furent aussi envoyés à Satigan, à la Galette et à Saint-François. Il partit lui-même pour Montréal, où ilarriva le 26 mai, (1)
Le 9 juin suivant, il proclama la loi martiale, et appela la milice sous les armes. Le clergé catholique seconda les vues du gouverneur; déjà l'évêque de Québec, Mgr. Briand, avait écrit aux curés uno lettre pastorale, en date du 22 mai, dans laquelle il engageaïit les catho-
(1) ‘“ La première démarche que le général Guy Carleton, re avoir appris que les Bastonnois étoient venus à St. Jean, fut de faire partir do Québec les troupes qui y étoient avec deux bâtiments chargés d’artillérie et de munitions—pour construire un fort à St. Jean. I1 envoya un détachement de troupes à la rivière Chatigan (Satigan), un autre à St. François, et fit partir trente hommes de troupes pour La Galette, »vec des ouvriers pour réparer le fort, et donna ordre également d’envoy. des charpentiers pour construire des navires à St. Jean. Ensuite . quoy il donna ordre aux troupes des Trois-Rivières ainsi que de Montréal de se renûre à St. Jean sous le commandement du Major Preston. Le Général partit luy-même pour Montréal où il arriva le viagt-eix de May, au grand contentement de toute la ville. “Les citoyvns s’assemblèrent et furent luy faire une visite en corps “qu'il reçut froidément, saris en sçavoir la cause. Il esb vray qu’il pouvoit avoir quelques sujets Le mécontentement contre quelques-uns qui se “comportoient mal, mais le plus grand nombre (IQ MORIN bons et fidèles sujets, et ils l’étojent effectivement.” Sanguinet. Sévguinet, avosat de Montréal, a laissé sous le titre de Témoin oculaire de l'Invasion du Canada;uneïrrelation très-complète et très-intéressante de-cette guerre.
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liques à prenüre les armes pour le zoi et à se montrer de bons et fidèles sujets. (1)
* Le clergé et la noblesse, dunt les idées étaient essentiellement saonarchiques, restèrent attachés à l'Angle: terre. La classe bourgeoise et aïséa suivit le même exemple. Tous étaient satisfaits de l’acte de Québec; ils y voyaient des ga-anties suffisantes pour leur religion et leurs propriétés. Un changement de domination ne devait, suivant eux, leur Apporter aucun bien. En outre, ils avaient confiance dars le gouverneur qui avait su gagner leur estime et leur affection.
Une partie de la population de Québec et de Montréal se montra également empressée à défendre l'autorité.
‘ (1) Voici ce mandement que nous avons trouvé dans les Archives de l’Archevêché, et que nos avons cru devoir reproduire au long :
‘“ JEAN OLIVIER BRIAND par la miséricorde de Dieu, et la grâce de St. siége, Evèque de Québec, etc. A tous les peuples de cette colonie, Salut et Bénédiction. ‘
“ Une troupe de sujets révoltés contro leur légitime Souverain qui est en même tempe le nôtre, vient de faire une irruption dans cette Province, mais l’espérance de s’y pouvoi soutenir que dans la vue de vous entraîner dans leur révolte, ou au moins de vous engager à ne pas vous oppeser à leur pernicieux desséin, La bonté singulière et la douceur avec laquelle nous avons été gouvernés de la part de Sa Très-Gracieuse Majesté le Roi George III, depuis que par le sort des armes nous avons été soumis à son empire ; les faveurs récentes dont il vient de nous combler, en nous rendant l’usage de nos lois, le libra exervice de notre religion, et en vous faisant participer à tons les priviléges et avantages des Sujete Britanniq'ies, suffiraient sans douto pour exciter votre rerannaissance et votre sèle à soutenir les intérêts de la Couronne de la Grande Bretagne. Mais des 1otifs eitore plus pressans doivent parler à votre cœur dans le moment présent. V8 sermens, votre religion vous imposent une obligation indispensable de défendre de tout votre pouvoir votre patrie et votre roi. Formes donc, chers Canadiens, les oreilles, et n’écoutez pas les séditicux qui cherchent À vous rendre malheureux et à étouffer dans vos cœurs les sentimens de soumission à vos légitimes supérieurs, que l'éducation et la religion y avait gravés. Fortez-vous avec joie à tout ce qui vous sera commandé de 1n part d’un Guuverneur bienfaisant, qui n’a d’autres vues que vos ;ntéréts et votre bonheur. ]1 ne s’agit nas de porter la guerre dans les provinces éloignées ; on vous demande seulement un coup de main pour repousser l'ennemi, et empécher i’invasion uont cette Province paraît menacée. La voix de 1 religion et celle de vos intéréts se trouvent ici réunies et vous assurent de votre zèle à défendre nos frontières et nos possessions.
Donné à Québeo, sous votre seing, le sceau de nvs armes, ct la signaturs de notre secrétaire Le 22 Mai 1775,