‹ Invasion du Canada et siége [sic] de Québec en 1775-76 [microforme]Chapitre 3 sur 13 · J. OL. EVÊQUE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

J. OL. EVÊQUE DE QUÉBEC

Par Mot.signeur. , F. Panrauzr, Ptre., Becrét.,

Dans un bon nombre de paroisses, surtout duns celle; du nord du distriet de Montréal, lex habitants finirent par prendre les ariaes. Au mois d'octobre, on en. vit douze cents se rendre à Montréal.

À l’arrivée de l’armée américaine devant Saint Jear, il y avait déjà dans cette place 150 Canadiens commandés par M. de Bellestre et M. de Longueuil. C'était en partie des nobles et des négociants rihes qui n'avaient pas craint d'abandonner leurs familles et leurs propriétés pour voler à la défense de la frontière.

Cependant la masse de la pair canadienne restait indifférente à la tatte. Ni la proclamation du Gouverneur, ni la circulaire de l’Évêque ne purent la décider à pret ndre les armes. Les Canadiens regardaient le conflict comme une querelle de frères dont ils connaissaient bien peu la cause. Dans les Anglais et ans les Américains, ils voyaient également des ennemis de leur religion et de leur nationalité. Comme nous avons essayé de le démontrer, il y a un instant, 12 gouvernement, jusqu'er, 1774, n'avait rien fait pour gagner leur affection, et l’actc de Québec qui venait à peine d'être promulgué, ne leur était presque pas connu. Un bon nombre se rappelaient encore que lors de la conquâte, les Anglais avaient exigé d'eux ou de leurs pères une stricte neutralité, et se croyaient tenus de garder la même conduite dans cette guerre.

Plusieurs autres causes contribuèrent à cette abstention : la nomination de quelques officiers impopulaires, les injustices commises duns la distribution des grades, et surtout la conduite hautaine de certains seigneurs. @)

(15 M. Sanguinet donne ïes détails suivants sur la nomination des ofhciers :

‘“ En conséquence Ge cette proclamation (du Gouverneur), M. Dufy- Desauniers fut nommé Colonel, M Neveu-Sevestre Lieutenant Colonei, et M. St. George Dupré Major des milices du district de Montréal, à qui il donna les pouvoirs de rétablir la tuilice et de nommer des officiers, Ces trois Messieurs commencèrent à \'1ire des injustices, par favoriser leurs familles et leurs amis, de manière que les anciens Lieuterants de milice, ils en firent des Enseignes, et des personnes qui n'avaient jamais été dans les milices des Capitaines, et Inissèrent piusieurs anciens ofliciers qui n'eurent point de places. Cela fit nombre de mécontents. Toute la ville da Montréal murmuroit, et pour comble de malheur la populace refusoit de se mettre en milice, sous prétexte que le Colonel Tempiere leur.avoit promis qu'ils se formernient en compagnies de trente hotames,

Ces derniers prétenduient avoir le droit de les contraindre au service militaire, et voulurent l’'employer avec rigueur. Ainsi M. Lacorne, jeune officier de 22 ans, souleva le mécontentement de ses censitaires par son arrogance, et il aila jusqu'à frapper ceux qui lui résistaient lo plus. (1) Les mémoires de M. Mazères nous rapportent aussi la conduite impérieuse de M. Deschambault dans sa seigneurie de Chambly et de M. Cuthbert à Berthier. Les Canadiens voulaient bien respecter leurs seigneurs et remplir toutes leurs obligations de censitaires, mais ils leur niaient le droit de commander le service militaire.

Ainsi, tout ce qu’on put obtenir des Canadiens, et cela

et qu’ils auroient la liberté de nommer leurs cffciers. Tout ceci se passoit sous les yeux du Gouverneur. Malgré les représentations qui luy fureut faites, il ne voulut y avoir aucun égard; au contraire, il fit expédier les sommissions pour ceux qui avoient été nommés par Messieurs Dufy-Desauniers, Neveu-Sevestre et St. George-Dupré. À Québec, Messieurs Voyer, Colonel, Dumont, Lieutenant-Colonel, et Dupré l'aîné, Major.

‘ Dans ce moment critique, les mauvais sujets n’épargnoient point leurs peines pour indisposer le peuple et y mettre la confusion. Ils répétoient continuellement qu’ils avoient eu raison de prévenir les Canadiens, qu’ils auroieunt le gouvernement françois, et qu’ils seroiert sujets aux lettres de petit cachet. Cependant le Général Guy Carleton n’ignoroit point tous ces discours séditieux, mais il ne fit aucune démarche ny punition pour en arrêter les progrès. Il fit envoyer des ordres dans les campagnes pour rétablir la milice, et mettre les habitants en compagnies. Il s’y commit également des injustices et la majeure partie des habitants se trouvèrent mécontents, et même plusieurs paroisses ne vouloient point recevoir leurs etliciers. Si les milices eussent resté sur l’ancien pied lors de la conquête du Canada-au lieu d’avoir fait des Baillis, il y auroit eu beaucoup moins de diflivultés. En outre, plusieurs marchands anglois qui étoient à Montréal refusèrent de se former en compagnie et de servir comme miliciens, mais William Hey, Ecuyer, Juge en chef, qui étoit à Montréal depuis peu de jours, leur fit une remontrance qui fit un bon effet, comme étant obligés de donner l’exemple aux Canadiens. Alors ils se soumirent la plus grande partie. Le Général passa les milices de la ville en revue, où les Canadiens luy témoignèreni avoir beaucoup de satisfaction de servir sous ses ordres, et ils paroissoient bien disposés à remplir leurs devoirs, et à repousser les Bastonñois, s’iis faisoient une nouvelle tentative dans la province,

“ Le Général envoya, dans les campagnes plusieurs jeunes gens, plus étourdis que sages, pour passer les inilices en revue. Le Sr. Lacorne fut envoyé à Terrebonne pour cet effet. Tous les habitants assemblés témoignèrent de la répugnance à se mettre en milice, parce qu’un d’untr'eux leur avait lu la lettre du Congrès en date du 26 Octobre 1774, ?”

(1) Voir les mémoires et documents sur la guerre américaine publiés à la suite de cette conférence, note A,

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«grâce surtout à l'influence de clergé, fut de rester tranquilles chez eux. (C'était ‘@ beaucoup que de résister aux séductions et aux promésses des Américains. Quelques miliers d’entre eux eussent-ils favorisé les dessins du Congrès, et le Canada était à jamais perdu pour l’Angleterre.

D'un autre côté, les Américains avaient tout fait pour gagner nos ancêtres. (1) Leurs agents répandus dans les villes et les campagnes, avaient distribue les adresses du Congrès. Dès le debut, les mwrchands les plus riches et les plus influents devinrent leurs aux'iiaires, et firent de da propagante chez le peuple. On cite, entre autres, M. François Cazeau, riche négociant de Montréal, qui était

(1) # Dans lo mois de Février, dit Sanguinet, le Congrès envoya des députés incognito, pour eonférer avec les marchands des villes de ‘Québec et de Montréal, pour entrer dans la conspiration, sous prétexte d'acheter des chevaux. Il y eut une assemblée à Montréal, les choses -8’y passèrent secrètement. Les députés auroient désiré que les Canadiens eussent été de l'assemblée, mais il n’en fut pas un seul, et les marchands anglois de Montréul leur dirent qu’ils sçavoient que les Canadien: ne vouloient point entrer dans l’union proposée. Effectivement le plus grand nombre prit le parti de la neutralité, sous prétexte qu’ils avaient fait serment de ne point prendre les armes contre les auglois, Il étoit de la politique de les entretenir dans-cette opinion ; c’est à quoy les mauvais ‘sujets ne manquoient pag.

‘ Par l'impunité de toutes ces démarches nocturnes, la ville de Montréal fut bien vite remplie ha pa qui avoient correspondance avec plusieurs marchands anglois de Montréal et de Québec. Enfin ils combinèrent à faire leur entreprise sur la province de Québec ; il leur étoit

autant mvuins difficile qu’ils étoient assurés de la disposition de la plus grande partie des habitants, ils sçavoient en outre tout ce qui se passoit dans la province, le peu de troupes oni y étoitt Un grand nombre de mé&rchands anglois se montrèrent publiquensent dévoués en faveur des Bastonnois par leurs diseours et eherchaient à soulever le peuple et à mettre la confusion.”

Dans une autre page, le même auteur raconte l’incident suivante :

‘ Le premier May 1775, les mauvais sujets commencèrent à insulter ‘le buste de Sa Majesté qui était sur la place de la haute ville à Montréal. On trouva le matin le buste barbouillé de noir avec un chapelet de patates passé dans le cou et au bout uns ercix de bois avec cette insurintion—VOILA LE PAPE DU CANADA ET LE SOT «NGLOIS. Aussitôt le Généra! Guy Carleton, Gouverneur de la Province à Québec, fut instruit de l’insulte faite au buste de Sa Majesté. Les Canadiens indignés et mortifiés d’une telle insulte, à quoy ils ne s’attendoient pas, eurent

uelques difhaultés avec plusieurs anglois à ce sujet. Monsieur de

elestre, ancien capitaine et chevalier de St. Louis, fut frappé par un -nommé Frinke, etle Sr Lepailleur par le nommé Solomon. fl y avoit quelques indices que c’étoient des Juifs et des mauvais sujets anglois qui “voient cammis cette insulte, sans qu'on ait pu découvrir les criminels.”

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très-influent parmi les sauvages ; M. Ths. Walker, (1» qui agit d’une manière si ouverte, que le gouverneur finit par le mettre en pris, et M. James P ice, qui se chargea, sans autorisation, de la défense des intérêts canadiens auprès du Congrès, (2)

“Dans leurs proclamations, les Américains faisaient sonner bien haut les avartages de la liberté et de l'exemption des taxes. Suivant eux, ladifférence de religion re devait vas empêcher les Canadiens de s'unir à eux. Il exposaient en outre Les défauts de l’avte de Québec, 1es invitaient à défendre ensemble des droits communs et à envoyer des délégués au Congrès. () ls espéraient toujours voir nos pères, mécontents des injustices commises prêter leur concours. Muis ces adresses, quoique redigées avec modérsuur:, n’eurent pas le résultat désiré. En vain les Amér'cains proc.amaient-ils qu’ils n'étaient pas les ennemis de la religion catholique, les Canadiens connaissaient les sentiments contraires exprimés dans leur lettre du 5 Sept. au peuple anglais. ls avaient alors

(1) “ Thomas Walker, marshand de Montréal, qui demeurait à l’Assomption, employa tous les moyens pour faire révolter les habitants tant de cette paroisse que de eeites voisines. It fit pour cet effet plusieurs assemblées, il avait même des correspondanees avec les Bastonnais. ” Sandguinet.

(2) ‘ James Priee qui étoit un marchand de Montréal et qui y avoit fait sa fortune, étoit parti dès 16 printemps pour In Nouvelle Angicterre, Sans doute pour conférer avec ses amis sur le plan qu’il conviendroit pour attaquer le Cauada. El ar'iva à Montréal après la prise de Uarillon et de la barque à St. Jenn, Il assura les Canadiens que le Congrès étoit mortifié de l’insutte qu'Arnold et Allein avoient faite au Canada, que le Congrès les avoit mandés pour les faire punir, il apporta une lettre du Congrès pour tranquiliser les Canadiens, Tout ceci n’étoit qu’un jeu et que pour mieux t'omper les Canadiens, puisque les Provinces-Unies levoient des troupes dans ce temps, pour faire ure expédition dans la provinee de Québes. Le (Général interrogea James Price pour tâcher de connaître la vérité, mais il fut également trompé. Il obtint la permission pour descendre à Québec, où il resta quelque temps. Après s'être assuré de la disposition des mauvaissujets de la provinee et, avoir pris toutes les connaissances qu’il désiroit, il déserta et se ren ut, à Boston et de là au Congrès où il rendit compte de so mission et de l’état où il avoit laissé la Province de Québec.

‘Le Sieur Levingston, père, qui demeurait près du faubourg des Eécolets avait une correspondance exacte avec les Bastonnois par le moyen des Sauvages, et qui leur apprenait tout ce qui se passait à, Montréal, son fils qui commandait un parti Bastonnois entraina ses deux autres frères du consentement de leur père, dans son parti./’—Sanguinet.

(3) Voir la proclamation du Congrès À La note B des memoires et. documents sur la guerre Amérivaina,

reproché au gouvernement britannique d’avoir rétabli les: lois françaises et raconnu la religion catholique, “religion, disaient-ils, qui avait fait, en Angleterre, couler des fleuves de sang, avait semé l’impiété, la bigoterie et la persécution, et porté dans chaque partie du monde le meurtre et la rebellion.' Ce langage fanatique était une faute grave de la part du Congrès. Aussi contribua-t-il pour béaucoup à assurer la neutralité de la masse des Canadiens, t -"": qu’nn bon nombre se déclaraient royalistes.

Quelques centaines de Canadiens seulement em brassèrent la cause du Congrès. Ils furent pour cela désignés sous le nom de congréganistes, par les amis du gouvernement. Si l’on excepte les marchands, ils appartenaient presque tous à la classe agricole et industricile, et résidaient dans les villes et dans les paroisses de la rivière Chambly. :

Carleton, n'ayant pas réussi À lever en masse la milice canadienne, essaya de former des corps de volontaires, et pour cea offrit des octrois de terre, Quelques centaines seulement acceptèrent ces avantages. (1) Il s'adressa ensuite aux sauvages et s'efforça de les convaincre qu'il était de leur intérêt de faire cause commune avec Jui. Ilen gagna plusieurs centaines, malgré les tentatives contraires faîtes par M. Cazeau et autres partisans des Américains. Le colonel Guy Johnston en reunit cinq à Six cents des diverses nations. Mais leur zèle fut de peu de durée. Ils se débandèrent an mois d'octobre, lorsqu'ils virent l'avantage passer du eûté des Américains.

Quand Montgomery parut devant Saint-Jean, Carleton était déjà assez bien prépare. La garnison de ee fort, commandée. par le Major Preston, se composait de 300 réguliers, de 150 volontaires canadiens, et d’un petit nombre de sauvages, Ce fort quoique en mauvais ordre, était défendu par une boune artiilerie. Carleton devait aller au secours de la garnison avec Ja milice de Montreal et les volontaires que le Col. MeLean devait amancr de Québec,

Montgomery éommenca le & de Saint-Jean, le 17

(1) Nous sommes porté à eroire qu’un seul régiment, le Royal Emigrant du col, McLean, se forma avec ces conditions,

septembre. (1) Il venait de recevoir un renfort qui portait son armée à 1500 hommes environ. Le nouveau général, irlandais de naissance, était un officier distingué, idole de ses soldats. Entré dans l’armée anglaise en 1756, il avait combattu à Louisbourg, suivi ensuite l’armée du général Ambherst, chargée en 1759 de la conquête des forts du Lac Champlain. Plus tard, on le retrouve dans les Indes Occidentales, où il est élevé au grade de capitaine. En 1772, ayant abandonné le service militaire, il se fixa aux Etats-Unis, et il s’y livra à l’agriculture. Au commencement de la révolution, il embrassa la cause des Américains qui le déléguèrent au premier Congrès de New York, et peu après le nommèrent brigadier-genéral dans l’armée.

Montgomery, érigea une batterie du côté nord du fort Saint-Jean. Un d'tachement de volontaires et de soldats sortit pour s'opposer à ces travaux. Il y eut une escarmouche assez sérieuse pendant laquelle les assiégés perdirent deux soldats et M. Beaulieu des Ruisseaux, Comme les munitions manquaient aux Américains, le siége fit d’abord peu de progrès. Ils se rendirent maitres de toutes les campagnes du sud, et établirent un camp à Laprairie et un autre à Longueuil, et toute com-

(1) “Quand M. Longueuil fut rendu à Saint-Jean, il eut ordre d’aller asser la nuit à deux milles du fort avec trente des volontaires. : Les Bastonnois, qui s’étoient retirés à l’Ile-aux-Noix après le combat avec les Sauvages, revinrent cette même nuit en berges pour prendre possession des retranchements qu'ils avoient faits quelques jours auparavant à l’endroit même où M. de Longueuil et les trente volontaires étoient logés. Ils crurent qu’ils ne pourroient point soutenir aux Bastonnois. Etant trop pen de monde—ils les abandonnèrent. Mais par réflexion les Sieurs Perthuis, de la Bruère, Campion, ét un sauvage abénakis, entrèrent dans une petite maison qui était dans les retranchements, pour y faire du feu pour se chauffer. Messieurs de Boucherville et de la Magdeleine restèrent dehors de la maison en faction, et le restant des volontaires s’embarquèrent dans un bateau pour faire en sorte de découvrir les Bastonnois, mais ils étoient sur leurs talons sans qu’ils s’en apperçussent, car la maison étoit investie quand le Sieur Perthuis et les autres voulurent en sortir. Le Sieur Perthuis, interprète des Iroquois fut tué, avec le sauvage abénakis, le Sieur de la Bruère eut les bras cassés et le Sieur Campion se sauva sans aucun mal. Les volontaires qui étoient dans le bateau voulurent aller leur donner du secours, mais ils furent fusillés pas les Bastonnois, sans qu’il y eût personne de tué ny blessé. Après cette petite action les Bastonnois, au nombre de douze à quinze cents—vinrent se camper auprès des retranchements du St. Jean, pour l’assiéger. Dès lors les Sauvages se retirèrent dans leur village.” Sanguinet.

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munication entre Montréal et Saint-Jean fut dès lors interrompue. (1)

Les Américains, sachant que la ville de Montréal était mal défendue, tentèrent de la surprendre, comptant pour réussir sur le concuurs des mécontents. Le 24 septembre, le Col. Allen traversa de Longueuil avec 150 hommes. A cette nouvelle, les citoyens prirent d'eux-mêmes les armes. Le général Carleton permit à 200 volontaires canadiens, àune trentaine d'anglais et à quelques réguliers d’aller à leur rencontre. Ils trouvèrent les Americains à la Longue-Painte et les attaquèrent avec vigueur. Pendant une demi-heure le combat fut vif. Les Améri- ‘Cains eurent cinq hommes tués et plusieurs blessés. Ils commençaient déjà à retraiter, lorsque les nôtres les cernèrent du côte du bois et firent prisonniers le Col. Allen et 36 soldats, Ce succès ne fut pas obtenu sans des pertes sérieuses de notre côté. Le mujor Carden et M. Patersou, marchand, blessés grièvement, moururent peu après. Un canadien et un soldat furent aussi tués. Carleton comptait si peu sur la victoire, qu’il se tenait prêt à s’'embarquer avec ses officiers sur les navires, si les citoyens étaient repoussés, (2)

(1) ‘ Les Bastonnoïs, dit Sanguinet, mirent un camp au fort de La Prairie de la Magdeleine et un autre au fort de Longueuil. Par ce moyen ils avoient la facilité de courir toutes les campagnes du sud jusqu’à Sorel. Malgré l'invasion des Bastonnois dans toutes les côtes du sud, tout paroissait aussy tranquille à Montréal que si nous eussions été dans une profonde paix. Cependant les citoyens de Montréal voyoient avec douleur que le Général faisait embarquer dans les navires qui étoient mouillés devant la ville, teutes les vivres du Roy, le bagage des troupes qui étoient à St Jean. Tout étoit disposé à partir pour Québec à la première alerte. Il n’y avait plus de communication dans les campagnes du sud, et même on ignorait ce qui s’y passait. L'on vit la ville se remplir d'étrangers qui arrivoient tous les jours sous le titre de marchands, quoiqu’ils fussent réellement des officiers des Bastonnois qui avoient bloqué les retranchements à St. Jean, qui étoient conséquemment autant d’espions.”

(2) Extrait du Mémoire de Sanguinet :

‘ Nous étions dans cette situation au 24 Septembre 1775, quand ‘ Allein, un chef des Bastonnois, avec environ cent cinquante hommes du camp ds. la Pointe-Olivier, traversèrent de Longueuil au Courant Ste. Marie près Montréal à dix heures du soir, Il se logen chez plusieurs habitants. Dans la nuit Allein, Loizeau et Dugand, vinrent dans plusieurs maisons du faubourg de Québec, particulièrement chez Jacques Roussain qui était passager de la ville à Longueuil, qui leur prêta des canots pour leur aider à traverser une partie des Bastonnois qui étoient encore au fort de Longueuil fi fut même les voir à Ste. Marie avec sept

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Ce succès encouragen beaucoup la population de Montréal, et réveilla le zèle des habitants. Ces derniers arri-

. vèrent à Montréal les jours suivants en grand nombre. Au commencement d'octobre, on en comptait 1200 auxquels le gouverneur distribua des armes. (1) La milice

ou huit autres. Le Général Guy Carleton, ainsy que les citoyens «le la ville, ignoroit que les Bastonnois fussent si près de la ville, jusqu’au vingt-cinq, à neuf heures du matin, qu’un nommé Deshotel, qui alloit à sa terre à la distance d’une lieue plus bas que Montréal, qui vit les Bastonnois dans plusieurs maisons; alors il revint aussitôt par les champs pour avertir la ville. Dans l’instant l’on ferma les portes et l’on fit battre la générale. Aussitôt les citoyens cantdiens et anglois de la ville se rendirent dans le Champ-de-Mars avec leurs armes, et de là à la cour des casernes pour prendre des balles et de la poudre pour aller repousser l'ennemi. Cette démarche,se fit d'eux-mêmes, sans avoir reçu d'ordre, ny même de permission du Général. Pendant ce temps l’on vit plusieurs personnes, et surtout le Colonel Jamson (Johnston), Surintendant des Sauvayses, Clause et toutes les femmes et enfants ds oliciers qui, avec leur bagage, s’embarquèrent dans les navires qui étoient mouillés devant la ville.

‘“ Les citoyens sortirent de Montréal au nombre d’environ trois cents canadiens et trente marchands anglois. Le reste des marchands anglois ne voulurent point y aller. C’est 1à où on reconnut le plus ouvertement les traîtres. Il sortit aussitôt de la ville environ trente hommes de troupes. Les Bastonnois se replièrent dans une maison et une grange, et cmmencèrent à tirer. Le feu fut vif de part et d'autre. Des Canadiens cernèrent les Bastonnois du côté du bois, et leur coupèrent chemin. IL fut fait prisonniers dans cette action environ trente-six Bastonnois avec Allein qui était jieur chef, Il y en eut plusieurs de blessés et tués, et le reste prit la fuite. Nous eûmes le Major Carden qui fut blessé, et le Sr. Alexandre Paterson, marchand de distinction, qui sont morts de leurs blessures ; un soldat et un ouvrier tués, et un manchonnier blessé. Pendant le combat, le Général Guy Carleton et le Brigadier Prescot restèrent dans la cour des casernes avec environ quatre-vingt et quelques solduts, lesquels avoient leurs havresacs sur le dos et leurs armes, prêts à s’embarquer dans les navires, si les citoyens de la ville étoient repoussés ; mais tout le contraire heureusement arriva, car ils revinrent victorieux avec leurs prisonniers que l’on mit à bord des navires. Sitôt leur retour, les citoyens proposèrent au Général que s’il vouloit, il partiroit quatreyingts ou cent citoyens à cheval et en calèche pour poursuivre les fuyards bastonnois, mais il les refusa. Cependant il étoit facile de tous les prendre, car une partie s’étoit sauvée à la coste St. Léonard et dans les bois. Il n’était question que d’aller s'emparer des canots qui étoient le long de la Longue-Pointe et de la Pointe-aux-Trembles, par ce moyen ils n’auroient pas pu traverser du côté du sud, ce qu'ils firent pendant la, nuit suivante, mais non pus sans crainte. ” *

(1) ‘ Les habitants des campagnes, dit Sanguinet, se montrèrent si zélés qu’il vint à Montréal quarante-deux hommes de Sainte-Anne, à dixhuit lieues de Québec. Les habitants de la paroisse de Varennes se distinguèreut plus qu'aucune uutre. qui est située au sud du fleuve St, Laurent, dans laquelle les Bastonnais passaient et repassaient tous les jours. Il arriva à Montréal plus de trois cents de cétte paroisse, avec la

de Montréal fournissait en outre 600 hommes qui *aontèrent la garde régulièrement. Les bourgeois et les mar: chands des deux origines, non compris dans la milice, s'étaiont organisés en compagnie de volontaires. Tous étaient remplis de rèle, et attendaient avec impatiencb les ordres du gouverneur.

Avec les miliciens, les troupes régulières ot les sauvages, le gouverneur pouvait former un camp de 2500 hommes. ‘ Cette armée, dit Sanguinet, aurait été plus que sufisante pour faire lever le camp de Saint-Jean Tout le monde se flattait que le général donnerait ordre de truverser à Longueuil.” Il refusa toujours, au grand 1.é+ contentement de tous, disant qu’il ne voulait pas perdre de monde, que le temps n’était pas encore venu pour tra. verser. Il permit cependant à 60 Canadiens et à quelques soldats d'aller à Longueuil, et une autre fois, 200 autres firent une descente à Boucherville; mais ils ne purent rencontrer les Bostonnais. ‘“ Tout le monde, continue Sanguinet, gémissait contre la conduite du général, et se persuadait qu'il avait reçu des ordres de la cour d'Angleterre afin d'épargner le sang de ses sujets dans l'espérance que les Bostonnais rentreraient dans leur devoir. "’

Evidemment le gouverneur ne montra pas assez de confiance dans nos ancêtres. Il s’en défiait à tort, ces braves étaient trop bien disposés pour le trahir. Mais:il voyait dans la population de Montréal un grand nombre de personnes qui montraient ouvertement leurs sympa: thies pour les Américains. Il se trouva en outre trompé par la défection des habitants de Chambly et des sauvAR qui abandonnèrenit la cause du roi.

arleton perdit ainsi l’occasion de secourir à temps les garnisons de Chambly et de Saint-Jean, et d'opérer sa jonction ave le colonel McLean. Ce dernier confor-

meilleure volonté du r ide. Alors plusieurs paroisses des environs de Montréal s’offrirent à marcher contre les Bastonnais de bonne volonté. Ï1 se trouva, au commencement du mois d'octobre dans la ville de Mont: réal plus de douze cents habitants des campagnes, joints à plus de six cents de la ville, des faubourgs et de la banlieue de Montréal, ce qui auroit fait une petite armée respectable. Ilauroit été facile de traverser au sud du flenve St. Laurent et de se camper auprès du fort de Longuouil, il arriva aussy à Montréal cent sauvages du Lac-des-Deuzx-Montagnes et de &t. Régis. ”

Mmément à ses ordres avait réuni à Québec environ 350 Canadiens ot soldats du Royal Emigrant. Ceux-ci étaient composés en partie des montagnards de M. Fraser, licenciés après la conquête. 11 se dirigea vers Sorel, et prit en passant aux Trois-Rivières 67 miliciens levés dans les environs de la ville. (1)

La reddition du fort Chambly fut un rude échec pour la cause du roi. Muntgomery avait envoyé le major Brown avec 150 hommes attaquer ce fort, et Ini avait associé le major Livingston. Ce dernier, qui avait résidé dans l'endroit où il avait des parents et des amis, s'était inis à la tête d’un certain nombre. de Canadiens dé Chambly et des environs. @) L'’ennemi avait à peine tiré quelques coups de canon, que le major Stepford capitula honteusement, le 18 octobre, après un jour et demi de siège, et avant qu'aucune brèche n’eût été faite au fort qu'il livra ainsi avec 17 canons. et une grande quantité de munitions. (3)

(1) Ces miliciens étaient sous les ordres de M. Godefroy de Tonnancourt et de M: de Lanaudière. Ils appartenaient aux paroisses de la Rivière du Loup, de Machiche et de Maskinongé. Les habitants des autres paroisses refusèrent de prendre les armes. Journal de J. B. Badeaux.

(2) “ James Livingston, Jérémie Dugan, perruquier, et Loireau, forgeron, qui demeuraient dans la Rivière Chambly firent révolter quelques habitants de la Pointe Olivier; et se déclarèrent leurs chefs ” Sanguinet. (Le Col. James Livingston était le fils de John Livingston c : Montréal.)

(3) ‘“ Le général Montgomery envoya environ ceht cinquante hommes, le 18 d’octobre, pour attaquer le fort Chambly, avec une pièce de canon de douse et une autre de quatorse. Pendant ce at siége les Bastonnois venoient à Longueuil, vis-i-vis de la ville, battoient du tambour et jouoient du fifre,et même tiroient quelques coups de fusil, sans doute bour se moquer et pour intimider les esprits ; mais il est certain que le commandant du fort Chambly, avec sa garnison au nombre d’environ soitante hommes, se rendirent aux Bastonnois après quelques coups de

canon, sans: perdre un seul homme de part ny d’autre. Les Bastonnois trouvèrent dans ce fort cent trente:trois barils de poudre, cent cinquante quarts de farine, dit pierriers, cinq mortiers, deux pièces de canon, trois cents bombes et les drapeaux des troupes qui étaient dans les retran-

-chements:-de St. Jesn.: Lis avoient nl al besoin de'ces articles, car ils manquoient tellement de tout. n’apprit cette nouvelle à Montréal -que huit jours après, encore parce que cé fut M. Montgomery qui envoya un de ses soldüts en apporter la nouvelle su Général Guy Carleton. Cette nouvelle afiligea toute la ville de Montréal, et les eitoyens recon-

:nurent plus que jamais que si le Général avoit voulu faire un camp au fort de Longueuil, qui n’est qu’à quatre lieues de celui de Chambly; il est certsin qu’il n'auroit été pris, ny même attaqué, car en moins de deux heures l’on pouvoit luy donner des secours. ? Sanguinet.

Avec ce matériel, Montgomery put ériger une nouvelle batterie contre le fort Saint-Jean, et le ler novembre, il commença un feu des plus vifs, qui blessa plusieurs des âssiégés. Le lendemain, il envoya un prisonnier annoncer au major Preston l'insuccès du général Carleton devant Longueuil et lui demander la capitulation immédiate de la place. (1)

Les assièégés commençaient à perdre l'espoir d'être secourus à temps ; déjà ils étaient réduits à la demifation. Ils consentirent donc à capituler;, moyennant les honneurs militaires, puis ils déposèrent les armes, On permit cependant aux officiers de reprendre leurs épées en consideration de leur bravoure,

D'après les mémoires du temps, il y eut de notre côté, endant le siége, 14 hommes tués et 77 blessés. M. de alaberry, père du héros de Châteauguay, était au nombre

de ces derniers. Les pertes des Américains étaient un peu moins considérables. (2) |

La conduite du major Preston, de ses troupes et des volontaires fut digne d'éloge. Ils avaieut enduré les fatignes d’un siége de 45 jours, dans un fort mal construit. Les nobles et les bourgeois s'étaient surtout distingués,

(1) “Montgomery, dit M. Berthelot, fait annoncer au Major Preston, ls {nntative infructueuse du général C. devant Longueuil, et lui entoie en même tems lé prisonnier Lacoste, qu’il fait le porteur de la lettre dont suit copie :

‘ M. c'est avec le plus grand regret du motde que je vois une troupe ‘ aussi vaillante et de si bons patriotes si obstinés à répandre leur sang à et à défendre: une place qui n’est plus défendable par aucun endroit. ‘4 J'ai appris par un de vos déserteurs que vous perdiez vos munitions et “ vos instruments de guerre. Une telle conduite me rendrait excusable ‘ des extrémités auxquelles pourroient se porter tes soldats.” Cette lettre fut suivie d’une cessation d’Hostilité et de pourparlers relatifs à la reddition de la place.

‘ Le 3, la garnison de St Jean, aux termes de sa capitulation, sortit de ses fr-ts, les armes À la main, avec deux pièées de canon, tambour battant, mêche allumée, en fit le tour et, au commandement du Major Preston, mit.basles armes. Le Major Américain qui était venu -arec un détachement pour être présent. à la redditiott de la place, dit aux officiers anglois et aux volontaires Canadiens que d’aussi braves gens méritoient une exception en leur fsveur;,.et leur, permit de reprendre leurs: sabres et leurs épées; ce qe acçeptèrent. cumme, vu témoignage honorable de eur.courage.”’—Mémoire de M, À. Berthelot.

(2) D'après !& lettre d'an ofitier, les Américains n’eurent que 9 tués a me oi 3 17 canons fürént pris.—(Verreau, Invasion du Canada; PAPE TE rt

@t on les vit s’exposer comme de simples soldats ; exemple insigne de dévouement et de respect pour l’autorite, digne de notre plus vive reconnaissance. Ces braves, oubliant leurs anciens griefs contre l'Angleterre, avaient d'eux-mêmes couru à la frontière au premier danger, et pour tela, fait des sacrifices considérables, Ils defendirent le drapeau britannique avec la même ardeur qu'ils avaiént déployée autrefois, eux ou leurs pères, à Carillon et sur les plaines d'Abraham pour : drapeau français, Maintenant ils allaient subir les privations et les ennuis d’un exil de plus d’une année, car toute la garnison composée de 500 persunnes, fut envoyée prisonnière dans les Etats do la Nouvelle-Angleterre. {1)

Voici comment s'était passée la malheureuse affaire de Longueuil. Carleton, cédant enfin à l’impatience de ses troupes, s'était décidé, le 26 octobre, à traverscr le fleuve sut des bâteaux, à In tête de 800 Canadiens et 300 soldats et sauvages, Au lieu d’aller rejoindre le corps do McLean, à Sorel, il tenta de débarquer à Longueuil, Là 80 trouvaient 300 Américains, commandés par Warner, et avantageusement postés. Ils laissèrent approcher les vaisseaux près de terre et commencèrent un feu si ardent que Carleton ne crut pas devoir débarquer, et, donnant orüre de virer de bord, il revint à Montréal, laissant sur le rivage quelques canadiens et sauvages qui furent ou tués ou faits prisonniers. (2)

(1) M. Dv:t asnaÿ, dans une lettre du 31 janvier 1776, donne .e nom des officicxs 4°, corps des volontaires : M. de Bellestre, colonel, M. de Longueuii, t1ajor, MM. de Boucherville, de la Valtrie, de St. Ours, de Rouville, a’Eschambault et de Lotbinière, capitaines. (Invasion du Ca eda par l'abbé Verreau page 324.) Parmi les autres, on remarqueit MM. de la Corne, de LaBruère, de Montigny, de LaMadelaine, de Montess: n, de Salaberry, de Tonnancour, Duchesnay, de Florimont, Perthuis, Hervieux, Gauchers, Moquin, Lamarque, Demusseau, Campion, Gissson et Beaubien. (Bibaud, Histoire du Canada.)

(2) Sanguinet raconte ainsi l'insucoès de Carleton devant Longueuil :

“ Enfin le lundi trente ocotobre, le Général Guy Carleton annonça qu’il avoit envie d’alltér débarquet à Longueuil. Dans le moment il se‘trouva ‘environ huit cents hommes canadiens, cent trente hommes de troupes et quatre-vingts sauvages qui s’embarquèrent dans quarante bateau, berges et chaloupes. Cette petite armée s’assembla dans la cour des casernes à Montréal, à qui on distribua de la poudre et des balles. Le pure assembla quelques officiers dans une chambre, et leur donna ordre de la mürého qu'il falloit tenir. En suite de quoy pe petite wrmée partit, les bateaux traversèrent tout droit à Longueuñl. Ils arri-

dt

Meclean ovait en vain attendn, à Sorel, l’arrivée du gouverneur. Il s'était cependant avancé jusqu'à Saint- Denis ; mais il ouva les sonts rompus et une partie des habitants mal disposés, Le fort de Chambly venait de tomber au pouvoir de l'ennemi ilretourna alors : Sorel. Ià, une partie de ses troupes, gagnée par les partisans américains, l’abandonnèrent, Il s'embarqua peu après pour Québec, avec une centaine de soldats de son régiment.

Après la retraite de McLean et la capituiation de Saint-Jean, le genéral se vit dans l'impossibilité de s2 défendre plus longtemps à Montréal. Il songea à descendre à Québec avec le reste des troupes régulières pour s’y retrancher, en attendant l’arrivée des secours d'Angleterre. Il s’embarqua avec le brigadier Prescott et

vèrent près de terre à trois quarts de lieue au-dessus du fort, ils n’y trouvèrent qu’une garde de dix hommes, qui fut au moment de se sauver, mais ccmme lon fit signe aux bateaux Les plus près de terre de se retirer au large, la garde des Bastonnois tira sur eux. Ensuite les bateaux se promenèrent devant Longueuil, comme les jours précédents, hors de portée de fusil. Pendant ce temps les Bastonnois qui étoient dans le fort de Longueuil vinrent rejoindre la garde au nombre de cent quatre hommes, et CA de étoient restés dans le fort. Enfin, fatigué de se promener, le Généfal descendit dans l’île Ste. Hélène, et quelques Canadiens avec les sauvages mirent pied à terre sur les battures et commencèrent à fusiller sur les Bastonnois qui ripostèrent : tout le reste fut spectateur, M Montigny, l’aîné, qui conduisoit un des bateaux sur lequel il y avoit un canon, demanda au Général ce qu’il failoit faire; il luy répondit qu’il falloit aller souper en ville. Sur les cinq heures du soir les Bastonnois amenèrent une pièce de canon, qu'ils avoient reçue le matiu du fort Chambly, qui commença à tirer sur notre petite armée. Alors le général revint en ville avec tout son monde. Les sauvages et quelques Canadiens qui étoient avec eux sur les battures se distinguèrent dans ce petit combat. Il y eut trois sauvages de tués et deux fait prisonniers; le sieur Jean-Baptiste Lemoine et un nommé Lacoste, perru- -quier, furent auS8y faits prisonnices.

Voici la version de M. Berthelot sur la même affaire :

‘ Pendant qu’il (McLean) attandoit avec impatience l’arrivée du «Gouvr. Carleton, celui-ci partit en effet de Montréal avec 800 miliciens et se rendit à l’Ele Ste Hélène, vis-à-vis cette ville, et y resta environ 3 jours; mais enfin cédant à l’impatience des Canadiens, il se détermina, le 26 au matin, à traverser à Longueuil. Comme il approchait de terre, il pe Les que l’ennemi se donnoïit beaucoup de mouvement, sans doute dans le dessein de s’opposer à son débarquement. C’étoit en effet le Col. Warner qui était à la tête de 306 Vermontois. Quelques Canad. ayant eu la témérité d'aller à ‘7re, entendirent de toutès parts sifiier Les balles de l'ennemi et se réfugièrent derrière les rochers, espérant que le Gouvr. viendrait à leur secours. Il n’en fut rien, et ils furent faits prisonniers : do leur nombre était un Es J. Bte. Despins et Lacoste, perruquier.

120 soldats sur les vaisseaux qu'il avait à sa disposition, Le malheur semblait le poursuivre. Rendu à La Valtrie, les vents contraires le forcèrent de je: l'ancre. Il éprouva alors les plus vives alarmes; car, déjà un détachementi d'Américains avait été envoyé à Sorel pour lui couper la retraite et le faire’ prisonnier avec sa suite. Carleton fit un dernier effort pour se rendre à Quebec et empêcher la capitale de tomber au pouvoir des Américains. () Se confiant à l’habileté du Capt, Bouchette, il

(1} M. Berthelot raconte ainsi le voyage de Carleton de Montréal à Québec :

“Les éléments semblèrent conspirer contre le gouverneur. A la Valtrie le vent changea et soufflant aÿec violence du côté du Nord Est le’ força de mouiller devant sette paroisse.

‘“ Cet obstacle ayant continué jusqu’au 16 et le Gouverneur appercevant des chaloupes canonnières parmi les Îles qui sont du côté opposé et des ennemis qui le poursuivoient var terre, éprouva les plus vives alarmes pour sa persofne. Les bruits couroient que les Américains avoient dressé de fortes batteries à Sorel et dans différentes parties des îles qui sont au Nord, quand il n’en étoit rien. Il fit tirer un coup de canon pour appeler tous les Capitaines de ses vaissoaux à son propre bord, leur #xposa s& position et leur demanda quel étoit leur uvis. Tous furent d'accord qu’il fallut tenter tous les moyens possibles pour le conduire à Québec, qui était alors le seul endroit capable d’arrêter les progrèt: de l'ennemi et où sa présence étoit de la plus grande importance. Le Capitaine Belette, qui étéit un ancièn marin d’un courage à toute épreuve, à qui on avoit confié les poudres erlevées de Montréal, et qui avait fait bastinguer sa goélette armée, Le se garantir des boulets que pouvoient tirer les ckaloupes de l'ennemi, ouvrit le premier son avis : il dit qu’il ne voyait pas un danger bien éminent et q4’il répondoit sur sa tête de sauver le Gouvern-"ir et toute’ a flotte, qu'il s’engageoit à lui seul de donner tant d'occupation aux chaloupes afféricaines, si toutefois il ne les couloit pas toutes à fond, qu’il lui donnsroit le tems de se rendre en toute sureté à Québec atec tout son mondë. Le FE sg Bouchette que l’on surnommoit Za Tourte, à cause de là célérité de ses voyages, s’offrit de conduite le Gouverneur en bergé, et cet avis prévalut. La nuit du 16 au 17 le Gotverneur conüa s4 personne au Capitaine Bouchétte. "La partie des rames qui portoit sur le bois étoit enve!oppée de drap, afin d'éviter le bruit. En passant par le chenail de l’Isle Du Pas, les Lommes ne nageoint qu’aVec les mains. Pendant cette nuit le Gouverneur ne rencontra aucun éfinemi. Lorsque la berge fut sur le lac St. Pierre, les rameufrs firent toute la diligence possible, et le Gouverneur arriva le 17, vers midi, au port des 3 Rivières. Il débarqus avec son Aide-de-camp M. De Lanaudière, M. le Chevalier de Niverville et l« Cavithine Fouchette. La premiiee rsoine qu’il rencontra fut M. Maicolim Fraser, ancien Royaliste, qui lui assura qu’il n’y afoit puint d’Américains dans la viile, mais qu’il y en avoit à la Pointe aux Trembles prè# de Québec, Il ne pouvoit le croire, mais M 19 Chevalier Tonnanoour, qui en arrivoit, le lui confirma. Il alla dîner chez M. Tonnancour, père. M. Maillet, père, en allant lui faire visite, lui dit ace avoit appris q-'il ÿ avoit 600 Américains à Machiche, qui ne devoient 5oint tarder d'arriver. À 3

ses: UD.

part dans une légère embarcation avec M. de Lanaudière, son aide-de-camp, et M. Niverville. Afin d’empècher tou, bruit possibie on a la précaution d'envelopper les rames de flanelle; on parvint ainsi sans accident aux Trois-Rivières. Là, Carleton apprend, à sa grande surprise, l’arrivée des Américains à la Pointe-aux- Trembles. (1)

Il se hâte de continuer sa route et rencontre, au pied du Richelieu, un petit vaisseon armé à bord duquel il

heures après-midi, il rembarqua dans sa berge, fit toute la diligense possible, rencontra au pied du Richelieu le Sénaut Fell, armé, commandé per le Capitaine Napier, au bord duquel il embarqua, passa sans danger

evant la Pointe aux Trembles où étoit Arnold et arriva à Québec dimanche le 19 après-midi, accompagné de son Aide-de-Camp, M. De Lanaudière, du Capita.ne Owen, du Lieutenant Telwyn du 7e ré; ment et de quelques-uns de es soldats.

“ Voilà ce qu'après bien des recherches j’ai trouvé de plus certain sur le retour du Gouverneur qui fut d’une si grande importance pour Ia défense de Québec et qui a été rapporté par plusieurs personnes avec es circonstances différentes.

Quant à la flotte que le Gouverneur Carleton avait laissé à la Valtrie, voici quel fut son sort.

# Le vent contraire la retenfnt toujours, le Colonel Easton en faisant montre de quelques chaloupes canonnières vint à bout d’intimider le Colonel Richard Prescott, qui en avait alors 19 commandement. Suivant les ordres qu’ii en avoit reçus du Gouverneur avant san départ, il fit jeter les poudres et les bouleis à l’eau. Le 19 matin, le Colonel Easton l'ayant sommé par le Major Brown de se rendre, il ait qu’il étoit prêt à livrer la flotte, à condition qu’il lui fût permis de se rendre à Québec avec sa troupe. Leo Colonel Easton rejetta la proposition, en lui faisant dire que, si sous quatre heures, les bâtiments ne se reudoient, il les feroit prendre À l’ebordage. Ce fut ainsi que le Colonel anglois livra 11 vaisseaux et se rendit prisonaier de guerre avec plusieurs officiers et 120 soidats, quand plusieurs de ces vaisseaux étoient bien Le Pour combler es désastres du Gouverneur cette flotte fut conduits à Montréal où Montgomery en fit usuge pour aller rejoindre Arnold.

(1) ‘ Ce jourd’hui ie 17 de noverore, est arrivé on cette ville, sur les midy, M. le Général Carleton, acermpagné de M. le Chevalier de Miberville et de M. Lanaudière fils. Ils étoient en berge et conduits par le Capitainc La Tourtre (Bouchette.) En débarquant au port, M. le Général Carleton ay<ni fait rencontre du Sieur Malcolm Fraser, lui demanda si les Yankais étoient venus jusqu’iey ? Celui-ci lui fit réponse

ue non, mais que l’on avait appris qu'ils étoient à la Pointe-aux- Trembles, Fu de Québec. M. le Générai ne le voulut point croire, mais étant arrivé chez M. de Tonnancour, cette nouvelle lui fut confirmée par M. le Chevalier de Tonnancour qui arrivait dans le même moment de Québec. M. Maïillet en a!lant lui rendre visite lui annonça qu’il y en avoit 600 à Machiche, qui ne tardoient que le oment d'arriver. M, le Général dina et partit environ sur les 3 htures, vspérant marcher toute la uit et se rendre à Québec sans danger.”—{(Jourtal de J, B. Badeaux.)

me 40 —

s’embarque, passe sans danger devant la Pointe-aux- Trembles, et arrive le 19 novembre à Québec, où il était attendu avec la plus grande impatience.

Montgomery était, depuis plusieurs jours, en possession de Montréal ; il avait trouvé cette ville sans défense et sans organisation. Il se mit aussitôt à la poursuite de la flotte, et força le brigadier Prescott d se rendre avec ses onze vaisseaux. (1) Les Américains s’er servirent pour rejoindre Arnold,

Ce dernier s'était rendu à Québec par une route dangereuse, considérée comme impraticable. Officier dou“ de talents militaires, brave jusqu'à l’imprudence, :| n:. craignait aucunement les difficultés. Le 13 septembre, il partit avec 1100 hommes de l’armée de Boston, et suivit le cours de la rivière Kennebec jusqu'à sa source. (2) Il franchit ensuite les hauteurs des Alléghanis et après des peines inouïes, il atteignit la rivière Chaudière. Le 4 novembre, il arriva enfin à Satigan (ou Sertigan), première habitation canadienne. Sun armée, dans un voyage de plus de quatre semaines à travers un pays inhabité, avait souffert de la faim et enduré des fatigues incroyables. (3) À son arrivée à Lévis, le 9 novembre, elle avait diminué d’un tiers par la désertion et la maladie. L'état des soldats était pitoyable; ils n'avaient pius que des haillons, leurs vêtements s'étant usés pendant la route. (4)

(1) Prescott se rendit le 17 novembre 1vec onze autres officiers et 120 soldats. Il demeura prisonnier de guerre jusqu’en ns 1778 ; il ut alors échangé contre le général Sullivan, Doc. Hist, of N. Y. Vol. 8tb, page 659.

(2) Ces troupes consistsient en dix compagnies de carabiniers de 1x Nouvelle-Angleterre et trois compagnies de fusillers dela Virginie et dela Pensylvanie commandés par le Capt. D. Morgan. Les principaux officiers étaient le Lt. Col. Greene, le héros de Red Bank, Enos, le Major Meigs, et Bigelow. ÆEnos ayant manqué dé vivres, retourna à Cambridge. Lossings, Field-book of'the Revolution.

Le même auteur éite le fait suivant: ‘“ Morgan’s riflemen wore linen frocks, their common uniform. The Canadians, who first saw these emerge from the woods, said they were vêtu en toile, clothed in linenm cloth. The word toile was changed to téle, iron plate. ”

3) Voir à la note C des Mémoires et documents ua extrait du journat du juge Henry qui nous donne une idée des misères souffertes par l’armée d’Arnoid, dans cette expédition.

(4) Extrait du jenrnal du Major Meigs.

‘ dth Nov. In the. morning pin pi à our marof, at eloven o’oluels arrivod at French house, and were hospitably usod; ‘his is the firat house

ht

Par bonheur, le lieutenant-gouverneur Crémahé, prévenu de son approche, avait fait éloigner les embarcations. Sans cette précaution, Arnold aurait pu surprendre la ville. TI ne put donc traverser le fleuve que dans ‘a nuit du 13 au 14, et débarqua à l’Anse de Wolfe. L'armée suivit le même chèmin que Wolfe dans la

uerre précédente et parut sur la plaine d'Abraham. (D) jumme elle menquait de munitions, et qu’elle n’était pas assez nombreuse pour attaquer la ville, elle retraita à la Pointe-aux-Trembles. C’est là que Montgomery vint la rejoindre le 1er décembre, et les deux armées s’approchèrent de Québec.

” Jusqu'à présent, la cause des Américains a réussi audelà de toute attente. Maîtres des forts du lac Champlain par un coup de main hardi, ils se sont emparés des forts Charably et Saint-Jean; Montréal et Trois-Rivières leur ont ensuite cuvert leurs portes. Enfin leurs

I saw, for thirty one days, having been all that time in a r«ugh, barren and inhabited wilderness, where we never saw a human being except our own men. Immediately after our arrival we were supplied with fresh beef, fowls, butter, pheusants and vegetables. The settlement :s called Sertigan, and is twenty five leagucs from Quebec.

“ 5th. Marched down to the parish cf St. Mary’s ; the country thinly sattled ; tte peopie kindly supplied us with plenty of provisions.

“ 6tn, 7th, 8th & 9th. l was on business up and down the country on each side of the river; the inhabitants very hospitable.

‘ 10th. I was at Point Levi ; nothing extraordinary.

‘€ 13th. On the evening of the day, at nine o’elock, we began to embark our men on board 35 canoes... W: landed at the same place general Wolfe did, in a small cove, which is now called Wolfe’s cove.. After paradiug/our men on the heights of Abraham, and sending out a reconpaitring party towards the city, and placing sentinels, we marched across the plain.

‘14th, This morning employed in placing proper guards on the different roads to cut commutfication between the city and the country. At twelve o’elock... we rallied the maïn body and marched upon the heights iear the city, gave them three huzzas and marched our meu fairly in their view. They di@ not choose to come out to us, but gave us a few shot from the ramparts, and we then returned to our camp. This afternoon they set fire to the suburbs, and burnt several houses. This evening, Colonel Arnold sent a flag of truce, with a demand of the garrison, in the name and behalf of the United Colonies. As the flag approched the wall, it was fired upon, contrary to all rule and custom on such oecasion....

“19th Early in the morning decamped, and marched up to Point au Tremble about seven ieagues from Quebeo. ”

(1) Arnold connaissait bien Québec. Il y était venu plusieurs fois acheter des chevaux pour les expédier aux Indes Ocvidentales. Lossings, Pictorial field-book of the Revolution, vol. 1st, page 195.

de dd de

armées viennent d’opérer leur jonction sous les murs de Québec dans le dessein d'enlever cette ville et de consommer la conquête du pays. Ce résultat magnifique, ils l'ont obtenu au prix d’une cinquantaine de soldats tués au plus et d'autant de prisonniers,

Mais la prise de Québec n’était pas aussi facile qu'ils le pensaient. Pendant l'absence du général Carleton, le lieutenant-gonverneur avaitdéjà pris quelques mesures pour la défense de cette ville. La majorite des citoyens, Canadiens et Anglais, s'était organisé en milice dès le commencement de septembre. (1) Les premiers avaient formé 11 compagnies, sous le commandement du colonel Voyer, et les Anglais, six autres sous les ordres du colonel Caldwell. Le 17 septembre, Crémahé les avait passées en revue et leur avait distribué des armes Il avait ordonné la construction de nouvelles fortifications et fait réparer les bâtisses militaires. A la nouvelle de l’arrivée d’Arnold, il convoqua un conseil militaire où l’on

(1) Dès le mois de juin, les citoyens des deux origines demandèront au Gouverneur de les organiser en milice, et lui adressèrent dans ce but une lettre séparée. Celle des Canadiens était ainsi conçue:

‘ À Son Excellence Guy Carleton, Capitaine-Général et Gouverneur-en- Chef, ete., etc.

‘“ Les bourgeois et citoïens de Québec, considérant la triste situation de cette ville, prennent la liberté de représenter à Votre Excellence, que toujours zélés pour défendre les droits de leur aupuste souverain croïent ne pas devoir lui offrir des services qui lui appartiennent de droit, en attendant de votre Excellence de momert en moinent, en conséquence de sa proclamation, ses ordres pour nous mettre en milices telles qu’elles étoient précédemment, et ainsi que votre Exrellence vient de l’établir à Montréal, afin de maintenir le bon ordre et veiller à la tranquillité publique.

“ Nous avons l'honneur, avec un profond respect, &c., &e. ?”

Le Gouverneur répondit à cette lettre de la manière suivante :

‘© MESSIEURS,—J’ai bien des remerciemens à vous faire Ge votre srpplique, remplie de bon sens, et d’ubéissance envers un souverain dont le premier soin est le bonheur et la protection de ses sujets; les milices des districts de Montréal et des Trois-Rivières étant à peu près complétées, je vais prendre les arrangements nécessaires pour celles du district de Québec, quand je me flatte que ceux qui cherchent à donner atteinte à la tranquillité de cette province, par les armes et la violence, ou par des rapports faux et séditisux, seront châtiés, comme leurs crimes le méritent.

‘ A Montréal, le 3 juillet 1775.

“ Guy CARLETON.

‘ Aux sujets canvdiens de Sa Majesté résidans à Québec. ”’ ‘ Le Gouverneur nomma Messieurs Noël Voyer, J. Bte. Dumon etJ,B,.

et on

décida de se défendre jusqu’à la fin. On résolut d'utiliser les services des matelots des frégates, Hunter et Lizarc. Cette dernière venait d'arriver à Québec, avec £20,006 en numéraire. Les marins, joints aux 130 soldats du Royal Emigrant, que McLean ramenait de Sorel, 100 recrues du même régiment, arrivés de Terreneuve et quelques fusilliers et artilleurs, étaient les seules troupes régulières de la ville. Heureusement la majorité des citoyens restait loyale, malgré les mauvais conseils des partisans du Congrès, qui cherchaient à les empêcher de se défendre. Il se tint plusieurs assemblées des mécontents où il fut question de livrer la ville aux armées ennemies. Mais le colonel MeLean et d’autres citoyens influents réussirent à déjouer leurs plaus et à entretenir le zèle des royalistes.

J’arrivée du gouverneur combla ces derniers de joie et consterna en même temps les ennemis du gouvernement. Il lança une proclamation enjoignant aux personnes qui refuseraient de prendre les arines de sortir dans quatre jours, sous peine d’être traitées eomme Le Comte Dupré, Colonel, Lieutenant-Colonel et Major des milices de Québec. ”’—(Gazette de Québec 6 et7 juillet 1776.)

‘Samedi dernier (9 sept), à six heures du soir, les bourgeois anglais passèrent en revue, sur la Place d’Armes, et le Lieutenant-Gouverneur les prit sous son commandement, et nomma le Major Caldwell pour cormmander sous lui, et le même soir 25 montèrent volontairement la garde. ,

‘“ Dimanche le matin à six heures (10 sept.), quatre compagnies de bourgeois canadiens passèrent en revue sur la place d’armes, en pré- ‘sence de Sa Grandeur le Lieutenant-Gouverneur, où on leur lut la proclamation de Son Exeellence le Uouverneur, et l’on délivra les commissions aux Gifférens officiers, et Mardi le matin, six autres compagnies avec une d’artillerie passèrent pareillement en revue sur la dite place, où leurs officiers reçurent leurs commissions. ?”—(('azette de Québec du 14 Sept. 1775.)

‘ Dimanche dernier (17 Sept}, l’F.onorable Lieutenant-Gouverneur a passé en revue sur la place d’armes les onze compagnies de milice cünadieune à qui il a été distribué des armes. Il à été très-satisfait de ce que les Canadiens de la ville sont dans la ferme résolution de soutenir la couronne de leur souverain, et de défendre leurs biens contre les rebels. Tls avaient dès avant monté la garde indépendamment de la patrouille. En même temps les six compagnies de la milice anglaise de cette ville passèrent aussi en revue devant l’'Honorable Lieutenant-Gouverneur, dont

deux compagnies montèrent la garde à six heures du soir. ?’—(Gazette de Québec du 21 Sept. 1775.)

Nous voyons dans le même journal qu’il se forma une compagnie d'invalides composée de vieillards et de personnes d’un faible tempéramment,

NS pe

espions. Un bon nombre profitèrent de l’occasion pour laisser la ville. () Cet acte énergique eut l'effet de rétablir le bon ordre et de rassurer les amis du pouvoir. Carleton exhorta les citoyens à soutenir bravement le siége, et promit de distribuer des vivres à ceux qui manquaient de ressources. ‘Il sut gagner, dit un mémorissiste, par son affabilité et sa douceur, les cœurs des citoyens, quoiqu'ils prévissent la misère et les fatigues pénibles d’ un siége qu'il fallait soutenir dans une saison rigoureuse.”

Au 1er décembre, Carleton avait sous les armes 1800 hommes, dont 550 Canadiens, 330 milieiens anglais et 230 soldats du Royal Emigrant. Les autres étaient des marins, des artilleurs, ete. La ville, qui contenait 5000 âmes, avait des provisions pour plus de huit mois. Les fortifications avaient été beaucoup augmentées depuis l& conquête et elles étaient défendues par 150 pièces d’artillerie. On fit construire de fortes barricades aux endroits qui pouvaient donner passage à l'ennemi : à l'extrémité de la rue Saut-au-Matelot, pour couper les communications de Saint-Roch à la Basse- Ville, et à Presde-Ville, dans la rue Champlain, afin d’ empècher l’entrée de l'ennemi du côté du Foulon. @) Ces postes furent prose par des canons pour en défendre l'approche. e gouverneur pouvait donc soutenir facilement le siege et bien qu’il eût assez de forces pour attaquer l'ennemi,

il ne voulut pas exposer ses soldats.

L'armée américaine se composait de 1400 hommes environ, y compris 200 à 300 Canadiens, commandés par le colonel James Livingston. G) Le 5 décembre, elle prit possession des faubourgs et en désarma les habitants ; puis elle érigea des batteries à Saint-Roch et sur le chemin Sainte-Foye, et bloqua complètement la ville.

Avant de commencer le siège, Montgomery envoya

(1) D'après Caldwell, les Bonfelds, Wells, Zachary MoCauley, Murdock Stuart, John MeCord et plusieurs autres laissèrent la ville. Nous n’avons pu constater si Lymburner a quitté en même temps Québec,

€2) Ces travaux furent exécutés sous la surveillance de M. James Thompson. Voir l’opuseule de M. J, M. LeMoine intitulée: The sword of Montgomery.

(3) Bancroft dit que l’armée américaine se composait de moins de 1000 hommes et d’un régiment de volontaires eanadiens de 200 environs,

Mon Ru

au Gouverneur une lettre lui demandant de capituler. TI renouvela la même tentative le 15 décembre. (1) Mais Carleton ne reçut pas les parlementaires, déclarant qu’il ne voulait avoir aucune communication avec les rebelles, à moins qu'ils ne voulussent réclamer le pardon du roi. Il ordonna aux habitants des faubourgs de rentrer dans la ville, sous peine d’être traités comme rebelles. Il fit ensuite doubler les gardes de crainte de surprise. Le 9 décembre, il mit à l'épreuve le zèle des citoyens en donnant une fausse alarme. Tous se rendirent à leurs postes, et reçurent les félicitations du général.

Pendant plusieurs jours, les ennemis tirèrent sur la ville, sans faire aucun dommage aux propriétés : ils n'avaient en tout que 6 ou 7 petits canons. “ La ville ne courut aucun danger, dit le temoin oculaire, et ne

() Extrait du Journal de Sanguinet.—‘* Aussitôt l’arrivée de Mr. Montgomery devant la ville de Québec, il écrivit au Général Guy Carleton la lettre suivante :

MAISON D’HOLLANDS, 6 décembre 1775.

‘“ Monsieur, Malgré l’injure personnelle que j'ai scuilerte de votre ‘ part, malgré la cruauté avec laquelle vous avez traité mes malheüreux ‘ prisonniers qui sont tombés entre vos mains, les sentiinernts d'humanité “ m’engagent à prendre cette voye pour vous sauver de la ruine pro- ‘“ chaine qui menace votre malheureuse garnison Permettez-moy de ‘ vous dire que votre situation m'est très bien connue. En outre un “ vaste conftsur de murailles qui de leur nature sont incapables de ‘ défense, pour garnison un mélange de matelots dont la plupart sont ‘ nos amis, de bourgeois dont le plus grand nombre souhaite de nous ‘ voir dans ces murs, et d’une poignée d’une plus chétive levée qui ne ‘“ soit jamais parée du nom de soldat, sans espérance de ressource, avec ‘“ une entière certitude que vous ne manquerez à manquer des choses les ‘“ plus nécessaires D'ailleurs nous nras contenterons de vous tenir ‘“ bloqués. Tout cela démontre l’absurdité d’une impuissante résis- ‘“ tance. Or, telle est exactement votre position. Quant à moy, je suis, ‘“ Dieu mercy, à la tête d’une armée accoutumée au succès, sûre de la ‘ bonté de la cause qu’elle a entreprise, faite au danger et aux fatigues, ‘“et si indignée de vos cruautés et de vos mauvais procédés et des “ moyens bas et honteux dont vous vous servez pour prévenir contre nous “ les esprits des Canadiens, attendant que mes batteries soient dressées, “ j'ai bien de la peine à contenir mes gens à qui de foibles murailles à ‘ franchir offrent une belle occasion de se procurer une ample vengeance. ‘“ Vous avez fait faire feu sur les pavillons de trêve, ce qui avoit été ‘€ jusqu'ici sans exemple, même parmy les barbares. Je crois de vous ‘faire parvenir ici l'expression de mes sentiments en la manière ordi- ‘“ naïre. Néanmoins, Le veux à quelque prix que ce soit acquitter ma ‘ conscience, ne vous avisez point de détruire les magasins d’aucunes ‘“ provisions, appartenant soit aux particuliers, soit au publie, comme

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pouvait être ravagée. On craignait si pou leur artillerie que les femmes et les enfants restèrent en ville, et se promenaient dans les rues et sur les ramparts comme à l'ordinaire, ”” La garnison, de son côté, faisait un feu continuel sur les principaux points occupés par l'ennemi.

Cependant, la situation des Américains était loin d’être brillante. Les froids rigoureux, la picotte et la fatigue faisaient déjà de nombreuses victimes. Les troupes manquaient d vêtements et de vivres et les dissensions existaient parmi plusieurs officiers. Il fallut donc à Montgomery beaucoup de prestige et d'adresse pour maintenir le moral de ses soldats et pourvoir à tous les besoins. Le manque d'artillerie et de munitions augmentait encore ces embarras, et le mettait dans l'impossibilité de faire un siége en règle. D'ailleurs, son

“ voas avez fait à Montréal et en rivière, car si vous de faites, je prends ‘4 le ciel à témoin qu’il n’y aura pas de quartier pour vous, Carleton.”

Signé, RICHARD MONTGOMERY.

Brigadier Général des troupes du Continent.

‘ Par ln même occasion Mr. Montgomery écrivit la lettre suivante aux eitoyens de 18 1ile de Québec en ces termes :

‘4 Mes Frères et Amis,

‘ La malheureuse nécessité de déloger les troupes ministérielles me ‘« force à faire le siège de votre ville maintenant. C’est avec une ‘“ extrême douleur que je me vois réduit à des mesures qui peuvent vous ‘“ être très-funeste. Votre ville en proie aux flammes dans cette saison, ‘ un assault général donné à de mauvaises murailles défendues par une ‘“ plus mauvaise garnison, la confusion, le carnage, le pillage, suite ‘ inévituble dans les assaults, ces idées me remplissent d'horreur. Je ‘ vous conjure de faire tout ce qui dépend de vous pour me procurer une “ entrée pacifique. Sans doute vous n’ajouterez pas fcy aux calomnies ‘'bassement répandues à notre dés ivantage par les valets à gage du ‘ Ministre. Les armées du continen. n’ont jamais été ternies par aucun ‘“ acte de violence ou d’inhumanité. Nous faisons profession de venir “ chez vous pour y déraciner la tyrannie, pour y donner la liberté et la ‘ jouissance paisible de ses biens à cette province opprimée, ayant tou- “ jours respecté, comme sacré parmi nous, la propriété des particuliers. ‘“ Vous avez ci-incluse ma lettre au Général Carleton parce qu'il a “ toujours adroitement évité de vous laisser prendre aucune connaissance # qui fût propre à vous ouvrir les yeux sur vos véritables intérêts. S'il “ s’obstine et si vous le laissez persister à vous envelopper dans une ruine “ qu’il désire peut-être pour couvrir sa honte, ma éonscience ne me ‘ reprochera pas d’avoir manqué à vous avertir de votre danger.” |

Signé, RicHArD MoNTGOMERY, Brigadier des troupes du Continent.

“ Ces lettres ne firent pas grand effet sur l'esprit du Général Guy Carleton et des citoyens de La ville de Québec, d'autant plus que les mauvais

armée était insuffisante, à peine comptait-elle 1100 hommes en état de service. (1) Un seul moyen de salut lui restait : c'était d'enlever Québec par un coup d’audace. Il se fiait À son étoile, tout lui ayant réussi jusqu'alors. Il se prépara done à exécuter son plan à la faveur de la preiuière nuit obscure. Cette nouvelle parvint à Carleton par un déserteur, et les assiégés se tinrent plus que jamais sur leurs gardes.

La nuit du 30 au 31 décembre parut favorable à Montgomery. Le temps était sombre, il faisait une tempête de neige, propre à couvrir son dessein, À deux heures du matin, ses soldats étaient tous sur pied, chacun à son poste. Pour se reconnaître, ils avaient mis sur leurs chapeaux des inscriptions portant des devises ‘ Mors aut Victoria, ou Vive la liberté. ” Le général parcourut

sujets avaient été mis hors de la ville, par conséquent qu’il n’y avait plus &@e correspondance avec les Bastonnois. Au contraire, le Généra Guy Carleton fit canonner et bombarder les faubourgs St. Roch et St. Jean, après avoir ordonné à ceux qui les habitoient d’entrer dans la ville sous peine d'être traités comme rebelles. Il y eut quelques personnes qui y entrèrent et le reste gagna les campagnes. Le Général voyant les Bastonnois si près de la ville fit augmenter les gardes pendant la nuit, et pour éprouver la bonne volonté des citoyens, il donna exprès une fausse alarme, il fit sonner toutes les cloches de la ville, battre la générale. Tout le monde s’assembla aussitôt sur la place d’armes devant la maison des Récollets. Le Général Guy Carleton dit alors aux citoyens qu’il était charmé de voir avec quel zèle et quel courage ils se préparoient À combattre, qu’ils n’avoient rien à craindre, que c’étoient une fausse alarme. Mais que dans peu on devoit s’attendre à une véritable. Il ne se vs) 1 point, car le jour suivant, le dix de décembre 1775, à trois heures du matin, les Bastonnois au nombre d’environ trois cents vinrent près de la ville et tirèrent cent cinquante coups de fusil. La ville tira sur eux six coups de canon qui leur donnèrent la fuite. Les Bastonnais tirèrent sur la ville cette même nuit vingt huit petites bombes de dix-huit livres chaque. La ville leur fit réponse par cent cinquante coups de canon et tira sept grosses bombes de deux cents et de deux cent cinquante livres sur les maisons des faubourgs dans lesquelles se refugioient les Bastonnoïs.

‘ Le quinze de décembre, M. Montgomery envoya un de ses officiers avec un pavillon blanc ei suivi d’un tambour pour parler au Général Guy Carleton, afin de savoir s’il n’avoit point reçu une lettre et en même temps pour parlementer touchant un sujet important. Le Général Carleton donna ordre de le faire retirer sans vou’oir lui parler, en lui faisant dire que si quelques rebelles venoient à la viile une autre fois, qu’il feroit faire feu sur eux, à moins qu’il n’en vint quelques-uns supplier le pardon. La ville se tint plus que jamais sur ses gardes surtout pendant la nuit.”

(1) Henry assure que les forces amérieaines ne se montaient pas à plus de 1160 le 30 décembre,

les rangs de ses soldats, et leur donna quelques paroles d'encouragement. Puis il les divisa en quatre corps et de Hé son attaque sur autant de points différents.

e colonel Livingston avait ordre de faire avec les Canadiens une fausse attaque à la porte Saint-Jean, et le major Brown, une semblable du côté de la citadelle. Pendant que les assiégés porteraient leur attention de ce côté, les deux corps principaux devaient se joindre à la Basse-Ville et monter ensuite à la Haute- Ville, celui d'Arnold, en passant par le Palais, et Montgomery, en forçant la barrière de Près-de- Ville.

Montgomery descendit la côte du Foulon, à la tête de 350 à 400 hommes, et s’avanca jusqu'à l’Anse-des Mères, Il était alors quatre heures du matin. Au moyen de fusées, il donna aux autres corps le signal de marcher en même temps à l'attaque. Ces signaux furent aperçus par le capitaine Fraser qui donna l'alarme. Aussitôt la garnison fut sur pied, et chacun courut au poste.

Montgomery continuait toujours sa marche à la tête de sa colonne. Le chemin étroit, resserré entre le fleuve et le cup, laissait à peine passer trois ou quatre hommes de front, et était embarrassé par la neige qui tombait et les glaçons accumulés par la marée. Il atteignit ainsi la première barrière à Près-de-Ville, dans la rue Champlain, et la franchit avec facilité. La deuxième barrière était gardée par trente Canadiens, huit miliciens et neuf marins anglais sous le commandement du capitaine Chabot. Elle était protégée par plusieurs pièces d’artillerie placées dans le pignon d’une maison et servies par le capitaine Barnsfare et ses marins. () Ces derniers étaient à leurs pièces chargées à mitraille, la mêche allumée, a ‘c ordre de laisser approcher les Américains.

Arrivé à 50 verges de la barrière, Montgomery s'arrête un instant, et examine la position. Convaincu par le silence qui règne partout que la garde sommeille,

(1) M. Hawkins, dans Picture of Quebec, dit que le sergent Hugh MeQuarters était chargé de la garde de la barrière. Il avait ordre d’être vigilant et de tirer les canons lorsqu'il serait assuré de l’approche de l'ennemi. La précision avec laquelle il s’acquitta de son devoir eut pour résultat la mort du Général, ete. D’après le même auteur il n’y eut qu’une seule décharge.

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il s’élance hardiment à l'assaut. (1) Il n'avait plus qu'une légère distance à franchir lorsque l’ordre de fairs feu est donné. Une décharge terrible part de la barricade, et terrasse les premiers rangs des Américains. Montgomery lui-mème, ses aide-de-camp et dix de ses soldats sont renversés par ce coup. Le désordre et la terreur règnent dans le reste de l’armée. Le colonel Campbell, à qui revient le commandement, essaie en vain de rassurer les esprits; les Américaius, sans faire aucun effort pour escalader le poste, prennent ln fuite sans même emporter le corps de ieur général,

Pendant ce temps, une lutte lus sérieuse s'engageait au Saut-au-Matelot, La colonne “Arnold, chargee w’attaquer ce poste, avait traversé sans danger le faubourg Saint-Roch et le Palais. En passant sous les ramptrts, vis-à-vis l’Hôtel-Dieu, elle fut aporçue de la Haute- Ville, et essuya, de la part des assiégés, un feu bien nourri qui lui fit perdre plusieurs hommes. Aro iuimême, blessé grièvement, se trouva hors de combat, et fut transporté à l'Hôpital-Général. Le capitaine Morgan, autrefois perruquier à Québec, mais devenu depuis un brave officier, prend alors le commandement de l'armée, et franchit la première barricade. La garde commandée par le capitaine MacLeod fut en partie désarmée, et le reste prit la fuite. Les Américains s'emparèrent de l’espace situé entre la première et la deruière barrière, malgré les efforts des nôtres qui défendaient le terrain pied à pied,

Cette deuxième barrière, haute de douze pieds était si solidement construite que l'artillerie seule pouvait la détruire. Elle était gardée par le capitaine Dumas et ses braves miliciens. A quinze ou vingt pas plus loin, sur le quai Lymburner, (à l'endroit ou se trouve aujourd’hui la banque de Québec,) il y avait un autre corps de troupes avec plusieurs pièces de canons.

Déjà les Américains étaient en vue de cette barrière, la plus redoutable à franchir. Le jour commençait à poindre, lorsque. Morgan, de sa voix puissante, com-

(1) L'historien Bancroft fait dire à Montgomery ees paroles qui furent ses dernières: ‘“ Men of New York, you will not fear to follow where your General leads ; push on, brave boys : Quebec is oursŸ’ Bunerojr'e dietory, Vol 8th, page 207,

mande à ses troupos de la franchir, 11 s'élance lui-même en avant suivi des compagnies de Steele, Hendricks, Humphreys, ete. Un combat furieux s'engage alors ; les Américains resserrés dans une rue étfoite, résistent longtemps au feu dérigé de la barricade et du quai Lyimburner. Les officiers paient de leur personne; presque tous sont ou tués ou bless. . Le capitaine Humphreys suivi de quelques braves s’avance pour poser des échelles et enlevet la barrière ; c'est alors, si l’on en croit Sanguinet, qu’un milicien du nom de Charland, homme brave et robuste, va au milieu des balles tirer ces échelles de son côté. Le feu de nos soldats est si fort que l'ennemi abandonne enfin l’idée d'enlever la barrière, et se retirant dans les maisons, tire dans toutes les directions, surtout sur le quai Lymburner qui est évacué momentanément.

Le genéral Carleton certain mainter ue les attaques du côté de la Haute-Ville sont simuiees, et apprenant la défaite de Mou1;omery, concentre ses forces au Saut: au-Matelot, Le capitaine Laws reçoit l’ordre de sortir par le Palais avec 200 hommes, d'attaquer les Américains en queue et de leur couper ainsi la retraite ; le capitaine McDougall doit l'appuyer avec sa compagnie. Il envoie en même temps le colonel Caldwell avec les miliciens Anglais et le major Naiïirne avec 60 matelots soutenir le capitaine Dumas qui combat à la Basse- Ville. Nos troupss maintenant en nombre considérable prennent l'offensive, et décident de déloger l’ennemi des. maisons qu’il occupe. Le major Nuirne et Dambourgès, sautant alors en dehors de la barrière, montent à l'assaut des maisons au moyen d'échelles. Ils sont suivis des miliciens et des soldats qui pénètrent avec eux dans l'intérieur, et en chassent les Bastonnais. Déjà ceux-ci commencent à perdre du terrain, et se préparent à la retraite, lorsque le capitaine Laws les attaque par derrière. Il tombe au milieu d’un groupe d'officiers Américains qui délibéraient sur le parti à prendre et les désarme. Le combat se prolonge encore quelques instants ; enfin les Américains, cernés de toutes parts, so rendent prisonniers au nombre de plus de 400. Quelquesuns seulement s'échappent en passant sur la glace à la rivière Saint:Charles,

Le Gouvérneut, profitant de la victoire, fait enlever la batterie de Saint-Roch, cothposée de six ou sept canons, et couronne ainsi cette glorieuse journée qui assurait à l'Angleterre la possession dû Canada, (1)

Ce succès était dû en partie à la vigilance et à l’habileté du gouverneur, pendant le siége et pendant le com: bat, àu zèle du colonel Mecliæëan, commandant en sécond, du colonel Caldwell et du comte Dupré (2), de la milice, qui s'étaient montrés infatigables. Mais n'oublions pas les uctes de bravoure du major Nairne, de Dambourgès (3) et de Charland, la belle défense des miliciens anglais et canadiens aux postés menacés, actes qui resteront célèbres dans les annales militaires. (4)

(1) Nous engageons nos lecteurs à parcourir les versions diverses de l’assaut de Québec, données par Sanguinet, Caldwell, Finlay, Henry, et un officier de la garnison. Voir la note D des mémoires et documents publiés à la fin de cette étude.

Les citoyens de Québec fêtèrent pendant plusieurs années l’anniversaire de leur victoire sur les Amérigains. Celui du 81 Déc. 1776, dont nous donnons le récit à la note E, fut célébré avec la plus grande pompe.

(2) Le comte Dupré (Jean-Baptiste) avait servi avec distinction dans la guerre précédente. Fait capitaine par le marquis de Duquesne, il fut élevé au grade de major en 1455, et de lieutenm:t-tolonel quelques mois après. Pendant le siége de Québec de 1775, i: rcuait des services éminents comme un des commandants de la milice canadienne. Les Américains firent des dommages considérables à sa propriété près de Québec, et lorsqu'on lui offrit urïe rénumération de ces pertes et une récompense pour ses services, il ne voulut rien accepter, disant qu’il avait agi par amour pour son pays et pour son roi, et qu’il n’ên exigerait aucune récompense. Le général Carloton le nomma cependant colonel commandant pour le district de Québes, charge qu’il remplit pendant plus de vingt ans, à la satisfaction générale.—Morgan, Celebrated Canadrans.

(3) François Dambourgès, Français de naissance, était arrivé au Canada en 1763, et était allé se fixer à Saint-Thomas, en bas de Québec. Pendant la guerre de l'indépendance, il prit une part active à la défense du pays, etentra comme enseigne dans le régiment Royal Emigrant de McLean. Comme le major Nairne, il se distingus par son courage et som intrépidité dans le combat du Saut-au-Mr*.'ot, et contribua pour beaucoup au succès de la journée, Aussi reçut-u les félicitations de Carleton, et en reconnaissance de sa bravoure une commission de lieutenant dans le 84e régiment. Plus tard, il fut élevé au grade de colonel dans la milice, et lorsque {a constitution de 1791 fut octroyée, le comté de Devon

ui embrassait une partie de la rive sud (St. Thomas, l’Islet, eto.,) le choisit pour son député pendant le premier parlement. M. Dambourgès mourut à Montréal en 1798, à l’Age de 56 ans. Voir la brochure intitulée : Le Colonel Dambourgès.

(4) Dans une dépéche aux ministres anglais, le Général Carleton: mentionne spécialement avec éloge la conduite du Col. Caldwell, du: vomte Dupré, et des capitaines Bouchette, Laforce et Chabot. Puis il

Nos pertes étaient peu considérables: elles ne s’éleaient qu’à cinq hommes tués et à treize blessés. Au nombre des morts étaient le capitaine Anderson, de la marvine, M. Fraser, constructeur de navires, et un Canadien,

Les Américains firent des pertes sensibles dans la personne de leur général, de ses aide-de-camp McPherson et Cheeseman et des capitaines Hendrick, Humphreys et autres officiers. (1) Le nombre des morts peut êtro estimé de quarante à soixante, et celui des prisonniers à 426 ; quarante de ces derniers étaient blessés. Les officiers furcut conduits au Séminaire, les autres prisonniers au Couvent des Récoilets. Quelques jours après, ils furent: tranférés à la prison &e la rue Dauÿhine. On prit le plus grand soin d'eux, surtout des blessés, et d’après le témoignage d’un prisonnier, qui fut plus tard le juge Henry, tous furent traités avec la même sollicituie que les soldats anglais.

Après le combat du 31, Carleton envoya examiner le poste de Près-de-Ville. M. James Thompson trouva à une légère distance de la barrière le corps de Mont: gomery et de ses aide-de-camp, presque ensevelis dans la neig”, et dix autres cadavres. Ii s'empara de l'épée du gèneral qu’il conserva toute sa vie et transmit à sa famille comme une relique précieuse. (2) Après avoir fait identifier le corps de Montgomery, il le transporta

ajoute : “ The militia, British and Canadian, behaved with a steadness und resolution that could not have heen expected from men unused to arms. ’—(The siege and blockade of Quebec ; add're:s by W. J, Anderson).

(1) Extrait d’une lettre du Brigadier-Général Wooster au Colonel Warner, en date du 6 janvier 1776 :

“ With the greatest distress of mind, I now sit down to infor you of the event of an unfortunate attack made upon Quebec, between the hours of 4 and 6 of the morning of the 31st December last. Unfortunate indeed for in it fell our ‘brave General Montgomery, his Aid de Camp MePherson, Captain Cheeseman, Captain Hendrick of the Riflemen, and #wo or three tr ofiicers, and between sixty and a hundred Privatss, the number not oertainly kuown, and about three hundred officers and soldiers made ess Seig di which is Lieut. Cel. Green, Major Bigelow, Major

iggs, «nd à rumber of Captains and inferior officers. Col. Arnold was wounded in the leg in the beginning of the action, as was Major Ogden in the shoulüer.”’— Doc, Hist. of N. Y., vol, Bth, page 664.

(2) M. Thompson transmit cette épée à son fils, M. James Thompson mort il y a quelques années ; ce dernier l’a léguée à M.James Thompson Harrower qui a ou l’obligeance de l’exposer dans la Salle Victoria pour la fête du centenaire,

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