‹ Invasion du Canada et siége [sic] de Québec en 1775-76 [microforme]Chapitre 5 sur 13 · LOUIS P. TURCOTTE · texte numérisé non relu

LOUIS P. TURCOTTE

Note A.

M. de Mazères dans son volume Additional Papers COncern'ng the Province of Quebec, raconte ainsi les difficultés de M. La Corne avec ses censitaires :

“ Mr, La Corne, à young man of about twenty-two Years of age, and nephew to Mr. La Corne de Saint-Luc, was sent by General Carleton to raise the inhabitants of Terrebonne, a village of which he (the younger Mr. de La Corne) is Seignior, He adressed them in a very high tone, mentioning the above right, which he had, by the tenure of their lands, to command their military service. They answered, “ that they were now become subjects of England, and did not look on themselves as Frenchmen in any respect whatever. ” Mr. La Corne Was imprudent enough to strike some of those who spoke loudest, This provoked the people to such a degree, that Mr. La Corne found it necessary to get away from them, and go back immediately to Montreal, but threaten'd to return speedily amongst them with a party of two hundred soldiers, who would make them dearly pay for their refusal to obey him. The people, heëring this, forthwith armed themselves, some with guns, other with clubs ; and they all resolved to die rathsr than submit to be commanded by their seignior. General Carleton, hearing of the disturbance that Mr. La Corne’s behavior had occasioned, instead of complying with his desire of sending troops to enforce obedience to his authority, thought it adviseable, to send with him an English officer of merit, Capt. Hamilton, to pacify the people. Capt. Hamilton asked them, what they meant by assembling in that riotous, disorderly manner ?

They answered, that their intentions were to defend themselves from the soldiers, with whom they were threatened by Mr. La Corne, their seignior. ‘ If general # Carleton, said they, requires our services, let him give ‘“ us Englishmen to command us : such a man as you, “ for instance we would fellow to the world's end.” But, replied Mr. Hamilton, English military gentlemen are not to be found in sufficient numbers, in the province, to take the command of you. ‘ Then, said they, give us common soldiers to lead us rather than those people. For we will not be commanded by ce petit gars”’….. At least, upon Capt. Hamilton’s promise, that their seignior should come no more among them, they dispersed. ”

Note B.

Lettre adressée aux habitants de la Province de Québec, eidevant le Canada, de la part du Congrès Général de l'Amérique Septentrionale, tenu à Philadelphie.

AUX HABITANS DE LA PROVINCE DE QUÉBEC, Nos A: :s et Concitoyens,

“ Nous, les Déléqués des Colonies du Nouveau Hamp- ‘ shire de Massachusetts Bay, de Rhode-Island et des ‘“ Plantations de Providence, de Connecticut, de la Nou- “ velle-York, du Nouveau-Jersey, de la Pennsylvanie, “ des Comtés de New-Castle, Kent et Sussex sur le fleuve “ de la Ware, du Maryland, de la Virginie et des Caro- “ lines Septentrionale et Méridionale, ayant été députés “ par les Habitants des dites Colonies pour les représenter ‘“ dans un Congrès général à Philadelphie, dans la pro- “ vince de Pennsylvanie, et pour consulter ensemble sur ‘“ les meilleurs moyens de nous procurer la délivrance “de nos oppressions accablantes ; nous étant en consé- ‘“ quence assemblés et ayant considéré très-sérieusement “ l’état des affaires publiques de ce continent, nous avons * jugé à propos de nous adresser à votre Province, comme ‘“ à une de ses parties qui y est des plus intéressée, . “ Lorsqu'après une résistance courageuse et glorieuse ‘“ lo sort des armes: vous eut incorporé au nombre des

“ sujets Anglais, nous nous réjouimes autant pour vous “que pour nous d’un accroissement si véritablement “ précieux; et comme la bravoure et la grandeur d'âme “ sont jointes naturellement, nous nous uttendions que ‘“ nos courageux ennemis deviendraient nos amis sincères, “et que l’Etre Suprême répandrait sur vous les dons de ‘“ sa providence divine en assurant pour vous et pour “ votre prospérité la plus reculée les avantages sans prix ‘“ de la libre institution du Gouvernement Anglais, qui ‘Cest le privilége dont tous les sujots Anglais doivent ‘ jouir.

% Ces espérances furent confirmées par la déclaration “ du Roi donnée en 1763, SR Paeane la foi publique pour ‘“ votre jouissance complète de ces avantages.

“ A peine aurions-nous pu alors nous imaginer que ‘“ quelques Ministres futurs abuseraient avec tant d'au: | he et de méchanceté de l'autorité royale, que de vous “ priver de la jouissance de ces droits irrévocables aux- ‘“ quels vous aviez 'un si juste titre,

‘“ Mais puisque nous avons vécu pour voir le tems “ imprévu, quand des Ministres d’une disposition corrom- ‘“ pue ont osé violer les pactes et les engagemens les ‘“ plus sacrés, et eomme vous aviez ‘été élevés sous une ‘autre forme de gouvernement, on a soigneusem :nt ‘évité que vous fissiez la découverte de la valeur inex- ‘ primable de cette forme à laquelle vous avez à présent “an droit si légitime ; nous croyons qu'il est de notre ‘“ devoir de vous expliquer quelques-unes de ses parties “les plus intéressantes, pour les raisons pressantes men- “ tionnées ci-après.

‘ « Dans toute société humaine,’ dit le célèbre Marquis “ de Beccaria, ‘il y a une force qui tend continuellement ‘à conférer.à une partie le‘haut du pouvoir et du bon- “ heur, et à réduire l’autre au dernier dégré de faïblesso “et de misèré. L’intention des bonres loïx est de s’oppo- ‘“ ser à cette force, et de répandre leur ‘nfluence également ‘et universellement.’

“Des Chéfs incités par cette force perniciouse, et des “ sujets animés par le juste désir de lui opposer de bonnes ‘loix, ont occasionné cette immense diversité d'événe- “ nemens dont les histoires de tant de nations sont rem- “ plies, ‘Toutes tes “histoires démontrent la vérité de

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“ cette simy!e position, que d'exister au gré d'un seul “ homme. ou de quelques-uns, est une source de misères ‘ pour tous.

“ Ce fut sur ce principe comme sur un fondement “ solide que les Angiais élevèrent si fcrmement l'édifice “de leur gouvernement qu'il a résisté au teins, à la “ tyrannie, à la trahison, et aux guerres intestines et “ Ctrangères, pendant plusieurs siècles. ft comme un ‘ Auteur illustre et un de vos compatriotes cité ci-après, “ observe. ‘ Ils donnèrent au peuple de leurs Colonies la “ forme de leur gouvernement propre : et ce gouvernement portant avec lui la prospérité, on a vu se former “ de grands peuples dans les forêts même qu'ils furent « envoyés habiter.’

“ Dans cette forme le premier et le principal droit, “est, que le peuple a part dans son gouvernement par “ ses représentans choisis par lui-même, et est par con- “ séquent gouverné par des loix de son approbation, et “ non par les édits de ceux sur lesquels il n’a aucun “ pouvoir. Ceci est un rempart qui entoure et défend sa «“ propriété, qu'il s’est acquise, par son travail et une ‘ honnète industrie; en sorte qu'il ne peut être privé de “ la moindre partie que de son libre et plein consente- “ ment, lorsque suivant son jugement il croit qu’il est juste et nécessaire de la donner pour des usages publics, ‘et alors il indique précisément le moyen le plus facile, “ le plus économe et lé plus égai de percevoir cette partie “ de sa propriété.

&« L'influence de ce droit s'étend encoro plus loin. Si « des Chefs qui ont opprimé le peuple ont besoin de sub- “ sidas, le peuple peut les leur refuser jusqu'à ce que “ Jeurs grivfs soient réparés, et se procurer paisiblement, “ de cette manière, du soulagement sans avoir recours à “« présenter des requêtes souvent méprisées, et saus trou- LE be la tranquillité publiqne.

“ Le second droit essentiel consiste, à être jugé par ‘une Jürée. On pourvoit par là qu’un Citoyen ne peut « perdre la vio, la liberté ou les biens, qu’au préalable . ER n'ait été rendue contre lui par douze de ses “ égaux et compatriotes de mœurs irréprochables, sous “ serment, pris dans sun voisinage, qu par cela même “ on äoit râisonnablemént supposer doit être informé

tt de son caractére et de celui des témoins, et celà après ‘“ des enquêtes suffisantes face à face, à huis ouverts, ‘“ dans la cour de justice, devant tous ceux qui voudront ‘“ se trouver présent, et après jugement équitable. i'c + plus cette Sentence ne peut lui être préjudiciable. : 1: ‘“ injurier en même temps la réputation et même les 1:14 ‘“ rêts des Jurés qui l'ont prononcée.

‘ Car le cas en question peut-être surde certains points ‘“ qui ont rapport au bien public; mais s’il en était au- ‘“trement, leur Sentence devient un exemple qui peut ‘“ servir contre eux-mêmes s'ils venaient à avoir un ‘“ semblable procès.

‘“ Un autre droit se rapporte simplement à la liberté ‘“ personneile. Si un Citoyen est saisi et mis en prison, ‘“ quoique par ordre du gouvernement, il peut néanmoins ‘“ en vertu de ce droit, obtenir immédiatement d’un Juge ‘ un ordre que l’on nomnre Habeas-Corpus, qu'il est obligé ‘““ sous serment d'accorder, et se procurer promptement “ par ce moyen une enquête et réparation d’une déten: ‘“ tion illégitime.

‘“ Un quatrième droit tonsiste dans la possession des ‘“ terres en vertu dé légères rentes foncières, et non par ‘“ des corvées rigoureuses et oppriniantes qui forcent “ souvent le possesseur à quitter sa f'ämille et ses occupa “ tions pour faire ce qui dans tout état bien! réglé, devrait ‘“ être l’ouvragé de gens loués exprès pour cet effet.

‘“ Le dernier droit dont nous ferons mention regarde la “ liberté de la presse. Son importance outre les progrès “ de la vérité, de la morale et des arts en général, consiste ‘“ encore à répandre des sentiments généreux sur l’admi- “ nistration du gouvernement, à servir aux Citoyens à se ‘“ communiquer age et réciproqnement leurs ‘idées et, cons quemment contribue À l'avancement ‘ d’une un'on entr'eux, par laquelle des supérieurs tyran- ‘“ niques sont induits, par des motifs de honte ou de “ crainte, à se comporter plus honorablement et par des “ voies plus équitables dans l'administration dés affaires.

« Ce sont là ces droits inestimables qui forment une ‘“ partie considérable du système modéré de notre gou- ‘“ vernement, laquelle en répandant sa force équitable sur “tons les différens rangs'et classes des Citoyens, défend “le pauvre du riche; le faible du puissant, l’industrieux

# de l’avide, le paisible du: violent, les vassaux des Sei- * gneurs, et de tous leurs supérieurs.

‘“ Ce sont là.ces droits sans lesquels une nation ne peut ‘ être libre et heureuse, et c'est sous la protection eb ‘ l'encourageément que procure leur influence que ces ‘ Colonies ont jusqu'à présent fleuri et augmenté si éton- ‘“ nément. Ce sont ces mêmes droits qu'un ministère ‘abandonné tâche actuellement de nous ravir à main ‘ armée, et que nous sommes tous d’un commun accord ‘“ résolus de ne perdre qu'avec la vie, Tels sont enfin ‘“ ces droits qui vous appartiennent, et que vous devriez “ dans ce moment exercer dans toute leur étendue.

‘“ Mais que vous offre-t-on à leur place par le dernier “ Acte du Parlement ? La liberté de conscience pour “ votre religion : non, Dieu vous l’avait donnée, et les « Puissances temporelles avec lesquelles vous étiez et “êtes à présent en liaison, ont fortement stipulé que ‘ vous en eussies la pleine jouissance : si les loix divines ‘et humaines pouvaient garantir cette liberté des ‘ caprices despotiques des méchans, elle l'était déjà ‘“ auparavant, A-t-on rétabli les loix Françaises dans les ‘“ afaires civiles ? Cela parait ainsi, mais faites attention ‘ À la faveur circonspecte des Ministres qui .prétenden# ‘“ devenir vos bienfaiteur<; les paroles du Statut sont, “que l’on se règlera sur ces loix jusqu'à .ce qu'elles “aient été modifiées ou changées .par quelques ordon- “.nances du Gouverneur et du Conseil. ”

“ Est-ce que l’on vous assure pour vous et votre. posté- “ rité, la certitude et la douceur de la loix criminelle “d'Angleterro avec toutes ses utilités et avantages, “ laquelle on loue dans le dit Statut, et que l’on .recon- ‘“ nait.que,vous avez éprouvé .très sensiblement ? Non, “ ces loix sont aussi sujettes aux “.changements ” arbi- “ traires du Gouverneur et du Conseil, et.on se réserve “en outre très expressement.le pouvoir d’ériger ‘“ telles ‘“ Cours de judicature criminelle, .civile .et ecclésiastique ‘“ que l’on jugera nécessaires, ”

“ C’est. da ces conditions si précaires que votre vie et “ votre.religion dépendent seulement de la volonté d’un “ seul. La couronne et les ministres ont le pouvoir “autant qu'ils été possible au Parlement de le con-

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# céder, d'introduire le tribunal de l’Inquisition même ‘au milieu de vous.

‘“ Avez-vous une assemblée composée d'honnèêtes gens ‘ de votre propre choix sur lesquels vous puissiez vous ‘“ reposer pour former vos loix, veiller à votre bien-être, et ordonner de quelle manière et en quelle proportion “vous devez contribuer de vos biens pour les usages “ publics ? non, c’est du Gouverneur et du Conseil que doivent émaner vos loix, et ils ne sont eux-mêmes que les créatures du Ministre, qu'il peut déplacer selon son “ bon plaisir. En outre, un autre nouveau Statut formé ‘“ sans votre participation vous a assujettis à toute la rigueur d'un impôt sur les denrées que l’on nomme “ Excise, impôt détesté dans tous les états libres. En ‘“ vous arrachant ainsi vos biens par la plus odieuse de -outes les taxes, vous êtes encore exposés à voir votre “ repos et celui de vos familles troublé par des collecteurs insolens, pénétrans à chaque instant jusque dans l’intérieur de vos maisons, qui sont nommées les For- ‘“ teresses des Citoyens Anglais dans les livres qui trai- ‘ tent de leurs loix.

Dans ce même Statut qui change votre Gouverne- ‘“ ment, et qui paraît calculé pour “ous flatter, vous n'êtes point autorisés ‘à vous cotiser pour lever et “ disposer d'aucun impôt on taxe, à moins que ce ne ‘“ soit dans dés cas de peu de conséquence, tels que de “ faire des grands chemins, de bâtir ou de réparer des “ Edifices publics ou pour quelqu’autres convenances “ Jocales dans l'enceinte de vos villes et districts Pour- “ quoi cette distinction humiliante ? Est-ce que les biens “ que les Canadiens se sont acquis par une honnête in- “ dustrie ne doivent, pas être aussi sacrés que ceux des “ Anglais ? L’entencement des Canadiens seroit:l si “ borné qu'ils fussent hors d'état de participer à d’autres “ affaires publiques qu’à celle de rassembler des pierres “ dans un endroit pour les entasser dans un autre? ‘ Peuple infortuné qui est non-seulement lezé, mais “encore outragé. Ce qu'il y a de plus fort, c’est que ‘“ suivant les avis que nous avons reçus, un ministère ‘“ arrogant a conçu une idée si méprisante de votre jrge- “ ment et de vos sentimens, qu'ii a osé penser, et 8'a8t “ même persuadé Lit à un retour de gratitude pour

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les injures et outrages qu'il vous & récemment offert, il vous engagerait, vous nos dignes Concitoyens, à prendre les armes pour devenir des instrumens en ses mains, pour l'aider à nous ravir cette liberté dont sa perfidie vous a privée, ce qui vous rendrait ridicules et détestables à tout l'Univers,

«“ Le résultat inévitable d’une telle entreprise, supposé qu’elle réussit, seroit l’anéantissement total des espérances que vous pourriez avoir, que vous ou votre postérité fussent jamais rétablis dans votre liberté : car à moins que d'être entièrement privé du sens

‘ commun, il n’est pas possible de s’imaginer qu'après

que vous auriez été employés dans un service si honteux ils vous traitassent avec moins de rigueur que nous qui tenons à eux par les liens du sang.

“ Qu'aurait dit votre compatriote l’immortel Montesquieu, au sujet du plan du Gouvernement que l’on vient de former pour vous ? Ecoutez ses paroles avec cette attention recueillie que requiert l'importance du sujet. ‘ Dans un état libre, tout homme qui est sensé avoir une âme libre, doit être gouverné par lui-même, il faudrait que le peuple en corps eût la puissance législative; mais comme cela est impossible dans les grands états, et est sujet à beaucoup d’inçonvéniens dans les petits, il faut que le peuple fasse, par ses représentans, tout ce qu'il ne peut fiure par lui-même. —“ La liberté politique dans un Citoyen est cette ranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté; et pour qu'on ait cette libarié, il faut que le Gouvernement soit tel qu’un Citoyen ne puisse pas craindre un autro Citoyen. Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de Magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exéouvrice, il u’y & point le liberté ; parce qu'on peut craindre

‘que le même Monarque où le même Sénat re fassent

des loix tyranniques poux les exécuter tyranniquement.’

4 « La, puissance de juger ne doit pas être donnée à un Sénat permanent, mais exercée, par des personnes

“ tirées du corps. du peuple dans certains tems de, l’an-

née, de la manière prescrite pa la loi, pour former un

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“ tribunal qui ne dure qu'autant que la nécessité le “ requiert. ”

“€ Les Militaires sont d'une profession qui peut-être ‘utile, mais devient souvent dangereuse.” ‘ La jouis- “ sance de la liberté consiste en ce qu’il soit permis à ‘“ chacun de déclarer sa pensée et de découvrir ses senti- ‘“ mens, ?

‘“ Appliquez à votre situation présente ces maximes “ décisives, qui ont la sanction de l'autorité d’un nom “que toute l’Europe révère. On pourrait avancer que ‘“ vous avez un Gouverneur revêtu de la puissance exécu- “Ctrice ou des pouvoirs de l’administration; c'est en lui ‘et en son Conseil qu'est placée la puissance législative: ‘ vous avez des Juges qui doivent décider dans tous les ‘“ cas où votre vie, votre liberté, ou vos biens sont en ‘“ danger, et effectivement, il semble qu’il se trouve ici ‘une distribution et répartition, de diverses puissances en ‘ des mains différentes qui se repriment l’une l’autre, ce “qui est l’unique méthode que l’esprit kumain ait jamais ‘ imaginée pour contribuer à l'accroissement de la liberté ‘“ et de la prospérité des hommes.

“ Mais vous servant de cette sagacité si naturelle aux ‘“ Français, et dédaignant d’être décens par le faux ‘“ brillant de cet extérieur, examinez la plausibilité de ‘ce plän, et vous trouverez (pour me servir des paroles ‘“ de la Sainte Ecriture) que ce n’est qu’un “ sépuichre “ blanchi,” pour ensevelir votre liberté et vos biens avec ‘{ votre vie.

‘“ Vos Juges et votre (soit-disant) Conseil Législatif ‘ dépendent de votre Gouverneur, et lui-même depend des ‘“ scrviteurs de la Couronne, en Angléterre. Le moindre ‘signe du M'aistre fait agir ces puissances législative “exécutrice et celle de juger. Vos privilèges et vos ‘ immunités n'existent qu'autant que dure sa faveur, ct “ son courroux fait évanouir leur forme chancellante.

‘“ La perfidie a été employée avec tant d'artifice dar s ‘ le Code des loix que l’on vous a récemment:offert, que ‘“ quoique le commencement de chaque paragraphe pa- “‘ raisse êtro plein de bienveillance, il se termine cepen- “ dant d’une manière destructive ; et lorsque: le tout est “ dépouillé des expressions flatteuses qui le décorent, il “ ne contient autre chose, sinon, que la Couronne et ses

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co 72 mn

4 Ministres seront aussi absolus dans toute l'étendue de

‘ votre vaste Province, que le sont actuellement les des- “ postes de l'Asie etde l'Afrique. Qui protégera vos biens “ contre les Edits d'impôts et contre les rapines des supé- “ rieurs durs et nécessiteux ? Qui défendra vos personnes ‘“ de Lettres de Cachets, de Prisons, de Cachots et de

‘“ corvées fatigantes, votre liberté et votre vie contre des

“ Chefs arbitraires et insensibles ? Vous ne pouvez, en ‘“ jettant les yeux de tous côtés, apercevoir une seule ‘“ circonstance qui puisse vous promettre d'aucune façon, ‘“ le moindre espoir de liberté pour vous et votre posté- ‘ rité, si vous n'adoptez entièrement le projet d’entrer ‘en union avec nos colonies.

‘ Quel serait le conseil que vous donnerait cet homme “si véritablement grand, cet Avocat pour la liberté et “ l'huinanité, que nous venons de citer, fut-:il encore ‘© vivant et sçût-il que nous nos voisins puissans et nom- “ breux, inspirés d’un juste amour pour nos droits enva-

‘his et unis par les liens indissolubles de l'affection et de’

‘ l'intérêt, vous auraient invités au nom de tout ce que

‘ vous devez à vous-même et à vos enfans (Comme nous

“Je faisons à présent) de vous uñir à nous dans une ‘“ cause si juste, pour n'en faire qu’une entre nous, et ‘“ courir la même fortune pour noûs délivrer d’une sub- “ jection humiliante sous des Gouverneurs, Intendans et “ trans Militaires, et rentrer fermement dans le rang

“et la condition de libres Citoyens Anglais, qui ont

‘appris de leurs ancêtres à faire trembler ceux qui osent “ seulement penser à les rendre malheureux.

«No serait-ce pas par uñ discours semblable qu'il ‘€ s'adresserait à vous ? Et dirait, saisissez l’occasion que “Ja Providence elle-même vous offre, votre conquête ‘‘ vous a acquis la liberté si vous vous comportez comme ‘ vous devez, cet événement est son ouvrage: vous n'êtes “ qu'un très-petit nombre en comparaison de ceux qui ‘“ vous invitent à bras ouverts de vous joindre à eux; un % instant de réflexion doit vous corivaincre qu’il convient ‘“ mieux À vos intérêts et à votre bonheur, de vous pro- ‘“ curer l'amitié constante des peuples de l'Amérique ‘ septentrionale, que de les rendre vos implacables en- ‘“ pemis. Les outrages que souffre la ville de Boston, ont

“ alarmés et unis ensémble toutes les Colonies, depuis 1#

és 0.

“ nouvelle Ecosse jusqu'à la Georgie, votre Province est ‘le seul anneau qui manque pour completter la chaîne “ forte et éclatante de leur union. Votre pays est natu- ‘‘rellement joint au leur, joignez-voiis aussi dans vos ‘intérêts ‘politiques ; leur propre bien-être permettra “ jamais qu'ils vous abandonnent ou qu’ils vous trahis- ‘sent: soyez persuadés que le bonheur d’un peuple ‘“ dépend absolument de sa liberté et de son courage “pour la maintenir, La valeur et l'étendue des avan- ‘ tages que l’on vous offre est immense ; daigne le Ciel ‘ne pas permettre que vous ne reconnaissiez ces avan- ‘‘ tages pour le plus grand des biens que vous pourriez “posséder, qu'après qu'ils vous auront abandonnés à ‘jamais, ”

“ Naus connaissons trop bien la noblesse de sentiment “qui distingue votre nation, pour supposer que vons “ fussiez retenus de former des liaisons d'amitié avec ‘nous par les préjugés que la diversité de religion pour- ‘ rait faire naitre. Vous sçavez que la liberté est d'une “nature si excellente qu'elle rend, ceux qui s’attachent “ à elle, supérieurs à toutes ces petites foiblesses. Vous ‘avez une preuve bien convaincante de cette vérité dans ‘“ l'exemple des Cantons Suisses, lesquels quoique com- ‘ poses d’états Catholiques et Protestans, ne laissent pas “ cependant de vivre ensemble en paix et en bonne in- ‘‘ telligence, ce qui les a mis en état depuis qu'ils se ‘sont vaillamment acquis leur liberté, de braver et de ‘repousser tous les tyrans qui ont osé les envahir.

“S'il se trouvait quelques uns parmi vous (comme “cela est assez fréquent dans tous les états,) qui prefe- ‘“ reraient la faveur du Ministre et leurs intérêts purti- ‘“ culiers au bien-être de leur patiie, leurs inclinations ‘intéressées les porteront à s'opposer fortement à toutes ‘les mesures tendantes au bien publie, dans l’esperance

“qué leurs supérieurs les récompenseront amplement

‘pour leur services honteux et indignes : mais nous ne ‘‘ doutons pas que vous ne serez en garde contre de “telles gens, et nous espérons que vous ne ferez point

.“ un sacrifice de la liberté et du bonheur de tous les

‘ Canadiens, pour gratifier l’avarice et l'ambition de

# quelques particuliers,

“# Nous ne requérens pas de vous dans cette adresse

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d’en venir à des voies de fait contre le Gouvernement de notre Souverain, nous vous engageons seulement à consulter votre gloire et votre bien-être, et à ne pas souffrir que des Ministres infâmes vous peysuadent et vous intimident iusqu'au point de devenir les instrumens de leur erüauté et de leur despotisme. Nous vous engageons aussi À VOUS unir à nous pie un pacte social, fondé sur le principe libéral d’une liberté égale, et entretenu par une suite de bons offices réciproques, qui puissent le rendre perpetuel. A dessein d'effectuer une union si désirable, nous vous prions de considérer s’il ne serait pas convenable que vous vous assembliez chacun dans vos villes et districts respectifs, pour élire des députés de chique endroit qui formeraiert un Congrès Provincial, duquel vous pourriez choisir des Délegués pour être envoyés, comme les représentans de votre Province, au Congrès géntral de ee continent qui doit ouvrir ses seances à Philadelphie, le 10 de Mai 1775.

‘“ Dans le présent Congrès qui a commencé le 5 du mois passé, et a continué jusqu'à ee jour, il a été résolu unanimement et aves une satisfaction universelle, que: nous regarderions la violation de vos droits, opérée par l’acte pour changer le Gouvernement de votre Province, comme une violation des nôtres propres, et que nous vous inviterions à entrer dans notre confedéation, laquelle n’a d’autres objets en vue que la parfaite assurance des droits civils et naturels de tous les membres qui la composent, et la préservation d'une liaison heureuse et permanente avec la Grande Bretagne, fondée sur les principes fondamentaux et salutai.es que nous avons expliqués ei-devant. C’est pour parvenir à ces fins que nous avons fait présenter au Roi, une Requête humble et loyale, le suppliant de vouloir bien nous délivrer de nos oppressions. Nous “avons aussi formé un accord, par lequel nous suspen- “ dons l'importation de toutes sortes de marchandises ‘“ de la Grande Bretagne et de l'Irlande, ajrès le pre- “ mier de Dicembre prochain. Comme aussi nous nous “engageons à ne rien transporter de chez nous dans ces “ Royaumes ou aux Isles de l’Amérique, après le dixième

ls Ÿ6 “ue

“de Septembre prochain, si nous n'avons pas encore # obtenu, dans ce temps là, la réparation de nos griefs,

“ Que le Tout-Puissant daigne vous porter d'inclina- ‘tion à approuver nos démarches justes et nécessaires, ‘et à vous joindre à nous, et que lorsque l'on vous offrira ‘“ quelques injures que vous serez résolus de ne point ‘souffrir, À ne pas faire dépendre votre sort du peu ‘ d'influence que pourrait avoir votre seule Province ‘mais des puissances réunies de l'Amérique septen- ‘{trionale ; et qu’il veuille accorder À nos travaux unis, ‘un succès aussi heureux que notre cause est juste, est ‘“ la fervente prière de nous, vos sincères et affectionnés ‘“ Amis et Concitoyens.

‘ Par ordre du Congrès, ‘26 Octobre 1774.

Henry MipDLETON, Président.”

Note C.

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