‹ Invasion du Canada et siége [sic] de Québec en 1775-76 [microforme]Chapitre 4 sur 13 · DR · texte numérisé non relu

DR

‘ans la demeure de François Gobert, de la rue Saint- Louis. (1)

Carleton ordonna de le mettre dans un magnifique corcueil, et le fit enterrer privément, mais d’une manière conven.ble, par le même M. Thompson, près de la porte Saint-Louis. Les cérémonies religieuses furent faites par le Rév. M. Montmolin, chapelain de la garnison. (2)

Comme on le voit, le Gouverneur se montra généreux envers un adversaire qui avait éte autrefois son ami et son compagnon d'armes sur les champs de bataille. Montgomery méritait bien cette marque de sympathie et de respect, lui qui avait montré, au milieu de ses succès, une modération dont l’histoire offre peu d'exemples. La mort de ce brave fut vivement regrettée; ses soldats et ses compatriotes le pleurèrent amèrement, ev le Congrès décida d'élever .un monument à sa mémoire. On voyait dans.ce capitaine un homme d'élite, dont le passé était sans tache. Depuis le commencement de cette guerre, il était allé de succès en succès; grâce à son habilitéet à sa bravoure, il avait conquis les trois-quarts du Canada ; enfin s'il avait succombé, sa chute était au moins glorieuse, :

C’est à tort que des écrivains l’ont confondu avec cet autre se Monigomery, qui, en 1789, commit dans ka côté de Beaupré des actes de la plus grande atrocité. L'histoire a rectifié cette erreur. ($)

En 1818, M. Lewis vint réclamer, au nom du Congrès, les restes du général Montgomery,.son parent ; on s'empressa de lui.remettre ces dépouilles chères aux Américains, et elles furent déposées avec grande pompe près de son monument dans l’église de Saint-Paul, à New York.

Après la tentative malheureuse du 31 décembre, et conduisit les débris de son armée (700 hommes

(1) Cette petite maison existe encore aujourd’hui et est voisine de la demeure de l’Hon, Juge Tessier. Elle porte de numéro 42, de la rue Saint-Louis. On y voit une insoription qui indique que le corps de Montgomery a été déposé là.

(2) Voir le témolgnage de M. Thompaon, note F des mémoires ot documents. tés

(3) Richard Montgomery n'était, pi itaine en 17659; de plus, il nes se d'aub u temp ÿ 54 C3 DK 1 rouen lg 1e the

tolanial Mstory.of the State of New York. Vol. 8, page 665 et l'Alèues Big vet jeun à HE dé

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environ) à une petite distance de la ville. Sa situation devenait de plus en plus critique : les malades étaient en grand nombre, les vivres manquaient, et les Canadiens le délaissaient peu à peu. (1) Toutefois il contirua le blocus de la ville, et fit brûler un grand nombre de maisons des fanbourgs ; Carleton, de son côté, ordonna de démolir ou d'incendier selles qui étaient le plus près de la ville. ‘ Les deux faubourgs, dit Sanguinet, composés de plus de deux cents maisons furent entièrement ruinés."”

Carleton permit au colonel McLean d’enrôler quatre: vingt-quinze prisonniers Bostonnais, qui C’abord se comportérent assez bien ; mais quelques-uns d’entre eux ayant déserté, ils furent mis en prison. Au mois de mars, les prisonniers tentèrent de s'évader. Leur projet était de tuer la garde, et s'ils réussissaient, de s'emparer de la porte Saint-Jean, Ils devaient alors brûler trois maisons, afin d’avertir Arnold qu'ils étaient maîtres de ce poste et de lui faciliter l'entrée de la ville. Le complot fut dééouvert la veille de son exécution, et Carleton tit mettre les coupables aux fers ; les officiers détenus au Séminaire n’avæient eu aucune connaissance de cette affaire. (2)

Les Américains aÿaht reçu quelques renforts se rap-

(1) Voici un extrait d'une lettre d’Atnold, datée du 14 janvier 1776 :

‘“ The charg: which has devolved upon me, has been a most arduous task ; our last desaster 20 disheartened the troops that I have had the greatest difficulty to keep them altogether. Our whole force, since the attack amounts to more than seven hundred men... Our duty has been extremely hard and fatiguing in this inclement climate, where the snow is now four feet on the level ; but what cannot soldiers do who are fighting for liberty and their eountry.”’ Arehives du Séminaire de Qu'#bec.

(2) Au mois d'avril, Messieurs Lamothe et Papineau partirent de Montréal ph informer Carleton de ve qui se passait datis leur district. Voici quel stratagème ils inventèrent pour pénétrer dans Québec, C’est Badeaux qui raconte le fait :

‘ L’on nous dit qu’il est entré dans Québec 2 messieurs de Montréal d’une façon assez comique. Ces messieurs ont été 3 ou 4 jours dans le camp des Bostonnois habillés en mendians. Le dernier jour ils s’avancèrent jusqu’à la dernière garde ; là ils firent cuir un morceau de lard. Lorsqu'il fut cuit, l’un d’eux le prit et se mit à fuire, l’autre courut après lui, le ratrapa et firent semblant de se chamailler. Celui qui avoit le lard s’échappa et l’autre donna encore après. Lorsqu'il fut arrivé au dernier sentinelle, il lui dit : faites moi le plaisir de tenir mon sac pour que je puisse cuurir après mon camarade qui emporte mon lard. Le factionnairé prit le sac et ainsi mon homme se mit à courir après l’autre. Le factionnaire lui orioit : Cours, cours, tu vas le ratrapé, Effective

rochèrent de la ville. Au printemps, Arnold partit pour

ontréal, et son successeur le général Wooster éleva des batteries à Saint-Roch, sur les Buttes à Neveu et à Lévis ; mais elles ne firent aucun dommage.

Vers le même temps, au mois de mars, M. de Bsaujeu, ancien capitaine canadien et seigneur de l’Ile-aux-Grues, forma le projet de s’emporer de 1a batterie de Lévis et de secourir la garnison. Il réunit à cette fin environs 300 Canadiens qu’il leva dans les paroisses de la rie sud du fleuve, en bas de Québec. ais les Américains, instruits de son dessein, lui opposèrent un détachement de soldats 8t de Canadiens rebelles qui attaquèrent, à Saint-Pierre de la Rivière du Sud, son avant-garde com-

osée de soixante hommes et la mirent en déroute, M. de

eaujeu fut alors obligé ds congédier ses volontaires. Il avait perdu dans cette rencontre quatre ou cinq hommes; dix autres y compris l’aumonier, M. Bailly, furent blessés, et une vingtaine emmenés prisonniers.

Au mois d'avril, le général Thomas vint prendre le commandement de l’armée américaine. Comme 1l n'avait que 1200 kommes en état de service, sur les 1900 qui étaient sur les rôles, il résclut de lever le siége avant l’arrivée des troupes angiaises, mais après une dernière tentative. IL conçut donc le projet de mettre le feu aux vaisseaux du port par le moyen d’un brûiot et de donner pendant ce temps l'assaut à la ville; mais le brûlot se consuma sans Causer aucun dommage, et l'attaque n'eut pas lieu.

Deux jours après, fut signalée l’arrivée de plusieurs vaisseaux amenant des troupes anglaises, et le général Thomas donna l’ordre de la retraite. Carleton profita de ce moment pour faire une sortie avec l'élite de ses soldats, et s’empara de 200 malades et des munitions. L'armée américaine ne s'arrêta qu’à Sorel où le général Thomas mourut de la picote. Il fut remplacé par le

ment, ils ont si bien courus qu’ils ont entré dans Québec, le lard à la main. Le ruse n’est pas mal inventée. ”

Le même auteur cite le fait s:ivant:

L'op. ut aussi que les gens de Québec ont fait faire un heval de bois qu’ils ont mis sur les murs, du eôté du faubourg St. J:an, avec une ‘botte de foin devant iuÿ &c une inscription én ces termes: Quand ce cheval aura mangé cette botte de foin, nous nous rendrons/"

ne: cos

général Sullivan qui venait d'arriver avec 1500 hommes de troupes.

Cenendant le Congrès avait fait de nouveaux efforts pour engager les Canadiens à soutenir sa rébellion, et dans ce but il leur avait adressé une nouvelle proclamation :

“ Les meilleures causes, “disait-il, sont sujettes aux événements, les contre-temps sont inévitables, tel est le sort de l’humanité. Mais les âmes généreuses qui sont éclaircies et échauffées par le feu sacré de la liberté, ne seront pas découragées par de tels échecs, et surmonteront tous les obstacles qui pourront se trouver entre eux et l’objet précieux de leurs voix.

‘“ Nous ne vous laisserons pas exposés à la fureur de vos ennemis et des nôtres. Deux bataillons ont reçu ordre de marcher en Canada, dont une partie.est déjà en route. On lève six autres bataillons. dans les Colonies- Unies pour le même service, qui partiront pour votre province aussitôt qu'il sera possible, et probablement ils arriveront en Canada avant que les troupes du Ministère sous le Général Guy Carleton puissent recevoir des secours. En outre, nous avons fait expédier les ordres nécessaires pour faire lever deux bataillons chez vous. Votre assistance.pour le soutien et la conservation de la liberté américaine nous causera la plus grande satisfaction. Nous nous flattons que vous isaisirez avec zèle et empressement l'instant favorable.de coopérer au succès d’une entreprise aussi glorieuse. Si des forces plus considérables sont requises, elles vous seront envoyées.

‘“ À présent vous.devez être convaincus que rien n’est plus propre à assurer nos intérêts et vos libertés que de prendre des mesures ‘efficaces pour combiner nos forces mutuelles, afin que par cette réunion .de secours et de conseils nous puissions. éviter les efforts.et l'artifice d’un ennemi .qui cherche à nous affoiblir,en nous divisant. Pour cet effet, nous vous conseillons et vous exhortons d'établir :chez vous :des ‘associations -en-vos. différentes paroisses de la même näture que ‘eelles qui ont été si salutaires aux Colonies-Unies, d'élire ‘des députés pour former une assemblée provinciale chez vous, et.que cette assemblée noirrhp' lee Bélégtiée pour vous représenter en ce Congrès. sssese

‘ Jxan HANCOCK, Président.’

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Au mois d'avril, le Congrès envoya à Montréal deux de ses membres influents, Franklin et Chase, pour exciter le zèle de la population. Le Père Carroll devait aussi employer son influence auprès du clergé. Reçus avec froideur, les délégués échouèrent dans leur mission. Les Canadiens avaient enfin compris que les Américains les trompaient en leur faisant de vaines promesses, et en leur offranten paiement un papier-monnaie dont la valeur était décriée. Ils ne pouvaient plus reposer leur confiance dans un peuple en revolte, qui venait de reprocher à la métropole la protection accordée à nos lois et à notre croyance, et qui chez lui n’avait pas toléré la religion catholique. ,

D'ailleurs, les Américains avaient d'eux-mêmes perdu les dernières vestiges do popularité lorsque à Montréal le général Wooster, violant les promesses et les engagements de Montgomery, avait contraint les officiers de 1ailice à rendre leurs commissions, persécuté les citoyens, exilé plusieurs oficiers dans les colonies, menacé les prêtres de la prisor,, et fait ouvrir de force les magasins de grains. (D

D'un autre côté, le clergé avait repris peu à peu son influence sur le penple. Pendant toute cette guerre il n’avait cessé de lui conseiller la soumission à l'autorité. Dans un deuxième mandement dirigé surtout coutre les Canadiens rebelles, son digne chef, Mgr. Briand, leur avait, en termes énergiques, démontré leur erreur et la fausseté des promesses de l’ennemi. (2)

(1) ‘ Les Bastonnois, dit Sanguinet, persécutèrent plusieurs citoyens de Mortréal, et envoyèrent plusieurs personnes affectionnées au service du Roy prisonniers dans les colonies. Walker retourna à l’Assomption avec Jacques Price pour désarmer les habitants parce qu'ils ne vouloient point prendre les armes pour les Bastonnois, mais ils n’ôtèrent les fusils qu’à trois ou quatre personnes, les autres les avait cachés

‘“ Le seize de janvier 1776, le Sieur Wooster envoya chercher MM. Hertel de Rouville et Edward William Gray pourles envoyer prisonniers dans la Nouvelle-Angileterre. Les citoyens de Montréal s’assemblèrent et furent chez le Sieur Wooster pour luy représenter que cette démarche était contre le traité fait avec M. Montgomery.’

(2) Nous publions à la suite de cette étude plusieurs écrits de Mgr Briand qui donnent une idée de sa loyauté envers l'Angleterre ; aussi un autre document qui nous fait voir les services rendus par les Messieurs du Séminaire de Québec. Voir la note G des mémoires et documents.

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Comme toujours, la voix des supérieurs ecclésiastiques, cette voix qui ne s'était jamais fait entendre que pour soutenir et diriger nos ancêtres aux temps du malheur, eut de l'écho dans le cœur des Canadiens, et presque tous les rebelles se soumirent au Gouvernement. Par cet immense,service le clergé s’acquit des droiis à notre éternelle reconnaissance. (1)

Les nouveaux renforts que le Congrès envoya portèrent l'effectif de l’armée Américaine à 5000 hommes. Mais ces secours étaient insuffisants pour résister à l’armée anglaise qui comptait 13,000 soldats au mois de juin. Aussi le général Carleton prit-il l'offensive, et à mesure que les troupes arrivaient à Québec, il les dirigeait aux Trois-Rivières. Sullivan pensant qu’il pourrait facilement s'emparer de cette ville, envoya le général Thompson avec 1800 hommes. Thompson traversa le fleuve et se rendit à la Pointe du Lac dans la nuit du 7 au 8 juin. A cette nouvelle, le général Fraser se porta à sa rencontre avec des forces supérieures, et l’attaqua si vigoureusement que les Américains furent bientôt mis en déroute, laissant 200 prisonniers avec leur général et le colonel Irvine. Carleton arriva le même soir aux Trois- Rivières, et enjoignit au général Bargoyne, commandant en second, &’attendre l'arrivée de toutes les troupes avant d’hasarder le combat. Les Américains profitèrent de ce délai pour opérer leur re:raite,

Ils avaient subi un échec lus grave encore aux Cèdres, où 300 d& leurs soldats s'étaient établis. Le capitaine Foster, accompagné de 250 soldats, volontaires canadiens et sauvages, avait reçu ordre d’aller les chasser de ce poste. Certain que l'ennemi ignorait son dessein, il fit toute la di'‘gence possible, et, à son arrivée, somma le major Butterfield de se rendre. Sans lui laisser le temps de délibérer, il commença un feu si fort que le comman-

(1) ‘“Ilest certain, dit Sanguinet, que le clergé du Canada s’est distingué et que les prêtres ont rendu de grands services au Roy de :& Grande Bretagne dans cette circonstance, ce qui leur attira beaucoup de persécutions de la part des Bastonnais.”

“# This morn'ng (7th May) many priests have come to town from the adjacent parishes, with cheerful countenances to pay their respects to the Governor and make their obedience to the Bishop. Their distinguished loyalty will ever redound to their honor. ”-—Jow'nal of an officer, History of Smith, Vol, 2nd.

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dant.capitula à la seule condition que les vainquêurs accordassent aux assiégés la vie et leur bagage. Foster apprenant qu’un détachement de 106 Américains venait au secours de la garnison, envoya au-devant d'eux soixante sauvages et trente Canadiens qui les cernèrent et les firent tous prisonniers. (1)

Après ces désastres, Sullivan commença une retraite précipitée, et gagna d’abord le fort Chambly, pendant que Carleton entrait à Sorel. (2) Il se dirig:a ensuite vers le fort Saint-Jean, où vint le rejoindre Arnold avec les troupes qui avaient gardé la ville de Montréal au pouvoir des Américains depuis le mois de novembre. Après avoir détruit le fort Saint-Jean, l’armée ennemie ocupe un moment l’'Isle-aux-Noix ; puis elle traversa le lac Champlain, et se replia sur les forts Ticonderaga et Crown Point, d'où elle était partie dix mois auparavant.

Comme on le voit, nos voisins évacuèrent le Canada en moins de temps qu’ils n’en avaient mis à le conquérir l’année précédente. Ainsi se termina cette expédition qui leur avait coûté tant de sacrifices et la perte d'un grand nombre de vies précieuses sans bon résultat pour leur cause. Néanmoins, elle leur offrit l’occasion de s’habituer à l’art militaire et de déployer leur courage. Plus heureux, toutefois, dans leur campagne du Sud, ils purent, grâce à leurs suceès, proclamer leur in: dépendance le 4 juillet 1776.

Carleton résolut alors d'enlever aux Américains, la

(1) Voir à la note H des mémoires et documents le récit du combat livré près de Trois-Rivières et de l’affaire des Cèdres tel que raconté par M. A. Berthelot.

(2) ‘ Le Général Guy Carleton, dit Sanguinet, continua sa route jusqu’à Montréal sans reucontrer aucun Bastonnais, car ils fuyaient devant les troupes. Ilfit passer à Soiel deux mille hommes de troupes sous les ordres du général Bourgoygne, pour monter dans la rivière Chambly jusqu’à Saint-Jean, avec une quantité de Canadiens volontaires. Mais les Bastonnais abandonnèrent le fort Chambly qu’ils brûlèrent devant leur départ et se sauvèrent à Saint-Jean, dans l’Ile-aux-Noix. Par conséquent, le dix-huit juin, le Canada se trouva délivré des Bastonnais, et le vingt, le général Guy Carleton fit son entrée à Montréal, qu’il avoit abandonné le onze novembre 1775: ce qui fait que Les rebelles ont resté à Montréal sept mois et sept jours.

“ L'armée du Roy se campa au fort Chambly et à Saint-Jean, aussitôt lo général Guy Carleton donna ordre de commander les habitants avec leurs voitures pour charroyer les vivres, les bagages des troupes, etc. En

navigation du lac Champlain. Dans ce but, il armæ plusieurs vaisseaux et chaloupes canorinières, dont il confia le commandement au capitaine Pringle. De leur côté, les Américaïns préparèrent une escadre qu'ils mirent sous les ordres du général Arnold. Le 11 octob:e (1776) les deux flottes se rencontrèrent près de l'Isle Valcourt, mais les vents contraires ne permirent pas aux Anglais d'employer toutes leurs forces, et après un combat malheureux, le commandant ordonna la retraite. L’engagement fut repris deux jours après, et cette fois l’avantage fut du côté des Anglais. Quatre vaisseaux ennemis prirent la fuite, un autre abaissa son pavillon, et Arnold après avoir échoué et brûlé le reste de la flotte, fit sauter le fort Crown Point, et se replia sur Ticonderaga.

La saison étant trop avancée, Carleton gagna alors le nord du lac Champlain, plaça des garnisons à l’Ile-aux- Noix et à Saint-Jean, et remit au printemps suivant la continuation de sa campagne. Sur ces entrefaites Burgoyne parvint à se faire donner le commandement de l’armée anglaise, de préférence au Général Carleton qui ne s'occupa dorénavant que de l'administration de la

“province. Blessé de la préférence donnée à Burgoyne, :: demanda son rappel, et partit pour l'Angleterre en juillet 1778.

La conduite de Carleton comme gouverneur et comme commandant de l’armée fut approuvée par la métropole. Le roi le reçut avec bonté et lui conféra le titre de Che-

conséquence il y avoit tous les jours environ douze cenis homn:es qui: travailloient par corvée, gratis, pour faire les chemins, charroyer «ans les bateaux. L'armée passa l’été à Chambly et à Saint-Jean, il fut construit une quantité de bateaux, et l’on fit passer par terre quatre barques de Chambly à Saint-Jean dans des voitures, pour naviguer dans. le lac Champlain. Pendant le séjour de l’urmée à Chambly et à Saint- Jean, il fut mangé quinze à seize mille bœufs.

‘ A la fin du mois de septembre, l’armée se disposa pour entrer en campagne, alors il se présenta au moins deux mille hommes eanadiens pour aller volontaires, mais le général Guy Carleton n’en accepta qu’environ la moitié. Cinq ou six cents Säuvages sui..rent aussy l’armée, ou plutôt marchèrent à la tête avec les Canadiens. Il y eut un combat naval sur le lac Champlain et ies navires des Bastonnois furent entièrement détruits, et l’armée fut camper à la Grande- Pointe d’où les Bastonpais en étoient partis de la veille. L'armée y resta plusieurs jours et legénéral Guy Carleton se borna à ce petit succès sans vouloir aller attaquer Carillon qui aurait été infailliblement pris, mais c’aurait.été faire. trop d’ouvre ge dans une campagne.”

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valier de l'Ordre du Bain. En 1782, Carleton succéda à Sir Henry Clinton dans le commandement en chef de l’armée anglaise en Amérique ; quatre ans plus tard, il fut créé pair du Royauthe Uni sous le titre de Lord Dorchester, et le parlement lui vota une pension annuelle de £1000. Son retour au Canada comme gouverneur, en 1785, fut accueilli avec plaisir par la population, et lorsqu'il quittait le pays en 1796, il laissait la réputation d’un honnête homme, d’un serviteur dévoué à son pays ; et les Canadiens-Français le comptent aujourd'hui encore au nombre de leurs meilleurs gouverneurs.

Comme on peut le voir, la guerre américaine, en ce qui regarde le Canada, n’a pas été marquée par de brillants faits d'armes. Nos voisins avaient entrepris leur expédition avec des forces comparativement faibles, et avaient trop compté sur la coopération des Canadiens. Le but du Congrès semble avoir été de gagner le peuple par la persuasion plutôt que de le soumettre par la force des armes. Aussi les généraux recurent-ils instruction de ne pas molester les habitants et de respecter leurs opinions et leurs propriétés.

Cette guerre donna occasion à nos ancêtres, surtout au clergé et à la classe instruite, de se montrer loyaux énvers leur nouveau souverain. Plus de trois mille Canadiens, oubliant le passé, lui assurèrent par leur bravoure la possession d’une de ses plus belles provinces. La masse de la population ne crut pas devoir porter le dévouement aussi loin, etæesta simple spectatrice de la lutte. On ne saurait lui reprocher cette conduite: Toutefois, puisque les événements nous ont permis derester sujets anglais, nous n'avons pas lieu de nous en plaindre, surtout nous Canadiens-Francçais. Suivant notre humble opinion, en devenant américains, nous n’aurions peut-être pas conservé aussi bien le caractère français et catholique qui distingue notre peuple. Il nous a fallu, il est vrai, lutter durant de nombreuses années pour défendre nos droits et nos privilèges, mais nous avons obtenu enfin la justice qui nous était due.

Aujourd’hui, quoique colonie, le Canada jouit de la liberté la plus grande. Il possède une constitution admirable, calquée sur celles de la métropole et des Etats- Unis. Au moyen de nos institutions politiques nous

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avons augmenté nos richesses, étendu nos relations com. merciales ; nous avons grandi au point que notre province dépasse en population et en importance les treize colonies anglaisos lors de la guerre de l'Indépendance,

Nous grandirons encore, espérons-le, ‘pendant de nombreuses années à l’ombre du drapeau britannique tout en conservant avec nos voisins des relations amicales, Et si un jour nous sommes appelés à devenir un peuple indépendant, ce que plusieurs d’entre nous verrort peutêtre, nous nous rappellerons avec orgueil le glorieux fait d'armes dont nous célébrons aujourd’hui le centenaire et le temps que nous aurons passé sous la tutelle de l'Angleterre

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