AUTRE LETTRE
Québec, 1 octobre 1775.
Après que les Provinciaux eurent enlevé par surprise Ticonderoga et Crown Point, vers la fin de Mai dernier, et qu’ils eurent fait plusieurs autres incursions près de S' Jean, sous la conduite d'un nommé Allen, le Gouverneur Carleton, qui était à Montréal, envoya toutes les troupes dont il pouvait disposer se retrancher de leur mieux à S' Jean, sous la direction de M. Marre, lngénieur. {l fit en même temps demander à Québec tous les constructeurs de vaisseaux qu’on put trouver (un certain nombre monta en effet sous la direction du Capitaine Zacharie Thompson!) pour bâtir des vaisseaux et des radeaux, afin de remplacer ceux qui avaient été perdus sur le Lac Champlain. Chacun espérait que ces vaisseaux pourraient être lancés à la fin d’Août, et que si on
. pouvait faire marcher les Canadiens, une expédition serait
tentée pour reprendre les forts. On eut alors recours à tous les moyens imaginables poursoulever les Canadiens ; mais la nomination de quelques officiers qui avaient été autrefois au service du Roi de France, et de quelques jeunes gens, véritables jouvenceaux, pour commander les milices, leur fut si désagréable que personne ne voulut s’enrôler. Ils se rappelaient fort bien le traitement qu'ils avaient reçu de ces gentilshommes avant la conquête : ils désiraient, par suite, que des anglais pussent les commande:. Sur la menace que leur firent quelques-uns de ces jeunes officiers de revenir avec des soldats pour les forcer à obéir, ils se levèrent par corps de douze et de quinze cents, armés de ‘toutes espèces d'instruments, déterminés à se, laisser tailler en pièces plutôt que de se soumettre. Le Gouverneur fut obligé de ies apaiser ?,
Les deux Fraser, le Capitaine Nairne et le Capitaine
1 Voir Note CXXX VII.
2 Cf. Témoin Oculaire, p. 38. On a pu voir, en parcourant les Mémoires précédents si le désir d'être commandés par des anglais entrait pour beaucoup dans la répugnance que le peuple avait à prendre les armes. D'ailleurs le cas auquel il est ici fait allusion a été isolé et non général.