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Le 30, quatre canons et six mortiers furent montés sur la batterie.
Le 31, l'armée est activement employée à préparer une canonnade et un assault, s’il est nécessaire. Aujourd'hui, nous avons reçu la nouvelle que sept cents des nôtres à Longueuil—environ dix-huit milles d’ici—ont repoussé le Gouverneur Carleton, qui avait l'intention de faire lever le siége de St. Jean, avec huit cents hommes. Ça été l'affaire de nos Enfants des Montagnes Vertes Le Gouve:neur a eu vingt-cinq hommes tués et et cinquante blessés, sans compter plusieurs prisonniers, parmi lesquels deux sauvages. Carleton a retraité sur Montréal.
1 Novembre. La batterie de canon et de mortiers, de ce côté, et celle de quatre canons, du côté de l’est, ont maintenu un feu continuel toute la journée contre la garnison, qui nous servit bien de son côté. Sur le soir, le général Montgomery envoya un parlementaire au fort avec une lettre pour le major Preston par l’un des prisorniers faits à Longueil, l’informant que Carleton avait été défait et qu’il n'avait plus rien à attendre de ce côté ; qu’en conséquence, pour éviler une plus grande effusion de sang, qui serait causée par une défense inutile et obstinée, il lui recommandait de rendre le fort. Eu réponse, le major Preston envoya dans notre camp le capitaine Stewart, du 26e, avec un tambour, pour prévenir le général qu’il recevrait une réponse satisfaisante le lendemain matin et qu’en attendant toute hostilité devait cesser.
2 Novembre. Le Capt. Stewart et le Capt. Williams de l'artillerie vinrent vers huit heures du matin avec un drapeau parlementaire, apportant la réponse du Major Preston à la lettre envoyée hier par le général Montgomery. Il lui demandait d'attendre quatre jours pour voir si du secours n’'arriverait pas à la garnison pen. dant ce temps ; que s’il n’en recevait pas il traiterait de la reddition. Le général répondit que vu la saison avancée, il ne pouvait accorder ce délai ; que la garnison devait se rendre prisonnière de guerre. Autrement, il ne pourrait répondre des conséquences fâcheuses qui pourraient résulter pour elle d'une défense inutile, Vu l'état où elle se trouvait. |
Quant à la vérité de la défaite de Carleton, le général le référa à un autre prisonnier, qui se trouvait sur notre bateau et qu'ils pouvaient interroger; qu'enfin, s'ils aimaient mieux continuer les hostilités, ils donnassent le signal par un coup de canon Sans boulet. Ces s rain
revinrent le soir avec les articles de la capitulation. Nous en acceptâmes quelques-uns, rejetâmes les autres, qui furent amendés, renvoyés au fort et enfin acceptés.
Voici en deux mots cette capitulation :
La garnison sortira du fort demain matin avec les honneurs de la guerre : elle mettra bas les armes et sera prisonnière de guerre : elle sera envoyée à Connecticut. Les articles seront publiés par autorité, vous les lirez: Grande quantité de magasins militaires pris, mais nous n'en connaissons pas le détail. Environ six cents hommes prisonners.
Aujourd’hui des détachements de chaque régiment de l'armée ont pris possession du fort et les prisonniers ont été embarqués pour leur destination.
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Québec, 9 Novembre, 1775.1
Le Lieutenant-Gouverneur Cramahé a dit, avéc humeur il y a quelques jours, à M. Macaulay, de cette ville, que c'étaient nos damnés comités qui avaient mis la Province dans cette impasse et avaient empêché les Canadiens de
prendre les armes, mais, qu’il en verrait bientôt plus long. Par là, il faut comprendre sans doute que si ces messieurs avaient le pouvoir en mains pour raffermir leur autorité, ils établiraient une Chambre Étoilée pour harasser ceux qui différeraient d'opinion avec eux ou pourraient faire quelques tentatives, par de nouvelles plaintes au roi, pour exposer leurs griefs, car oh nous dit que toutes les assemblées sont illégales par la loi martiale. Les nouveaux arrangemenis du gouvernement, d’après l'acte de Québec, ont rencontré une désapprobation générale. Sans parler des Anglais (qui ue peuvent que le désapprouver, comme étant complètement différent de ce qu'ils avaient attendu et demandé,) les Canadiens en général en ont été mécontents et ont déclaré que ce n’élait ni à leur désir ni à leurs solllicitations qu'on l'ait passé : et qu'ils n'avaient eu aucune connaissance de la pétition présentée au Roi par quelques personnes de la Province, raison pour laquelle on a fait
1 11 ne sera pas inutile pour le lecteur de rapprocher les lettres qui suivent des nombreux pamphlets publiés contre le bill de Québec. Nous avons cru devoir conserver la phraséologie embarrassée de l’écrivain,
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passer cet acte. Ils disent que cette pétition a été signée principalement par leurs anciens oppresseurs, leurs nobles qui, comme auparavant, ne voulaient rien autre chose que les assujettir. Ils se sont récriés amèrement contre eux, à ce sujet, mais en même temps ils ont donné à entendre qu'ils devaien’ prendre garde à eux et ne pas s’exposer trop pour obtenir ce qu'ils veulent. Les avocats et les notaires et ceux des citoyens qui avaient été induits à signer la pétition (ou plutôt qui n'avaient osé refuser de la signer, dans la crainte d’être montrés du doigt par les amis de telles mesures) manifestèrent presque unanimement leur désapprobation et leur mécontentement contre l’acte du Parlement, plus particulièrement quand les nominations des membres du nouveau conseil furent faites,et qu’on vit qu’elles ne comprenaient pas d’autres que les nobles ou ceux qui avaient la Croix de St. Louis, sans une seüle personne prise dans la classe commerciale des habitants français de la Province. Ceci, avec la faveur d’une demi-paie accordée à un certain nombre d'officiers français qui avaient fait parti d’un semblant d'expédition contre les sauvages, sous le gouverneur Murray ; la nomination comme juges, de Mr. de Rouville à Montréal, et à Québec, de Claude Panet (qui a sa dose tous les jours avant midi) avec des salaires, dit-on, de sept cents louis par année ; en un mot, la profusion et l'audace qu'on mit dans la création des places pour les familiers et les sycophantes dont le gouverneur est continuellement entouré: tout cela à inspiré le plus grand dégoût à tout le monde. Il est vraiment alarmant de voir comment tout cet argent devait être prélevé. La plus légère raison aurait dû porter les Canadiens à s'unir en masse pour demander la révocation de l’acte ; mais personne ne voulut se mettre en avant, ni présenter quelque mesure pour cela, dans la crainte d'être maltraité pour en avoir agi ainsi, maintenant que l'autorité du gouverneur est si grande; et aussi par l'espérance que nous avions toujours d’apprendre que l'Angleterre avait révoqué ou amendé cet acte. j
Pierre Panet, de Montréal, (qui est le frère de l’autre, mais un tout autre homme) devait s'attendre à être fait juge, si quelque français devait l'être. IL a réellement du talent, et a été greffier à la cour des Capitaines de la Milice immédiatement après la conquête du pays, on peut presque dire, à la fois greffier et juge en chef. 11
devait certainement, en cette occasion, être préféré de beaucoup à Rouville.
En vérité, la nomination de ce dernier est si blessante pour les canadiens de Montréal, qu’ils en ont été trèsexaspérés et sur le point de présenter une pétition au Gouverneur contre cette nomination. Mais la prise de Crown-Point et les dégats subséquents dans la Province, ont tout arrêté et empêché l'exécution de ce projet.
” Québec, 9 Novembre 1775.
Les habitants Canadiens de cette Province avouent ouvertement leur affection pour les mœurs et les coutumes anglaises et déclarent qu'ils ne désirent vivre jamais plus tranquilles ni plus heureux qu'ils n’ont fait depuis le commencement du Gouvernement Civil. En vérité, il est surprenant de voir combien ils ont progressé et sesont enrichis en peu d'années, sans doute parce qu'ils ont trouvé un maïché excellent pour l'écoulement de leurs produits. Ceci est dû au grand esprit de spéculation et de commerce qui prévaut chez les marchands anglais d'ici et chez leurs amis d'Angleterre, et ne peut, en aucune sorte être attribué aux marchands français, qui n’ont pas du tout le génie du commerce.
L'état florissant de la Province, depuis qu’on y a adopté les lois anglaises, fait que les Canadiens aiment ces lois et qu’ils désirent les voir continuées. On pourrait donner des preuves sans nombre qu’ils les préfèrent aux lois françaises par lesquelles ils étaient autrefois gouvernés; n'était-ce des artifices de quelques personnes, les nobles de la Province, qui ont gagné le support et l'assistance dugouvernementets’en sont servis pour déguiser la vérité, et empêcher les anciens et les nouveaux sujets, de s'unir afin d'obtenir du Trône une constitution basée sur les lois anglaises. Les étrangers qui sont venus de l’Angleterre ici dans le but de s’enquérir des faits, peuvent, à leur retour, avoir fait des rapports fidèles ; cependant an les a renfermés au milieu d’un petit cercle de gens, et ils se sont à peine montrés une fois en public. Ils n’ont pas conversé avec la masse du peuple et par là ils ont été empêchés de connaître la vérité sur l’état réel. de la Province, et les sentiments de ses habitants.
De bonne heure au printemps, les Canadiens dé: clarèrent que les nobles n'avaient aucune espèce d’auto-
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de le faire. Mais maintenant toutes ces considérations :
seront bientôt inutiles, puisque nous allons avoir de nouveaux maitres.
Québec, 9 Novembre 1775.
Le motif pour lequel le Gouverneur a établi la loi mar. tiale dans cette Province était qu'il pourrait forcer, au moyen de cette loi, les Canadiens à prendre les armes. car il pensait qu'elle l’autorisait à en agir ainsi. Mais son attente a été complètement déçue. Vraiment, c'était un essai des plus ridicules, vu qu'il n’avait pas de soldats pour faire respecter son autorité ni ses commandements.
On fait rirculer des menaces, et de fois à autre, les gens sont emprisonnés par la milice. Samedi, 28 Octobre, Mr John Dyer Mercier, montant à la haute ville, fut saisi par le major de ville, conduit au poste principal et renfermé. Ses papiers furent saisis etexaminés, tout cela sur un simple ordre du Lt. Gouverneur, sans qu'on eût allégué contre lui aucun crime ni accusation. Au point du jour le lendemain,il fut embarqué sur le vaisseau de guerre, C'étaitquelque chose d’alarmant pour les citoyens de Québec qui s’assemblèrent aussitôt et chargèrent trois d’entre eux de voir le Lt. Gouverneur afin de connaître la raison d’une pareille mesure. IL répondit ‘ qu'il avait “eu des raisons suffisantes d'en agir ainsi et qu'il les “ communiquerait quand et à qui il jugerait à propos. ”
Mais bientôt il en jugea mieux, car le matin suivant il réunit les six Capitaines de la Milice Anglaise et leur communiqua une ou plusieurs lettres interceptées, adressées à Mr Mercier, lesquelles pouvaient justifier la mesure pour la sûreté de la ville. Mais on ne trouva rien venant de lui, ou qui pût servir de preuve pour le convaincre d'aucun crime. Cette communication causa une grande satisfaction.
Pour être juste envers les habitants français de cette Province, il faut dire que ceux d’entre eux qui ont pris les armes pour la défense de la Province ne sont pas encore assez gâtés pour se faire les instruments du pouvoir arbitraire vis-à-vis leurs concitoyens : ils refusent plutôt d'exécuter de tels ordres. Nous avons eu dernièrement un exemple remarquable de ceci à Montréal: Le général qui y commande voulait placer des sentinelles aux deux portes, celle de devant et celle de derrière, chez M Walker, pour garder M" Walker (quoique son mari ne fût pas chez elle, mais prisonnier à bord d’un sloop de guerre). Il choisit pour cela Pascal Piller, habitant français de Montréal, qui avait pris les armes pour la défense de la ville et qui voulait bien faire son tour de garde sur les remparts, pour s'opposer à l’enne-
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LINVASION AMÉRICAINE. 375
mi, mais non pas être le geolier de ses concitoyens, il aurait plutôt jeté ses armes, quoiqu'elles lui appartinssent, à ceux qui auraient voulu les prendre pour faire cette besogne.
Le général Prescott, en apprenant ce refus, se désista de la résolution d'établir une garde chez M“ Walker et dit que ce n’était pas la peine de perdre son temps à veiller une vieille femme. Get exemple fait certainement honneur à l’esprit et au caractère des habitants français qui ont pris rang dans la milice à une pareille époque
Quelque temps après cette affaire, nous apprimes la reddition du fort Chambly, avec huit officiers et soixante hommes faits prisonniers. On disait alors qu'un plan avait été formé entre le Général Carleton et le Colonel Maclean pour unir leurs forces et marcher au secours du fort St. Jean. On répétait ici qne le Général Carleton avait avec lui quinze cents Canadiens. On convint de certains signaux, et le Général Carleton devait traverser le St. Laurent avec son armée qui était formée, premièrement de la milice de Montréa!, secondement des Canadiens qu'il avait gardés quelque temps dans la ville, et troisièment, d’un petit nombre de soldats, une centaine environ, qu'il avait avec lui, et qui auraient conduit les Canadiens ; et enfin de quelques sauvages. Ils partirent donc de Montréal avec une grande urdeur, tentèrent de traverser le St. Laurent et d'aborder à Longueuil ; mais ils furent si chaudement reçus par les Provineiaux sur l’autre côté de la rivière, que non-seulement ils re purent faire une descente convenable, mais qu’ils furent mis en désordre et obligés de se retirer avec précipitation.
Quelques-uns’ d'eux s'échouèrent sur une île et furent sur le point de périr, mais les matelots du New-England les sauvèrent. Deux Sauvages furent tués ct deux autres faits prisonniers! Le courier suivant nous apprit que les Canadiens, faisant partie de la troupe du Colonel Maclean, informés de cette défaite, l’abandonnèrent et se retirèrent chez eux. Et avant-hier la nuit, un courrier nous apprit que la garnison du fortSt.Jean, complètement épuisée, avait capitulé, et était restée prisonnière de guerre ; que Montréal était investie, et ses communications avec la campagne entièrement coupées; que les Provinciaux étaient sur l'Ile Ste. Hélène, en face de la ville, et y élevaient une batterie pour la bombarder, si
4 Voir Témcin Oculaire, p. 65, Mes Services, p, 259.
l’on refusait de se rendre; et que le Gouverneur Garleton était à bord du Fell senau, armé.
Il y a aussi quinze cents Provinciaux arrivés à la Pointe-Lévi. Nous avons entendu parler de leur approche il y a quelques jours, et alors nos gardes ont été doublées. Notre sort (au moins pour quelque temps) doit être bientôt décidé. Il y a quinze commissaires de nommés comprenant les six Capitaines anglais et les six français, et les trois Juges. Trois d'entre eux siégent tous les jours pour examiner les affaires de peu d'importance, donner des passes à tous les canots qui viennent dans la ville ou qui en sortent. Ceci, avec les moyens employés, pour forcer les Canadiens des campagnes environnantes, à servir dans Québec, a si intimidé les habitants, que très-peu d’entre eux s'avanturent de venir à la ville; ainsi nous avons à peine de provisions nécessaires pour subsister, beaucoup moins pour soutenir un siége.
P, S. Juste au moment où je vous écris, un ordre « été donné à huit hommes de chacune des six compagnies de la milice anglaise, de se présenter à la parade, sans armes. afin de recevoir un chelin et une chopine de porter pour la besogne qu’ils ont à faire. Des ordres ont aussiété donnés à une partie des matelots de parader armés : ainsi nous sommes portés à croire que l'intention de notre Gouvernement est de nous forcer à défendre la Ville, et à sacrifier nos vies et nos propriétés. On suppose que le chelin et la chopine de porter, seront considérés comme argent du Roi, afin de nous enrûler et de nous forcer à la discipline militaire. Que le Seigneur nous protége de nos ennemis du dehors et du dedans !
Québec, 9 Novembre, 1775.
Ilya environ cinq cents Provinciaux arrivés à la Pointe-Lévi, en face de la ville, à travers les bois, par le chemin de la Chaudière. :
Assurément, il doit y avoir eu miracle en leur faveur. C’est une entreprise surhumaine dans cet âge de mollesse. Ils ont voyagé à travers les bois, les marais et les précipices, l’espace de cent-vingt milles, avec toutes sortes de difficultés et inconvénients, lesquels ne pouvaient être surmontés que par des hommes d’un zèle et d’une habileté infatigahles.
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Le général Carleton est rendu à Québec, mais la Pro-
” vince est contre lui. L'Acte de Québec a mécontenté les
neuf-dixièmes des habitants. Accoutumés comme ils ont été à un gouvernement absolu, ils abhorent la tyrannie, cachée sous la feinte et le masque de la loi. On dit que c'est Lord Mansfield qui est l'auteur de ce bill. s ministres présents auraient abandonné leur portefeuille depuis longtemps, s’il n'avait pas été leur conseiller.
'été dernier, on disait le Roi réduit à cette alternative de se défaire ou de ses ministres ou de ses colonies. Il a fait le choix. Il a conservé ses Ministres et perdu l'Amérique.