‹ Inventaire analytique & chronologique des chartes et documents appartenant aux archives de l'ancienne abbaye de MessinesChapitre 65 sur 150 · MOIEN D*AHENER LES ENFANTS A L*OBÉISSANCE ET A LA DOCILITÉ · texte numérisé non relu

MOIEN D*AHENER LES ENFANTS A L*OBÉISSANCE ET A LA DOCILITÉ

Pour parvenir à faire contracter aux enfans Thabitude d'obéir sans répugnance, il faut qu'on les accoutume dès Tàge le plus tendre au respect et à la déférence pour leurs supérieurs; à cet effet il est nécessaire que les hospitalières prennent sur les enfants cet ascendant qui imprime la vénération et fait obéir sans peine ; elles le prendront aisément, si elles se rendent vraiment respectables, si elles savent se faire en même tems aimer et craindre, et voici les moiens.

Il leur faut une gravité accompagnée de douceur, une égalité d'esprit exempte d'humeur, une modération inaltérable qui se possède toujours et qui ne montre jamais ni caprice, ni emportement, une équité qui ne connoit ni prédilection, ni faveur, qui toujours, et sans distinction de personnes, récompense le mérite et punit les fautes, une bonté réfléchie qui se prête aux prières et aux remonstrances soumises et respectueuses, et une fermeté inébranlable qui n'accorde rien, même de raisonnable, aux pleurs, aux cris, ni à l'impatience, qui ne cède jamais aux importunités, une fermeté qui soit douce et modérée, mais qui finisse toujours par se faire obéir.

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On sent combien de . pareilles qualités constamment soutenues, sont propres à concilier aux hospitalières le respect de leurs élèves, et que ce respect doit mener d'autant plus sûrement les enfans à l'habitude de céder, et d'obéir, qu'outre l'effet direct qu'il produit, la fermeté des hospitalières, (l'un des moiens de leur assurer ce respect) présente par elle même le ressort le plus puissant qu'on puisse faire agir pour habituer les enfans à obéir par déférence, avec promptitude, sans peine et sans répugnance.

Un enfant a une fantaisie, sa maîtresse s'y oppose avec douceur: le désir de se satisfaire porte naturellement l'enfant à essayer tous les moiens de fléchir sa maîtresse ou de l'emporter sur elle. Si elle cède, elle ne sera plus obéie sans représentation de la part de l'enfant, si elle est sourde à sa prière, l'enfant emploiera les larmes et les gémissements puis il poussera des cris perçans, se désespéra, se mettra en colère, si la maîtresse se laisse fléchir, l'enfant, instruit de ce qu'il a à faire lorsqu'il ne voudra point obéir, emploiera toujours les mêmes moiens, il deviendra rétif et difficile à gouverner, ces défauts augmenteront avec l'âge, et il ne sera jamais que mauvais sujet.

Mais au contraire lorsqu'un enfant voit que toutes les ressou^ ces qu'il emploie sont inutiles , et que dès que sa maîtresse a une fois parlé il ne lui reste aucun espoir de pouvoir se soustraire à l'obéissance, il ne tentera plus des moiens, dont il aura reconnu l'inutilité, il cédera de bonne grâce, il contractera peu à peu l'habitude d'obéir et dès qu'il aura uoe fois pris ce pli, la docilité sera devenue son caractère et l'obéissance ne lui coûtera plus rien pour le reste de la vie.

D'après ces observations ce doit être une règle invariable pour 4es hospitalières que tout commandement doit être réfléchi, se donner sans aigreur, d'un air calme, et d'un ton modéré, mais que tout ordre une fois prononcé doit être exécuté sans réplique et ne peut jamais être révoqué lorsque l'enfaot s'y refuse.

Les caprices et les petites volontés mènent à la desobéis-

sance, et sont le premier germe de Finconduite, il n'en faut point souflfrir, on les déracinera aisément si, comme on l'a déjà dit, on n'accorde jamais rien aux enfans lorsqu'ils le demandent en pleurant, de mauvaise grâce ou avec importunité, et si une défense ou un refus une fois fait n'est plus révoqué pour cause quelconque.

Jamais l'homme ne se corrige mieux de son indocilité naturelle que par les avantages qu'il trouve à obéir; il faut donc qu'on fasse usage de ce moien. Il ne suffit pas qu'en se pliant à la volonté de leur maîtresse, les enfans évitent les peines et la désobéissance, il faut aussi que parmi eux la docilité et la promptitude à obéir soient récompensées par des distinctions flatteuses.

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