INTRODUCTION
S'il est vrai que l'histoire générale d'un État n'est que le résumé des histoires particulières des provinces qui le composent et des hommes illustres qui y sont nés, ou les ont gouvernées; nous aurons rendu service aux sciences historiques en analysant les chartes de la plus puissante famille de Provence qui a disputé, avec des chances diverses et pendant plus d'un siècle, cette province aux Comtes des maisons de Barcelone et d'Anjou. Elle fut puissamment aidée dans ses guerres incessantes par une partie de la noblesse Provençale, et plus tard par les républiques d'Arles, d'Avignon et de Marseille qu'elle sut entraîner dans son alliance.
On trouverait ditïicilement chez les généalogistes et les historiens anciens et modernes une famille aussi mal connue que celle des Baux dont nous ahons esquisser l'histoire. L'abbé Robert de Brian. qon{l'État et le nobiliaire de la Provence] n'en donne guère que l'indication des diverses branches. kv{QÏe,\\.\\ {Histoire de la noblesse de Provence) l'a passée sous silence, sous prétexte qu'elle était éteinte de .son temps. Lachesnaye des Bois(/)/c^. herald, de France) fait son histoire dans quelques lignes : elle commence pour lui à Guillaume-Hugues, petit-fds de Pons le jeune, et iinit à Bernardin de Baux en 1527.
Pithon-Curt [Histoire de la noblesse du Comtat-Vénaissin) est le seul auteur qui ait donné , à la lin du dernier siècle , la généalogie complète delà maison de Baux, d'après les documents manuscrits et imprimés qu'il put se procurer. Cet ouvrage, qui a fait autorité jusqu'à ce jour et que l'on trouve cité par tous les écrivains modernes, fourmille d'erreurs sous le rapport généalogique. Si P. Curt a vu, ce qui est fort douteux, les nombreuses chartes qu'il cite, il en a fait assurément une fausse application,. Ses inductions personnelles et celles des auteurs français et italiens qu'il a consultés, l'ont trompé dans le classement par branches des divers personnages dont il est question dans les chartes ; en con-
séquence, son tableau généalogique doit être considéré comme très fautif et ne mérite qu'une confiance très limitée.
Pour éviter toute cause d'erreur et arriver à la connaissance plus exacte de l'histoire des Baux, nous avons dû faire abstraction complète de l'opinion de nos devanciers, recourir seulement aux chartes publiées dans divers cartulaires et ouvrages français, italiens et allemands, et dépouiller les nombreuses pièces qui existent dans les dépôts publics.
Notre inventaire des chartes de la maison de Baux, portant avec lui son certificat d'origine, c'est-à-dire l'indication des lieux où les actes sont passés et seront retrouvés, formera la justification de notre travail, 11 fournira aux savants qui voudront étudier plus complètement, et dans ses moindres détails, l'histoire trop négligée des diverses villes et localités de la Provence, du Comtat et du Dauphiné, la facilité de recourir aux chartes citées sans faire aucune recherche. Cet ouvrage est le résultat du dépouillement en France des fonds civils et ecclésiastiques des départements des Bouches-du-Rhône, de l'Isère, de la Drôme et de Vaucluse, des chartes et des diverses collections des archives et de la bibliothèque nationales, et à l'étranger des archives du Vatican et de celles de Naples où se trouvent les nombreux registres angevins de nos Comtes de Provence, Rois de Sicile. Nous avons mis à contribution les archives municipales de plusieurs villes, dont les plus importantes sont : Marseille, Arles, Orange, Avignon et Carpentras, celles d'Aubagne, notre ville natale, de Toulon et de La Cadière, et nous avons poursuivi nos recherches jusque dans de nombreux registres des notaires de Courtheson, d'Orange et de Marseille.
Lorsque les chartes nous ont fait défaut, nous avons utilisé l'histoire manuscrite de Montmajour par Chantelou, et divers inventaires qui méritent créance, tels que celui des Dauphins Viennois, publié par M. l'abbé Ulysse Chevalier, ceux de Montmajour, du Chapitre de Marseille, et principalement un manuscrit du XVIII"= siècle, sans nom d'auteur, ayant appartenu à notre excellent et regretté ami le docteur Martial Millet, d'Orange, qui contient une analyse étendue de divers actes concernant les Baux, et porte encore l'ancienne cote des chartes de la ville d'Orange.
Nous ne saurions passer sous silence, en terminant cette aride énumération, un manuscrit intitulé Noblesse de Provence, nouvellement acquis par notre ami le savant bibhophile M. Paul Arbaud, d'Aix, qui contient l'analyse de pièces importantes pour notre pro-
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viiice, tirées des registres des notaires d'Arles, et la copie intégrale de quelques actes passés dans cette ville par divers membres de la famille dont nous allons tracer brièvement l'histoire.
Sans nous arrêter à la fable qui fait descendre les Baux de l'un des trois Mages qui allèrent à Bethléem, sous le guide de l'étoile , pour adorer le Sauveur du monde , ni au dire des écrivains qui leur donnent pour origine les Balthes, l'une des plus puissantes et illustres familles des Goths et Visigoths, nous essayerons de fixer l'origine de cette illustre maison sur les documents que lious fournit le cartulaire de Saint-Victor, documents dont personne ne s'est servi jusqu'à aujourdliui pour éclairer cette question.
Robert de Briançon est le premier auteur qui ait soulevé le voile qui cachait l'origine des Baux, en les disant issus d'une noble famille de Provence, sans fournir cependant aucune preuve à l'appui de son opinion. Feu notre savant confrère le docteur DamaseArbaud, à la perspicacité duquel nous nous plaisons à rendre hommage, a fait faire un pas de plus à la science, en nous donnant connaissance, par le rapprochement des chartes du cartulaire de Saint- Victor , de la grande étendue des domaines de cette famille dans le Var et les Bouches-du-Rhùne, et de la iiliation de Geoffroy de Rians à Pons-le-Jeune. La charte 267, datée du 16 octobre 1050, ne laisse aucun doute à cet égard. Elle contient une donation de l'église de Sainte- Marie et Saint- Jean dans le territoire d'Esparrun-de-Pallières, faite au monastère de Saint-Victor par Geoffroy et Hugues, fils et héritiers de Pons-le-Ieune Cl).
Or, ce Geoffroy et son frère Hugues possédaient en commun des biens héréditaires dans la vallée du Rh(.ine, dans l'Argence, à Gignac et à Marignane, localités dépendantes du comté d'Arles , en qualité d'héritiers de leur père Pons-le-Jeune.
Ce même Hugues, mari d'Enaurs, fut le fondateur de la dynastie des Baux; Geoffroy par son mariage avecScocia, fdle de Guigo et de Gualdrada, posséda des biens considérables dans les environs de Brignoles, comme on peut le voir i)ar les nombreuses donations faites au monastère de Saint-Victor. Il fut seigneur d'une vallée dont la circonscription franchissait la Durance et s'étendait jusqu'à
(1) Nos omnes coherecles, Gauzfredus ci V7/o et uo:ores nostre, scib'cet ScQciariun filiis nostris VuUlclmo et Pontio, et Inauris cain sui!< filiis Viiilleliuo et Vijone et Pohtio conce(ii)au)> et donanius... (cari. Sl-Victor. cii. 267).
Pertuis ; son fils Pons fut la souche de la famille de Rians dont il prit le nom.
M. Blancard, archiviste des Bouches-du-Rhône, va plus loin que ses devanciers; ses études, encore inédites, sur les comtes de Provence font remonter de trois degrés la filial on de Pons-le-Jeune. Ce dernier et Lambert-le-Juge, père d'Odille, femme de Foulque, vicomte de Marseille, sont les fils du Pondus^ qualifié de ^zceco??7es au mois de mars 965 (ch. 29 du cart. Saint- Victor), et que nous retrouvons à Arles le 20 août 967 (ch. 290) avec la qualification de Major, immédiatement après le nom du Juge Bérenger, qui est le premier nommé de tous les grands seigneurs cités dans l'acte.
D'après l'authentique d'Arles et le même cartulaire de Saint- Victor, ce Pondus moy'or, mari de Bellilrude(cli. 169), et Lambert Judex avaient un troisième frère appelé Raiambert, propriétaire aussi en Argence. Leur père Ison et leur oncle paternel Humbert, évêque de Vaison, descendaient à leur tour d'un Pondus, pareillement propriétaire en Argence, qui vivait vers le milieu du neuvième siècle.
Les documents nous faisant défaut pour poursuivre l'origine de la famille de Baux au-delà du neuvième siècle, nous concluons en disant que ces titres de Vicecomes et Judex, portés par Pons Major et Lambert, ne sont que la désignation de fonctions peu connues, exercées par divers seigneurs de la cour des Comtes de Provence ; que ces fonctionnaires, riches propriétaires du Comté, toujours nommés au premier rang dans les chartes précitées, doivent être considérés comme de hauts personnages et les premiers feudataires de ce Comté. Nous croyons qu'ils descendent directement par leur père Ison et leur aïeul Poncius du comte Leibulfe, vivant vers la fm du huitième siècle, qui possédait comme eux , d'après les chartes, de vastes propriétés en Argence.
Quelle que soit la valeur que l'on voudra donner à notre opinion sur l'origine de la famille des Baux, qu'elle soit comtale ou non, les critiques les plus exigeants ne nous refuseront pas de la placer au premier rang des familles nobles, originaires de Provence. Quant au nom patronymique adopté par Hugues, fils de Pons-le-Jeune, il sera facile de reconnaître sa provenance dans la donation faite en 981 par Silvius aux moines de Montmajour d'une terre démembrée des domaines de Pons, située dans le comté d'Arles, secus castvutn qui vocatur Baldus.
Le mariage de Raymond de Baux, arrière-petit-lils de Pons-le-
Jeune, avec Etiennelte, fille du comte Gilbert, vint donner une nouvelle illustration à cette famille en la rapprochant du trône des comtes de Provence ; mais il fut en môme temps la cause des guerres civiles qui ensanglantèrent cette province depuis le milieu du douzième siècle jusqu'à la fin de la république marseillaise, et se terminèrent par la soumission définitive de Barrai de Baux à Charles I d'Anjou, beau-fils de Raymond-Bérenger V.
Les historiens de Provence nous paraissent s'être gravement trompés en traitant de factieux Raymond de Baux , et en attribuant exclusivement la guerre civile suscitée par lui, après la mort de Raymond Bérenger I", au partage inégal des domaines de leur beau-père Gilbert, et à la revendication d'une part plus grande d'héritage.
Jusqu'à ce Jour, aucun écrivain n'a prouvé, les documents à la main, cette prétendue revendication. Lorsque le Comte eut la faiblesse, par nécessité politique, de donner sa fille Douce en mariage à un prince étranger, et lorsque sa femme Gerberge aggrava cette première faute en donnant, contrairement à la loi féodale, tous ses domaines à sa fille aînée, qui les rétrocéda à son mari, il ne fut nullement question départage. Raymond, seigneur de Berre, resta possesseur des seuls biens de sa famille, augmentés de la dot de sa femme Etiennette, dont on ignore l'importance et la nature ; s'il obtint en 1116 de son beau-frère Raymond Bérenger la souveraineté de Berre et de son territoire, d'une portion de la Crau et des domaines au-delà de la Durance confisqués sur les meurtriers du comte Gilbert, ce fut en dédommagement des dépenses faites à la poursuite des assassins, et comme indemnité des onze mille sous qui lui étaient dus. (B. 1069, fol. 230. v°. arch. B.-du-Rj.
La cause déterminante de cette première guerre et de celles qui l'ont suivie jusqu'à la soumission définitive de Barrai de Baux à Charles d'Anjou, doit être recherchée dans un mobile plus élevé que la revendication d'une part d'héritage, et la satisfaction d'une ambition exagérée souvent reprochée à la famille de Baux ; cette ambition serait d'ailleurs doublement légitimée par la naissance de Raymond et par son mariage avec Etiennette, fille du dernier Comte. Le mobile qui le poussait à cette guerre, ne fut autre qu'un ardent patriotisme et le désir de soustraire la Provence au pouvoir d'un prince étranger, sous lequel elle devint vassale de la Catalogne, non par conquête, mais par la volonté de deux femmes et l'assistance d'une partie de la noblesse trop oublieuse de l'honneur national.
Les chartes nous mancfuent pour donner à notre opinion l'autorité d'une démonstration ; mais si Ton admet, avec les historiens, que la donation de la Provence à Raymond-Bérengerpar sa femme Douce était conforme à la constitution féodale, que l'on nous dise alors pourquoi la moitié de notre noblesse, au risque d'y perdre son patrimoine, se rangea sous la bannière du premier feudataire du Comté ? A coup sûr ce ne fut pas pour satisfaire l'ambition personnelle de Raymond de Baux et se créer un nouveau maître. Voyons plutôt dans ce soulèvement la formation d'un parti national qui, malgré ses revers, ne s'est jamais démenti pendant une période de cent ans, et a fini par entraîner dans ses élans patriotiques les villes d'Arles, Avignon et Marseille, qui s'étaient déjà constituées en républiques, et voulaient maintenir leur indépendance.
Nous ne connaissons aucun des incidents de cette première guerre, nous savons seulement qu'elle fut désastreuse pour le parti des Baux, et que Raymond vaincu mourut en 1150 à Barcelone où il était allé implorer la clémence de son vainqueur. Le prince Catalan fut implacable ; il mit provisoirement sous séquestre les biens du vaincu, et obligea Hugues de Baux, fils aîné de Raymond, à se constituer prisonnier. S'il suspendit plus tard ces mesures de rigueur, ce ne fui qu'après avoir obtenu d'Eliennette et de ses quatre fils une soumission complète à ses exigences. A ce prix, les domaines furent rendus à la famille, mais sous condition expresse qu'eux et leurs descendants reconnaîtraient la suzeraineté du prince et de ses successeurs, et leur prêteraient hommage et serment de fidélité comme tous les feudataires du Comté.
Hugues de Baux ne pouvant supporter ceL état de vassalité, tenta de nouveau le sort des armes en s'alliant au Comte de Toulouse. Il eut môme la faiblesse de se rapprocher de l'empereur Frédéric Barberousse, dont il espérait un secours matériel; mais il n'en obtint que la confirmation de l'investilure des terres possédées par son père Raymond, Guillaume-Hugues, et le comte Gilbert, son aïeul maternel. Assiégé en mars 1162 dans son château des Baux par les comtes Bérenger-Raymond et Raymond-Bérenger, en personne (B. 278, B.-du-R.), il lui fallut de nouveau faire sa soumission aux princes Catalans. Quelques mois après, il eut la douleur de voir l'Empereur céder aux sollicitations des ennemis de sa famille et annuler sous divers prétextes la charte d'investiture du comté de Provence accordée à Rayniond son père, en 1145, par
l'Empereur Conrad son prédécesseur, et confirmée en sa faveur en 1160 par Frédéric lui-même, pour la donner à Raymond- Bérenger III auquel il accorda sa nièce Richilde en mariage. Hugues, ne pouvant consentir à rester le vassal des Comtes de Barcelone, s'exila volontairement en Sardaigne, où nous le retrouverons plus tard fondant une nouvelle dynastie dont les princes prirent le titre de Juges d'Arborée.
Après la mort de Raymond, fils de Hugues de Baux, son oncle Bertrand, quatrième fils de Raymond de Baux, seigneur de Berre, devint prince d'Orange par son mariage avec Tiburge, fille de Raimbaud III ; il obtint pour prix de sa soumission à Raymond- Bérenger et à la politique de l'Empereur, la confirmation des biens de sa maison dont il était seul héritier.
Par la mort de son beau-frère Raimbaud IV, Bertrand hérita de Courtheson et d'une nouvelle partie de la principauté d'Orange. Son règne fut de courte durée, il n'est guère connu que par son alliance avec le roi d'Aragon, ses démêlés avec l'ordre de Saint-Jean-de- Jérusalem, ses donations à divers couvents et ses largesses à l'abbaye de Silvacane. Les historiens prétendent qu'il fut assassiné, mais le rouleau des morts de ce prince édité par M. Léopold Delisle, directeur de la Bibliothèque nationale, rectifie cette assertion et nous apprend qu'il mourut de mort naturelle vers 1181.11 laissa quatre fils, dont l'un Guillaume-Hugues devint chanoine d'Arles, et les trois autres Hugues, Bertrand et Guillaume furent la souche des trois branches principales dont nous allons parler. Leurs descendants devinrent maîtres d'une grande partie de la Provence, du Dauphiné et du Comtat par successions, contrats et conquêtes.
Dans le partage des biens paternels de Bertrand, Hugues reçut les châteaux des Baux, Trinquetaille, etc.; Bertrand ceux de Berre, Istres, Miramas, Marignane, Meyrargues, Puyricard, et Guillaume hérita, du chef de sa mère, d'une partie de la principauté d'Orange.
Branche des seigneurs des Baux, vicomtes de Marseille, et plus tard comtes d'Avellin.
Hugues, que nous croyons l'amé des enfants de Bertrand de Baux, prince d'Orange, passe un traité d'alliance offensive et défensive en 1206 avec Ildefonse, comte et marquis de Provence , et
reçoit en don (le ce dernier le Bour.^-Neuf d'Arles, les eliâteaux (leMouriès et Maiissane. Il devint vicomte de Marseille par son mariage avec Barrale, fille de Barrai, et par le partage de la vicomte de Marseille fait en 1212 entre le vicoinle Roncelin et ses nièces Barrale et Mabile, cette dernière, fille de Guillaume-le- Gros, et femme de Girand Adhemar de Monleil, il reçut en partage mie portion de la ville vicomtale de Marseille, les châteaux du Castellet, La Cadière, Ceireste, et un tiers d'Aiiliagne et de son territoire.
Héritier de la liaine de ses aïeux contre la maison de Barcelone, il entraîna dans sa révolte quelques membres de sa famille, vendit, pour supporter les frais de la guerre, ses droits sur la ville vicomtale à la commune de Marseille, qui cherchait à s'ériger en République, et diverses terres et châteaux dans la Cran. Cette seconde guerre ne fut pas plus heureuse que la première ; Hugues devint, avec son fils Gilbert, prisonnier de Raymond Bérenger V et survécut peu d'années à sa défaite. Il avait eu deux fils, Gilbert et Barrai ; le premier mourut sans enfant en 1243, de sa femme Si]jylle, fille de Geoffroy de Trets, vicomte de Marseille, peu de mois après avoir fait donation au comte Raymond de ses domaines d'Aubagne, Saint-Marcel, La Cadière, Ceireste, Cuges et Roquefort.
Barrai de Baux, l'homme le plus remarquable de sa race, prit part à la guerre suscitée par son père et les princes de sa maison à Raymond Bérenger V; homme de guerre d'une incontestable valeur, doué d'une activité à toute épreuve et ne reculant devant aucune mesure pour arriver à son but, il fut le plus fidèle allié du comte de Toulouse, Raymond VII, dont il avait épousé la nièce. Il envahit une grande partie du Comtat comme Sénéchal pour le Comte de Toulouse, et reçut de lui la donation de diverses terres qui devinrent plus tard l'apanage de la brandie cadette de sa famille.
Cette guerre désastreuse s'étant terminée par la réconciliation du Pape avec le Comte de Toulouse et par le mariage de la fille de Raymond VII avec Alphonse, comte de Poitiers, fils de Louis VIII, roi de France, Barrai se hâta de faire la paix avec la commune d'Arles qui s'était emparée de ses biens, et de prêter hommage et serment de fidélité à la comtesse Béatrix que son père, en mourant, avait nommée seule héritière du comté de Provence.
Comme témoignage de satisfaction, la Comtesse rendit à Barrai les terres de Roquefort, de la Cadière et du Castellet, etc., données par Gilbert de Baux à Raymond Bérenger V; mais la soumission
(le Barrai ne fat pas durable; le nouveau comte fie Provence, Charles d'Anjou, venait à peine de partir pour la croisade, que Barrai, espérant relever l'éclat de sa maison, terni par la défaite récente de son père, tenta d'enlever la Provence à la maison d'Anjou. Il profita habilement des difficultés qu'entraînent toujours un chani^eraent de dynastie, et de l'esprit d'indépendance et de liberté dont les populations du Midi étaient affolées, pour soulever la Provence entière ; il l'avait enchaînée à son entreprise par un traité d'alliance précédemment conclu en 1247 avec les villes d'Arles, Avignon et Marseille.
Ce grand agitateur, maître alors de la situation, et reconnu partout comme chef incontesté de la révolte, ne recula devant aucune mesure politique, quelque grave qu'elle fût, pour satisfaire son ambition et sa haine personnelle contre le nouveau Comte que les populations et lui-même considéraient comme prince étranger. Podestat d'Arles et d'Avignon, il fit chasser de leurs palais l'Archevêque et l'Evèque de ces deux villes qui s'opposaient à ses desseins, et autorisa, par sa présence et ses conseils, les ordonnances arbitraires et iniques lancées contre ces deux prélats et leurs partisans.
Lorsque la réaction leva la tête contre ces excès démagogiques, il ne fat plus possible à Barrai de la réprimer parce qu'il était entouré de mécontents. Oublieux du traité qui le liait aux républiques provençales, il écrivit secrètement à la reine Blanche, le , 1" mars 1249, pour lui promettre la soumission des villes d'Arles et d'Avignon aux comtes de Provence et de Toulouse, leur vie durant, à la condition que ces villes reprendraient le gouvernement de leur choix à la mort des princes. Il était trop tard, Charles (f Anjou prévenu de la rébellion de ses vassaux accourait en toute hâte pour châtier les rebelles. Les villes d'Arles et d'Avignon se rendirent sans combat, et Barrai, réduit à l'impuissance, accepta à son toar, après quelques mois de trêve, les conditions imposées par le Comte de Provence; il s'engagea même à faire une vive guerre à Marseille, son ancienne alliée, qui refusait obstinément de reconnaître la suzeraineté de Charles d'Anjou. La soumission de Barrai fut définitive, il suivit son nouveau maître en Italie et y mourut en 1268 après avoir été Podestat de Milan et grand Justicier du royaume de Sicile.
Bertrand de Baux, son fils, accompagna le Comte de Provence en Italie ; sa bravoure et sa belle conduite à la bataille de Bénévent
attirèrent sur lui lai lenlion flo Charles «l'Anjou qui lui donna en apanage diverses terres et le comté d'Avellin transi nissible à ses descendants. Seul héritier des domaines de son père, il les accrut d'une partie de la baronnie de Pertuis que lui légua son cousin germain Bertrand de Baux de Pertuis, mort en Italie en 1275. Revenu en Provence pour soigner ses intérêts fortement compromis par son absence, il vendit ou engagea plusieurs terres et mourut en Provence en l'année 130.").
Il laissa de son premier mariage avec Philippine de Poitiers, fdle d'Aymar, comte de Valentinois, Raymond de Baux I", qui fut héritier du titre de comte d'Avellin. De son second mariage avec Agathe de Mévouillon, il eut Barrai II et Agout de Baux, qui formèrent la branche des seigneurs de Garomb.
Comtes cfAoellin. — Raymond de Baux continua la branche des comtes d'Avellin. Il eut pour successeurs Hugues II, Robert, Raymond II et son fds Jean, mort en bas âge; Alix de Baux, fdle de Raymond, fut la dernière comtesse d'Avellin, elle mourut le 7 octobre 1426 sans héritier direct de ses deux maris, Odon de Villars, et Conrad, comte de Fribourg. A partir de Bertrand de Baux, tous ces princes prirent le titre de seigneurs d'Aubagne.
Seigneurs de Caromb. — Agout de Baux, sénéchal de Beaucaire et de Nîmes en 1340, de Toulouse et d'Albi en 1342, fut la tige des seigneurs de Caromb, Brantes et Plaisians. Il mourut en 1346, laissant de son mariage avec Catherine Artaud de Châtillon divers enfants qui n'eurent aucune postérité. L'un d'eux, Amiel, Amelin ou Amédée de Baux, devint sénéchal de Beaucaire et de Nimes en 1367. Son frère Bertrand, marié h Catherine de Courthéson, fut sénéchal de Saintonge en 1346, bailli de Senlis en 1355. Il mourut en 1375, en nommant pour son héritière Alix de Baux, comtesse d'Avellin.
Branche des seigneurs de Barre, Meyrargues, Puyricard et Marignane.
Bertrand de Baux I, seigneur de Berre, et fds de Bertrand prince d'Orange (H, est fort peu connu dans l'histoire, si ce n'est
(1) Bertrand de Baux I, prince d'Orange, devenu chef de la famille par l'exil volontaire de son frère Hugues et la mort de son neveu Raymond, doit être con-
par des donations faites à divers couvents. Il mourut vers 1201 en laissant deux fds nés de son mariage avec Etiennette de Baux, fille de N. . ., Raymond-Hugues, dont la destinée est inconnue et Raymond II, seigneur de Berre, Meyrargues, Puyricard et Marignane. Ce dernier devint vicomte de Marseille par son mariage avec Alasacie, tille de Hugues Geoffroy III. Il vendit en 1226 sa part de vicomte à la commune de Marseille, et iit la guerre au comte Raymond-Bérenger avec son oncle Hugues de Baux. De son mariage, il eut trois fils, Guillaume, Bertrand et Gilbert ; le premier continua la race et les deux autres formèrent les branches de Meyrargues et de Marignane.
Seigneurs de Bevre, ducs d' And rie. — Guillaume I, seigneur de Berre, Istres, Vitrolles, Lançon, etc., épousa, d'après Pitlion- Curt, Eugaris de Tournel. Bertrand II, son fds, vécut plus souvent en Italie à la suite des comtes d'Anjou, qu'en Provence; il eut de sa femme Bérengère trois fils, Guillaume II, seigneur de Berre, Hugues, cliamljellan du roi de Sicile, comte de Montfort, morts sans postérité, et Bertrand III. Ce dernier fut doté du comté de Montescaglioso et du duché d'Andrie par le roi Charles II, qui lui donna sa fdle Béatrix en mariage, en 1309. Il n'eut d'elle que la princesse Marie, femme d'Humbert II, dauphin viennois. De son second mariage avec Marguerite d'Aulnay, naquit François de Baux, seigneur de Berre, duc d'Andrie, célèbre par sa révolte contre la reine Jeanne, qui lui confisqua tous ses domaines de Provence. Après avoir fait la paix avec la Reine, il vécut en Italie et mourut en 1422.
François, duc d'Andrie, épousa : 1' Louise de Saint-Sévérin , d'après P. Curt; 2° Marguerite d'Anjou - Tarente, impératrice de Constantinople, dont il eut Jacques de Baux, prince de Tarente et d'Achaïe, mort sans postérité légitime de son mariage avec Agnès de Duras, ayant légué, en 1383, ses titres et terres à Louis I d'Anjou, roi de Sicile ; 3° Suève des Ursins, qui lui donna Guillaume^ duc
sidéré comme seigneur de Berre, bien qu'il n'en prenne jamais le titre et qu'il n'ait fait aucun acte, à notre connaissance, constatant sa seigneurie. Pour éviter toute confusion avec les personnages du même nom qui ont existé dans les trois branches de cette famille, nous avons pensé qu'il serait utile de ne les numéroter qu'à dater de la mort du dit Bertrand, et du partage de ses biens entre ses trois fils, Guillaume, Bertrand et Hugues. Nous n'avons fait d'exception que pour Raymond de Baux, mari d'Etiennette, que toutes les chartes appellent seigneur de Berre.
d'Andrie, héritier de la comtesse d'Avellin, et Bianchino de Baux. La descendance de ces deux frères s'est perpétuée en Italie, elle est représentée aujourd'liui dans la ville de Naples par une famille très honorablement connue sous le nom de Balzo.
Seigneurs de Mei/rarr/ves et Puyricard. — Bertrand, deuxième fds du vicomte Raymond, forma la souche des seigneurs de Meirargues, Puyricard et Eguilles. Son premier mariage avec Eud iarde, fille de Giraud Adhemar et de Mahile, vicomtesse de Marseille, ajouta à ses domaines les seigneuries de Gardanne, Roquevaire, Géraenos, et diverses terres dans le Var et les Basses-Alpes. De ce premier mariage, naquit Hugues de Baux, qui fit alliance avec les Marseillais dans leur guerre contre Charles I d'Anjou, et fut exilé par le Comte après la soumission de Marseille. Il mourut sans héritier en 1305, après avoir vendu ses terres à Charles II d'Anjou. Bertrand épousa en deuxièmes noces Alix N. . , ,, il eut pour fds et héritier Raymond I, qui continua la postérité. Son petit-fils Raymond II, seigneur de Puyricard et d'Eguilles, mourut sans enfant de sa femme Bronde Adhemar en 1349, et laissa son héritage à Raymond de Baux II, comte d'Avellin,
Seigneurs de Marignane. — Gilbert de Baux, troisième fils de Raymond, eut en partage la seigneurie de Marignane et de Saint- Vicloret. De son mariage avec Adalmodis N..., naquirent plusieurs enfants que nous croyons inutile de désigner ici. Il eut pour successeur son fils Raymond, qui donna naissance à Guillaume, seigneur de Marignane^ marié à Bellinde Hugolen. Ce dernier fut vice-sénéchal du comté de Provence en 1370 et mourut en 1381, laissant deux enfants : l'un, François de Baux, marié à Urbaine d'Agout, fut le dernier seigneur de Marignane ; il vendit ses domaines à la reine Yolande, le -27 octobre 142iî, pour le prix de six mille florins d'or. Le deuxième , Guillaume , fut viguier de Marseille en 1419, et coseigneur de Lambescet La Barben, en sa qualité d'héritier substitué de son neveu Guillaume de Pontevès. Il eut pour successeur son fils Guillaume de Baux de l'Isle. Celuici, obéré de dettes, vendit tout ce qu'il possédait au roi René, et Jean de Baux, son fils unique, ayant épousé Agnès de Tégrin, continua la postérité dans le Comtat.
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Branche d'Orange , de Gourtheson , Suze et Gamaret.
Guillaume de Baux I , prince d'Orange , troisième fils de Bertrand I et de Tiburge , succéda à son père dans la principauté d'Orange. Ce prince troubadour embrassa le parti du Pape contre les Albigeois et Raymond VI , comte de Toulouse , qui avait fait assassiner son père; tombé entre les mains des partisans du Comte, il fut, dit-on, écorché vif et coupé par morceaux en juin 1218 dans la ville d'Avignon. De son mariage avec Ermengarde deMévouillon, il eut trois fils, Guillaume II, Bertrand II et Raymond I, qui régnèrent en même temps avec le titre de princes.
Ce dernier, soit habileté, ambition, ou droit d'aînesse, sut toujours se placer au premier rang dans les transactions concernant la principauté. A la mort de ses frères , il finit même par écarter ses neveux, leurs héritiers directs, de toute initiative et participation sérieuse aux affaires, tout en leur conservant le titre de princes. L'infériorité de ces seigneurs était telle, qu'en 1279 Bertrand III, héritier de son père Raymond II et de son oncle Guillaume III, ne possédait plus qu'un quart tie la principauté, se composant des châteaux de Gourtheson, Barri, Suze et Solérieux, qui devinrent l'apanage de la branche cadette dont nous parlerons plus tard.
Raymond I, prince d'Orange, mourut en 1282. Il eut deux fils de sa femme Malberjone, fdle d'Isoard d'Aix ; Guillaume IV mort avant son père, et Bertrand IV, seul héritier de toute la principauté. Ce dernier épousa Eléonore de Genève, fille du comte Henri, de laquelle naquirent Guillaume mort avant son père , et dont les enfants formèrent la branche des seigneurs de Camaret et Sérignan, et Raymond de Baux IV, qui continua la postérité. Celui-ci , mari d'Anne de Viennois, fille de Guy de Montauban, eut pour fils et successeur Raymond V, dernier prince d'Orange.
De son premier mariage avec Constance , fille du comte de Tallard, Raymond V n'eut point d'enfants. Jeanne de Genève , sa deuxième femme , ne lui donna qu'une fille , la princesse Marie, qui reçut en dot la principauté d'Orange en 1386, et la transmit par testament en 1417 à Jean de Châlons, son mari, et à ses descendants.
Seigneurs de Camaret et de SérignoM. — Par son testament du 21 juillet 1314 , Bertrand IV, prince d'Orange, légua aux deux
enfants de son fils aine Guillaume, les seigneuries de Camaret, Sérignan, Travaillans, etc. L aine, Bertrand, premier seigneur de Camaret, mourut sans alliance en 1342. Son frère et héritier Guillaume épousa Marquise d'Albaron, il mourut en 13GI laissant pour fils et successeur Jean de Baux, lequel n'eut de son mariage avec Florencie de Saint-Martial (jue trois filles ; l'une d'elles , Catherine, épousa Raymond de Laudun, seigneur de Lers et de Rochefort, dont les descendants formèrent la branche des Laudun de Baux.
Seigneurs de Coicrtheson, Sii^-e, Barri et Solérieux. •— Le premier prince d'Orange qui ait pris la qualification de seigneur de Suze et Courtheson est Raymond II, héritier de son frère Guillaume m, mari de GaUjurge de Mévouillon , lequel partagea la principauté d'Orange avec son oncle Raymond I. Ces princes de la branche cadette perdirent peu à peu, comme nous l'avons déjà dit, la plus grande partie de leur principauté à la suite de diverses transactions avec Raymond I et son fils Bertrand IV, princes d'Orange, et reçurent en apanage les seigneuries de Courtheson, Barri, Suze et Solérieux, sous la suzeraineté des princes de la branche aînée. Le titre de prince qu'ils portèrent jusqu'à la fin du Xni" siècle doit être considéré comme purement nominatif et ne leur conférant qu'un pouvoir très .secondaire, car Bertrand III ne possédait plus qu'un quart de la principauté en 1279 ; son fils Raymond III, seigneur de Courtheson, fut le dernier qui se décora quelques fois de ce titre honorifique.
Les quatre fils de Bertrand III, seigneur de Courtheson , Amie! , Bertrand, Hugues et Raymond, portant leur ambition vers l'Italie , quittèrent la Provence pour s'enrôler dans les armées des rois de Sicile, comtes de Provence, qui les comblèrent d'honneurs et leur firent donation de terres considérables. Amiel , viguier de Florence , grand justicier du royaume , mourut en Italie. Bertrand , capitaine général en 1327, mourut sans alliance. Hugues devhit comte de Soletto et Sénéchal du Piémont et de Sicile, et eut de sa femme Jacqueline délia Marra, Raymond de Baux qui hérita de son titre, fut maréchal de Sicile en 1340 , et mourut sans postérité en 1376. Suève, l'une des tilles de Hugues, épousa Robert des Ursins, comte deNola, dont le fils Raymond ajouta à son nom celui de sa mère et forma la branche des Ursins de Baux.
Raymond III, quatrième fils de Bertrand, fut sénéchal du Pic-
mont en 1309 ; il eut de sa deuxième femme , Constance de Montolieu d'Arles , Bertrand de Baux , seigneur de Courtheson, lui aussi sénéchal du Piémont et de la Lombardieen 1340. La fdle unique de ce dernier, Catherine de Baux, dame de Courtheson et de Gaudissart, mourut en 1393 sans postérité de son mariage avec Bertrand de Baux, seigneur de Bran tes.
Seigneurs de Su^e, Barri et Solérieux. — Après la mort de Raymond de Baux II, seigneur de Suze et de Courtheson, ses fils Bertrand III et Raymond partagèrent les domaines de leur père le 4 décembre 1281. Bertrand conserva les droits seigneuriaux de sa famille sur Orange, et les châteaux de Courtheson, La Garde-Paréol etc. Raymond eut en partage Suze, Barri, et Solérieux. Il épousa en premières noces Catherine de Lagonesse, de laquelle naquit Amiel de Baux. Sa deuxième femme, Marguerite, comtesse d'Ascoli, tîlle de Théodora de Saint-Sévérin, qu'il épousa en 1331, ne lui donna aucun enfant.
Amiel de Baux épousa, d'après Pithon-Curt, Albaronne d'Agout, qui lui donna pour héritier Raymond, mari de Cécile, ou Filette de Mévouillon, de laquelle naquit Amédée de Baux dont la destinée nous est inconnue.
La succession d'Amédée passa, nous ne savons comment, entre les mains de Raymond V, prince d'Orange, dont les ancêtres avaient toujours conservé la suzeraineté sur les domaines aliénés de leur principauté. Ce dernier prince abandonna à son frère cadet Bertrand, seigneur de Gigondas, la seigneurie de Suze, qui sortit défmilivement de la principauté d'Orange par le mariage de Marguerite, fille de Bertrand, avec Hugues de Saluées.
Nous ne saurions terminer cette notice généalogique sans parler de divers personnages issus de cette noble maison de Baux , à laquelle nous ne pouvons cependant les rattacher faute de documents historiques, et de plusieurs familles de Provence et du Comtat portant le même nom sans avoir la même origine.
1° D'après Robert de Briançon (Art. Castellane , p. 486), Boniface de Castellane IV, qui prête hommage au comte de Provence en 1226, aurait eu d'Agnès de Spata deux fils portant tous deux le même nom. L'un d'eux, appelé Boniface de Riez , aurait épousé : 1° Alix de Baux, lille de Hugues I, vicomte de Marseille ; 2" Sibylle
de Trets, daine de Toulon, et veuve de Gilbert de Baux en 1243, dont il n'eut pas de postérité. De sa première femme Alix seraient nés deux enfants: Boniface qui accompagna Charles d'Anjou en Italie et mourut en 1264 : Hugues, son frère, prit le nom de Baux à cause de son aïeul maternel.
Cette généalogie nous paraît un peu fantaisiste: 1° parce qu'Alix fdle de Hugues n'a jamais existé et qu'on ne la trouve citée dans aucune charte. Il est vrai que le vicomte Hugues eut pour fille Alasacie dont le nom pourrait être confondu avec celui d'Alix ; mais Alasacie, qui n'était point encore mariée en 1243, lorsque son frère Gilbert lui légua 200 marcs d'argent pour dot, épousa avant 1251 Guillaume de Pertuis de la famille desSabran, duquel naquit Bertrand de Baux de Pertuis, mort en Italie en 1275; comment donc aurait-elle épousé en première noce Boniface de Castellane , et en aurait-elle eu Hugues de Baux déjà majeur en 1257 ? 2° parce que, dans une charte de 1258 , ce môme Hugues , qualifié de seigneur d'Allemagne, est dit fds et héritier, ainsi que son frère et ses sœurs, de Boniface de Castellane et d'Agnès de Spata (supplément, n° 75).
Or, si Alix de Baux n'a pas existé: s'il est impossible, malgré la conformité des noms, qu'Alix et Alasacie soient la même personne, puisque cette dernière était mariée à Guillaume de Pertuis avant 1251; si d'autre part, Hugues et son frère Boniface se disent en 1258 fils et héritiers de Boniface et d'Agnès de Spata , que devient l'opinion de Robert de Briancon? On peut certainement la considérer comme non avenue.
Ce même Hugues, seigneur d'Allemagne, que nous \MDyons apparaître pour la première fois en 1257 confirmant la vente d'un pâturage à Aurafrède (supplément n" 74), et disparaître le 2 novembre 1304, est pour nous un personnage que nous ne pouvons relier d'une manière certaine à notre famille de Baux, quoi qu'il en porte le nom et que nous l'en croyions issu. Nous ne connaissons pas d'avantage le nom de sa femme qui , d'après les tableaux généalogiques de Peyresc(Bibl. de Carpentras), serait Forte d'Esparron, de laquelle seraient nés Boniface d'Esparron et Geoffroy de Castellane (Invent, des M" de Peyresc , t. 2, p. 4G0j. Nous ne saurions infirmer ni confirmer cette opinion, mais nous pouvons certitier par une charte du 3 novembre 1339 que son fils Boniface de Castellane était seigneur d'Allemagne et d'Aurafrède (supplément n° 84).
2° Vers la même époque, le 28 novembre 1237, vivait dans les AlpesHaymond de Baux, seigneur d'Entrepierres, qualifié de noble