LETTRES INÉDITES PE FRANÇOISE DE LACHASSAGNE
Ces vingt-trois lettres ont été écrites dans une période de dix années, de 1617 à 1G27. Vingt ont été dictées et presque toujours signées par Françoise de Lnchassagne; les trois autres sont de la main de la petite-fille de Montagne, Marie de Gamaches.
Quelques censeurs s'empresseront peut-être de dire que la correspondance d'une vieille L-mnie, préoccupée de pratiques de dévotion et du soin d'assurer l'exécution de ses dernières volontés, ne valait pas la peine d'être imprimée; niais tous les critiques sérieux , tous les lecteurs dont les Essais ont fait des amis de Montagne et tous les penseurs qui cherchent à pénétrer dans les replis du cœur des grands écrivains aimeront à connaître, dans son intimité, la femme privilégiée dont la vie a été longtemps associée à celle de Michel de Montagne.
D'ailleurs Françoise de Lachassagne n'est pas une de ces femmes vulgaires que quelquefois de mesquins intérêts ou l'éblouissement passager des sens unissent par hi.sard à un grand homme, M""' de Montagne, par sa famille, par son éducation et surtout par ses qualités personnelles, appartient à cette classe hors ligne des femmes qui pensent, sentent et savent.
Le stvle de la veuve de Montagne, que ses contemporains n'appelaient plus que M'"" de Lachassagne (i), avait conservé, malgré de grandes négligences, un mélange heureux d'autorité et de passion qui font sentir ce qu'avaient été dans d'autres temps les relations d'une
(i) Par suite du même usage, la nièce de Françoise de Lachassagne, la célèbre et sainte veuve de G. de Mcntferrand, n'est plus connue que par son nom de famille, et c'est sous le nom de Mme Je Lestonnac qu'a été commencé le procès de sa béatification
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pareille lemme avec un ici mari. Quelques passages de cette correspondance semblent encore imprégnés du style et des pensées de l'écrivain que tant de générations n'ont cessé d'admirer; en sorte qu'en se demandant si une longue accoutumance n'a pas inllué sur la manière de p;^nser et d'écrire de la femme vieillie, on est amené à se demander si le langage et les sentiments de la jeune épouse avaient été entièrement dépourvus d'intiuence sur la philosophie et le style de son mari.
D'un autre côté, les lettres de Françoise de Lachassagne éclairent plusieurs points de certaines questions d'histoire qui ne laissent pas de présenter quelques difficultés et d'avoir un intérêt relatif.
L'origine du tombeau élevé à Michel de Montagne, l'explication des inscriptions qui le décorent et jusqu'à l'authenticité des cendres que ce tombeau renferme, ont fourni le sujet de discussions qui ne sont pas tout à fait tranchées. Quelques documents inédits, tirés des archives du monastère des Feuillants, contribueront à éclaircir les points principaux de ces discussions.
Le 10 avril iSjo, monsieur maître Florimond de Raymond, avocat, l'un des types caractéristiques de l'esprit et de l'érudition des parlementaires du xvie siècle, achetait, de l'auteur des Essais, l'office de conseiller au Parlement de Bordeaux, dont le philosophe voulait se débarrasser ; trente ans plus tard la veuve de Michel de Montagne achetait, des héritiers de messire Florimond de Raymond, la chapelle funéraire que celui-ci avait fait construire sur un des côtés de l'ancienne église du couvent des Pères Feuillants.
Plus tard encore, vers 1623, M™o ^le Montagne fit sortir le corps de Florimond de Raymond du caveau où déjà reposaient le corps de son mari et celui de sa fille.