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VIT

DE LA MÊME AU MEME ( 5 novembre 162 1 )

Mon très révérant père, j'ay considéré despuis vostre despartemant combien nous devons louer Nostre Seigneur et des inspirations qu'il nous donna.

connKSPONnANCK de i-r.\nt.oisr de lachass.vcne 295

car i'éstois résolue de vous retenir jusques au samedy et ung petit de pluie quy vint me fict consentir à vostre despartemant du mercredy ; vingt quatre heures npprès les armes furent prinses et les dangiers des chemins fort esvidans. Loué soict Dieu! Je me recommande à vos bonnes prières. Je m'assure qu'il vous sera souvenu en ses bonnes faiste de Toussains de feu mon mary, ma fille et moi. Je suis, mon très révérant père, vostre très humble fille et servante,

F. DE Lachassatgne.

De Montaigne, ce 5* novembre 1621.

Je désire extrememant voir la fin de l'afïliire que scavais et que vous puissiès retirer bientost les deux contratz.

Mil

DP. LA MÊME AU MEME (26 janvier 1622)

Mon très reveran père, sy j'é temps demeuré à vous escripre je vous supplie m'en escuzer seur mon indispozition et foiblesse et seur le peu de moven qu'il y a de passer les chemin jusques à vous.

C'est asture que je suis en l'apréension, me sentant fort acablée et sen moven de recouvrer ung bon

296 COnnESPONDANCE 1>E FRANÇOISE DE LACHASSAGNE

pasteur pour asister à ce gnmddisime besoingtz. Dieu, par sa bonté, me donne sa grâce.

Mandés mo\', s'il vous plaît, de vos nouvelles, et si monsieur de Busaguet et vous avès satistaict à l'affere de monsieur d'Are vrac (i). Je m'en reporte à son ordonnance et vostre. Je luy ay escript afin d'estre du tout deschargée de cette afere et luy donne moyen de s'asurer de ce qu'il reste. S'il vous en parle vous ferès, s'il vous plaict, comme il vous dira.

Mandés moy, s'il vous plaict, de vos nouvelles et me faicte ce bien de prier Dieu pour moi, et toute vostre compaignie que je supplie prier Dieu pour moy et les assurer que je suis, mon très reveran père, vostre humble filhe et servante.

F. DR Lachassaigste.

A Montaigne, ce 26 janvier 1622.

Jii dos est écrit, à côte de l'adresse : Je vous envoyé une pièce, je vous prie saré la avesques mon testament.

(i) Gabriel d'Arrcrac, conseiller au Parlement, jurisconsulte et archéologue, était alors veuf (.FAntoinette Eyqucm de Montagne, belle-sœur de Françoise de Lachassagne et qui avait légué à son mari la seigneurie d'Arsac. Gabriel d'Arrerac, remarié avec Catherine Dunoyer et ensuite avec Marie de Ragucneau, fit son testament le 3 mars 1624.

^:oRRl■;spo^rlA^"f:I^ hf, iR.xNCoisr: l»f. i ACUASSAfiNK 297

DE LA MÊME AU MÊME ( 8 mars 1622)

Mon très révérend perc, ce porteur arriva hier au soir, asscs tard; je ne vous peus escrire lors à cause de mon indisposition, et encores faut-il que je prenne le temps. Je vous remercie très humblement de tant de tesmoignages d'amitié et bonne affection que me monstres, dont je vous suplie me continuer (sic). Je serois bien marrie que prinsiez la peine de me venir voir en ce misérable temps, et si dangereux pour telles personnes que vous, mon père.

Si j'eusse creu que fussiez en volonté de paicr cent cscuts sur les deux cents que me devez je n'eusse pas présenté des gages ; mais je crovois vous faire plus de déplaisir en retirant ceste partie de mon argent en ma grande nécessité; mais puisque vous avez agréable de paier de mon argent, je vous suplie donner incontinent cent cscuts à monsieur de Bussaguet et les cuillers de corail, s'ils lui lont besoin pour monsieur d'Areirac, car je désire sortir de cest affaire.

La donnation que m'avez envolée n'est que pour les deux tiers, et si a passé le temps pour l'insinuntion. Monsieur de Bussaijuet a tant d'affaires

2q8 cor,nE>;poNri.\Nf:E riE FR.\Nroi<?r: de E.\f:ii.\f;>;.vGNE

qu'il ne peut pas regarder à ces choses là, encores qu'il les entende mieux que mov. Je vous suplie donc luy donner incontinent ce que je vous mande.

Quand au reste que me mandés, je vous advise que je n'ay jamais rien noué, mais ouy bien proposé; par ainsy ce qui est à moy n'est subject qu'à mon besoin; je ne dis pas que je ne puisse faire ou cela, ou mieux, mais je veux que ce soit par ma dévotion et propre mouvement et non pas pour y estre tirée et portée par le conseil et volonté d'autruy. Je n'y nurois point de mérite pour moy. Il se pre^ sente à nos yeux tant de sortes de charité qu'à la vérité on ne scait auquel courir; et mes deux petits enfants (i), dont l'un est .par le mauvais gouvernement de son père jette dans la pauvreté et misère. Mon mary, de qui cstoit tout le bien que j'av, me les a tant recommandés !

Je m'asseure, mon père, que vous aurez agréable ce que je vous en escris, car c'est la vrave vérité. Je vous suplie que ce peu que j'ay me soit bien conservé. Quant à ma maison que j'av à Bordeaux, je suis résolue de ne la vandre point, si je n'en ay

(i) Les petits enfants dont parle Françoise de Lacliassagne étaient probablement son arrière-petit-fils, Charles de Lur, fils unique de Françoise de Latour, né en 161:2, et sa petite-fille, Marie de Gamaches, qui n'était pas encore mariée; il est assez difficile d'expliquer comment Michel de Montagne avait pu recommander à sa femme des petits enfants qui n'étaient pas nés .iu moment de sa mort, en 1392.

COnHEiîPONDANCE DL 1 n.VNr.OISL DE LAC-11A^!^^G^■E 2<.)iJ

ce qu'elle me couste. Monsieur d'Usas (i) a pouvoir de la racheter deux ans après ma mort, en rendant à mes héritiers ce qu'elle me couste avec les réparations, frais et loyaux coûts. Dès mes-huy je laisray courir les choses comme elles sont; je suis si voisine de mon tombeau que je ne veux plus avoir soin de ses brouilleries; il huit pourvoir à mon enterrement, je me trcuve si desnuée que je n'av pas un sol pour cela. Je ne laisray a vous donner subjet de me tenir a tous jours en vos bonnes prières et oraisons, vous asseurant et à toute vostre compaignie que je seray toute ma vie, mon tres-reverend père, vostre treshumble tille et obéissante servante.

F. DE Laciiassaigne.

A Montaigne le 8 mars 1622.

Mon père, vous pouvez bien juger la nécessité où i'estois puisque je donnois des gages.

DE LA MÊME AU MEME

(Juin[?] 1622 [?])

Mon très révérant père, je vois bien qu'il ne vous souvient plus de mov ; mais je vous veus advertir

l'i) Trançois de Lur Saluccs, viconile d'Uza.

500 COKr,E.SPOND.\NCE IM". FR.VNr.OlSK, OE L.VGHASS.VCiNK

[que je suis] dcscheue et atoiblie et sans forces; sv vous avès envie de me tenir la promesse que vous m'avès faict, il est temps que vous me donniès se contentemant de vous voir. Cepandant je désire scavoir de voz nouvelles et vous supplie de prier Dieu pour mov et toute vostre devotte compaignie, que j'ayme et honore extrememant.

Nous sommes issy a regretter les pevnes et desplaisirs que nostre bon Roy ressoict de ses enemis; s'est une grande callamité de voir la perte d'houmes que la Franse faict.

Sy j'avois l'honeur de vous voir je \ous entrediendrois des dessaingz que j'ay à mes affaires particulières, qui ne se peuvent escrire.

J'ay ma petite liihe (i) quy se trouve fort mal. Il y a quelque temps j'anvoyé quérir quelques drogues quy me font beisoing; mais je crains que ce porteur ne trouve [la] personne a quy je m'adresse dnns la ville, sy sela est, je luy ay dict qu'il s'adressa à vous et vous suplie, tres-humblement, d'y employer quelque medesin, quy vous y serve fidèlement. Sy

(i) Marie de Ganiaches, fille de Charles de Gamaches el d'Eléonore Eyquem de Montagne, était née le 30 avril 1 610 et elle épousa, le 13 mars 1627, Louis de Lur, frère d'Honoré de Lur ; celui-ci, à l'âge de six ans avait épousé, le 1 1 décembre 1600. Françoise de Latour d'Eviers, âgée de neuf ans, fille du premier mariage d'Eléonore de Montagne iwcc François de Latour d'Eviers, en sorte que les deux lils de François de Lur avaient épousé les deux filles qu'Eléonore de Montagne avait eues de ses deux maris.

COKKESrONDAMit; HK FlîANtjOI;?!-. DF. LACHASSAllNP: 5OI

je VOUS donne tropt de peyne, je vous prie de m'en cscuzer; mais puisque s'est pour le beisoing de no/ santés je m'assure que vous ne Taures poinct pour désagréable.

11 me souvient que vous m'aviès promis ung petit reliquaire, toutefois je veux pas que vous vous incomodiès.

Je vous salue très humblemant et me recommande a voz bonnes prières et oraisons. Je suis mon très révérant père, vostre très humble et très obéissante servante.

F. DE Lachassaigxh.

Le 4 juillet 1622, dom Marc-Antoine de Saint- Bernard, sous-prieur des Feuillants, annonce à ses frères assemblés que M'"'' de Montagne désire qu'on dise pour elle deux messes basses des morts tous les ans, à perpétuité, et offre de donner 400 livres pour cette fondation. \'eu la pénurie dans laquelle se trouve le monastère, les frères acceptent cette proposition à l'unanimité. (H. 275, f° 93, v°.)

DE LA MEME AU MÊME (1622

Mon très reveran père, je vous mersie très humblement de tant de bien et d'honneur que vous me

taictes et de vos bonnes oranges, quy me servent à me donner de l'apetit. Vous iivés tant de soingtz de moy que je vous en suis grandement obligée. J'estime impossible, maintenant, que je plusse gouyr du salubre bien de vostre asistancc, car il court ung si malereux temps que j'aymeroy mieux mourir que sy vous vous metiez en chemin en se misérable temps. Dieu y pourvoyra quand il ly plaira. Je vous supplie le prier qu'il luy playsse suppléer au deftaut que je pourois avoir des hommes, mes pasteur, pour le salut de mon ame. Je n'en puis avoir de nulle sorte.

Mon reveran père, je ne puis sortir de ceste afterc que savès et voudrois ne l'avoir pas entreprins, puisqu'il Iva tant de difficulté à la concluzion. Or, mon père, sy je vous avoit prié de me donner cent cscus sur les deux centz que me debvez, et sy cella vous est trop tacheux, se que je ne croys pas, je vous supplie, au non de Dieu et sur l'amitié que vous me portes de donner au moingtz deux centz livres à se porteur. Vous savès, mon père, que j'ay amassé cest argent pour surveny à mes nysesités ; non poinct pour le prêter, mais pour estre tousjours prest à mon besoingtz, et je vous asurc que de peur de vous fachier j'é emprunté sept centz livres donte je suis fort pressée. Mon père, je n'é pas hopignion que vous me vuilliés faillir, puisque je vous en soume sy heprijitement (sic).

Je vous diray que monsieur de Busaguet m'a escript que vous l'aviés asuré que je ly voulois doner mon basin d'argent et mon dragoir, mon pcre, je

couuLàroMiANCh i»i: 1 r,AM;uisi; i>E i.AciiAss.MiM: 505

vous jure bien que pour mon basin d'argent je n'y ay jamais songé, et qui plus est, ceste aftere mesme me l'a fet mestre à Saincte-Foy pour deux centz livres et put estre je le perdre. Et sy, ledict basin n'est pas a moy, il appartient à mon petit filz d'Uzac (i); il estoit de sa mère. \'ous crovrès, mon père, s'il vous plaict que je vous houvre mon cœur, et vous declaire mais nisesités, parce que je vous tien pour mon vré père, quy ;'egardés vers moy quand je vous parle véritablement.

Monsieur de Busaguet me parle aussv d'un autre article que je vous envoyé par mémoire à part, vous y aviserés, s'il vous plaict; je m'en remet à vous et atand en cella et toute autre chose vostre asistance.

Je donne acquis à se porteur pour vous de deux centz livres. Cest affaire me coûte en voyages et frais près de quattre vingtz livres , tant il lya falut de misteres. Je n'engageré, sy Dieu plaict, plus rien, et vous supplie conservé moy bien tout ce quy est dans mon petit coffre, quy appartient à ma petite-tillie, car sa mère me l'avoit donné à garder comme douere. Mieux veux je estre conservée en vostre amytié et bonnes prières, croyant que je suis et seray toute ma vie, mon très reveran père, vostre très humble et très obeyssante lîlle.

F. DE Lachass.\igxe.

(i) Honoré de Lur-Saluccs.

304 CUHREbl'ÛNDA.NUE HL 1 T.AMjOISE DE LACllAbS.AU.NE

MciJioirc inclus clans la Litre cy-cïcssits :

Monsieur de Busaguet me parle aussy que outre les centz escus, quy a receu, que je donne, il prêtent quelque présant pour son beau père (i). Je me doubte que se son de ses cuilliés ; je ne suis point d'avys de donner de presant qui ne me soict recongneus. Au pis allé, sy vous les donné, je vous supplie m'en réservé deux : l'ung quy a esté rompu et qui est collé et quy a son cuillié de nacre de perle et qui a la tête d'un lion d'or (quy son nos armories) quy l'atache; l'autre et celluy quy a le coural le plus gros et forces branchies. Ses deux là, feue mon pcre me les donna; je désire les garder toute ma vie. Quand aux autres je les ay par inventaire mais toutefoys il me les faudra payer; mais fliictes en ce que monsieur de Busaguet vous conseilliera. Encore seroit-il de besoingtz qu'il parust que monsieur de Busaguet ou mon husier donne les — ,

Pour cest affere là je vous ay mys ses discours à part pour ce que je vous supplie les voyr sul, comme mon père.

(I) j.oscpli'Eyqut;ai de Monlaga-c , beigucur de Bussuyuct, avait épousé, le 24 juin 1602, demoiselle Jeanne de Brian, lille de messirc Jacques de Brian et de demoiselle Anne de Taillefer.

COllKLSrO.NDANCi; DE 1 RAN< OlsE DE LACIIASSAGNE

MÉMOIRE DONNÉ A M'^ ANTHOIXE CIILINI-, MARCHAND GRESSEUX.

Mcmoirc a M'' Anthoinc Chcinc de scavoir, s'il lui plaist, avec le père iMarc Anthoine, feuillan, s'il a parlé à madame de Montaigne touchant la vante de la maison que ladicte dame a à Bourdeaux, prez des Carmes, suivant le mémoire qui a esté donné audit père Marc Anthoine.

Vray est que par ledit mémoire il estoit dict qu'on demandoit tems à ladite dame pour le paiement des trois mil livres du prix de ladicte maison, en paiant rinterest; mais a présent celuy qui la veut achepter a advisé qu'il paiera huict cens escutz sur le passement du contrat, et pour les deux cens escutz, s'il peult vendre son vin, ou qu'il en puisse retirer de là où il luy en est dehcu , il les paiera aussy contans, en tout cas dans un an ou deux.

De sorte qu'il ne reste qu'à effectuer les autres conditions dudict mémoire qui sont que ladicte dame vende ladicte maison noble et ensamble toutes les réparations et augmentations qu'elle y a tait faire ; et, en second lieu, que monsieur le vicomte d'Uza consente à ladicte vente, par procuration ou autrement.

5o6 coin;Lbi'ONii.\.NCE m: i kantoise h\: l-Vchassaont,

Et moyennant cclUi lad. dame et mondict sieur le vicomte pourront envoyer procuration à Bourdeaux pour passer le contract et prendre argent; mais il faut que les procurations soient taictes à un autre personnage qu'à un religieux.

Reste à scavoir la réponse du père Marq Antiioine et la taire tenir par ce porteur.

DE LA MEME AU MEME

(}/Lii 1625)

Montres révérant père, sy j'avois manqué au devoir que je vous ay, je vous en demanderois pardon, mais mon esprict et ma volompté a tousjours les yeux tourné vers vous, et, au plus fort de ma maladie, j'estois travaillée du désir de vous voir et c'est la frustration de ce bien, que m'aportoit les enpeschemans du caresme et des grandes dévotions où vous estiès attaché, quy me privoict à moy et quy vous hostoict le loizn* de me pouvoir assister. Maintenant, mon révérant père, mandés moy, s'il vous plaict, Testât de vostre santé et de vostre bonne affection vers moy, laquelle voz promesses ont sy fort imprimé en mon ame que je ne me permetz pas moymesmes d'en doubter. \'ous scavès bien que vous m'avès promis de me voir ; les saizons quy vous en pouvoict destourner sont passées, et je ne puis savoir le reste

connF.?;roNr).\NCE df. frantioisf. df. lâchas?; \r.xF ^07

que par vous; csclerssicc moy s'il vous plaict, mon cher père, et me tenès en Toneur de voz bonnes grâces et bonnes prières, et que je suis et seray toute ma vie, vostre très humble et obéissante fille et servante.

F. DE Lachassaigxe.

Je désire savoir des nouvelles de mon père dom Jehan-Jacques.

DE LA MÊME AU MEME ( juillet [?] 1623 p])

Mon très révérant père, le sieur de Chapeaublanc m'a assuré de vous avoir donné mes lettres. Il ne m'a peu raporter vostre reponce, quy me mest en peyne, ne sachant en quel estât il vous a trcuvé. Vous me fairès ce bien, s'il vous plavt, de me mander bien au long de vos nouvelles, sy vous en avès le loysir. Je vous suplic aussv me ranvover les deux quitances de monsieur de Busseguet et de Claude, pour leur randre, car ils me pressent.

Sv vous ne me remettes en quelque espérance de vous voir bien tost je me tiendray pour dite que vous ne m'eymès plus et que vous m'estin:ès indigne, comme je suis, de la pevnc que ce vous seroit. Dieu nie face la grâce de vous randre quelque

308 CORIlKSPONnANCF. DE IRANÇOISF. DE I.ACHASSAGXE

sen-ice quv vous oblige à m'cymer toute mii vie. Vous me treuveurès fort dcsperé, et tant, que vous cognoisteray que je ne doibz pas faire Ion séjour au monde. Mon très révérant père, je vous sallue très humblement et me recommande à vos bonnes prières. Je suis, mon très révérant père, vostre très humble filhe et obevssante servante.

F. DE Lachassaigne,

XY

LA MÊME AU MEME (6 août 1625)

Mon très révérend père, je suis encore a attandre l'effect de voz promesses et ne say que croyre de tant de retardemant. La mort qui me talone de près ne laisra pas de m'attraper en vous attandant.

Je vous remercie très humblement de la peine que vous avès pris de taire oster ce corps (i) quy m'apportoit tant de desplaisir, et des advances et despances qu'il vous a pieu fliire pour mov. Je ne manquerav à ce qui est de mo!i debvoir.

Je vous ay escript touchant les pretantions de ma filie, vostre couzine, quy est son estrenne de l'achapt de ma maizon, si mons'' de Castelnau ne le treuve mauvais, ce que je croy qu'il ne faira.

(i) Probablement le corps de Florimond de Rnvmond.

CORnESPOND.WCE 1)F, FnANCjOISF. UE I.ACIIASSAONF, 309

Je vous prie de ne laysser pas pourtant Je me faire apporter une pièce d'estemine, du pris de quattre ou cinq escus ou aux environs. L'on dict qu'il fault l'aller achepter en un lieu qui s'appelle le Magasin , où il y en a de très-belles, bonnes et à bon compte. Sy vous y employés quelque dévote damoyzelle de voz amyes pour la choisir et marchander vous m'obligerès fort de me la faire porter, avec vous ou aultremant. Vostre couzine en a grand besoin. Je croy que M"" de Castelnau ne vouldroit pas refuzer ni cella, ny sept aulnes de taffetas gris, d'un escu l'aulne. Je luy contcray bien sur les frais de ma maizon, choze quy ira beaucoup audela.

Mon très reverand père, je fliis bien conscience de vous employer en telz affaire, mais la nécessité m'y contrainct, car je ne scay comant faire, et, quand vous serès ycy, je vous entrediendray de beaucoup de chozes que vous ne croyriès pas. Venès donc bientost, mon très reverand père, et M. de Castelnau aussy, vous serès le très bien venus. Je vous escriptz par la voye de Libourne, et désire avoir un mot de responce de vous, pour scavoir si vous avès besoin que jenvove quelqun vers vous, avant vostre partemant, pour vous soulaiger. Je fairay tout ce qu'il vous plairra m'ordonner et espère que vous et M'' de Castelnau vous en retournerès contens de moy, qui vous salue tous deux très humblemant et me recommande de toute mon affection à voz bonnes prières et de voz bons religieux, et suis, et serav toute ma vye, mon très

3IO r.onr.F.spoNDANCE or Fn.\NC:oi?F. pf. laciiassacnf.

reverand père, vostre très humble et très obeyssante

filie et servante.

De Lachassaigne (i).

De Montaigne, ce 5^ aoust 1623.

An dos on lit , d'nne autre main que celle qui a écrit la lettre : A mon très révérant père le père donc Marcquantoine, religieus au couvant de mesieurs les Feuillans à Bourdeaux.

MARIE DE GAMACHES AU PERE MARC-ANTOI\"E (Septembre [r] 1625 [?])

Mon très révérant père et cousin, j'arivé arsoir céans et venés de Xotre Dame de Berdalays (2) avec

(i) Dans cette lettre, non-seulement l'écriture du secrétaire est changée , comme dans chaque lettre , mais la signature n'est pas de Mi^e de Montagne.

(2) La chapelle de Verdelais , dans la paroisse de Saint-Martin d'Aubiac, avait été fondée, dit-on, au xn"e siècle par une comtesse de la maison de Grailly. Ruinée par les Protestants et abandonnée par les religieux de Grandmont , il s'}- produisait , néanmoins, tant de miracles, que le cardinal de Sourdis, qui d'abord n'avait pas voulu y croire , était venu lui-même à Verdelais , et , « heureux d'être vaincu par l'évidence », avait ordonné de reconstruire l'église et le cloître, et avait remplacé les Grandmontains par les Célestins. (L.-W. Ravenez : Hist. du cardiual de Sourdis.)

COnRESPONDANCK DE FRANÇOISE DE I.ACHASSAC.NE 31I

madame la contesse de Gurson, qui m'a permis de venir trouvé mon papa et ma grandmere, qui m'a fest espérer de me ferc recevoir ce bon ofice de vous de me fesre avoir un belle robe sus le marché de sa maison; j'é voulu y ajouter ma prière, et vous suplie très humblement que je n'an sois pas frustée. Il ne fot que dix aunes de tafetas noir. Je vous baize très humblement les mains et suis, mon très révérât pcre, vostre très humble et très hobeisante cousine et servante.

M. DE Camaches (i).

On lit au dos :

A mon très révérât père le révérant père donc Marc Entoine, religus au couvent de messieus les Feuliens à Bourdeaus.

Lettre de madame de Montagne a dom Marc-Antoine de Saint-Bernard

( 8 janvier 1624)

Mon très révérend père, je n'ay point failli de prendre le premier beau temps pour faire charroier le foin que je vous av promis, au port de Lamothe-

(i) Cette lettre et celles qui suivront de Marie de Gamaches sont entièrement autographes. Certains mots, d'une orthographe primitive, autorisent à penser que M^e de Gamaches parlait Iréquemment le gascon.

512 COnRESPONDANCK DK KRANCOISK DE I.ACHASSAGNE

Montravcl , dans un chay, qui est à moy et dont le plus proche voisin ;i la clef. Il y en a cinq charretées, les meilleures qui se sont peu faire en des chemins inaccessibles. Il estoit tout lié à botteaux, mais en le deschargeant il s'est fort deslié ; c'est de très bon foin, envoies le quérir là, quand il vous plaira.

Mandés moy de voz nouvelles et de ce qu'il vous a pieu faire en l'affaire de ma maison. Nous vous attendons en grande dévotion, mon fil (i) et moy. Il n'est jour qu'il ne demande quand vous viendrès, or venès donc, mon très révérend père, pour nous oster la faim de vous voir.

J'ay fait faire une croix pour reliquaire que je veux porter sur moy, je vous supplie trez humblement y vouloir faire mettre de vraies et saintes reliques et mesme de la vraie croix. Il me semble que vous m'avès dict que vous en aviès. J'ay prié monsieur le prieur de Castillon de vous porter ladicte croix quand il ira à Bourdeaux. Je vous prie le garnir et me le renvoyer aussitost.

Ce beau temps vous doit convier à vous acheminer bientost vers nous où vous serès le très bien venu, et vous assure que je suis et seré toute ma vie, mon très révérend père, votre très humble et très obéissante fille et servante.

De Lachassaigne (2).

A Mont, le 8 janv. 1624.

(i) Honoré de Lur-Saluces, mari de Françoise de Latour. (2) La signature n'est pas de la main de M^e de Montagne.

CORRKSPOMiANCF. DE FIîANCOISK DE LACIIASSAC.NE 313

Je VOUS prie nous porter un beau calice, j'a}' envie de le voir; et, au plustost, envoie chercher le foin, car je me crains qu'on ne le desrobat, veu que la clef du chai où il est s'est trouvée perdue.

DE LA MÊME AU MEME

* ( 18 février 1624)

Mon très révérend pcre, je vous ay escrit par la voye de Libourne, et maintenant je vous fais cettecy par monsieur le procureur de cette terre qui m'a promis la vous faire tenir seurement. J'espère que ce beau temps vous conviera de nous venir voir. Mon fils et moy le désirons fort, et pleust à Dieu que ce fust desja, car j'ay grand besoin de vous. Je suis si mal que je desirerois que missiez quelque fin à l'affaire de ma maison. Je m'en remets entièrement à vostre bonne conduitte, par ainsi n'attandez point mon advis, je n'en feray que vostre ordonnance, puisque vous estes mon vray père. Ma santéest merveilleusement affoiblie ; je cuiday mourir arsoir; mais Dieu me fait tousjours beaucoup de grâces.

Je vous supplie et toute vostre compagnie avoir souvenance de moy en vos bonnes prières.

Si vous vovez monsieur de Bussaguet je vous

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