VI
n*ont pas livré tous les secrets ou tous les renseignements curieux qu'elles détiennent sur l'activité intellectuelle qui s'est produite dans l'entourage et sous le patronage des princes bourguignons. 11 reste encore des textes à mettre au jour. Celui que nous donnons plus loin n'est pas inconnu. Divers érudits l'ont cité et utilisé (*). L'un d'eux, M. Léopold Delisle, le juge en disant que c'est « le document le plus précieux à consulter pour les origines do la librairie des ducs de Bourgogne )> (2). Avant d'en entreprendre l'examen, il importe de rappeler quels sont les Inventaires de cette librairie que l'on possède déjà.
§ I. — Les Inventaires édités de la librairie bourguignonne.
La Bibliothèque protypographique de Barrois se compose de dix Inventaires, qui sont les Inventaires des maisons de France et de Bourgogne, et qui vont des dernières années du XIV® siècle aux premières du xvi®. Ce sont d'abord ceux de Charles V (Tour du Louvre 1373, 1409) et du duc Jean de Berry (1416). Nous ne nous y arrêterons pas, et nous dirons seulement que l'éditeur a cru pouvoir laisser de côté plus de la moitié des manuscrits ayant appartenu au roi de France (3). Les suivants, qui nous intéressent bien davantage puisqu'ils sont ceux de Bourgogne, pèchent-ils
(1) Voiries nos 7, 68, 69, 70. 71, 79, 81, 86, 88, 91, 97, 107, 152, 153, 162, 239 et 248 où je renvoie à des travaux de MM. L. Delisle, P. Dur- RiEu, P. Meyer, h. Martin, B, Prost et H. Todd, qui y ont eu recours.
(2) Mélanges de paléographie et de bibliographie ^ Paris, 1880, in-8*», p. 298.
(3) Sur les raisons qu'il a eues de réduire de 1122 numéros à 504 la collection du Louvre, voir ce qu'il dit pp. xxix et 49, note 1.
(vu)
aussi par le même défaut, le défaut d'omission ? Oui. Du moins en est-il ainsi des quatre Inventaires qui ont été respectivement dressés à Paris en 1404, à Arras en 1405, à Dijon en 1423 (ou plutôt 1424) et 1477. Ils contiennent les livres de Philippe le Hardi (1404), de sa femme Marguerite de Maie (1405), de Marguerite de Bavière, épouse de Jean sans Peur (1424), de Charles le Téméraire (1477), et ils ont été rédigés après la mort de ces deux princes et de ces deux princesses (^).
(*) C'est d'après des documents des Archives départementales de la Côte d'Or (Dijon, Cour des comptes) que Barbois les publie. Sur ces documents (titre complet et contenu détaillé), voir aussi G. Peignot, Catalogue dhine partie des livres composant V ancienne bibliothèque des ducs de Bourgogne de la dernière race, d'après des inventaires de leurs meubles au XVe siècle, précèdes d'une lettre à M. C.-N. Amanton, sur le goût que ces princes ont toujours manifesté pour les lettres, Paris, J. Renouard, 1830, in-S», xxx-66 pp., ouvrage réédité sous le titre de : Catalogue d'une partie des livres composant la bibliothèque des ducs de Bourgogne, au XF« siècle, seconde édition revue et augmentée du catalogue de la bibliothèque des Dominicains de Dijon, rédigé en 1307, avec détails historiques, philologiques et bibliographiques. Dijon, Lagier. 1841, in-S**, 143 pp. (spécialement pp. 103-115); Gachard, Rapport à M. le Ministre de l'Intérieur sur les documents concernant l'histoire de la Belgique, qui existent dans les dépôts littéraires de Dijon et de Paris, I^o partie, Archives de Dijon, Bruxelles, Hayez, 1843, in-8o, pp. 98-104, ainsi que le travail de M&r Dehaisnes (p. ix) signalé ci-dessous, p. xii.
On sait qu'il s'agit en réalité d'Inventaires énumérant les joyaux, objets d'ameublement et d'habillement, biens divers, etc., qui ont appartenu aux ducs et aux duchesses, et que par conséquent les manuscrits ne sont ici qu'une partie d'un tout : voir Peignot, pp. 103-105, Gachard, ibid., et ci-dessous, p. xii, ce que je dis de l'édition Dehaisnes.
A propos de l'Inventaire de 1423, Gachard, p. 101, fait observer que Marguerite de Bavière a décédé le 23 janvier 1424, nouveau style, et qu'il
( VÎII )
Je vais immédiatement montrer en quoi ils sont incomplets chez Barrois, mais je dois tout d'abord rappeler qu'après ce groupe viennent, dans son ouvrage, les Inventaires de Bruges (circa 1467), de Gand (148o), de Bruxelles (1487) et de Bruges (1504), plus un Appendice comprenant les manuscrits qui, bien que n'étant pas signalés dans les Inventaires conservés, ont dû cependant, d'après lui, appartenir aux librairies de Bourgogne.
En l'année où la Bibliothèque protypographique a paru, en 1830, les premiers Inventaires (1404, 1405, 1423 et 1477) ont été publiés également par Peignot dans ce livre qui vient d'être mentionné (*) . Mais, chose étrange, cette autre édition arrive, pour ces quatre Inventaires, à un total qui est triple de celui de Barrois (*). C'est que, de nouveau ici,
faut dwic lire 1424 dans l'intitulé : « le mardi xxv* jour de janvier l'an mil GGCC vingt et trois ». C'est la date qu'adoptent M. Delisle, Mélanges paléogr. et bibliogr., pp. 298-9, et M. P. Durbieu, Le manuscrit, II, p. 102. Néanmoins, j'ai cru devoir conserver celle de 1423, ou plutôt, étant donné que, dans les notices qu'on trouvera ci-dessous, je renvoie aux ouvrages mêmes de Barrois et de Peignot, j'ai cru devoir conserver le millésime qu'ils ont pris.
(*) Gomme je l'ai dit ci-dessus, vu, n. 1, une seconde édition a été donnée en 1841. C'est naturellement d'après elle que je ferai mes citations. L'ouvrage de Peignot renferme également des comptes relatifs à l'achat et à l'entretien des manuscrits chez les ducs de Bourgogne. La plupart de ces comptes reparaissent, plus complets ou plus détaillés, dans Dehaisnes.
(2) Barrois, pp. viii et 103, déclare éditer son premier groupe d'Inventaires d'après des pièces authentiques qu'il a découvertes aux Archives de l'ancienne Chambre des comptes à Dijon (voir ci-dessus, vu, n. 1). De son côté, Peignot, p. 41 (note), dit qu'il reproduit *« textuellement »» les titres des ouvrages. Gachard, Archives de Dijon ^ pp. 99 et 102, remarque que, pour l'Inventaire de 1404, Peignot (dans sa première édition) a donné «* une liste exacte *• et qu'il a publié celle de 1424 (1423) « à de très légères inexactitudes près ".