Voir aux pièces justificatives
2. Le maître de clavecin de Madame la Dauphine s’appelait Le Tourneur, c’était l’exécutant le plus estimé de l’époque.
De Luynes, t. XI, p. 267.1
Pendant le voyage et le séjour du Roi à Compiègne en l’année 1755, onze concerts ont été exécutés à Versailles chez Madame la Dauphine. (Archives nationales, Comptes des Menus-Plaisirs.)
Nous comptions encore sur les hezozzi mais le temps qui courre ne nous donne pas de goût pour la musique mais ils sont les maîtres de partir si cela leur plait, mais M. le Dauphin veut les récompenser de ce qu’ils ont joué devant Luy et en chargera M. de Fleuri. Lettre de la Dauphine au comte de Fontenay.)
MARIE-JOSÈPIIE DE SAXE
leur voyage en France, jouèrent devant elle.
Parfois il arrivait que Marie-Josèphe accompagnât le Dauphin et Madame Adélaïde qui, au dire des contemporains, avaient de fort belles voix.
Lorsque le Dauphin mourut, Marie-Josèphe s’était renfermée en elle-même, et la seule distraction qu’elle consentit à accepter, ce fut la musique des concerts que sa belle-sœur Adélaïde organisa dans ses appartements
De cette union du Dauphin et de la Dauphine, union qui avait été, on le sait, de plus
en plus heureuse, de nombreux enfants étaient
nés .
1. On sait que Madame Adélaïde, qui était fort habile en horlogerie, était aussi très musicienne et jouait de tous les instruments, même des plus gros cuivres. Ce lut Beaumarchais qui donna des leçons de harpe à cette princesse. Il raconte même, non sans une certaine fatuité, qu'il fut chassé de Versailles parce qu'il avait pris, grâce à ses charmes personnels, une influence telle sur son élève, qu’on vit un danger pour la conduite de cette princesse dans la continuité des leçons.
2. Voir les lettres de Louise-Elisabeth de France à son mari, Don Philippe , duc de Parme (Bihl. Nat., fonds français, nouvelles acquisitions). Madame Infante donne dans ses lettres les détails les plus intimes et les plus circonstanciés sur les naissances des différents princes.
Marie-Zéphirine, née en i y5o, morte en i j55 ; Louis, due de Bourgogne, né en 1 7 5 1 , mort en 17 62 ; Louis, duc d’Aquitaine, né en 1753, mort 3 mois après sa naissance; Louis, duc de Berry (Louis X\ I),néen 1754; Stanislas-Xavier-Louis, comte de Provence (Louis XVIII), 11e en 1755; Philippe, comte d’Artois (Charles X), né en 17 37; Mai ’ie-Clotilde, née en 1739, mariée à Emmanuel IV, roi de Sardaigne; Elisabeth, née en 1764, guillotinée en 1794.
Les deux premiers enfants moururent jeunes. Le duc de Bourgogne donnait déjà de brillantes espérances; plein d’ardeur et d’intelligence, il avait su, malgré son jeune âge, par ses reparties et sa gentillesse, se faire aimer de tous. Il mourut des suites d’un coup qu’il avait reçu en jouant avec un de ses compagnons.
Il souffrit cruellement à ses derniers moments et supporta avec le plus parfait courage une opération fort douloureuse. Lefranc de Pompignan1, dans son oraison funèbre, 11e se fit que l interprète du sentiment général en disant
1. Jean-Jacques Lefranc, marquis de Pompignan, né à Montauban en 1709: avocat, général, premier président de la Cour des aides de cette ville, conseiller d honneur au Parlement de
MARIE-J OSÈPHE DE SAXE
« que le jeune prince avait souffert en héros et était mort en saint » .
Néanmoins, malgré ces deux morts, la famille était florissante, et lorsque, le 20 juin 1768, Louis et sa femme assistèrent à l’inauguration de la statue de Louis XV (sculptée en partie par Bouchardon* 1) sur la place de la Concorde, ils étaient entourés de tous leurs enfants, espoir de la maison de France. Hélas ! trente ans plus tard, à la place de cette statue renversée, on dressera l’échafaud de l’aîné de ces enfants, et,
Toulouse, lit marcher de front le droit et les lettres, et linit par se vouer exclusivement aux dernières ; ses principes religieux lui attirèrent l’inimitié du parti philosophique et les sarcasmes de Voltaire. Las de ces attaques, il se retira dans sa terre de Pompignan. Il avait été reçu à l’Académie française en 1760. Il mourut en 1784.
1. Bouchardon mourut avant d’avoir terminé cette statue; ce fut Pigale qui l'acheva. — Edme Bouchardon, né en 1698 à Chaumont en Bassigny ; reçu membre de l’Académie de peinture et de sculpture le 27 février 1745; mort à Paris en 1762. Son acte de décès porte tous ses titres. « Le mercredi 28 juillet 1762, M. Edme Bouchardon, sculpteur ordinaire du Roy, professeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, dessinateur de celle des belles-lettres et membre de l’Académie de Saint-Luc de Rome, mort le jour précédent âgé de 64 ans, inhumé dans l’église de cette paroisse (Saint— Philippe du Roule) en présence de »
tout saisi de stupeur au souvenir de ees rapprochements terribles, 011 se rappellera ces vers de A ictor Hugo :
Dans ces temps radieux, dans cette aube enchantée,
Dieu ! comme avec terreur leur mère épouvantée Les eût contre son cœur pressés, pâle et sans voix,
Si quelque vision, troublant ces jours de fêtes,
Eût jeté tout à coup sur ces fragiles têtes
Ce cri terrible : « Enfants! vous serez rois tous trois! »
Il est inutile de rappeler les détails de la guerre de Sept-Ans, cette lutte malheureuse oit Mme de Pompadour mit au jour toutes ses intrigues et où Louis XV se laissa aller à la nonchalance la plus impudente. Combien le cœur de sa belle-fille dut-il souffrir de voir la France avilie! Mais ce n’était pas seulement sa patrie d adoption qui était accablée : la Saxe aussi fut mise à feu et à sang, et Dresde, sa capitale, fut pillée et brûlée à plusieurs reprises par les Prussiens1.
1. Voir pour les détails des opérations militaires, le Précis des guerres de Frédéric , par Napoléon, et le livre du général Berthaut : Principes de stratégie , Paris, Dumaine, 1881 ; et pour le pillage de Dresde, les lettres sans signatures conservées aux Archives de Troyes.
MARIE-JOSÈPIIE DE SAXE
Frédéric - Auguste était dépossédé , et sa femme gardée à vue et abreuvée d’outrages par les vainqueurs, mourait bientôt accablée de chagrin. En apprenant la douloureuse captivité de sa mère au milieu de ses sujets ruinés et décimés par la guerre, la Dauphine écrivait : « Comme je changerais mon palais de Versailles contre la prison de ma mère ! »
Néanmoins la Dauphine joua un rôle important durant la guerre de Sept- Ans1 : elle était Saxonne et par conséquent opposée à l’alliance si funeste de F Autriche ; elle voyait autrement que Mme de Pompadour et que Choiseul l’intérêt de la France et de l’empire germanique ; mais son tact l’empêchait de rien laisser paraître de ses préférences, et durant tonte la guerre elle usa de son influence pour maintenir en place nos généraux les moins malheureux, les maréchaux d’Estrées, de Richelieu et de Broglie.
Son activité se porta surtout sur le soin qu’elle mit à aider par tous les moyens dont
i. Mémoires du cardinal de Bernis , publiés par Frédéric Masson, t. I, p. 270 et 3o8.
DAUPIIINE DE FRANCE.
elle put disposer le corps saxon au service de la France que commandait son frère Xavier1. Les lettres au général de Fontenay conservées à Troyes sont pleines de recommandations, d'avis et de demandes pressantes à cet égard :
t. François-Xavier-Louis-Albert Benon , prince de Saxe, connu sous le nom de comte de Lusace, né à Dresde le 25 août 1730, second fils et quatrième enfant de Frédéric- Auguste, électeur de Saxe. Il eut pour gouverneur, en 1748, le comte de Belgarde, officier français au service de la Saxe. Peu porté aux travaux de l’esprit, le jeune prince acquit assez d’habileté dans l’art militaire pour lequel il se sentait une véritable vocation et s’y voua dès Page de vingt ans. Bien accueilli à la cour de Louis XV. sous les auspices de la Dauphine, sa sœur, dont il était le frère préféré, i! ne tarda pas à s’attacher définitivement au service de la France et fut nommé lieutenant général des armées du Roi en 1738. Il se distingua pendant la guerre de Sept-Ans, et commanda le corps saxon, souvent sous les ordres du maréchal de Broglie à côté de Chevert. A la conclusion de la paix, il se fixa définitivement en France, après avoir acquis le château de Pontsur-Seine, en Champagne, en 177J. En 1790, voyant l’orage révolutionnaire s’amasser, il émigra; ses biens furent confisqués et vendus. Il s’était retiré dans son château de Zabelitz, où il moulait le 2i juin 1806. Il laissa une nombreuse correspondance actuellement conservée dans les Archives de la ville de Troyes. Cette correspondance témoigne de sa vive affection pour la Dauphine et est remplie de détails intimes sur la guerre de Sept- Ans. Elle met au jour toute la part que la Dauphine mit a aider les troupes françaises et saxonnes par tous les secours divers qu elle leur faisait envoyer.
elles montrent ses démarches continuelles en faveur de ses compatriotes alors nos alliés et même nos propres soldats 1 ; elles font éclater ses sentiments de joie à chaque nouvelle d’une victoire à laquelle ses frères avaient contribué et témoignent des douleurs qu’elle ressentait chaque fois que les courriers apprenaient un nouveau désastre pour chacune de ses deux patries.
Toutes ces tristesses rendaient plus étroite encore l’intimité de Marie-Josèphe avec son mari et ses enfants. M. Emmanuel de Broglie nous a fait connaître les différents détails de leur éducation : deux fois par semaine le Dauphin les faisait venir dans son cabinet de travail, et là ils étaient interrogés sur les différentes matières qu’ils avaient du étudier ; leur mère les examinait sur le catéchisme et l’histoire, et leur père sur les mathématiques et les langues.
C’est au milieu de cet intérieur rempli de si grands charmes et d’une tranquillité si parfaite
i . « Je vous charge, mon cher Martanges, eu qualité d’a-
vocat du corps saxon, de plaider ma cause à l’avocate des Saxons, en lui présentant ma lettre... » (Lettre du prince Xavier à Martanges, datée d’Eisenach, ui décembre 1760.)
que La mort devait venir frapper le Dauphin. Longtemps Choiseul1 fut soupçonné d’avoir empoisonné ce prince, et des contemporains l’ont formellement accusé de ce crime; mais l histoire , plus circonspecte, n’a pas ratifié ces accusations. Dans un de ses voyages à Paris, un voyageur anglais, Walpole 2, qui approuvait alors la
1. Etienne-François de Choiseul, comte de Stainville, fils de François-Joseph, deuxième du nom, marquis de Stainville, et de Françoise-Louise de Bassompierre, fut ambassadeur à Rome en 1753, à Vienne en 1757, créé duc et pair en août 1758, chevalier des Ordres du Roi et de la Toison d’or en décembre 1761, colonel-général des Suisses et Grisons le 27 février 1762, ministre de la guerre et des affaires étrangères le 7 avril 1766. Il dut quitter le portefeuille en 1770 et mourut en 1780. C’était un des ennemis les plus violents du Dauphin ; on rapporte de lui ce propos à la suite d’une discussion au Conseil : « Je serai peut-être réduit un jour à être votre sujet, mais votre serviteur, jamais. »
2. Horace Walpole. comte d’Ortford, né à Londres le 5 octobre 1717, mort dans cette même ville le 2 mars 1797, fut pendant 26 ans. à partir de 1741, membre de la chambre des communes ; il appartenait au parti whig, malgré sa morgue aristocratique. Son château de Strawberry-Hill renfermait de magnifiques collections de livres, de tableaux et d’objets de curiosité. Il y avait une imprimerie particulière. Sa correspondance, par suite de ses voyages sur le continent et de ses relations en Europe et surtout en France, est souvent citée par les historiens.
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politique de Choiseul, écrivait : « Tous les philosophes sont dans la joie à la nouvelle de la maladie de Mgr le Dauphin. » Trois mois plus tard, le même Anglais disait dans ses lettres, après la mort du prince : « Depuis Henri IV, la France n’avait pas fait de pins grande perte. »
Le Dauphin tomba malade de la poitrine après les manœuvres du camp de Compiègne ; le mal s’aggrava rapidement, et, malgré tous les soins dont Madame la Dauphine ne cessa de l’entourer, il succomba entre les bras de son confesseur le 20 décembre 1765.
Marie-Josèphe a laissé une relation touchante des derniers moments de son époux, écrite en entier de sa main pour l’édification de ses enfants et le soulagement de sa propre douleur1. Ce récit, dans sa simplicité naïve, nous fait assister jour par jour à l’agonie de ce chrétien qui n’eut point de défaillance2. Les dernières paroles du fils de Louis XV furent pour la France : « Ah ! mon Dieu, je vous en conjure, protégez à
1 . Reproduit in extenso dans Proyart et dans La Dauphine, mère de Louis XVI, par l’abbé Sicard, Paris, 182a.