Emmanuel de Broglie
jamais ce royaume, comblez-le de vos grâces et de vos bénédictions les plus abondantes. »
Sa chère Pépa n’avait jamais désespéré de le sauver; elle fut comme accablée de cette perte, et à partir de ce moment, elle, si courageuse, semblait avoir perdu toute espérance en cette vie et n’aspirait plus qu’au moment de le rejoindre. Au lendemain de cette mort et cherchant à prolonger en quelque sorte ramertume des heures cruelles qu’elle venait de traverser, elle fît représenter dans un grand tableau son mari pâle et près d’expirer. On avait placé cette toile auprès de son lit, sous des draperies de drap gris qui faisaient partie de l’ameublement des princesses en deuil ; leur grand cabinet était en drap noir, avec une estrade, un dais et un fauteuil ; c’est là que Marie-Josèphe reçut les compliments de condoléance de sa famille et de la cour 1 .
La Dauphine aimait son mari avec passion. Sa mort produisit sur elle, au point de vue moral et nerveux, un effet terrible; elle fut prise d hallucination. Ses lettres nous la mon-
i. Mémoires de Mme Campan.
trent sous le coup de ces transports exagérés, et sans doute la maladie qu elle devait contracter eut son point de départ dans l’état nerveux où l’avait mise la mort de son époux1.
En signe de deuil, elle coupa sa longue chevelure qui avait été si souvent admirée à la cour, et « à ceux qui parurent s’en étonner, elle se contenta de répondre : « Je ne l’entretenais que « par complaisance pour M. le Dauphin, il la « voyait avec plaisir. » Fidèle à celui qu’elle avait tant aimé, elle entendait lui garder toute l’intégrité de son cœur et le culte parfait du souvenir »\
Mais elle avait d’autres devoirs que celui de s’enfermer dans son chagrin, il lui fallait tout d’abord continuer l’éducation de ses enfants et exécuter les dernières volontés du fils de Louis XV, qui pouvaient se résumer en ces deux points : défense de la religion catholique et de l’ autorité royale à l’intérieur, relèvement de la France par une politique opposée cà la maison
i . Lettres de la Dauphine à Mgr de Nicolaï, évêque de Verdun.
2 Le P. Régnault, La Dauphine.
d’Autriche, à l’extérieur. Pour arriver au but de la seconde de ees entreprises qui avait un côté politique, il lui fallait l’appui du Roi et des ministres. Depuis longtemps Marie- Josèphe avait pris sur Louis XA une influence assez considérable1. Femme d’un grand sens et de beaucoup d’esprit, il allait lui être facile de s’emparer complètement de l’esprit du monarque, alors sans grand attachement. — Mme de Pompadonr était morte et Mme du Barry n’était pas encore présentée.
Dès le 20 décembre 1760, elle avait obtenu du Roi plusieurs grâces qui lui donnaient à la cour une position toute-puissante. Il lui était permis d’habiter à côté du Roi et de l’entretenir à toute heure. Elle gardait à la cour son rang de Dauphine et conservait entièrement le soin de l’éducation de ses enfants.
L ne fois maîtresse de l esprit de Louis XV, il lui restait à mettre tout en œuvre pour annihiler à l’intérieur la politique des philosophes et à l’extérieur rompre avec l’alliance autri-
i. « Elle aimait, disait-elle, cacher son influence et ne pas la laisser voir. « Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, tome XI : Maurice, comte de Saxe, etc.
chienne \ Le représentant de ces deux politiques était Ghoiseul. La Dauphine allait donc chercher à le renverser et à le remplacer par des hommes entièrement dévoués à ses idées. Le président de Nicolaï devait être chancelier, le maréchal du Muy et le duc d’ Aiguillon1 2 devaient entrer au ministère, et l’évêque de Verdun, Mgr de Nicolaï, devenir premier aumônier de la Dauphine en survivance du cardinal de Luynes. Combattu par ce dernier, homme d’une énergie considérable et d’une grande probité, Choiseul devait, selon toute probabilité, rester peu de temps au ministère, et la Dauphine allait peut-être, avec la nouvelle politique qu elle était disposée à suivre, empêcher le partage de l’ancien royaume de son père et rendre à la France en Europe ce grand prestige que les victoires de
1. MM. de Goncourt, dans leur étude sur Mme du Barry, ont exposé à grands traits la situation respective des deux partis et l’état de la lutte qui passionnait la société et la cour vers la lin du dix-huitième siècle.
2. Armand, duc d’Aiguillon, arrière-petit-neveu du cardinal de Richelieu, fut l'adversaire le plus redoutable de Choiseul et des philosophes. Conservant les traditions politiques du grand cardinal, il défendit les jésuites et eut avec les La Chalotais des procès restés célèbres. Gouverneur de Bretagne, il com-
son oncle lions avaient donné et que l’inertie de Louis XV nous avait malheureusement fait
Tout était prêt, et les Nicolaï se disposaient à entrer au ministère comme Choiseul se disposait à en sortir, lorsque la Dauphine fut prise d’une crise aiguë, qui l’emporta en peu de temps'.
Si quelques mémoires du temps ont accusé Choiseul de l’empoisonnement du Dauphin, ses contemporains l’accusèrent encore bien plus de la mort de la Dauphine2. 11 en profitait plus
manda l’armée française à la bataille de Saint-Cast, où il chassa de Bretagne les Anglais qui y avaient débarqué. Il mourut en 1800. à 1 âge de quatre-vingts ans.
1 . « La tendre confiance du Roi pour cette princesse prend de jour en jour de nouvelles racines; personne ne doute plus de la supériorité de son influence si elle en revient; les ministres, et surtout ceux qu’elle n’aime pas, ne dissimulent plus leurs craintes devant leurs amis et prévoient déjà toutes les suites possibles d'un crédit aussi justement acquis et dont il n’y a que la mort qui puisse empêcher ou borner les effets ; elle va enfin. Monseigneur, au point où je la désirais pour elle et pour nous, et je me flatte que nous ne sommes plus loin du temps des opérations...'. »
Lettre chiffrée de Martanges au prince Xavier, datée de la Maison-Blanche, 1 3 février 1767.
?.. Voir L’Espion dévalisé , p. 20 et suiv. ; d ’Angervillc, l ie privée de Louis XF- abbé Saffray, f ie de Louis XF.
48 MARIE-J OSÈP HE DE SAXE
que personne et Louis XVI fut toujours persuadé de sa culpabilité à cet égard1. Ce qui ajoute encore au poids de ces accusations, c’est la conviction du Dauphin, qui ne cessa de croire qu’il avait été empoisonné par Choiseul 2, et l’opinion bien arrêtée des deux
1 . Louis XVI, malgré Marie-Antoinette qui devait à Choiseul la couronne de France par son mariage, ne voulut jamais avoir la moindre relation avec le ministre de son grandpère.
2. Journal de Martanges, du 27 janvier 176 5, post-scriptum. Les lettres de Fontenay au prince Xavier contiennent les mêmes faits :
« Ce qui m’allarme bien plus, Monseigneur, ce sont certaines expressions que le petit Paulinier*, qui est dans tout cet intérieur, m’a dit conlidemment être échappées à M. Tronchin et qui donneroient à penser que le mal n’étant pas naturel, toutes les ressources d’un art salutaire ne pouvoient plus rien aujourd’hui contre les effets funestes et cachés du poison ** le plus pernicieux et le plus criminel. Je ne puis ajouter foi à tant d’horreur, dont j’écarte jusqu’au soupçon, comme un crime, mais s’il est vrai, comme j’ai lieu de le croire sur ce que Paulinier m’a dit, que M. Tronchin se soit expliqué de façon à faire croire qu’il soupçonnoit lui-même, c’est une preuve trop affligeante du peu d’espoir qu’il conserve sur le rétablissement de la santé de la Princesse. »
Valet de chambre de Madame Adélaïde.
** Ces mots sont au crayon.
DAUPIIIXE DE FRANCE.
médecins Tronchin 1 et la Breuilhe2, qui déclarèrent toujours que la mort de la princesse n’était pas naturelle.
Malgré tous ces dires, la mémoire du ministre est restée pure de ces deux crimes3. Si nous avons signalé ici tous ees détails, e’est qu'ils nous montrent un des côtés curieux du dix-huitième siècle, la manie de voir toujours
1. Théodore Tronchin, né à Genève en 1709, d’une famille de Provence qui avait été obligée de s’expatrier pour cause de calvinisme, se rendit d’abord à Londres près de lord Bolimbroke, qui était allié à sa famille. L’illustre Anglais lui conseilla d’embrasser la carrière de la médecine et l’envoya à Leyde auprès de Boerhaave. Ce fut par les conseils de ce dernier que Tronchin. après avoir été promu au doctorat, alla se fixer à Amsterdam. Avec l’appui de son maître, il parvint en peu de temps à la renommée. Il devint inspecteur du Collège des médecins et s'allia a la famille de Jean de Witt. Après l’établissement du statboudérat héréditaire, Tronchin quitta Amsterdam pour se retirer à Genève. Grand partisan de l’inoculation, il vint en France et devint premier médecin du duc d’Orléans en 1766. Il fut alors à Paris le médecin à la mode et soigna la Dauphine pendant sa dernière maladie. Il mourut le 3o novembre 1781.
2. Denis Pautier de la Breuilhe, né à Angoulême en 1722, reçu docteur de la Faculté de Paris le 20 décembre 1717. était premier médecin de la Dauphine.
3. Voir Lacretelle. Histoire de France au dix-huitième siècle, t. IV. p. 73.
MARIE-J OSE P HE DE SAXE
un empoisonnement dans les morts prématurées dont quelqu’un pouvait profiter1.
Pour terminer, nous citerons en entier la lettre du général de Fontenay, ambassadeur de Saxe à Paris et ami intime de la Dauphine, au prince Xavier de Saxe, régent de l’Electorat et le frère de prédilection de Marie- Josèphe.
Monseigneur,
Cette lettre sera de vielle date, quand elle parviendra à Votre Altesse Roiale, mais elle ne courrera pas les risques de la poste, et je pourrai m’y expectorer quoiqu’il regret, sur
i . Le journal de Hardy, conservé au département des manuscrits, à la Bibliothèque nationale, ne parle point d’empoisonnement. Nous citons en entier le passage relatif à la mort de la Dauphine :
« Dimanche i5 mars 1767.
« Le corps de Mme la Dauphine, qui n’avoit point été vu à visage découvert, à cause de sa trop grande difformité, fut ouvert en présence des médecins et chirurgiens; on lui trouva toutes les parties nobles très saines, mais les lombes gauches ou poulmons totalement ulcérées, et les droites un peu endommagées ; une espèce de fusée avoit gagné le foie qui n’étoit pas
DAUPHINE DE FRANCE. 5i
un article qui lui renouvellera la douleur dont Elle est pénétrée.
La mort de Mme la Dauphine a rompu la digue qui retenoit encore le ton arrogant et despotique des Choiseuls. Celle de Mgr le Dauphin y avoit fait une terrible brèche; mais la tendresse du Roi pour sa bru ne leur permettoit pas de s’émanciper autant que leur ambition les y portoit. Je vous avoue Monseigneur que j’ai été indigné de leur conduite dans les derniers mois de la maladie de votre respectable sœur. Depuis le premier jour de l’an, qu’ils ne pouvoient se dispenser de lui rendre leurs respects, jusqu’à la funeste époque du i \ mars, ni le Duc, ni sa femme, ni sa sœur, n ont pas paru chez Elle , ou toute la
encore attaqué : il fut embaumé suivant l’usage, mis dans le cercueil et déposé dans une chapelle ardente pour y demeurer jusqu'au jour fixé pour son transport à Sens auprès de celui de son époux, ainsi qu'elle t avoit exigé par ses dernières dispositions par lesquelles, suivant le bruit qui s’en répandit dans le public, elle n avoit recommandé au Roi que trois personnes, sçavoir le sieur Tronchin, premier médecin de M. le duc d'Orléans, qui l’ avoit traitée pendant les derniers mois de sa maladie, son premier valet de chambre et M. de Nicolaï, évêque de Verdun, son confesseur et premier aumônier en survivance. »
cour ne mancjuoit pas de se trouver journellement. Ils ont témoigné après sa mort une joie si indécente et si marquée , qu’ils ont scandalisé jusqu’aux très humbles serviteurs de la faveur. Voilà le sort d’un état où la bonté du maître dégénère en foiblesse. Ce qui vérifié un axiome cité plus d’une fois : que le régné d’un prince dur est préférable à celui d’un souverain, cpii se laisse aller à un excès de bonté. Si \ otre Altesse Roiale n’avoit pas fait taire celle de son cœur, pour s’armer de cette fermeté si nécessaire dans les circonstances où elle se trouvoit, sa régence auroit-elle été aussi glorieuse et utile à la Saxe.
J’ai cru Monseigneur qu’il étoit de mon devoir de vous dévoiler le caractère des gens auxquels nous avons à faire. Ils redoutoient et n’aimoient pas le Dauphin et la Dauphine, qu’ils auroient dù adorer, si ils avoient été bons patriotes ou bons sujets.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Altesse Roiale,
Le très humble et très obéissant serviteur,
Fontenay.
Paris, ce i3 may 1767.
Tout eu pensant à la politique, la Dauphine ne cessait de s’occuper de l’éducation de ses enfants. Elle commença par charger le Père Berthier, de la Compagnie de Jésus1, de rédiger un traité de l’éducation des princes, qui devait leur servir de rèffle de conduite. Le Père Berthier se
mit à l’œuvre et envoya à la Dauphine ce qu elle lui avait demandé. Ce travail, qui est resté un des monuments les plus curieux d’éducation, a été reproduit par M. de Beauchêne dans sa Vie de Madame Elisabeth .
En même temps la princesse recueillait et mettait eu ordre tous les manuscrits du Dauphin, sur le casier desquels ce prince avait écrit : Papiers pour /’ instruction de mon fils de
i. Guillaume-François Berthier, de la Compagnie de Jésus, né à Issoudun en 170^; professeur d’humanités à Blois, de philosophie à Tiennes et à Piouen, puis de théologie à Paris; rédigea depuis 17D le Journal de Trévoux ; eut de vifs démêlés avec Voltaire et les encyclopédistes dont il avait hardiment censuré les écrits. A la lin de 1762, le Dauphin le (it nommer garde à la Bibliothèque royale et adjoint à l’éducation de Louis XVI et de Louis XVIII. Après la dissolution de la Société des Jésuites, il se retira en Brabant. C est là que la Dauphine lui écrivit pour le prier de faire le travail dont nous parlons. Il mourut à Bourges en 1782.
Berry. » C’est toute cette suite de documents qu elle appelait son trésor et que nous verrons dans l’inventaire légué à Madame Adélaïde.
Non seulement la Dauphine dirigeait l’éducation de ses enfants, mais encore elle la faisait pour ainsi dire avec eux. Elle savait le latin et plusieurs langues vivantes et s’intéressait à tout ce qui était traduction. L’abbé Collet1 venait tous les jours dans son oratoire lui expliquer le cours qu’il allait faire dans la journée aux jeunes princes. Une telle éducation, faite avec un soin si complet sous la direction des Jésuites, qui furent toujours les premiers éducateurs de la jeunesse, et sous l’œil d’une mère si aimante et si dévouée, devait faire de ces trois enfants destinés au trône, des hommes sérieux et appliqués; malheureusement il ne devait pas être donné à la pauvre mère de terminer elle-même cette œuvre qui était sa vie.
La Dauphine était atteinte d’une affection de
i. L’abbé Collet et non pas Caulet comme il est écrit dans l’Inventaire, ne quitta pas un instant le Dauphin pendant sa dernière maladie; il a laissé des notes sur sesderniers moments, qui ont été reproduites en partie par l’abbé Proyart. Il était de la congrégation des Missions.
poitrine sur le compte de laquelle elle s’illusionna longtemps, lorsque vers le commencement de mars 1767, cette maladie tourna tout d’un coup à l’état aigu. Jusque-là elle avait continué sa vie d’intérieur, jouant du clavecin , brodant au métier ou bien se livrant encore à la peinture1. L’agonie de la Dauphine fut de courte durée. Elle succomba le 1 3 mars 1767, dans les sentiments de résignation la plus parfaite à la volonté de Dieu.
Telle fut Marie-Josèphe de Saxe. Fille d’un roi et destinée elle-même à devenir reine de France, elle n’a joué qu’un rôle secondaire dans l’histoire. Elevée par sa mère, une des princesses les plus dignes du dix-huitième siècle, elle se trouva toute jeune encore mêlée aux plaisirs d’une cour profondément dissolue, et elle sut toujours garder cette réserve et cette tenue qui l’éloignèrent naturellement du premier plan. D’un autre
1. Voir les dernières lettres de la Dauphine à Mgr de Nicolal. Elle écrit qu elle termine un tableau qu elle doit donner à Mme de Caumont. Communiqué par M. de Boislisle.) M. de Boislisle prépare un travail considérable sur la famille de Nicolai, et ce sont les pièces dont il est dépositaire, qu’il a bien voulu, sur l’autorisation de M. le marquis de Nicolaï, nous communiquer.
MARIE-JOSÈPIIE DE SAXE
côté, comme nous l’avons déjà dit, entourant sou mari et ses enfants d’une affection des plus tendres, n’aimant pas faire ostentation de ce qu’elle faisait ou pouvait faire, cette princesse fit peu de bruit autour d’elle. Si, au lieu d’une princesse du sang, elle eût été une grande dame de la société parisienne, elle y eût occupé le premier rang par les qualités qui 11e viennent pas de la naissance, mais qui ont leur source dans la valeur même de la personne. Spirituelle et instruite, ses différentes reparties, ses bons mots, la grâce parfaite, qu’au dire de tous ses contemporains elle mettait dans tout ce qu elle faisait, lui permettaient de tenir une conversation avec les gens les plus remarquables de l’époque. Son éducation si complète, la connaissance si approfondie qu’elle avait de tous les arts d’agrément, musique et peinture, son érudition très extraordinaire pour une femme, lui donnaient une supériorité sur tous ceux qui l’approchaient et lui faisaient goûter dans la solitude mille jouissances inconnues à d’autres. Son goût si parfait pour les objets d’art était encore une distraction perpétuelle pour elle et donnait une haute idée de la délicatesse de son esprit. En un mot, toutes ces qualités faisaient d’elle — et c’est là le trait
principal de la vie de Marie-.Tosèphe — en même temps qu’une princesse par le sang et la dignité, une des figures les plus pures et les plus remarquables de la société du dix-huitième siècle1.
i . Plusieurs critiques ont accusé les historiens du siècle passé de n’avoir point écrit l’histoire réelle des princes et des princesses, mais d’en avoir fait seulement les panégyriques; pour nous, nous n’avons pu, sur la Dauphine, retrouver que des éloges: seuls, trois passages semblent s’écarter de cette voie; le premier, celui de Michelet, n’est guère qu’une grossièreté sans valeur; les deux autres, tirés des mémoires de Mme Campan et des lettres de Mme du Deffand, nous ont paru plus sérieux; nous les reproduisons ici :
i° « La Dauphine, sa femme, fut pénétrée de la plus vive douleur. Cependant elle donna à ses regrets un caractère de désespoir immodéré, qui fit généralement soupçonner que la perte de la couronne entrait pour beaucoup dans la cause de ses regrets. Elle refusa longtemps de manger assez pour subsister, elle entretenait ses larmes par des portraits du Dauphin placés dans tous les endroits solitaires de son appartement. » Mme Campan.
2° « Madame la Dauphine a été administrée ce matin ; on ne croit pas qu elle passe la semaine; elle ne sera regrettée que de quatre personnes ; Mme de Marsan, Mme de Caumont, Mme de la Vauguyon et l’évêque de Verdun. — Elle brutalisa, l’autre jour, Mme de Lauraguais, sa dame d’atours, qui dit à quelqu’un qui était auprès d’elle : « Cette princesse est si « bonne qu’elle ne veut pas que sa mort soit un malheur pour « personne. » Lettres de Mme du Deffand a Horace Walpole, publiées par M. de Lescure.
MARIE- .1 0 S E P II E DE SAXE
Conformément à ses désirs, la Princesse fut inhumée dans la cathédrale de Sens, à côté de son mari.
Le voyageur qui s’arrêtera dans cette petite ville remarquera le magnifique tombeau du Dauphin et de la Dauphine, dù au ciseau de Guillaume Coustou1. En 1 798, l’initiative courageuse de quelques citoyens préserva ce monument de la destruction, et, malgré les ordres de la Convention, les cendres des deux époux purent être retirées avec précipitation et cachées dans un des cimetières de la ville. Vingt-deux ans plus tard, elles furent retrouvées intactes.
Néanmoins le Moniteur du 5 juin 1790 avait condamné les restes du Dauphin et de la Dau-
1 . Guillaume Coustou, frère puîné de Nicolas, né à Lyon en 1678. Il travailla quelque temps à Rome, mais sans jouir de la place de pensionnaire du Roi. il fut reçu à Paris membre de l’Académie, le 26 octobre 170$; épousa, vers 1711, Geneviève- Julie Morel, fille de Claude Morel, maître d’hôtel du Chancelier de France, et d’Anne Mazeluar dont il eut sept enfants, et mourut le 20 février 1746, à l’âge de 69 ans. On compte au nombre de ses plus belles compositions les statues d’Hippomène et de Daphné, ainsi que les deux chevaux. Ces pièces étaient destinées aux jardins de Marly. Les deux dernières se trouvent aujourd’hui à l’entrée des Champs-Elysées.
phine; nous citerons en entier ces lignes, qui seront les dernières de cette notice :
« Une députation de la commune de Sens annonce que les corps des père et mère de Capet ont été exhumés du temple où ils avaient été déposés, et rappelés, après leur mort, à une égalité qu’ils n’avaient pu connaître pendant leur vie; elle présente les plaques qui étaient sur les cercueils, qui, converties en halles, serviront à détruire nos ennemis ; elle remet seize croix de différents ordres et deux marcs quatre onces de galons d'or. — Mention honorable. Insertion au Bulletin. »
Armes de Marie- Josèphe de Sarre, d'après une reliure de De Penne.
(Communiqué par M. Rouquette.)