‹ Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de FranceChapitre 4 sur 88 · Ce · texte numérisé non relu

Ce

« Je voudrai bien sçavoir de quoy s’avise cette vieille radoteuse Mme de Brancas) de porter des plaintes contre vous a qui les a t elle adressées croit elle que vous n'ayez autre chose a faire qu’a passer vos journées chez elle et de quoy s'avise aussi ma très chère et très honorée belle sœur (Adélaïde) de s’en meler et de vous donner des ordres la dessus, il faut plaindre Mme de Brancas car tout ce qu’elle dit et fait de travers vient de son grand âge elle ne me traite pas souvent mieux que vous parce qu’elle est un peu jalouse et qu’elle voudroit aussi passer ces journées avec mov je suis très touchée de son attachement pour moy mais j’aime quelquefois un peu de solitude et de plus je ne suis pas assez patiente ce que je dis à ma honte car je devrois avoir egard à son âge »

(Tranche noire.)

MARIE-J OSEPHE DE SAXE

dans laquelle le Dauphin écrivait « que, quelques charmes qu’elle put avoir, elle ne lui feroit jamais oublier celle qu’il venoit de perdre » .

A la lecture de cette lettre, la Dauphine se retira dans ses appartements pour y pleurer à son aise.

Mais, malgré l’impression pénible qu’elle en avait ressentie, elle avait trop de tact pour laisser paraître son émotion, et lorsqu’elle se trouva, deux jours après, en présence du Dauphin et de toute la cour, personne ne soupçonna la douleur poignante qui torturait son cœur. Dès le premier jour, elle sut captiver le Roi en se montrant « simple, gaie et naturelle1 ».

Comme on lui montrait les divers objets de sa corbeille, se retournant vers Louis XV : « Il manque, dit-elle, la chose que j’eusse le plus désirée : votre portrait, mon père. » Le Roi fut profondément touché de cette attention délicate. Le lendemain eut lieu la présentation de la Dauphine à la Reine et à Mesdames ; on sait combien la position de leur père à chacune d’elles rendait difficile la situation des deux princesses.

i. Journal de Barbier, t. IV, p. 218.

Marie Leczinska1 s’avança, tenant par la main deux de ses filles : « Voici mes enfants et vos sœurs, dit-elle; celle-ci, Henriette2, est sage et prudente; celle-là, Adélaïde3, est vive et toujours gaie. — Je prendrai donc conseil de Madame Henriette, et je me divertirai avec Madame Adélaïde. » On sourit, on applaudit : la place était conquise4.

L'étiquette exigeait que la Dauphine, pendant certaine cérémonie de ses noces, portât en bracelet le portrait de son père. La Reine aurait pu s’émouvoir en voyant porter comme un

1. Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, et de Catherine Opalinska, naquit le 23 juin 1703 et reçut à son baptême les noms de Marie-Charlotte- Sophie-Félicité. Le 5 septembre 1 7 elle épousa Louis XV à Fontainebleau. Elle mourut le 24 juin 1768. Sa vie a été écrite par Mme la comtesse d’Armaillé. Paris, Lecoffre.

2. Anne-Henriette de France, née à Versailles le 14 août 1727 , morte à Versailles le 10 février 1752. (Voir plus loin la lettre que Marie- Josèphe adressa à sa mère le ig février, au sujet de cette mort, sur le rôle qu’IIenriette aurait joué auprès de la jeune princesse sa sœur.)

3. Marie- Adélaïde de France, née à Versailles le 23 mars 1732, morte à Trieste en mars 1800. Cette princesse, comme nous le verrons, devint dans la suite la compagne assidue de Marie- Josèphe et sa confidente la plus intime.

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