INTRODUCTION
E toutes les séries de sa collection, les deux suivantes sont assu-
rément celles qui ont demandé le plus de temps et de soins, à
M. Benjamin Fillon, pour être formées. On sait combien sont,
en général, rares les autographes des artistes et des compositeurs de musique, surtout lorsqu'ils remontent au delà d’un siècle. Or, les premiers occupent ici 713 numéros; les seconds, 133 numéros; ce qui constitue assurément une des plus amples réunions de documents de cette nature, formées par un particulier, depuis Bottari; encore ce savant prélat s'est-il plus particulièrement occupé des artistes italiens. Plusieurs des pièces de cette catégorie, décrites plus loin, lui ont appartenu, ou leurs textes figurent, parfois d'une manière incomplète, dans son ouvrage intitulé : Raccolta di lettere sulla pittura, scultura ed architettura, seritte da’ più celebri professori dal secolo XV al X VIZ. Rome, 1754-73.
M. Fillon s’est, au contraire, attaché à donner place, dans ses cartons, à tous les grands représentants de l’art moderne, sans trop s'inquiéter, en apparence, de leur origine respective. Les lacunes qu'on y remarque tiennent uniquement à l'impossibilité de se procurer certains desiderala qu'on ne rencontre guère non plus ailleurs. Jean de Fiesole, Mantegna. Holbein,
Marc-Antoine, le Corrège, Jean Goujon et quelques autres ne figurent dans aucune collection privée.
Le catalogue, distribué aujourd’hui au public, embrasse donc la presque totalité des lcoles européennes des quatre derniers siècles. Les préférences de l’auteur de la collection sont uniquement appréciables par le choix des documents recueillis et par les notes qui les accompagnent.
Quelques-uns de ces autographes comptent parmi les premiers arrivés entre les mains de M. Fillon, au début de sa carrière de chercheur. Beaucoup lui sontensuite venus des cabinets les plus renommés. D'autres aussi lui ont été donnés par des amis, désireux de s'associer à cette recherche passionnée que rien n’a pu décourager durant quarante années. M. Philippe Burty, qui s’est beaucoup occupé des artistes contemporains, lui à fait, par exemple, le généreux abandon de diverses pièces intéressantes, soit comme documents biographiques, soit comme raretés; car, parmi les célébrités de ce siècle, 1l en est dont l'écriture est tout aussi difficile à se procurer que celle de leurs devanciers des xv° et. xvi° siècles. Tels sont Barye et Troyon, déjà presque introuvables.
La plus ancienne pièce française, inscrite au Catalogue, remonte à 1456. Elle établit, d'une manière irrécusable, que le roi René pratiquait la peinture. La seconde en date concerne un livre d'heures peint par Jean Foucquet pour Philippe de Commynes. A la suite de ces deux noms célèbres, pour ne citer que les grandes raretés et les individualités hors pairs, apparaissent Jean Perreal, Hélène de Hangest, dame de Boisy, cette femme d'élite, un peu romanesque, qui fit l'éducation artistique de François Ie" et créa la fabrique des jolies faïences d'Oiron; Jean Juste, Jacques Androuet du Cerceau, Philibert Delorme, Étienne Dumonstier, Jean Bologne, le célèbre sculpteur, né à Douai, mais qui passa sa vie en Italie; Marc Duval, l’auteur de la belle planche des 7rois Coligny; Germain Pillon, Pierre Biard, Philippe Régnault, le graveur des monnaies et des sceaux de la Ligue; Claude Berthelemy, ce modeleur en terre émaillée auquel on doit la Vowrrice; Daniel Dumonstier: l'illustre graveur en médailles Guillaume Dupré, une des gloires de l’art français; Jacques Stella, Simon Vouet, Jacques Callot, Nicolas Poussin, Claude Mellan, Claude le Lorrain, Philippe de Champagne, Jean Varin, Grégoire Huret, Eustache Le Sueur, Pierre Puget,
Jean Pesne, Robert Nanteuil, Gérard et Benoit Audran, François Girardon, * Jean Jouvenet, Jules Hardouin-Mansart, Hyacinthe Rigaud, Antoine Coypel, . Wateau (une curieuse lettre le concernant), Jean-Marc Nattier, Bouchardon, Gravelot, Chardin, François Boucher, Maurice-Quentin de La Tour, Pigalle, M" de Pompadour, Ficquet, Greuze, Lantara, J.-B. Grateloup, Clodion, Houdon; une série précieuse de lettres de Louis David; Prud’hon, Giuseppe Ceracchi et Topino-Lebrun, deux artistes patriotes unis dans la . mort; un dossier remarquable sur Gros.
Parmi les artistes de ce siècle, aujourd’hui morts, il faut mentionner : Ingres, Rude, Sigalon, David d'Angers, Géricault, Léopold Robert, Barye, Corot, Eugène Delacroix, Théodore Rousseau, Troyon, Millet, Courbet, Carpeaux et Henri Régnault.
Parmi les vivants : Rosa Bonheur, Meissonier, Français, Hébert, Gérome, Paul Baudry, Paul Dubois, Chapu, Jules Jacquemart, Jean-Paul Laurens et Sarah Bernhardt.
Le chapitre consacré à l'Italie, quoique très rempli, renferme moins de numéros que le précédent; mais son importance est tout aussi considérable, en raison de la valeur exceptionnelle des autographes qu'il renferme et de la haute renommée de la plupart de leurs auteurs. Citons les principaux : Vittore Pisano, dit Pisanello, le plus grand des médailleurs du xv° siècle, figure le premier sur la liste. Après lui se présentent Michelozzo Michelozzi, Cristoforo de Moretti, Baldassare de Reggio, dit d'XZste; le Pérugin, Léonard de Vinci, Caradosso, Perino del Vaga, Michel-Ange (l’ordre de paiement des statues du tombeau de Jules IT, et une lettre, de la plus haute valeur, sur les travaux de Saint-Pierre de Rome); le Titien (superbe missive à Charles-Quint sur le portrait d'Isabelle de Portugal); Raphaël (pièce relative à la fresque de l’Afila du Vatican); Alfonso Lombardi, le Primatice, Jules Romain, Benvenuto Cellini, Vasari (précieuse lettre sur le transport clandestin, de Rome à Florence, des restes de Michel-Ange); Paul Véronèse, Pompeo Leoni, Les trois Carrache, le Guide, l’Albane, Lanfranc, le Dominiquin, le Guerchin, Artémise Gentileschi, l’Algarde, le Bernin, Torelli, l’architecte machiniste du théâtre du cardinal Mazarin, La Belle, Salvator Rosa, Rosalba Carriera, Canova, etc., etc.
L'Espagne, moins bien partagée, n’a, pour ainsi dire, fourni que Goya.
L'Angleterre se montre, au contraire, escortée d'une vaillante phalange d'artistes d’une originalité saisissante : H. Gyles, Thornhill, Hogarth , Gainsborough, Joshua Reynolds, Flaxman, Thomas Lawrence, Turner, Wilkie, Bonington, Seymour-Haden et autres.
La Belgique y à la plupart de ses plus grands noms : Rubens, Jordaens, Van Dyck, David Teniers le jeune, jusqu'à Ary Scheffer et Leys.
La Hollande, tout aussi bien partagée, nous apporte : Honthorst, Rembrandt, Gonzales Coques, Ostade, Ruysdaël, Bakhuysen.
L'Allemagne apparaît enfin avec Albert Durer, Lucas Cranach, Raphaël Mengs, Cornelius, Kaulbach et Overbeck. Si, dans les diverses branches de l'art du dessin, son contingent est moins riche que celui de certaines autres nations, elle prend largement sa revanche dans la série des Compositeurs de musique, où elle occupe le premier rang, sans qu'il puisse -lui ètre disputé, si ce n’est par l’Autriche, sa rivale autant que sa sœur, qui à donné le jour à Joseph Haydn, le père de la symphonie, et au divin Mozart.
Passant, maintenant, aux musiciens, compris dans la dixième série, je signalerai, d'une façon particulière, à l'attention des amateurs les noms suivants :
FRANCE. — Pierre Santerre, un vieux maître poitevin huguenot de la première moitié du xvI° siècle; Guédron, le maître de chapelle de Louis XIII; François Couperin, Rameau, Dalayrac, Le Sueur, Méhul, Boïeldieu, Auber, Herold, Halevy, Félicien David, Ambroise Thomas. Gounod. |
IrALIE. — Le P. Martini, Piccinni, Cimarosa, Paisiello, Cherubini, Spontini, Paganini, Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi.
FRANCO-BELGES. — Roland de Lassus, le chef de la vaillante phalange des maitres de cette région au xvr° siècle, et, à deux cents ans de distance, l'excellent Grétry.
ALLEMAGNE. — Sébastien Bach, Haendel (superbe missive en français), Gluck (une des plus belles lettres du grand compositeur, à la comtesse de Fries, sur la physionomie des représentations de son 4rmide à l'Opéra); Beethoven (lettre en français); Weber, Meyerbeer, Schubert, Mendelssohn, sans oublier Richard Wagner.
AUTRICHE. — Joseph Haydn; Mozart, accompagné de son père et de sa mère ; Schubert.
POLOGNE. — Chopin.
Pour la rédaction du Catalogue de la Série des Artistes et de celle des Musiciens, je me suis, la plupart du temps, servi des notices inscrites par M. B. Fillon au recto des chemises de chacun de ses autographes : aussi dois-je lui laisser l’entière responsabilité des appréciations sur la nature du talent, le caractère privé ou la vie publique des personnages dont les noms sont mentionnés dans cette partie de mon inventaire. Ces appréciations sont empreintes d’un cachet trop personnel, pour qu'il ne m'ait pas semblé bon de leur conserver leur saveur originelle, au risque de laisser subsister certaines répétitions de mots, certaines rudesses de langage. L'ensemble forme un tout qui n’est pas sans intérêt, comme aperçu général sur l’art, depuis les débuts de la Renaissance jusqu’à nos jours, formulé par un amateur vivant loin de Paris, au fond de la Vendée.
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