‹ Inventaire des autographes et documents historiquesChapitre 153 sur 242 · MASSACRES DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MASSACRES DE SEPTEMBRE

1° L. A. S. de l'abbé Sicard, instituteur des sourds-muets, au président de l’Assemblée nationale (Hérault-Séchelles); chambre d'arrêts du Comité de surveillance de la section des quatre nations, 4 septembre (1792), 1 p. in-4.

Précieuse pièce, écrite alors qu’il était sur le point d’être massacré. Elle porte pour sous-— cription : « À Monsieur, Monsieur le président de l’Assemblée nationale, pour conserver la vie d’un citoyen. » En voici le texte :

« Monsieur le Président,

« C’est à vous-même que, sur ce chiffon de papier, le seul que j’aie pu me procurer, je me hâte de vous apprendre, le désespoir dans l’âme, que le peuple de la section des 4 Nations demande ma tête, et que, dans-une heure, au plus, je ne vivrai plus, si, dans votre sagesse, vous ne trouvez quelque moyen de me sauver. Ah! de grâce, faites-moi transférer prisonnier dans

quelque comité de l’Assemblée nationale. ur « SICARD, instituteur des sourds-muets. »

(La lettre porte quelques taches de sang, ce qui ne doit point surprendre, puisqu'on massacrait depuis deux jours dans cette prison. L’abbé Sicard s'attendait à être immolé à quatre heures, et il en était trois lorsqu'il écrivit cette lettre. Il la mentionne dans une relation qu’il a publiée plus tard, mais il n’en donne point le texte. Lorsqu'elle parvint à l’Assemblée, les députés n'étaient plus en séance. Un huissier la porta sur le champ à Hérault-Séchelles, qui se rendit à l'instant au comité d’instruction publique, où fut rédigée la pièce suivante).

20 L. A.S. de Gilbert Romme, secrétaire ; Brugoux, Constant Saint-E'stève, Mulot, etc., membres du Comité d'instruction publique, à la Commune de Paris ; 4 septembre 1792, 3/4 de p. in-4.

L'abbé Sicard fait entendre le dernier cri du désespoir, et appelle à son secours l’Assemblée nationale, qui n’est point réunie en cet instant. Le temps presse, et le comité prend la première mesure qui se présente à lui. « Vous, Messieurs, qui avez la confiance du peuple, faites un dernier effort pour rappeler ceux qui demandent aujourd’hui la tête de M. Sicard, à la clémence qu’ils montrèrent hier (envers Sombreuil et Cazotte), et qui les honora aux yeux de tous les amis de la liberté. Nous vous envoyons le billet de M. Sicard. Ces lignes, tracées dans l'agitation d’une âme désespérée, sont faites pour faire une profonde impression sur les âmes sensibles. » .

(Cet appel fut entendu. Un membre de la Communé, Guiraut (de Bordeaux), partit immédiatement de l'Hôtel de ville, arriva à l’Abbaye à sept heures, et, revêtu de l’écharpe municipale, emmena l’abbé Sicard sous le bras, en traversant la foule des égorgeurs.)

30 Extrait du procès-verbal de l’Assemblée législative du 4 septembre 1792, expédition délivrée par la Convention le 12 décembre de la même année, sig. L. M. Lepeletier (Saint-Fargeau), président ; Osselin et Saint-Just, secrétaires ; 1 p. in-fol., cachet.

M. Guiraut, membre de la Commune, présente à l’Assemblée l’abbé Sicard, qu'il vient d’arracher à une mort certaine.

4° Ordre du comité de surveillance de la section des Quatre-Nations, sig. Zegangneur, Barbot, etc. ; 6 sept. 1792, 1 p. in-4, cachet.

Les clefs du citoyen Sicard lui seront restituées, afin qu’il puisse jouir de la liberté et de:ses propriétés, suivant le décret de l’Assemblée nationale.

Page 1