‹ Inventaire des autographes et documents historiquesChapitre 177 sur 242 · Assassinat de Marat · texte numérisé non relu

Assassinat de Marat

19 Prétendu billet de Marat, que celui-ci aurait adressé à l'Espagnol Guzman, au moment où il venait de recevoir le coup mortel ; sans date, 1 p. in-18 oblong. — A la pièce sont fixés, avec une épingle, un morceau de crêpe noir, et une enveloppe de lettre, d'une écriture toute différente, ainsi conçue : A% sütoien, citoien Gusment an son autelle rut neufe des Mathurins n° 56.

Guzman était un Espagnol enthousiaste de la liberté, qui, réfugié en France, s’y fit remarquer par son exaltation révolutionnaire. Le Comité de salut public le fit, un jour arrêter, comme agent de l'étranger. Guzman, s'étant trouvé compromis, plus tard, dans l'affaire de Danton, Camille Desmoulins et autres, il fut condamné en même temps qu'eux et envoyé à la mort. — Le prétendu billet de Marat est renfermé dans une chemise avec une note autographe de M. Villenave, où il est dit que Guzman avait porté cette religue sur Son cœur jusqu’à sa mort, et qu'avant de monter sur l’échafaud, il l'avait donnée à l’ex-moine Gallais, son ami, pour qu’elle ne fût pas profanée.

S'il y à une chose certaine, c’est que Marat n’a écrit ni pu écrire ces lignes. D'abord, il n’y a pas le moindre point de ressemblance entre cette écriture et la sienne; ensuite, comme l'établit l’autopsie de son cadavre (voy. la pièce suivante), il a succombé sur-le-champ sous le couteau de Charlotte Corday. Il y a donc eu supercherie. Quel en est l’auteur ? En comparant les caractères du billet avec ceux de la note de M. Villenave, on y trouve de singulières similitudes; mais comment penser qu’un homme du caractère de M. Villenave se soit permis une: pareille espièglerie! Quoi qu’il en soit, Dulaure n’a pas hésité à accepter ce billet comme authentique et à le publier dans ses ÆEsquisses de la Révolution, 1823, t. II, p. 455. Dulaure, on le sait, brillait plus par l’érudition que par la critique. D'ailleurs, ancien conventionnel girondin, par conséquent ennemi de Marat, il dut accueillir avec empressement une pièce qui le montrait déposant son dernier soupir dans le sein d’un Espagnol; ce qui venail COrTOborer cette accusation de la Gironde, qu’il était le chef de la faction de l'étranger. — Un écrivain plus grave, et justement célèbre, M. Louis Blanc, a reproduit comme vrai, dans son Histoire de la Révolution française, et d’après Dulaure, le billet fabriqué que nous avons là sous les yeux. — Cette mystification' historique est certainement une des plus curieuses parmi celles dont nos fastes littéraires offrent l'exemple.

20 Procès-verbaux de l'ouverture et de l'embaumement du corps de Marat, deux pièces aut. sig. de Deschamps, chirurgien en chef de l'hôpital dela Charité, sig. et parafées par Bernard, vice-président du conseil de la Commune, et Dorat-Cubières (le poëte), secrétaire greffier ; 14 et 17 juillet 1793, 5 p. 1/2 in-4.

L’autopsie eut lieu le 14, dans l'après-midi. Le chirurgien Deschamps termine ainsi le procès-verbal de cette opération : « Il résulte de ces observations que l'instrument piquant et tranchant a été dirigé de devant en arrière, de droite à gauche et de haut en bas; que dans le trajet qu’il a parcouru il est entré dans la poitrine entre la première et la seconde côte, qu’il a traversé la partie supérieure du poulmon droit, ainsi que l'aorte, et qu’il a pénétré dans l'oreillette gauche du cœur... » — Le corps de Marat fut embaumé le 14 même, excepté la face et l'extérieur de la poitrine, « qui devaient, dit Deschamps, être exposés aux yeux de nos concitoyens. » L’embaumement fut complété le 16, dans le jardin des Cordeliers. Le cœur, placé dans une boîte de plomb, fut remis au citoyen Berger. On plaça le corps dans le cercueil, en présence du président de la Convention, et le cercueil fut mis dans un caveau (dans le jardin des Cordeliers), avec deux vases aux pieds, l’un contenant les entrailles, l’autre les poumons. L'opération ne fut terminée qu’à deux heures du matin.

(Ces procès-verbaux faisaient également partie de la collection de M. Villenave et se trouvaient joints, dans le même dossier, à la pièce cataloguée sous le numéro précédent. Il aurait dû voir, par les termes mêmes du procès-verbal d'autopsie, que Marat a succombé sur-lechamp. Non-seulement il n’a pas pu écrire, mais c’est à peine s’il lui est resté assez de vie pour appeler à son secours.)

30 L. A.S. de Pache, maire de Paris, à Hanriot ; 13 juillet 1793, à minuit, 4 p. pl. in-4, cachet, |

Le Comité de salut public pense qu’il fautavoir demain une forte réserve, composée de deux ou trois sections armées. Les citoyens qui quitteront ainsi leurs occupations recevront une solde de 40 sous par jour. « J’estime qu’il faut commencer par requérir les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau... Il paraît qu’il serait convenable que la réserve soit formée sans bruit. Je vous ai attendu au Comité de salut public. »

49 L. A. S. de Pache à Hanriot ; 14 juillet 1793 (le matin), 2 D. in-4.

, Le ministre de l’intérieur lui fait passer l'avis que des malveillants doivent se porter à l'Abbaye et au Temple. Invitation à tenir tous les postes bien garnis. « Je vous prie d'y donner

tous vos soins et de prendre, pour y parvenir, tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Donnez, si vous le jugez convenable, plus d'extension à la réquisition sur laquelle je vous ai écrit cette nuit et pour laquelle on donne la solde de 40 sous... »

5° L. À. S. de Pache à Hanriot; 14 juillet 1793, 1/2 p. in-4.

On lui mande qu’il se rassemble beaucoup de monde devant la maison de Marat. « Je vous prie d'y envoyer des patrouilles pour y maintenir la tranquillité. »

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