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VIII. Artistes dramatiques. XV. Célébrités diverses

Cette classification est la conception personnelle de M. B. Fillon. Elle embrasse, ce me semble, les célébrités de tous les genres, et si, suivant les tendances de chacun, l’ordre adopté peut être interverti, si l’on veut admettre certains noms dans les séries, ou en retrancher certains autres, le cadre n’en restera pas moins le même. |

La première série a été largement conçue. Elle comprend les diverses catégories d'hommes qui, par leurs écrits, leurs actes, ou leurs découvertes, ont exercé sur l'humanité une influence décisive. La difficulté d'indiquer la part exacte de reconnaissance que la postérité assigne à chacun d’eux n’a pas permis de séparer les initiateurs des inventeurs. Tous figurent à leur ordre chronologique : penseurs qui formulent les idées et les répandent peu à peu dans les foules, jusqu’à ce que ces idées entrent dans le domaine des faits : tels Rabelais, La Boëtie, Bacon, Descartes, Locke, J.-J. Rousseau, Voltaire, Kant ; — rénovateurs des lettres : Aurispa, Guarino, Strozzi; — réformateurs des mœurs, comme Savonarole ;—ceux qui ont donné l'exemple des grandes vertus sociales : Vincent de Paul et Washington ; — ceux dont les découvertes ont été un bienfait pour l'humanité : Ambroise Paré, l’abbé de l'Épée, Jenner ; —les créateurs des sciences : Viete, Galilée, Newton, Linné,

Lavoisier, Laplace, Geoffroy Saint-Hilaire, jusqu’à Berthelot et à Claude Bernard, qui ont créé la chimie organique et la physiologie expérimentale, jusqu'au commandant Maury, qui a exploré le fond de la mer et entrepris d’en donner la géographie physique ; — les inventeurs : Torricelli, Franklin, Montgolfier, Jouffroy, Fulton, Stephenson, Morse, génies féconds qui ont modifié et amélioré la condition des ressources physiques de l’homme et multiplié ses rapports avec ses semblables, sans oublier Jacquard, inventeur du métier à tisser la sole, à côté duquel M. Fillon eût voulu placer cet autre ouvrier lyonnais, Thimonier, qui construisit la première machine à coudre; — les grands ingénieurs, comme Lesseps et Sommeiller, qui ont conçu et exécuté des travaux gigantesques, destinés à rapprocher les peuples.

Sans se porter juge des doctrines, M. Fillon a admis, parmi les initiateurs, certains hommes dont les théories, pleines de hardiesse, exercent une influence considérable sur le présent : Saint-Simon, Fourier, Owen, Cabet, Auguste Comte, Proudhon.

Estimant aussi que beaucoup d’initiateurs, pour n'avoir pas prévu les conséquences ultérieures de leurs découvertes, n’en ont pas moins bien mérité de l'avenir, comme Gutenberg, qui chercha simplement le procédé mécanique de multiplier les copies des manuscrits ; comme Denis Papin, qui ne songea, d’abord, qu'à se servir de la vapeur pour ramollir les os et en fabriquer plus facilement des joujoux ; comme Galvani, qui trouva le moyen de produire l'électricité, par la rencontre fortuite de deux lames de métaux différents, sans en tirer de résultats pratiques, M. Fillon n’a pas rejeté non plus de sa première série Théophraste Renaudot et Denis de Sallo, créateurs en réalité, par la fondation de la Gazette de France et du Journal des Savants, du journalisme politique et scientifique, cette puissance formidable qui s'empare de plus en plus de la direction des sociétés contemporaines.

Enfin on ne s’étonnera pas, je crois, de voir figurer, parmi tant d’individualités d'élite, le législateur de la diplomatique Mabillon, l'interprète des hiéroglyphes Champollion, et, à un autre point de vue, mistress Beecher Stowe, dont le beau livre : 4 Case de l'Oncle Tom, à donné, aux État-Unis, le signal de l’affranchissement des esclaves.

On me pardonnera, sans nul doute, d’avoir, en exposant une conception

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propre à M. Fillon, si longuement insisté sur la série par laquelle s'ouvre sa collection. À quelque point de vue qu’on se place, on ne pourra parcourir sans émotion cette suite de personnages illustres, qui commence avec la Renaissance italienne et finit aux savants de génie, dont les utiles découvertes et les prodigieux talents illustreront, à travers les âges futurs, le siècle où nous vivons.

Les autres séries ont été conçues dans un même esprit de justice. M. Fillon s’est attaché à se procurer, dans chaque genre, les noms capables de caractériser soit un grand fait, soit une grande époque. Ici, point d'exclusion : si les préférences de M. Fillon pour certains hommes, ou pour les productions intellectuelles de certaines races, se trahissent parfois dans la composition de deux ou trois séries, il à néanmoins estimé que, du point de vue élevé où il s’est placé, les individualités se fondent dans les ensembles, et 1l a donné accès dans son pandæmonium à une foule d'illustrations, pour lui, moins sympathiques. S'il a, par exemple, recueilli avec ardeur les autographes des célébrités en tout genre de la Renaissance française et italienne, il n’a pas oublié, pour cela, les grands noms de l'Angleterre et de la Germanie. Savonarole n'exclut point Luther et Henri VII; Kepler est non loin de Galilée, et si Pérugin, Raphaël, Michel-Ange et Titien n’ont pas Albert Durer et Holbein en leur compagnie, ce n’est pas faute que M. Fillon ait espéré, pendant des années, la venue, dans ses cartons, des autographes de ces grands artistes.

Ailleurs, du Guesclin et Chandos, Bacon et Descartes, Gluck et Piccinni reposent en paix. Lannes et Palafox ne sont plus étonnés de se retrouver si voisins l’un de l’autre, tant d'années après les combats héroïques de Saragosse. Il n’est pas jusqu'aux généraux Chanzy et Faidherbe qui se montrent à côté du vieux maréchal Moltke, comme si, déjà, la postérité avait, ainsi que pour la guerre de Cent ans, jeté l’apaisement sur les luttes douloureuses de 1870.

Tous, ils ont, là, leur individualité propre, affirmée par leur écriture. L'esprit de système a singulièrement exagéré les conséquences à tirer de la corrélation qui existe, dans une certaine mesure, entre l'écriture des hommes et leurs passions ou leurs aptitudes ; mais il n’en est pas moins vrai que l’étude comparée des autographes démontre la réalité de cette corrélation, et qu'il s’en dégage bon nombre de déductions, que penseurs et curieux sauront utiliser tôt ou tard.

Afin de donner à sa collection un intérêt plus large et plus multiple, M. Fillon l’a ouverte aux documents historiques proprement dits, lorsque ces documents concernent un fait d’une importance exceptionnelle ou bien un personnage saillant, dont on n’a pas d’autographes. C'est à ce titre qu'on trouvera, dans ce catalogue, des chartes d’Aliénor d'Aquitaine, de Richard Cœur de Lion, de Philippe-Auguste, d'Enguerrand de Coucy, de Louis IX, d'Édouard III, du Prince Noir, d'Olivier de Clisson et de plusieurs autres.

Les lettres écrites et signées par des secrétaires n’ont pas été exclues de la collection de M. B. Fillon. Au xiv* siècle et au xv°, les princes et beaucoup de grands seigneurs avaient coutume de confier à leurs secrétaires le soin de rédiger et d'écrire leurs lettres ; le plus souvent même, ils déléguaient leur signature. Pour ne pas être autographes, les pièces de cette catégorie n’en sont pas moins des émanations directes de la pensée des personnages au nom desquels elles ont été souscrites, et, partant, des documents authentiques fort intéressants pour l’histoire. Et puis certains secrétaires sont tout aussi célèbres que leurs patrons. Plusieurs des lettres de Côme de Médicis l’ancien sont de l'écriture arrondie et correcte de l'historien Gianetto Manetti; le pape Pie II comptait Platine au nombre de ses secrétaires; Milton n’a-t-il pas été celui d'Olivier Cromwell? — Quel prix n'atteimdrait pas une dépêche du Protecteur, dont le texte serait de la main de l’illustre auteur du Paradis perdu, si elle était livrée aux enchères ! — Enfin, pour prendre un exemple dans la collection même de M. Fillon, la lettre si caractéristique, adressée par Bertrand du Guesclin à certain moine qui rechignait à lui payer une somme convenue, perd-elle tout son prix, pour ne pas porter la signature sommaire du grand connétable ?

Les pièces ont une valeur et un intérêt de plus, quand elles sont pourvues de leurs cachets. Souvent ces empreintes, sans parler de la question héraldique, révèlent, par le choix du type de l'emblème ou de la devise qui les décore, un côté peu connu des goûts, des aspirations intimes de ceux qui en ont fait usage. Les spécimens reproduits dans le catalogue suffiront pour montrer quel attrait peuvent ajouter à un autographe des cachets aussi curieux que ceux du Titien, d'Olivier Cromwell, de Bossuet, de Linné, de Jean-Jacques Rousseau, de M"° Roland, de Schiller.

Lorsque la collection renferme plusieurs autographes d’un même personnage, pourvu d’une double notoriété, soit en raison de ses aptitudes diverses, soit par suite du rang qu’il a occupé dans le monde, le plus important de ces autographes prend place dans la série consacrée aux célébrités de l’ordre d'idées où il a le plus marqué. A plus forte raison doit-il figurer là, si la collection n’en contient qu'un seul. Au cas contraire, les autres sont mis dans la seconde série, où, à défaut de renommée plus éclatante, le personnage en question à conquis également droit de cité. Rabelais apparaît à la fois parmi les initiateurs et parmi les écrivains ; Commynes et Machiavel sont classés parmi les hommes d’État et parmi les historiens ; Condorcet est à la fois avec les savants et avec les hommes politiques de la Révolution française ; M" de Maintenon, épouse de Louis XIV, se tient à côté de ce monarque, et, d'autre part, occupe sa place dans les lettres. Washington, rangé d’abord avec les initiateurs, ouvre, ensuite, la série des présidents de la République des États-Unis.

M. Fillon, toujours guidé par l’idée mère qui a présidé à la formation de sa collection, a voulu compléter l’autographe par le portrait gravé, mettant de la sorte la physionomie vivante de la personne en face de l’expression la plus palpable de son individualité morale. La rareté des portraits originaux, — les seuls que M. Fillon recherchât, — et les prix élevés qu’on leur attribue actuellement, l’ont empêché d'étendre ce complément artistique à l’ensemble de ses cartons. Il s’est contenté de l’attribuer aux grandes célébrités et à quelques noms moins illustres, dont les images, parfaitement authentiques, sont venues en sa possession. Pendant un de mes trop brefs séjours dans la demeure hospitalière de la Court de Saint-Cyr en Talmondais (Vendée), il m'a été donné de voir et d'admirer ces portraits, tous d’une conservation parfaite et, souvent, du premier état des planches. J'ai relevé la note de quelques-uns des principaux, et je crois utile de la publier ici, comme témoignage du goût éclairé de M. Fillon, et comme un exemple à suivre pour les amateurs d’autographes :

Michel-Ange, à l’âge de 71 ans, par un anonyme. — Raphaël, par Marc- Antoine et par Bonasone. — François 1®, par Augustin Vénitien. — Luther, à deux époques de sa vie : à 37 ans, par Lucas de Cranach; à 57, par Aldegrave. — Mélanchthon, par Albert Durer. — L'’Arétin, par Marc-Antoine. —

Titien, par Augustin Carrache. — Rabelais, François de la Noue et Germain Pillon, extraits de la Chronologie collée. — Les trois Coligny, par Marc Duval et par Wischer. — Ambroise Paré, de profil, à l’âge de 45 ans, par Étienne Delaulne. — Charles X, roi de la Ligue, avec les insignes royaux, par Thomas de Leu. — Henri IV, par L. Gaultier et par Goltzius. Marie de Médicis, à l’âge de 18 ans, bois dont on a faussement attribué l'exécution à cette princesse. — Louis XIII, nu, à cheval, par Abraham Bosse. — Richelieu, en buste, par Michel Lasne et par Nanteuil ; en cavalier, par H. David. — Bentivoglio, par Morin. — Poussin, par Ferdinand et par Presne (le plus petit des deux portraits de ce dernier). — Rembrandt, gravé en 1639 par luimême.— Van Dyck, eau-forte pure de sa propre image. — Olivier Cromwell, par Faithorne. — Descartes, par Swyderhoff. — Fermat, par Poilly. — P. Corneille, par Michel Lasne, format in-12. — Molière, par Nolin. — M" de Sévigné, par Edelinck. — Jean-Jacques Rousseau, par Ficquet. — Gluck, par Miger.— Mozart enfant et sa famille, par Delafosse, d’après Carmontelle. — Louis XVI, avec le bonnet rouge et la cocarde nationale. — Marat, eauforte anonyme du temps, d’après l’étude de L. David. -— George Sand, par Calamatta, petit format. — Charles Méryon, par Flameng. — Théophile Gautier, par Jules Jacquemart, etc., etc.

Détail bon à noter. M. Fillon était-il peu satisfait de tels ou tels portraits gravés, même contemporains des individus qu’ils représentent? il nese faisait pas scrupule de leur préférer des images que beaucoup de collectionneurs n’accueillent pas volontiers. C’est ainsi qu'il avait, depuis longtemps, substitué à celles d’Érasme, par Albert Durer et Van Dyck, la photogravure du dessin de Holbein conservé au musée de Bâle, dont la ressemblance est si saisissante. — Certes, il à eu raison en agissant ainsi, car il importe assurément moins, dans cet ordre d'idées, d'avoir sous les yeux une pièce d’un prix élevé qu'une reproduction fidèle des traits de l’homme. J’ai souvent songé, pour ma part, à dresser une liste générale de portraits, au point de vue des collections d’autographes. J’ignore s’il me sera donné de réaliser jamais ce projet. Quoi qu'il advienne, celui qui le mettra à exécution rendra un immense service à l’iconographie, la recherche de l’image oraie ayant presque toujours été subordonnée à celle du portrait convenu, plus plaisant à l’œil, mais d’une ressemblance très-incertaine et côtoyant, parfois, l’apocryphe.

Dans le même dossier se voyait souvent, en face du portrait, une gravure relative à quelques traits de la vie du personnage dont il s'agissait d'illustrer l’autographe. Puisées aux sources contemporaines, ces gravures donnaient une idée exacte du milieu dans lequel les auteurs des pièces écrites ont vécu. C’étaient comme autant d'échappées ouvertes sur les siècles passés. On comprenait mieux les drames terribles de nos guerres religieuses et ceux de la Révolution française, en présence d'œuvres tracées par des témoins oculaires.

La série des architectes, sculpteurs, peintres et graveurs, avait reçu un genre particulier d'illustrations. Pour certains artistes éminents, on avait ajouté à leur dossier un dessin original, ou bien une gravure caractérisant la manière de chacun d'eux. Si l’autographe mentionnait une œuvre déterminée, la reproduction en petit avait été recueillie. Citons quelques exemples :

Lettre de Michel-Ange relative à Saint-Pierre de Rome : Vue de l’édifice, dessinée à la plume en 1545. — Autre missive du même : Étude originale de Sibylle à la sanguine. — Quittance d’un quartier de la pension payée, en 1515, à Raphaël pour les fresques du Vatican : Gravure de l'Attila, peint cette même année, et l’admirable Zucrèce de Marc-Antoine, d’après le maitre. — Lettre du Titien à Charles-Quint, lui annonçant que le portrait de feu Isabelle de Portugal est achevé : Dessin du temps d'après ce portrait. — Pour Jean Juste, un ancien dessin du tombeau de Claude Gouffier,

exécuté par lui. — Daniel Dumonstier, un petit portrait d'homme aux trois crayons. — Guillaume Dupré : La gravure de son superbe médaillon du président Duret. — Rembrandt : Le Paysage aux trois arbres et le dessin

d’une tête de vieille femme. — Van Dyck : Portrait de Cornelissen à la pierre: noire, de la main du peintre. — Claude Lorrain : Son Bouvier et un dessin à la plume, lavé de bistre. — Philippe de Champagne : Une étude à la sanguine, d’après une jeune religieuse. — Jacques Callot : Ses Supplices. — Nicolas Poussin : Dessin du Zestament d'Eudamidas, et le frontispice composé par lui pour une édition d'Horace. — Lettre de Claude Mellan sur le portrait de Peiresc : Ce portrait. — Boucher : Véxus vidant le carquois de l'Amour sous les yeux de Vulcain, dessin aux trois crayons. — Louis David : Le portrait à l'encre de Chine de Dubois de Crancé. Une étude au crayon

noir, pour le Brutus, accompagnait la lettre où il est question de ce tableau. — Prud'hon : Za République française protégeant le (énie des arts ; dessin de l'en-tête des Brevets d'invention. — Ingres : La gravure de la Stratonice, qui fait le sujet de la lettre placée dans la collection, et un superbe portrait d'homme à la mine de plomb (1).

On comprend sans peine quel intérêt et quelle valeur de telles additions complémentaires apportent à un recueil d’autographes. Aussi ne saurais-je trop engager les amateurs, vraiment dignes de ce nom, à marcher sur les traces de M. Fillon. Avant lui, d’autres collectionneurs avaient réuni, dans un but analogue, gravures et portraits, mais avec une méthode critique moins sûre. Les collections comprises sur ce plan, qui se formeront désormais, en recevront un lustre nouveau, le curieux ayant toujours à gagner à être doublé de l’érudit et de l'amateur délicat des œuvres d'art.

Je reviendrai très-prochainement sur ce sujet, dans un travail spécial, qui servira de préface à mon supplément de l’Zsographie des hommes célèbres.

Le but que se proposait M. Fillon n’eût pas été atteint, s’il n’eût soumis sa collection à un classement méthodique. On a vu plus haut ses quinze divisions générales. Chacune de ces séries a reçu un agencement spécial. L'ordre chronologique a été adopté : il est basé, tantôt sur l’ordre de naissance (pour la 1"° série, la 5° et les suivantes), tantôt sur la date de l’apparition sur la scène politique ou de l’avénement au pouvoir (2°, 3° et 4°). De cette façon, chaque série est, en quelque sorte, un tableau d'histoire. Une table alphabétique de tous les noms facilite Les recherches.

M. Fillon a appliqué aux autographes la méthode des degrés de rareté usitée en numismatique. L'échelle dont il s'est servi se divise en onze degrés, notés par les signes suivants :

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