C. Commun
Dos. D D: P° Re DT RS. D9.
R*. Pièces uniques ow presque introuvables.
R' est voisin de Commun; R° confine aux pièces presque uniques. Les degrés intermédiaires marquent bien la progression de la rareté. Pour appli-
(1) Les portraits, gravures historiques et autres, les dessins de maîtres, ont été réservés. Ils ne font pas partie de la vente.
quer cette méthode aux autographes, j'ai dû, de concert avec M. Fillon, prendre pour base la rareté des pièces au point de vue des collections particulières. Ainsi tel nom, qu'on trouve difficilement, serait plus commun, si l’on tenait compte des correspondances conservées dans les archives publiques de la France et de l'étranger. Ce qu'il importe aux amateurs de connaître, c'est la rareté des pièces qu’ils peuvent se procurer ou découvrir. Hésiterionsnous, par exemple, à inscrire la mention R* à côté du nom de La Bruyère, parce qu’il existe de ce grand écrivain dix-neuf lettres autographes et une quittance (1)? Mème observation pour Molière, dont on connait un nombre au moins égal de pièces, conservées, pour la plupart, aux archives de l'État ou dans des études de notaires.
Ensuite, contrôlant minutieusement les indications de M. Fillon, que j'ai reconnues le plus souvent exactes, j'ai distribué ses autographes entre les onze degrés marqués plus haut. Certes, ce n’était pas une tâche facile, et je n'ai point la prétention d’avoir atteint, dans ce travail, une exactitude mathématique. Parfois, la différence entre deux degrés de rareté, voisins l'un de l’autre, ne paraîtra pas bien évidenté. J'ai fait de mon mieux, utilisant les éléments que j'ai réunis pour le Manuel de Amateur d'autographes, les recherches si consciencieuses de M. Fillon et mon expérience personnelle. Beaucoup de noms présentent, à ce point de vue, des différences considérables, suivant qu’il s’agit de lettres autographes signées, ou seulement autographes, ou seulement signées. Cette observation est d'une importance capi-
tale pour les lettres de rois, où les signatures sont souvent communes, tandis .
que les autographes sont d’une excessive rareté, ainsi que pour les écrivains du xvII* et du xvIIr* siècle. Racine et Boileau ne signaient presque jamais leurs missives intimes. Bussy-Rabutin, M de Sévigné et la marquise de Maintenon faisaient de même. Cette coutume devint encore plus fréquente
(1) M. le duc d’Aumale possède dix-sept lettres de La Bruyère, dans les archives de la maison de Condé, qui, bien que particulières, ont le même caractère d’inaliénabilité que les archives de l'Etat. Mon confrère M. Ulysse Robert a récemment découvert, dans les fonds non classés de la Bibliothèque, une lettre de La Bruyère qu’il a publiée. M. le comte d'Hunolstein possède la seule lettre autographe qui ait paru dans les ventes, et M. Dubrunfaut a acquis une quittance portant la signature du grand écrivain. En somme, au point de vue des amateurs, il ne faut compter que les deux dernières pièces mentionnées ci-dessus. C'est ce qui explique l'absence du nom de La Bruyère dans la collection de M. Fillon.
au siècle suivant, surtout chez les femmes. Or, on sait ce que la signature ajoute, comme valeur, à certaines pièces : à une lettre de M®° de Sévigné, par exemple. Les autographes de M®° de Maïntenon et de Voltaire sont plus communs que leurs signatures. Je pourrais citer bien d’autres noms ; mais le peu que j'ai dit suffira, je crois, pour édifier Le lecteur.
De ce qu’une pièce est commune, il ne s’ensuit pas qu’elle ait une valeur médiocre. Tels noms, dont les autographes se rencontrent fréquemment, sont plus recherchés que d’autres : donc ils sont plus rares. Aussi ai-je dû ajouter, parfois, à l'indication des degrés de rareté, le mot Xecherché, qui désigne les autographes les plus demandés. Seulement, ce n’est qu'au-dessous de R$° que cette indication est donnée. Les pièces comprises entre R° et R* inclusivement sont toujours recherchées.
Il est bon de remarquer encore que M. Fillon à fait entrer, autant que possible, dans sa collection, des pièces typiques. Si l’autographe lui-même constitue une relique, l'intérêt historique qu’il présente en augmente singulièrement l'attrait. Cela est si vrai, que, souvent, la teneur des piècesen triple, en quadruple le prix. C’est surtout pour les autographes modernes que la différence est considérable ; on rejette un billet insignifiant, on se dispute une lettre piquanté ou une épitre littéraire.
Mais ce n’est point ici le lieu de s’étendre plus longuement sur ce sujet. La collection de M. Fillon est, je le répète, un bon modèle à suivre. Je n’en ai pas connu qui ait été faite sur un meilleur plan. M. Fillon se proposait d’ailleurs de faire, de sa collection, la matière d'une publication, où il eût traité en maitre diverses questions en rapport avec ses goûts artistiques. D’autres préoccupations plus immédiates, d’autres travaux plus importants l’en ont détourné. Rien n’apprend à se restreindre comme les études dirigées vers un but déterminé. Quiconque veut clore sa carrière de travailleur par une œuvre sérieuse doit concentrer ses forces intellectuelles sur un point unique. Tel est présentement l’avis de M. Fillon. Après s’être assimilé, pendant le cours d’une longue possession de la plupart des autographes dont il se défait aujourd'hui, ce qu’ils renferment de plus substantiel, il tient moins désormais à conserver près de lui un foyer d'attraction aussi envahissante. Il se sépare de ses amis de trente années, par crainte de trop leur donner de sa vie.
Au moment de livrer à la dispersion un ensemble qu'il serait peut-être impossible de refaire, M. Fillon tient à en laisser un souvenir durable. Il a bien voulu me choisir pour son collaborateur, et j'ai accepté avec joie cette occasion de dresser un catalogue rationnel et méthodique, destiné à rendre de grands services aux érudits et aux curieux. J'ai, dans l’accomplissement de cette tâche, mis toute mon ardeur et utilisé de mon mieux ce que m'ont appris les traditions paternelles et mes études propres. Je dois beaucoup aux notes de M. Fillon. La rédaction des notices des personnages est en partie son œuvre, surtout pour ce qui concerne la période de la Révolution française. J’ose, dès lors, espérer que ce volume ne paraitra pas indigne de la collection qu'il décrit et du public auquel il s'adresse.