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Inventaire des papiers manuscrits du cabinet de Robert de Cotte, premier architecte du roi (1656-1735) et de Jules-Robert de Cotte (1683-1767) conservés a la Bibliothèque nationale

L’histoire de l’architecture en France n’est bien connue que jusqu’à la fin du xvie siècle. Trop occupés à combattre la Renaissance au profit du Moyen Age, les historiens, les esthéticiens et les critiques du xixe siècle n’ont pas eu le temps d’étudier le xvne et le xvme siècle. Ils ont constaté la survivance de la tradition gréco-latine, et ils se sont désintéressés des hommes et des œuvres. Ils ont été logiques avec eux-mêmes d’ailleurs : s’ils méprisaient les hommes de la Renaissance, ils devaient mépriser leurs successeurs. Aucune révolution, en effet, n’a profondément modifié l’art architectural du xvie siècle à nos jours ; notre système constructif est encore celui de Philibert de L’Orme, et les ordres forment toujours le fondement de notre décoration. Les transformations, dans le style, se sont produites lentement, par une évolution à peine sensible, et elles n’affectent guère que la distribution intérieure et le détail de la décoration.

Un édifice bâti sous le règne de Louis XIV ne peut être confondu, cependant, avec une construction du xvie siècle. Les architectes des deux époques partent des mêmes principes et, à ne considérer que leur idéal artistique, ils tendent au même but; mais les contemporains de Louis XIV adaptent les formes traditionnelles à des conditions de vie nouvelles. Ils sont directement, étroitement soumis au

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souverain. Louis XIV entend faire participer à sa politique et travailler à l’éclat de son règne toutes les activités sociales, y compris l’art; il n’aime que les hommes qui remplissent ce dessein ; il ne goûte que les œuvres qui proclament la majesté de sa personne ou l’étendue de son pouvoir. Son goût, son idéal — si l’on ose dire — s’imposent aux nobles qui vivent autour de lui, de ses largesses; chacun, dans la mesure de son autorité et de ses moyens, s’efforce d’imiter le Maître ; la mode s’impose de vivre sans cesse en représentation; l’intimité, la vie familiale disparaissent; on cache son âme, on rougit de ses sentiments; on a honte d’aimer et de souffrir : une implacable impassibilité domine la vie quotidienne. La peinture et la sculpture traduisent alors le goût général dans des allégories ennuyeuses, et les architectes négligent, dans leurs plans, les appartements privés, pour les pièces d’apparat. Le palais ou l’hôtel sont essentiellement composés d’une enfilade de pièces de réception, sans destination précise, aboutissant toutes au salon d’honneur, plus grand, plus somptueusement décoré que les autres salons, cadre admirable pour le roi, les jours d’audience, pour les grands, les soirs de réception. Les appartements sont relégués dans les angles ; les pièces qui les composent sont généralement basses, souvent petites, et, pour les atteindre, il faut presque toujours traverser l’enfilade des salons : on y couche, on n’y habite pas.

Mais un besoin d’intimité, d’autant plus vif qu’il est contrarié, se manifeste soudain dans la société, au milieu de l’exaspération de majesté qui marque la fin du règne. Toute la jeune génération se révolte contre la rigueur du protocole, et elle trouve un chef dans la famille royale même. En haine de Mme de Maintenon et des légitimés, le duc de Chartres, bientôt duc d’Orléans, et plus tard Régent, combat

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tous les goûts du roi, son oncle. Sa politique se trouve être en harmonie avec les aspirations de ses contemporains, et il groupe autour de lui, au Palais-Royal, tous les jeunes seigneurs qui ne s’accommodent plus de l’étiquette surannée.

Nous avons essayé de montrer, ailleurs, que l’école de peinture traverse alors une des crises capitales de son histoire : les peintres abandonnent les allégories pompeuses, les mythologies héroïques pour les anecdotes gracieuses et les mythologies galantes; aux tableaux d’histoire, ils substituent les tableaux de genre. L’architecture évolue dans le même sens ; les longues enfilades de salles de réception disparaissent des palais et des hôtels ; les architectes donnent tous leurs soins aux appartements privés : ils ménagent des jolis boudoirs intimes, des petits salons discrets; ils imaginent des escaliers dérobés; au lieu de se surmarcher, leurs pièces deviennent indépendantes, et donnent toutes sur un couloir central.

L’évolution de l’architecture, au début du xvme siècle, a été signalée beaucoup plus tôt que celle de la peinture. Les tableaux sont trop abondants alors, et trop inégaux, pour permettre une analyse rapide ; les constructions sont assez rares, au contraire, pour que la différence de distribution soit sensible de l’une à l’autre. Dès 1765, Patte écrit dans ses Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV : « A l’exemple des bâtiments antiques- et de ceux de l’Italie, que « l’on prenoit pour modèles, les intérieurs étoient vastes et « sans commodité (au xvne siècle). C’étoient des salons à « double étage, de spacieuses salles de compagnie, des « salles de festin immenses, des galeries à perte de vue, des « escaliers d’une grandeur extraordinaire ; toutes ces pièces « étoient placées sans dégagement au bout les unes des

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« autres; on étoitlogé uniquement pour représenter, et l’on « ignoroit l’art de se loger commodément et pour soi. « Toutes ces distributions agréables que l’on admire aujour- « d’hui dans nos hôtels modernes, qui dégagent les apparcc tements avec tant d’art, ces escaliers dérobés, toutes ces « commodités recherchées qui rendent le service des domes- « tiques si aisé, et qui font de nos demeures des séjours « délicieux et enchantés, n’ont été inventées que de nos « jours; ce fut au Palais-Bourbon, en 1722, qu’on en fit le « premier essai, qui a été imité, depuis, en tant de « manières x. »

La décoration traditionnelle ne convient plus à cette distribution nouvelle. On n’imagine pas, dans les boudoirs galants et dans les salons intimes, les allégories héroïques peintes jadis aux plafonds, et les bas-reliefs massifs, sculptés aux cheminées des galeries. Les arabesques pompeuses, qui formaient un cadre parfait aux contemporains de Louis XIV, écraseraient les hommes de la Régence ; les guirlandes légères, les palmettes délicates, les rinceaux élégants qui courent autour de bois joliment amenuisés et dorés, ou de glaces, les remplacent bientôt1 2 : « Ce change- « ment dans nos intérieurs, écrit Patte, fit aussi substituer « à la gravité des ornements dont on les surchargeoit, toutes « sortes de décorations de menuiserie, légères, pleines de « goût, variées de mille façons diverses... On supprima les « solives apparentes des planchers et on les revêtit de ces

1. Texte publié dans Dussieux, Les Artistes français à V étranger, 3e édition, 1876, in-8, p. 118.

2. Si profonde que soit la transformation qui s’accomplit alors, elle n’affecte, remarquons-le bien, ni l’appareil constructif, ni la forme des façades, ni la décoration extérieure essentielle. Le système constructif reste fondé sur la stabilité inerte ; les proportions des façades sont toujours simples ; les ordres forment encore le fondement de la décoration.

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« plafonds qui donnent tant de grâce aux appartements et « que l’on décore de frises et de toutes sortes d’ornements « agréables ; au lieu de ces tableaux et de ces énormes « bas-reliefs que l’on plaçoit sur les cheminées, on les a « décorées de glaces, qui, par leur répétition avec celles « qu’on leur oppose, forment des tableaux mouvants qui « grandissent et animent les appartements, et leur donnent « un air de gaieté et de magnificence qu’ils n’avoient pas \ » Patte n’est pas le seul critique du xvme siècle à signaler la décoration nouvelle qu’imaginent les architectes, mais il est le seul, peut-être, à la comprendre et à l’aimer. Tous les autres, qui proscrivent cependant les demeures incommodes de l’âge précédent, protestent contre les transformations normales, nécessaires, que la distribution nouvelle impose à la décoration. Ainsi Caylus, dans son Eloge de Watteau prononcé à l’Académie, déplore que les arabesques, mises à la mode par Claude Audran, aient «fait détruire les « plafonds des appartements que les plus habiles peintres « avaient exécutés » et « que ce changement de mode, « auquel les ornements de plâtre ont succédé..., prive « encore tous les jours (les peintres) d’une occupation qui « [leur] permettoit d’emploïer leur talent dans le grand et « dans l’héroïque 1 2 » Et La Font de Saint-Yenne attribue ce qu’il appelle, et ce qu’il croit sincèrement être, la décadence de la peinture, à la mode des glaces et des vernis que tous les artistes ont adoptée 3.

Ce sont les successeurs directs de Jules-Hardouin Mansart : Boffrand, Oppenordt, Leroux, Dorbay, Lassurance

1. Texte publié dans Dussieux, Les Artistes français à V étranger, 1876, p. 118.

2. Ed. de Goncourt, L’Art du XVIIIe siècle, première série, p. 23.

3. La Font de Saint-Yenne, Réflexions sur quelques causes de l’état présent de la peinture en France, éd. de 1752, Paris, in-12, p. 200-201.

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père, Robert de Cotte, etc., qui condamnent la distribution et la décoration traditionnelles des édifices civils, et qui réalisent ce qu’on peut appeler le « style Régence », à condition de donner à ce terme un sens extrêmement large. Dans cette pléiade d’artistes, Robert de Cotte tient la première place.

Robert de Cotte est mieux connu que beaucoup de ses contemporains, quoique ni l’histoire de sa vie, ni celle de ses œuvres n’aient été sérieusement étudiées. Il descendait d’une famille d’architectes. Son grand-père était Frémin de Cotte, ingénieur au siège de La Rochelle et auteur d’un ouvrage : Explication briève et facile des cinq ordres d’architecture, dédié à Antoine de Mesmes. Les actes d’état civil de son père n’ont pas été retrouvés, mais Jal croit pouvoir affirmer — et avec raison, semble-t-il — que ce père était Charles de Cotte, architecte également, dont plusieurs actes mentionnent le nom. Charles de Cotte eut un autre fils que Robert, Louis, admis à l’Académie d’architecture le 15 avril 1725, et mort en 1742 : Louis ne paraît pas avoir tenu une bien grande place dans la vie de son frère.

Robert de Cotte naquit vers 1656. Les jeunes artistes s’instruisaient encore volontiers dans l’atelier paternel au milieu du xvne siècle : Charles enseigna les premiers principes à son fils. Mais il eut le double mérite de discerner les dispositions heureuses du jeune homme et de reconnaître son incapacité à les développer; aussi confiat-il à Jules-Hardouin Mansart une éducation qu’il redoutait de ne pouvoir mener à bonne fin. Mansart était de dix ans à peine plus âgé que son élève, et ne portait pas encore le titre de Premier Architecte du Roi, (il ne l’obtiendra qu’en 1686), mais il occupait déjà une situation importante. Louis XIV l’avait remarqué comme il travaillait à l’hôtel de

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Vendôme, sous les ordres de Libéral Bruand, et, dès 1672, il l’avait chargé de grandes constructions. De Cotte s’occupa d’abord obscurément sous les ordres de Mansart. Il ne semble pas avoir bâti sur ses propres plans avant 1681, date où il construisit l’église de Saint-Germain. Sa carrière officielle commence en 1685 ; les Comptes des Bâtiments le nomment, cette année-là, architecte du roi, avec un traitement de 2.400 1. Il portera ce titre pendant quinze ans, quinze ans d’apprentissage, semble-t-il, où ses œuvres personnelles sont encore rares. Mais, en 1700, il est spécialement chargé de la conduite du bureau des dessins, et il cumule les charges d’architecte et contrôleur de Paris, avec une pension de 9.000 1., et d’intendant et ordonnateur général des Bâtiments, au traitement de 4.500 1. En 1702, il reçoit des lettres de noblesse. Il est donc, dès cette époque, un des premiers dans sa profession, car le roi n’ennoblit que les hommes auxquels il réserve une place auprès de lui. En 1708, enfin, à la mort de Mansart, il hérite du poste de Premier Architecte, avec un traitement supérieur à 25.000 1. Cette carrière heureuse dans les Bâtiments se double naturellement d’une carrière académique brillante. Dès 1687, de Cotte est directeur de l’Académie d’architecture; le 7 mars 1699, l’Académie de peinture et de sculpture le reçoit au titre de conseiller amateur, et le 30 juin 1704, elle le choisit comme viceprotecteur.

L’artisan de cette fortune rapide est évidemment Jules- Hardouin Mansart. De Cotte a trop peu construit encore en 1708 pour que ses œuvres personnelles aient assuré son succès. Il a presque uniquement travaillé sous les ordres de Mansart, dont il est l’adjoint officiel, dont il interprète les plans, et qu’il décharge des soucis d’exécution. C’est ainsi qu’il a conduit pour son maître les travaux de l’église des

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Invalides et de la chapelle de Versailles, qu’il a surveillé l’exécution d’un premier projet du Vœu de Louis XIII à Notre- Dame et qu’il a fait le voyage de Lyon pour mettre au point les dessins de la place Louis-le-Grand... Implacable pour ses ennemis, Mansart est au contraire très fidèle à ses amis. S’il poursuit longtemps de son inimitié Noël Coypel, dont la renommée, presque rivale de la sienne, inquiète son orgueil, Louis Dorigny, dont le père s’est moqué jadis de François Mansart, et Joseph Parrocel, qui l’a fait arrêter un jour, par des exempts, en plein Versailles, il protège avec une singulière constance le peintre Charles de La Fosse, il lui donne un appartement dans son hôtel, et tente — en vain d’ailleurs — de lui confier la décoration complète de l’église des Invalides et de la chapelle de Versailles. L’amitié qu’il porte à Robert de Cotte est aussi vive et plus efficace. Il assure à son élève une carrière brillante, et le fait entrer dans sa famille en lui donnant en mariage Catherine Bodin, sœur d’Anne Bodin, sa propre femme.

Les relations de Jules-Hardouin Mansart et de Robert de Cotte ne sont pas connues en détail ; mais on devine aisément les qualités — et les défauts — de l’élève qui durent séduire le maître. Si de Cotte n’a fait preuve, dans aucune de ses constructions, du génie qu’en dépit de Saint-Simon il faut bien reconnaître à Mansart, il a souvent fait œuvre d’artiste agréable, et toujours de praticien expert : « Il était « doué, dit d’Argenville, d’une imagination facile, vive, et « réglée par un jugement sain et un travail assidu... On ce trouverait dans ses ouvrages l’élégance jointe à l’exacti- « tude des règles dont les anciens nous ont laissé des « modèles *... » De plus, ses qualités d’homme étaient très

i. D’Argenville, Vie des fameux architectes, 1787, in-8, p. 417-418.

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séduisantes : dans son portrait, par Rigaud, ses traits sont fins, son regard intelligent et clair, son geste élégant, son costume très seyant. Beau causeur, il avait la répartie prompte et adroite : il se concilia l’amitié des plus grands seigneurs, qui le traitaient sur un pied d’égalité. Enfin il était fort audacieux et — ce qui dut surtout charmer Mansart, spéculateur avisé, — fort adroit en affaires : il achetait sans cesse des terrains, faisait bâtir et revendait1. Plusieurs de ses spéculations nous sont connues en détail.

Les constructions originales de Robert de Cotte, presque toutes postérieures à la mort de Mansart, sont très nombreuses. En combinant les renseignements donnés par Lance et par Bauchal dans leurs dictionnaires des architectes français, et par M. Charles Lucas dans son article de la Grande Encyclopédie sur R. de Cotte, on en dresse une liste à peu près complète. On remarque d’abord — en consultant cette liste — que de Cotte a fort peu travaillé pour Louis XIV et pour Louis XV, quoiqu’il ait porté le titre de Premier Architecte pendant vingt-sept ans. Les Bâtiments royaux ne furent pas très actifs de son vivant : le duc d’Antin s’en désintéressait, et les fonds manquaient souvent même pour entretenir les palais. A défaut d’édifices officiels, de Cotte construisit à Paris plusieurs hôtels pour des particuliers, l’hôtel d’Estrée, rue de Grenelle-Saint-Germain, par exemple, l’hôtel de Lude, rue du Bac, l’hôtel de Meulan, près des Capucines, et l’hôtel de Bourbon-Condé, plus tard hôtel du Maine, qui réalise si parfaitement la distribution nouvelle qu’il sert encore aujourd’hui de type du style Régence.

i. Nous connaissons plusieurs des maisons qu’il posséda dans Paris et qu’il n’habita certainement jamais. Voy. Lefeuve, passim. Une de ses spéculations a été contée en détail par M. Ponsonhaile, La Maison de R. de Cotte, Réunions des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1901, p. 508.

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Mais c’est en province et à l’étranger, surtout, que de Cotte travailla activement. En province, il dessina des plans pour trois évêchés, Châlons, Verdun, Strasbourg. A Orléans, il travailla à la reconstruction de la cathédrale et rebâtit l’église Bonne-Nouvelle. Le marquis de Grammont l’employa à son château de Besançon, l’évêque de Metz à Frescati, la municipalité de Lyon à la décoration de la place

Bellecour A l’étranger, ses titres officiels lui donnaient

une grande autorité auprès des souverains, des seigneurs et des prélats qui faisaient bâtir, et qui, en Allemagne, en Espagne, en Italie même, recherchaient presque tous des architectes français au début du xvme siècle. L’électeur de Cologne lui confia la direction effective des travaux du palais de Bonn et lui demanda des plans pour ses maisons de Brühl, de Poppelsdorf, de Godesberg, et pour le séminaire archiépiscopal de Cologne. Le prince de La Tour et Taxis, l’électeur de Bavière, le comte de Zinzendorf peut-être, l’occupèrent également. Il travailla pour le palais royal, pour le Buen Retiro de Madrid, et Victor-Amédée II de Savoie lui soumit les plans de reconstruction du château de la Vénerie, et de restauration du château de Rivoli.

Plusieurs de ces œuvres — peu relativement — ont été étudiées, mais l’histoire de Robert de Cotte lui-même a rarement profité des monographies qui ont été consacrées à ses travaux, aussi la vie de l’architecte, sauf sa vie officielle, est très mal connue. Nous avons, au contraire, quelques détails précis sur sa mort. Un acte de décès, publié par M. Herluison \ nous apprend qu’il mourut le 14 juillet 1735, à Passy, et qu’il fut enterré, le 16 juillet, dans une chapelle de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Ses deux fils, Jules-

. H. Herluison, Actes d'état civil d'artistes Jrançais, Orléans, 1873, ii>8, p. 89.

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Robert et Jean-Armand, et son petit-fils, Julien-François de Cotte, assistèrent aux obsèques, et signèrent sur le registre de la paroisse. Les Extraits du Journal desreligieux Barnabites desservant Véglise de Passy1 nous indiquent, de plus, que les moines veillèrent le corps, nuit et jour, dans l’espoir d’une gratification, et qu’ils le transportèrent eux-mêmes à Saint- Germain-l’Auxerrois, le 16 juillet, à huit heures du soir.

Des parents qui signèrent aux obsèques, retenons seulement ici Jules-Robert de Cotte, qui suivit la tradition familiale et se consacra à l’architecture 2. Contrôleur des Bâtiments du roi d’abord, et, à ce titre, directeur des Gobelins, Jules-Robert fut nommé, le 25 janvier 1710, conseiller amateur de l’Académie de peinture. En 1711, il entra à l’Académie d’architecture, et, à la mort de son père, prit le titre d’intendant général des Bâtiments du roi. Il fut aussi directeur des Monnaies et Médailles. D’Argenville juge très sévèrement son œuvre : « Il présida à l’exécution des plans « du Château d’eau, du portail de la Charité et de celui de « Saint-Roch, dit-il. Sans doute que si notre architecte « (Robert de Cotte le père) eut lui-même conduit ces « ouvrages, on ne verroit pas, dans le premier, l’ordre « dorique associé avec le rustique; dans le second, des pro-

1. Publiés dans le Bulletin de la Société historique d’Auteuil et de Passy , 1. 1 (1892 94), p. 194.

2. On possède quelques renseignements sur la descendance de R. de Cotte. Son second fils, Jean-Armand, fut prêtre, docteur en Sorbonne, chanoine de l’église de Paris, abbé des abbayes de Saint-Seurin et de Lonlay, et grand vicaire de l’évêché de Verdun. Une fille de R. de Cotte épousa le procureur général Gilbert des Voisins. — Jules-Robert eut au moins deux enfants : un fils, Julien-François, et une fille, Catherine-Suzanne, qui épousa Étienne Le Peletier. Le président de Cotte était-il de la famille de l’architecte ? En tous cas, il s’intéressait à l’architecture puisque Natoire écrit à Antoine Duchêne : « Vous pourrez voir chez M. de Cotte, le président, les derniers volumes de Piranèse où il a traité la manière dont construisaient les anciens Romains. » Archives de V Art français , t. II, p. 298 : Correspondance de Natoire avec Duchêne.

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« portions altérées, une ordonnance négligée et des orne- « ments contraires au caractère de la chose; dans le troi- « sième enfin, un ordre dorique employé avec tant de « négligence que sans les ornements de son entablement on « le prendrait pour un ordre corinthien, et un corinthien « aussi pauvre que mal exécuté, le tout accompagné d’or- « nements mesquins et d’une distribution peu heureuse h » Jules-Robert de Cotte paraît avoir été, en effet, un très médiocre artiste. Il n’imagina aucune œuvre originale et compromit les constructions auxquelles il collabora. S’il n’avait occupé, grâce au crédit de son père, des charges officielles importantes, son nom serait sans doute tout à fait oublié.

Puisque Robert de Cotte est un des apôtres de la distribution nouvelle des appartements au début du xvme siècle, et qu’il contribua grandement aussi au rajeunissement de la décoration, en mettant les glaces à la mode dans les salons et dans les boudoirs 2, une étude approfondie de sa vie et de son œuvre apportera certainement une contribution importante à l’histoire de l’architecture française. Un des éléments essentiels de cette étude sera la mise en œuvre méthodique, la consultation minutieuse des Papiers du cabinet de l’architecte conservés à la Bibliothèque nationale, et dont nous donnons ici l’inventaire.

Ce fonds précieux a été acheté, en 1811, par l’État, à la famille de Cotte, non à la mort de Jules-Robert, comme le croyait Duplessis 3 — Jules-Robert était mort depuis, en 1767,

1. D’Argenville, Vie des fameux architectes, 1787, in-8, p. 419.

2. D’Argenville et Patte lui attribuent tous deux cette innovation.

3. Galette des Beaux-Arts, ire partie, t. VII, p. 140. G. Duplessis, Le Cabinet du roi , son origine et ses développements successifs.

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— mais, sans doute, à celle de son fils Julien-François. Il est composé de documents manuscrits, de quelques pièces imprimées, de plans et de croquis \ L’ensemble fut d’abord attribué au Cabinet des Estampes, mais le respect des fonds n’était pas la première vertu des bibliothécaires au début du xixe siècle, et, dès 1815, la collection fut dispersée. Tandis qu’une partie des manuscrits — la plus importante — restait avec les dessins et les plans au Cabinet des Estampes, l’autre était envoyée au département des Manuscrits, et un certain nombre d’imprimés passait au département des Imprimés. Cette distribution, absolument arbitraire en apparence, sembla sans doute rigoureusement logique aux bibliothécaires et aux archivistes contemporains. En principe, dans leur pensée, les plans et les croquis seuls devaient rester au Cabinet des Estampes, tandis que tous les manuscrits et tous les imprimés entreraient dans leurs départements normaux. Mais ils prirent la peine de parcourir les documents, et s’aperçurent que presque tous les plans devenaient incompréhensibles si on les séparait des manuscrits annexes, et que bien des manuscrits étaient avant tout des commentaires des plans. Ils se résignèrent alors à laisser aux Estampes les papiers, manuscrits ou imprimés, qui parurent utiles à l’explication des plans. Malheureusement leur lecture avait été hâtive, leur choix fut arbitraire; ils commirent de grosses erreurs et séparèrent des pièces qui se complétaient : une partie des papiers relatifs à l’évêché de Verdun, par exemple, resta au Cabinet des Estampes, l’autre passa aux Manuscrits.

Non contents de disperser les documents d’archives, ils éparpillèrent encore les croquis et les plans. S’ils firent grâce

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