Édition de 1706, Amsterdam, in-12, Préface
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moyen-âge, mais à la période de décadence réelle, ou plutôt de transformation, de chaos, qui va du Ve au xie siècle. Il n’a pas de dédain pour le gothique : « On remarque, « écrit-il, deux sortes de bâtiments gothiques, savoir d’an- «• ciens et de modernes. Les plus anciens (entendez les édite fices romans) n’ont rien de recommandable que leur « solidité et leur grandeur. Pour les modernes (entendez « les édifices gothiques proprement dits), ils sont d’un « goût si opposé à celui des anciens gothiques qu’on peut « dire que ceux qui les ont faits ont passé dans un aussi « grand excès de délicatesse que les autres avaient fait « dans une extrême pesanteur et grossièreté h » Ce jugement n’est peut-être pas très profond, mais il n’est pas non plus bien sévère. Au reste, si les hommes de la Renaissance et leurs successeurs avaient poursuivi les monuments romans et gothiques de la haine qu’on leur prête, notre admirable collection d’églises du moyen-âge n’existerait plus. On a beaucoup construit en France aux xvie, xvne et xvme siècles ; les rois, les nobles, les chapitres dépensaient avec prodigalité pour les bâtiments ; les architectes étaient nombreux; ils abattaient volontiers un édifice pour le bâtir sur nouveaux plans : cependant, le nombre de monuments du moyen-âge volontairement détruits est relativement restreint.
S’ils avaient proscrit, même en paroles, les procédés et les formes gothiques, les artistes des trois derniers siècles de l’ancien régime auraient été d’ailleurs en contradiction avec euxmêmes. Malgré leur culture exclusivement gréco-latine, ils n’ont jamais abandonné complètement le système constructif du moyen-âge. Ils emploient encore l’arc-boutant comme
i. Édition de 1706, Amsterdam, in-12, Préface.
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moyen de butée, à la chapelle de Versailles, par exemple; on a noté déjà que Saint-Roch et Saint-Sulpice « ne sont « autre chose que des églises gothiques, bâties par des pro- « cédés plus coûteux, et revêtues d’ornements empruntés à « l’art classique \ »
Les édifices gothiques ont été si peu condamnés après l'avènement de la Renaissance qu’aux xvne et xvme siècles les artistes ont souvent tenté de les restaurer dans leur style original. On en trouve des témoignages dans les papiers de Robert de Cotte. L’architecte reconstruisit en style ogival le portail de la cathédrale d’Orléans, et, s’il proposa un dessin néo-grec pour les deux tours, le chapitre n’accepta pas son projet et fit exécuter celui de Blondel, dans la manière gothique. Quand de Cotte dut, en collaboration avec Mansart, rebâtir l’église de l’abbaye de Poissy, détruite de fond en comble par un incendie, il ne songea pas plus que son beau-frère à substituer le style classique au style du moyen-âge. Il reconstruisit, ou plutôt il crut reconstruire, la vieille église telle qu’elle était avant le sinistre. Nous avons conservé ses plans et ses élévations ; sans doute on n’y retrouve plus ni la grâce, ni l’imprévu qui charment dans les édifices français antérieurs au xvie siècle; mais enfin de Cotte avait beau jeu pour proposer un plan nouveau : il ne l’a pas fait. L’église du monastère de Poissy a complètement disparu ; mais on peut admettre sans peine quelle n’était pas beaucoup moins gothique que Sainte- Clotilde de Paris ou le portail de Saint-Ouen de Rouen. En tous cas, l’histoire de sa reconstruction, qu’on peut suivre en détail dans les manuscrits et sur les plans du Cabinet des Estampes, prouve qu’il ne faut pas accorder trop de
i. A. Choisy, Histoire de V Architecture, Paris, s. d., in-8, t. II, p. 747.
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crédit aux historiens qui ont voulu nous faire croire à la haine des architectes de la Renaissance et de leurs successeurs pour le système constructif ogival et pour la décoration gothique.
L’inventaire analytique des manuscrits de Robert de Cotte, que nous donnons ici, facilitera, nous l’espérons, l’étude d’un assez grand nombre de questions biographiques, artistiques ou historiques, et permettra de classer définitivement les papiers du Cabinet des Estampes. Nous répondons, en le publiant, au vœu qu’exprimait, il y a quelques années, un très clairvoyant érudit, M. Maurice Tourneux. Dans le numéro du 20 octobre 1902 (col. 561) de Y Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux , M. Tourneux écrivait en effet : « Le Cabinet des Estampes de la « Bibliothèque Nationale possède un certain nombre de « manuscrits tels que les papiers de la famille de Cotte, « une partie de ceux de P. -J. Mariette, le Journal de « J. -G. Wille, divers ouvrages de Jules Renouvier, etc., « mais, jusqu’à présent, aucun inventaire de ces richesses, « si sommaire qu’il soit, n’a été publié. Les travailleurs « auraient cependant grand intérêt à connaître la nature et « l’étendue des documents dont la plupart d’entre eux ne « peuvent parler que par ouï-dire, et il serait conforme à « l’esprit actuel qui règne au Cabinet des Estampes de com- « bler une lacune si regrettable. »
Voici le plan que nous avons adopté dans notre travail. Les papiers sont divisés en quatre groupes : Paris, Provinces, Etranger, Divers. Dans ce dernier chapitre, nous avons réuni tous les documents étrangers aux constructions de Robert de Cotte ou aux projets qui lui furent soumis : la lettre autographe du cardinal de Bouillon (n° 833), par
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exemple le Mémoire des dépenses que le roi a faites dans ses Bâtiments depuis Vannée 1664 jusqu en Vannée 1690 inclusivement , établi par Marinier (n° 740), ou les inventaires et les comptes de l’administration des Bâtiments. Les pièces de chaque groupe sont classées dans l’ordre chronologique, les papiers non datés étant renvoyés à la fin h Nous avons compris les manuscrits relatifs aux travaux de Jules-Robert de Cotte — il y en a un certain nombre au Cabinet des Estampes — dans la classification générale. Pour les retrouver sans peine, il suffira de se reporter à la table alphabétique, imprimée à la fin du volume : le nom de Robert de Cotte n’y est pas inscrit; celui de Jules-Robert de Cotte, au contraire, y figure, avec l’indication de toutes les pages où on le rencontre.
Chaque article de l’inventaire est essentiellement composé d’un titre donnant le sujet de la pièce 1 2 3, et d’une analyse du texte, aussi brève que possible, mais où trouvent place tous les noms propres de personnes ou de lieux contenus dans le document. Les plans et croquis (avec leur cote renvoyant à l’Inventaire Ye 36) sont énumérés après les articles auxquels ils se rapportent. Nous n’avons pas indiqué les recueils du Cabinet des Estampes où ils sont
1. Les pièces imprimées qui sont restées parmi les manuscrits du Cabinet des Estampes ont été comprises dans la classification générale. On trouvera seulement, après leur titre, l’indication : (Pièce imprim.).
2. Nous avons respecté aussi souvent que cela était possible, c’est-à-dire toutes les fois que cela ne nous entraînait pas à des longueurs ou à des répétitions, la forme même des phrases. Au contraire, nous n’avons reproduit l’orthographe ancienne que dans les citations entre guillemets. Beaucoup de documents sont l’œuvre d’artisans peu lettrés, dont les fautes d’orthographe n’offrent pas d’intérêt.
3 . Il existe dans les papiers de Robert de Cotte un nombre important de plans qui ne se rapportent à aucun manuscrit. Ayant seulement le dessein de dresser un Inventaire des Papiers manuscrits de l’architecte, nous n’avons tenu aucun compte de ces plans. On en trouvera la liste dans le Répertoire du Cabinet des Estampes, Ye 36.
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conservés; ces références auraient été très vite inutiles, puisque presque tous ces plans ont été répartis dans la Topographie et que l’augmentation constante de cette collection les expose sans cesse à changer de volumes. D’ailleurs toutes les pièces versées dans la Topographie ne peuvent plus être retrouvées. Les relieurs ont souvent rogné les plans trop grands pour entrer dans les formats adoptés ; le précieux numéro d’inventaire à l’encre rouge, que portaient à l’origine tous les papiers du cabinet de R. de Cotte, n’ont pas été respectés, et les pièces, privées de tout signe distinctif, ne peuvent plus être identifiées.
Dans les notes qui accompagnent un certain nombre d’articles, on ne trouvera pas un commentaire méthodique et minutieux des pièces, mais seulement les explications indispensables à la clarté des analyses et les renseignements recueillis un peu au hasard, chemin faisant. Commenter tous les manuscrits, c’eût été réunir presque tous les éléments nécessaires à un ouvrage complet sur Robert de Cotte, et nous n’avons voulu apporter qu’une contribution plus modeste à la biographie de l’architecte et à l’histoire de l’architecture au début du xvme siècle.
Nous avons pu mener ce travail à bonne fin grâce à l’amicale collaboration des conservateurs du Cabinet des Estampes, de Georges Riat, d’abord, mort trop tôt cet été, et à la mémoire duquel nous rendons ici un dernier hommage, de M. Henri Bouchot, dont la bienveillance éclairée ne nous a jamais fait défaut, de MM. Courboin, Guibert et Moureau, qui nous ont souvent guidé dans une maison qui leur est familière et où notre inexpérience aurait risqué de se perdre sans eux.
Nous avons adopté quelques abréviations :
Les chiffres [I], [II], [III], [IV], [V], [VI] désignent les six portefeuilles de papiers de Robert de Cotte conservés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale sous les cotes Hd 135, Hd 13a, Hd 135b, Hd 135c, Hd 1 3 5d, Hd 135e.
Les indications [Ms. 7801], [Ms. 9447], [Ms. 14663], [Ms. 14664] représentent les cotes des manuscrits de Robert de Cotte conservés au Cabinet des Manuscrits.
La lettre : p., suivie d’un chiffre, p. 223, par exemple, donne la page du manuscrit où se trouve la pièce analysée, et la lettre p., suivie de deux chiffres, p. 195-203, par exemple, les pages où commence et où finît la pièce analysée.
Les chiffres entre guillemets (1386) par exemple, donnent la cote à l’encre rouge que portent presque tous les papiers de Robert de Cotte, et qui correspond à la cote du répertoire manuscrit (Ye 36) conservé aux Estampes.
On lira donc l’abréviation [V] (1709) : Cabinet des Estampes, Cinquième portefeuille (Hd 1 3 5d), pièce 1709; et l’abréviation [Ms. 7801, p. 221-222] (1386): Cabinet des Manuscrits, Manuscrit français 7801, pages 221-222, pièce 1386.