Galette des Beaux- Arts, ire partie, t. VII, p
2. Destailleur, Notices sur quelques artistes français , Paris, 1863, in-8, p. 212 et suiv.
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essai d’inventaire que je tiens à signaler ici. Il énumère les principales liasses de manuscrits conservées aux Estampes dans les cartons Hd 135 à Hd 135e; il analyse les principaux recueils de plans ; c’est grâce à ses indications que nous avons pu retrouver les papiers relatifs à l’hôtel de Nevers dont nous parlions tout à l’heure ; mais il ignore, ou il néglige, tous les papiers conservés au Cabinet des Manuscrits.
De tous les érudits français du xixe siècle, c’est Dussieux qui a tiré le parti le plus intelligent des papiers de Robert de Cotte. Il a très exactement déterminé, d’après eux, la place de l’architecte parmi ses contemporains et l’importance de ses travaux à l’étranger 1 ; mais il n’a consulté, semble-t-il, comme Destailleur, que le fonds du Cabinet des Estampes. Louis Paris, au contraire, n’a connu que les documents des Manuscrits; il en a publié plusieurs; mais, faute d’avoir étudié la collection complète, il a commis quelques erreurs que nous relèverons en note, chemin faisant. Dans ces dernières années, plusieurs chercheurs ont mis à contribution les papiers de R. de Cotte pour l’étude particulière de différents édifices : M. Abel Lefranc en a fait état dans son Histoire du Collège de France , M. Henry Jouin dans son Coysevox, M. Gustave Brière dans son étude sur le Mausolée du Maréchal d’Harcourt (Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1899, P- I^9 et suiv.), M. Ponsonhaile dans son article sur La Maison de Robert de Cotte (Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1901, p. 508). Et ce ne sont là ni tous les érudits, ni toutes les monographies qu’il faudrait citer pour être complet. Je signalerai seulement encore l’excellente étude d’un écrivain
1. Dussieux, Les Artistes français à l'étranger, 3e éd., 1876, p. 116 et suiv.
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allemand, M. Renard, intitulée : Die Bauten der Kurfürsten Joseph Clemens und Clemens August von Kôln , publiée, en 1896, dans les Jahrbüchern des Vereinsvon Alterthumsfreunden im Rheinland (Bonn). Ce travail est essentiellement une mise en œuvre du fonds de Cotte. Son auteur a mieux compris que la plupart des érudits français la valeur des papiers de l’architecte et le parti qu’on en pouvait tirer. Presque toujours, les documents de la Bibliothèque nationale doivent être complétés par des pièces empruntées à d’autres collections. C’est ainsi que M. Renard a trouvé aux archives de Düsseldorf plusieurs manuscrits appartenant à la même série que les lettres, les devis et les rapports du Cabinet des Estampes relatifs aux travaux exécutés pour l’électeur de Cologne, Joseph-Clément.
Les papiers de la Bibliothèque nationale ne fourniraient pas tous les éléments nécessaires à une histoire de Robert de Cotte et de son œuvre. L’architecte ne conservait pas méthodiquement tous ses dossiers; nous possédons même rarement des séries complètes : les lettres de l’évêque de Châlons qui nous restent, par exemple, étaient certainement précédées d’une correspondance déjà longue; de plus, nous n’avons guère que des rapports, des devis et des lettres adressés à de Cotte. Les papiers émanant directement de lui ne sont pas tous définitivement perdus d’ailleurs : on en retrouverait un grand nombre en dépouillant minutieusement les principaux dépôts d’archives de France et de l’étranger : les Archives nationales, les Archives de Verdun, de Francfort et de Düsseldorf, entre autres, en possèdent. Seuls, les édifices construits à Paris, pour des particuliers, risquent d’être toujours mal connus. De Cotte surveillait lui-même ses chantiers de Paris, il n’échangeait pas à leur sujet de correspondance avec les conducteurs, les entrepreneurs ou
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les clients; il ne gardait pas même, le plus souvent, un double de leurs plans.
Cependant les documents acquis par l’État, en 1811, sont extrêmement précieux: on y recueille une somme importante de renseignements très divers. Les carnets de notes (Ms. fr. 14663-14664) nous apprennent, par exemple, que Robert de Cotte fit le voyage d’Italie, en 1690 probablement. L’architecte visita religieusement tous les monuments, et, selon la vieille tradition, il les mesura. D’ailleurs, pas un souvenir pittoresque dans les notes qu’il rapporte, pas une exclamation d’enthousiasme, pas un témoignage d’admiration fervente ! On garde, après avoir lu ses petites pages couvertes d’une écriture serrée, l’impression qu’il accomplit sagement un exercice scolaire, mais qu’il n’a pas ardemment désiré voir l’Italie et qu’il ne subit pas le charme de Florence et de Rome.
Les historiens de Paris tireront un grand profit des manuscrits relatifs aux égouts et aux canaux de la capitale dont l’histoire est encore assez obscure. On sait qu’avant les grands travaux qui assainirent Paris au milieu du xvme siècle, bien des projets furent proposés à la municipalité, mais on n’en sait pas davantage. Plusieurs de ces plans furent élaborés entre 1708 et 1735. De Cotte, qui connaissait de tous les travaux de voirie comme Premier Architecte du roi, dut les étudier; il 11e les fit pas exécuter, faute d’argent, peut-être, mais il en garda le texte dans ses portefeuilles.
Presque toujours incomplets, les documents relatifs à des monuments construits par l’architecte, en province ou à l’étranger, permettent cependant de rétablir, le plus souvent, l’histoire des édifices ; ils nous apprennent aussi comment un architecte parisien procédait, au début du xvme siècle, pour travailler au loin. Parfois, quand le client
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était un personnage, le bâtiment considérable et la distance pas trop longue, de Cotte allait sur les lieux visiter le terrain avant de se mettre à l’œuvre. Le plus souvent, il se faisait envoyer un relevé exact de l’emplacement à bâtir, dessinait ses projets et les soumettait au client avec lequel il correspondait toujours directement. Les plans définitivement adoptés, il envoyait sur place un de ses élèves pour surveiller les entrepreneurs et régler les difficultés d’exécution inattendues : c’est ainsi qu’on trouve Guillain, puis Jossenay à Verdun, Benoît de Fortier, puis Hauberat à Bonn, Meusnier à Châlons, Carlier à Châlons et à Madrid r, Le Chevalier à Strasbourg.
Les manuscrits de Robert de Cotte apportent enfin une contribution très importante à l’histoire des idées esthétiques aux xviie et xvme siècles, et permettent de corriger plusieurs erreurs graves accréditées en France, au xixe siècle, par les apôtres du moyen-âge. Viollet-le-Duc et ses contemporains ont prêté aux hommes de la Renaissance et à leurs successeurs de la haine et du mépris pour l’art des siècles précédents, et nous les avons cru trop aveuglément. En réalité, si le xvne et le xvme siècle ne portent pas une admiration fervente aux monuments gothiques et romans, ils ne les détestent pas non plus. Quand Félibien écrit dans la préface de son Recueil historique de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes : « L’on trouvera moins « d’architectes dans le troisième livre que dans le précé- « dent, et on ne doit pas en être surpris, puisqu’il ne con- « tient que des siècles si pleins d’ignorance et de barbarie « qu’ils semblaient destinés à la destruction générale des « sciences et des beaux-arts 2 » ; il ne songe pas aux siècles du