‹ Inventaire des tableaux commandés et achetés par la direction des bâtiments du roiChapitre 30 sur 130 · J. B. S. CHARDIN · texte numérisé non relu

J. B. S. CHARDIN

pour sujet l'Enlèvement d'Europe; son tableau, de 6 pieds de large sur 5 de haut, fut expose au Salon de 1747 dans la Galerie d'Apollon. Voici la description qu'en donne le livret :

Jupiter changé en Taureau porte sur son dos Europe qu'il enlève par surprise. Aussitôt la Mer se calme; les Vents retiennent leur haleine; mille petits Amours voltigent autour d'elle. Les uns portent en leurs mains la torche nuptiale, les autres chantent l'Hyménée, suivis de la troupe des Dieux Marins, et des Néréides demi-niies, assises sur des Dauphins, et accompagnés de Tritons qui folâtrent à l'entour. Neptune et Amphitrite marchent devant. Vénus répand des fleurs sur cette Belle.

I.c 29 septembre 1747, l'artiste perçut la gratification promise de i,3oo livres :

Au sieur Ca\es> peintre, i,5oo livres à lui accordées par le Roi pour récompense d'un tableau représentant Jupiter changé en taureau, qu'il a fait en la présente année pour le concours ordonné par Sa Majesté.

Jean Baptiste Simôon CHARDIN La Serinette. La Ratisseuse.

A la date du 3 janvier 1752 (Exercice 1731), on relève l'ordonnance de paiement suivante :

Au sieur Chardin, peintre, i,5oo livres pour son payement d'un tableau représentant une Dame assise dans un fauteuil jouant d'une serinette auprès d'un serin, qu'il a fait pour le service du Roy pendant l'année dernière.

Dans un État des papiers trouvés sous les scelle^ de la succession de Coypely en date de 1762 (1), ce tableau est intitulé : « Une dame variant ses amusemens ». Ce fut également sous ce titre qu'il figura au Salon de 1731 ; le livret lui donne comme dimensions 18 pouces sur i3 de large.

Le 6 août 1753, le marquis de Marigny écrivait à Cochin : « Je consens que le sieur Chardin me dédie l'estampe qu'il a fait graver d'après son tableau de la femme à la serinette et qu'il marque au bas de l'estampe que ce tableau est tiré de mon cabinet ( 1 ). » Ce tableau du cabinet du marquis de Marigny, était-il celui que Chardin venait de faire pour le Roi, ou seulement une réplique? Quoi qu'il en soit, dans aucun inventaire des collections de la Couronne, ce tableau de La Serinette ne se trouve mentionné (a).

Dans un état de Distribution d'ouvrages en iy53 (3), on trouve au nom de Chardin l'indication suivante :

i;52. Un tableau de la môme grandeur que celui gravé connu sous le nom de Dame variant ses amusemens. Estimé i,5oo livres.

A cette mention est ajoutée la note suivante « dont le sujet est au choix de l'auteur, à lui ordonné en 1755 pour faire pendant » ; et, enfin, ce mol mis par Cochin : « Il y travaille. »

Peut-être serait-ce là la Rôtisseuse, dont Chardin avait déjà traite le sujet au Salon de 1739 et que grava Lcpicic. En eflêt, au bas de cette gravure, on lit : « Le Tableau original est dans le cabinet du Roy. »

En tous cas, il est bien probable que ce tableau ne fut point payé par les Bâtiments, car il n'existe pas d'ordonnance de paiement à ce sujet.

Il est à remarquer toutefois que ces deux tableaux de la Serinette et de la Rôtisseuse, qui furent faits pour le Roi, ne sont point mentionnés, en 1760, dans l'Inventaire que Jcaurat fit des tableaux de la Surintendance (4), tandis qu'on trouve, à cette date, sur la porte du premier cabinet particulier de cet hôtel, deux autres tableaux de ce même artiste : la Mère laborieuse (5) et le Bénédicité, qui jamais ne furent commandés par les Bâtiments.

(2) Le tableau du marquis de Marigny passa à sa vente en 1783, où il fut acheté par M. de Tolozan 63 1 livres; on le retrouve à la vente Denon, où il est acheté 600 fr. par Constantin. Il repassa ensuite à la vente d'Houdetot, où M. Mcfrrc l'acheta 4,5 10 fr., et, de là — au dire de MM. de Goncourt, qui suivirent très exactement les différentes vicissitudes de ce tableau — passa dans la galerie du duc de Morny, où, récuré et repeint en miniature et n'ayant absolument rien du faire d'un Chardin, il se vendit 7,joo fr. » {L'Art au xvui* siècle, t. I, p. 181). Il en existerait une répétition à la galerie Dulwich.

(5) La présence à cette date de ce tableau dans la collection du Roi contredit donc l'affirmation du catalogue du Louvre, que la Mère laborieuse aurait été achetée 61 livres à la vente de Chardin ; cette vente n'eut lieu

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