B. S. CHARDIN
Le marquis de Marigny, qui était collectionneur, changea-t il, avec ou sans l'agrément du roi, deux tableaux de son cabinet contre autres deux qui appartenaient à la couronne ? L'hypothèse n'aurait rien d'invraisemblable, étant donne surtout le sans-façon dont parfois les directeurs des Bâtiments en agissaient avec les tableaux du Roi, et elle expliquerait la présence, dans la collection royale, de deux tableaux de Chardin qui n'avaient point été exécutés par cet artiste pour le roi, et l'absence de deux autres qui avaient fait l'objet d'une double commande officielle (i).
A Choisy.
En 1764, lors de la décoration nouvelle du château de Choisy, Cochin songea à Chardin pour exécuter les dessus de portes du salon qui précédait celui des jeux :
« Dans l'un des tableaux — écrivait-il au marquis de Marigny — Chardin groupperait divers attributs des sciences, comme globes, machine pneumatique, microscopes, télescopes, graphomètres, etc. ; dans l'autre, il réuniroit les attributs des arts, le compas, l'équerre, la règle, des rouleaux de desseins et d'estampes, la palette et les pinceaux, le maillet et les divers outils du statuaire, etc. Si c'etoit dans la pièce où il est besoin de trois tableaux, on mettroit dans le troisième les attributs de la Musique, divers instrumens à corde et à vens, des livres notés, etc. {3). »
qu'en 1781 et il y avait déjà vingt ans que le tableau était à la Surintendance.
( 1 ) Une Rôtisseuse, de Chardin, se trouve actuellement dans la galerie du prince de Liechtenstein, à Vienne. Voici, au surplus, la description de la gravure qui a été faite de ce tableau d'après l'original qui est dans le cabinet du Roy » : A gauche, assise sur une chaise, une servante, coiffée d'un bonnet et vêtue d'un costume vulgaire, appuie ses deux bras sur ses genoux, que couvre un tablier blanc; de la main droite elle tient un navet, de la gauche un racloir; à gauche, au premier plan, une citrouille et des navets par terre; devant la ratisseusc, un vase en grès, plein d'eau, où elle met les légumes apprêtés ; dans le fond un billot, dans le bois duquel est plantée une hachette ; appuyée contre le billot une casserole en cuivre et, tout proche, un baquet en bois.
(1) A. N. O' 1909. — Il ajoutait encore : « Vous scavez à quel degré d'illusion et de beauté, il [Chardin] porte l'imitation des choses qu'il entreprend et qu'il peut faire d'après nature... Je croîs que ses tableaux plairaient beaucoup par cette vérité qui séduit tout le monde et cet art de la rendre qui fait que M.Chardin est considéré des artistes comme le plus grand peintre dans ce genre qu'on ait jamais connu. » — Voir ci-après, au sujet de ces tableaux de Choisy, l'article consacré à Halle.
Cette proposition fut agréée, Chardin se mit de suite à l'œuvre: les trois
TABLEAlX commandés pour le roi
tableaux furent exposés au Salon Je 176?, et en novembre Us étaient poses à Choisy (1). Voici le mémoire de l'artiste (2) :
Mémoire de trois tableaux faits pour le service du Roy sous les ordres de M. le marquis de Marigny, par le sieur Chardin pendant l'année 1765.
Ces tableaux, chacun de 3 pieds 10 pouces en quarré, sont destinés pour les appartements de Choisy.
Le premier représente les attributs des Sciences, le second ceux des Arts, le troisième ceux de la Musique.
Estimés 2,400 livres.
Le paiement en fut effectué le 1" juillet 1771 ; nous en retrouverons l'ordonnance ci-après.
Ces trois tableaux, en 1792, furent retirés de Choisy, et conservés au dépôt des Petits-Augustins.
Actuellement, deux d'entre eux, les Attributs des Arts et ceux de la Musique se trouvent au Louvre (n" 98 et 100) : H om. 92 et o m. 90 — L. 1 m. 46. — Signés : Chardin, 1 j65.
A Bellevue.
Le succès de ces tableaux de Choisy valut à Chardin une autre commande, en 1766, pour le château de Bellevue : il fut charge de la décoration de la salle de musique et il exécuta, cette fois, des groupes d'instruments des musiques civile et militaire. Les deux tableaux parurent au Salon de 1767 ; voici le mémoire de l'artiste (3) :
Mémoire de deux tableaux faits pour le service du Roy. par ordre de Monsieur le marquis de Marigny, par le sieur Chardin pendant l'année 1767.
Ces tableaux sont cintrés et portent 4 pieds 6 pouces de large
(1) Le 12 dudit mois, Cochin écrivait à nouveau à Marigny : « Les tableaux de M. Chardin sont de la plus grande beauté et font parfaitement leur effet en place à Choisy où je les ai vus, et j'estime que c'est les avoir à bon marché que de ne les payer que 800 livres chacun •
(3) A. N. O' 1931. — Voir ci-après, au sujet de ces tableaux de Bellevue, l'article consacré à Lagrcnéc l'alné.