LOUIS DAVID
Louis DAVID
Le Serment des Horaces.
La Direction des Bâtiments avait commandé à David, pour le Salon de 1783, un tableau dont le sujet est ainsi mentionné dans Y État des ouvrages de peinture et de sculpture ordonnés pour le Salon de ij83 (1) : - Tableaux. — Mesure de 10 pieds carrés. David. — Horace, vainqueur des trois Curiaces, condamné à mort pour le meurtre de Camille sa sœur, défendu par son père, au moment où les licteurs l'entraînent au supplice et absous par le peuple touché de ce spectacle et du grand service qu'il vient de rendre à sa Patrie. 4,000 livres. "
L'artiste dut cependant abandonner ce projet, car le tableau ne parut pas au Salon de 1783. Comme dédommagement il reçut une commande nouvelle pour 1785-, voici son mémoire (2) :
Mémoire d'un tableau fait pour le service du Roy, sous les ordres de M. le comte d'Angivillcr, directeur et ordonnateur général des Batimcns de Sa Majesté, par le sieur David, peintre du Roy, pendant les années 1784 et i;85.
Ce tableau a i3 pieds de long sur 10 de large. Il représente le Serment des Horaces entre les mains de leur père.
Estimé 6,000 livres (3).
Ce tableau figura au Salon de 1786 et il fut ensuite réexpose à celui de 179t.
Actuellement au musée du Louvre (n° 199) : H. 3 m. 3o — L. 4 m. 27.
(3) Ce tableau avait été commandé à David en janvier 1784 sur le modèle de 10 pieds carrés qui se payait couramment 4,000 livres; l'artiste dépassa cette mesure qui lui avait été demandée, et la Direction des Bâtiments, néanmoins, paya la toile ô, 000 livres, c'est-à-dire 2,000 livres de plus que ne le comportait le prix rixe d'avance.
Brutus.
Pour le Salon de 1787, David avait proposé les deux sujets suivants (1) :
« i* Coriolan, après s'être réfugie chez les Volsques ci avoir trouve d'eux du secours, est décidé à se vanger de sa patrie; au moment de son départ pour aller combattre, il en est empêché par sa mère, sa femme et ses enfans.
« 2* Départ d'Attilius Regulus qui aime mieux s'exposer aux plus affreux supplices et à la mort qui l'attendent à Carthagc que de consentir aux négociations proposées par les Afriquains; sa mère, sa femme, ses enfants, personne enfin ne peut le détourner de projet. » '
Le premier de ces deux sujets fut accepté ; mais David ne fut pas prêt pour le Salon de 1787, et ce même tableau lui fut réordonné pour le Salon de 1789 (a).
Contrairement à tous les usages, David, de sa seule autorité, abandonna le sujet convenu et traita celui des Licteurs rapportant à Brutus le corps de son fils. Les Bâtiments eussent été dans leur droit strict en refusant un tableau qu'ils n'avaient point commandé; d'Angiviller fit défense à David de l'exposer au Salon : cette mesure était excessive, on eut seulement dû se contenter de ne point comprendre cette toile au nombre des commandes royales. Mais le directeur des Bâtiments était trop mal soutenu par l'opinion publique pour pouvoir maintenir une telle prohibition; le tableau parut au Salon à la fin de l'exposition et souleva un enthousiasme extraordinaire.
David alors réclama et obtint des Bâtiments le paiement de cette œuvre qui ne lui avait pas été commandée par cette administration; voici son mémoire (3) :
Mémoire d'un tableau fait pour le service du Roy sous les ordres de M. le comte d'Angiviller, directeur et ordonnateur général des Bàtimens de Sa Majesté, par le sieur David, peintre du Roy, pendant les années 1788 et 1789.
Ce tableau est de i3 pieds sur 10.
Il représente Brutus, premier consul, Je retour en sa maison, après avoir condamné ses deux /ils, qui avoient conspiré contre
(1) A. N. O' 1914-1931. État des sujets proposés pour le Salon de 1 7S7. ( 2) A. N. O' 1933. Noms des artistes qui peuvent être occupés pour le Salon prochain, 1 ~^o.
NICOLAS DELOBEL
la liberté romaine, et des licteurs raportant leurs corps pour
Ce tableau, fut réexposé au Salon de 1791.
Actuellement au musée du Louvre (n« lyij : H. 3 m. 25 — L. 4 m. i3 (i).
En 1737, Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV et roi de Pologne, devint duc de Lorraine et de Bar; cette province fut réunie à la France, et, pour célébrer cet événement, un tableau allégorique fut commande à Dclobel.
L'artiste dut donner tous ses soins à cette première commande officielle» et se mit en tels frais d'imagination qu'il ne fallut pas moins de plusieurs pages du livret du Salon de 1738 pour expliquer congrûment son oeuvre (2) :
Un tableau de 5 pieds de haut sur 4 de large, représentant un sujet allégorique de la Réunion de la Lorraine à la France, sous le règne de Louis XV et le ministère de Son Eminence Monseigneur le cardinal Fleury, dont voici l'explication :
Son Eminence y est représentée ayant pour appuy le livre des Lois, base du Ministère. Le serpent qui l'environne désigne
(1) A la séance de la Convention du 29 mars 1793, après que David eut tait hommage à cette Assemblée de son tableau de Michel Lepelletier sur son lit de mort, un membre rappela qu'antérieurement à la Révolution « le citoyen David avait illustré son pinceau par deux chefs-d'œuvre en l'honneur de la liberté : le Serment des iloraces et Dru tus ». Il ajouta ensuite « que le prix des deux tableaux, composés pour le gouvernement, avait été très inférieur à leur valeur par la mesquinerie des Rois » ; il affirma w que les républiques devaient être plus généreuses pour des travaux vraiment républicains » et demanda pour ces tableaux un supplément de 1 1 ,000 livres. Il faut reconnaître, à l'honneur de David, qu'il eut le bon goût de refuser cette offre, et qu'il se déclara prêt, s'il la recevait jamais, à eu déposer le montant sur l'autel de la Patrie.
'2) L'esquisse en parut au Salon de 1737.
qu'on leur donne la sépulture.
Estimé
6,000 livres.
Nicolas DELOBEL
Réunion de la Lorraine à la France.
la Prudence; la continuité du cercle indique la Gloire, fruit de cette rare qualité. L'Equité personnifiée soutient le portrait et le contemple avec satisfaction; la blancheur de sa robe marque la candeur et l'intégrité de Son Eminence. Le niveau est le symbole du bon ordre ; la balance désigne la justice proportionnelle, qui répand les grâces avec discernement. L'amour de la Vertu couronnée de lauriers tient en main plusieurs couronnes, dont le but est l'immortalité due aux hommes vertueux. Sous les pieds de l'Équité, un monstre terrassé représente les principaux vices opposez à cette vertu. La vipère caractérise l'Envie, mère de la jalousie et de l'ingratitude. Le flambeau marque la Discorde ; le masque la Fourberie. La bourse, étroitement serrée, est le svmbolc de l'Avarice. Le bandeau couvre l'Erreur, et les oreilles allongées marquent l'Ignorance. — A côté du portrait, la France et la Lorraine personnifiées se donnent la main en signe d'union. La Paix, remarquable par la branche d'olivier, les joint et fait connoitre, en montrant le temple de la Concorde,
que c'est la bonne intelligence qui fait la richesse des Etats et qui les rend invincibles. — Au bas du tableau, l'Histoire, assise sur des trophées variez, transmet à la Postérité dans les fastes du temps, figurez par le livre qu'elle tient, les grandes actions de Son Eminence, et entr'autres le traité qui pacifie l'Europe. — Au-dessus de l'Equité se voit un Génie qui allie à l'écusson de la France celui de la Lorraine. La flamc qui brille sur la tête de ce Génie désigne le zèle et l'amour pour la Patrie. — On voit dans le ciel la partie du Zodiaque où préside le Bélier, pour signifier que Sa Majesté Polonoise est entrée en possession de la Lorraine au mois de mars i/?7- L'Abondance, fille de la Paix et mère des Plaisirs et des Arts, assise sur un nuage, verse ses dons sur les états unis, en demandant aux deux Parques, qui président à la vie humaine, des longs jours pour celui qui ne les emploie qu'à la félicité publique ; par M. Delobel, académicien.
Le paiement de ce tableau est en date du 2? mars 1739 :
Au sieur Delobel, peintre, i,5oo livres pour son paiement d'un tableau qu'il a fait pour le service du Roy, représentant la