GRAVELOT
courante d'ornement qui y entre, qui est de 400 livres. J'ai peint moi-même les Enfans, les Sphinx, etc. Je laisse à MM. Cochin et Soufflot l'estimation du morceau; mais, mis au prix de la bordure du Jason, ils voyent que, bien loin d'être payé, je perdrois beaucoup de mon debourcé 400 livres (1).
Un tapis pour la chambre de Mme la Dauphinc, de 3o pieds en carré, dont le dessein, sur lequel M. de Tourneham avoit mis aprouvé, ainsi que celui de la portière, m'ont été pris dans l'attelier de la Bibliothèque du Roy où je les travaillois. Ayant fait choix de M. Carpentier, peintre en ornement, je m'arrangeai d'abord avec lui pour le payer, son garçon compris, tant par semaine. Vers le milieu de l'ouvrage, en 1753 je crois, ne pouvant obtenir de M. Disle qu'il vint donner un coup d'oeil à notre travail, ni qu'il me fit toucher quelques fonds, j'abandonnai l'ouvrage et ne le repris qu'en 1754 que M. Disle, pressé lui-même par les demandes qui étoient faites de ce tapis, me procura enfin une ordonnance de 1,200 livres : au moyen de laquelle je fis un nouvel arrangement avec M. Carpentier, qui s'engagea d'avoir fini ce qui étoit de sa partie au i5 septembre de la dite année 1754, moyennant la somme de 1,000 francs : ce qui fut fait et dont j'ai ses quittances. C'est moi qui ai fait le dessin et qui ai pris soin de le faire tracer sur le papier réglé; j'y ai peint les quatre trophées de la Guerre, de la Paix, des Arts et des Sciences. J'ai été assujeti à la dépense des châssis, des échafaux et des couleurs, ayant pour ce dernier article retrouvé le mémoire de M. Dijon, montant à la somme de 58 livres. Je ne mets pas en compte le retard du payement 800 livres.
Sur ces ouvrages je ne me ressouviens pas d'avoir touché d'autre argent que deux ordonnances de 1,200 livres chacune, l'une chez M. Denis, et l'autre chez M. Pélion. S'il se trouve d'autre quittance de moi, je n'ai rien à dire et prie seulement ces Messieurs de ne m'accuser que d'un oubli parfait : car, en vérité, j'ai eu tant de dégoût dans cette espèce de tentative de ma part, M. Allard pouvant témoigner quelle perte de tems elle m'a occasionnée, que j'avois pour ainsi dire passé l'éponge sur tout ce qui y avoit raport.
(1) Gravclot demandait 1,000 livres pour cet ouvrage.
J.-B. GREUZE (i)
Portrait du Dauphin.
Greuze, en 1761, eut à faire le portrait du Dauphin; son tableau, de 2 pieds de haut sur un pied G pouces de large, fut exposé au salon de cette même année.
Le paiement est en date du 26 avril 1763 (Exercice 1763) :
Au sieur Greuze, peintre, 200 livres pour faire, avec les 1,000 ordonnés le i5 mars 1763, le parfait payement de 1,200 livres à quoi monte un tableau portrait en buste de M. le Dauphin, qu'il a fait pour le service du Roi pendant 1761.
(1) Grcuzc était encore à l'école de Rome qu'il recevait déjà une commande de deux tableaux, du marquis de Marigny lui-même; la lettre suivante, adressée à Natoirc, le 28 novembre 1756, l'atteste (A. N. O' 1923):
« J'aprcnds, Monsieur, avec bien du plaisir que le sieur De Greusc s'applique entièrement à cultiver ses talcns pour la peinture, et j'ai vu à Paris des tableaux qu'il a envoyé de Rome dont j'ai été si content que, sachant que ses facultcz du coté de la fortune sont extrêmement bornées, j'ai résolu de lui procurer les occasions de se soutenir par son travail et parce moyen de se perfectionner dans son art. Voyez, je vous prie, à détacher du logement qu'occupoit à l'Accadémic M. de Weuglcs, une chambre qu'il pût habiter et dans laquelle il eut le jour nécessaire à son travail, et donnez la lui, il épargnera son loyer, dont la dépense, quelque mince qu'elle puisse être, sera un petit soulagement pour lui. Vous trouverez cy-inclus, coupée en ovale, une mesure que vous aurez agréable de lui remettre, afin qu'il fasse deux tableaux de la même grandeur de cet ovale; je lui laisse la liberté de son génie pour choisir le sujet qu'il voudra, ces deux tableaux sont destines à être placés dans l'appartement de M"» de Pompadour, au château de Versailles; cxhortcz-le à y donner toute son application, ils seront vus de toute la Cour, et il pourroit en naître de gros avantages pour lui s'ils sont trouvés bons. Recommandez lui de ma part aussi ces deux tableaux et assurez le que je choisirai avec plaisir les occasions de son avancement lorsqu'elles se présenteront. Répondez-moi tout au plustot et informez-moi du prix que vous estimez ces deux tableaux ovales, je vous en ferai tenir le montant pour que vous le remettiez à ce jeune homme. »
Natoire répondait le 22 décembre : « J'ai reçu l'honneur de votre lettre au