‹ Inventaire des tableaux commandés et achetés par la direction des bâtiments du roiChapitre 89 sur 130 · ANTOINE RENOU · texte numérisé non relu

ANTOINE RENOU

Agrippine.

Mémoire d'un des dix tableaux pour le service du Roy, fait, par ordre de M . le comte d'Angiviller, par le sieur Renou, pendant les années 1778 et 1779 (1).

Ce tableau a 10 pieds de haut sur 10 pieds de large.

Il représente Agrippine qui débarque à Brindes, portant l'urne de Germanicus , son époux, mort en Syrie : Thibère avait envoyé au devant de cette princesse deux cohortes prétoriennes et Ton brûloit à son passage des parfums et des vétemens.

Estimé 3,ooo livres.

Ce tableau fut expose au salon de 1779 ; le parfait paiement est en date du 4 février .1780 (a) :

Au sieur Renou, peintre, 1,000 livres pour faire, avec 2,000 à lui ordonnés acompte sur l'exercice 1778, le parfait paiement de 3,ooo livres, à quoi monte un tableau représentant V Arrivée d 'Agrippine au port de Brindes, qu'il a fait pour le service du Roy pendant les années 1778 et 1779.

Il passa ensuite aux Gobelins, d'où, en 1 794, le jury de classement des modèles le rejetait « sous le rapport des idées républicaines ».

Actuellement au musée de Lunéville, où il fut envoyé par l'État en 187a : H. a m. 5o. — L. 3 m. — Signé : Renou 177g.

(a) Archives du Louvre. Registre d'ampliations (1763-1785).

Jean RESTOUT

Aux Gobelins.

i° Le Nouveau Testament.

On a vu précédemment (1) que Jouvcnet avait reçu, en 1711, la commande d'une tenture pour les Gobelins sur des sujets divers du Nouveau Testament ; la mort le surprit au cours de l'exécution de la cinquième pièce, la Cène. La tenture se trouvait ainsi interrompue : pour la continuer, les Bâtiments s'adressèrent à son neveu RestouL Celui-ci acheva cette pièce de la Cène, dont les dimensions étaient de 12 pieds de haut sur 21 de large (2) et il fut à la fois rétribué pour le travail de Jouvenet et pour le sien propre; le payement est en date du 3o décembre 1725 (Exercice 1723) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 4,000 livres pour son payement d'un grand tableau qu'il a fait et augmenté d'après le sieur Jouvenet, qui l'avoit commencé pour être exécuté en tapisserie à la manufacture des Gobelins.

Actuellement au musée d'Amiens, où il fut envoyé par l'État en 1873 : H. 3 m. 90 — L. 7 m. 20.

Restout fit ensuite la Guirison des malades; les dimensions [étaient de 12 pieds de haut sur 20 pieds de large. Le paiement est en date du 12 août 1726 (Exercice 1725) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 4,000 livres pour une copie d'un grand tableau d'après le sieur Jouvenet, représentant Notre-Seigneur guérissant les malades sur le bord du lac de Génésareth, qu'il a fait pour le service du Roy pendant les années 1724 et 1725.

(t) Cf. page 242 supra.

(2) A. N. O' 19.34B : État des ouvrages faits pour le Roi depuis 171 6 jusqu'et compris 1 739.

Actuellement au musée de Lille, où il fut envoyé par l'État en 1849 ' H. 3 m. 80 — L. 6 m. 78.

Ce ne fut qu'en 1733 que Restout termina le morceau suivant, le Baptême de Notre'Seigneur. Le payement est en date du t** novembr 1739(1) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 3,ooo livres pour faire, avec 2,000 à luy cy devant ordonnés (le 20 juin 1738), le parfait payement de 5, 000 livres à quoy monte le prix d'un tableau représentant le Batéme de Notre Seigneur par saint Jean, qu'il a fait pour le service du Roy pendant Tannée 1733.

Le dernier morceau de cette tenture, le Lavement des pieds, fut livré en 1757; voici le mémoire de Restout (2) :

Mémoire d'un tableau pour la manufacture royale des Gobelins, ordonné par M. de Tournehem, par le sieur Restout, pendant Tannée 1757.

Ce tableau a 1 2 pieds de hauteur sur 2 1 de largeur et a été ordonné pour completter une tenture, dont les sujets sont tirés du Nouveau Testament par Jouvenet.

Il représente Jésus-Christ qui lave les pieds aux apôtres, au moment où le Seigneur adresse ces paroles à saint Pierre : « Si je ne vous lave, vous n'aurez point part avec moi. » (S. Jean, chap. xm). Estimé 6,000 livres.

Ce tableau fut exposé au salon de 1755 (3); le parfait paiement est en date du 10 décembre 1760 (Exercice 1758) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 1 ,000 livres en contrats à 5 0/0 sur les États de Bretagne pour faire, avec 7,000 à luy ordonnés acompte scavoir 3, 000 sur l'exercice 1755 le

(1) Ce payement avait d'abord été ordonné sur l'exercice 1733, puis annulé et reporté sur celui de 1739.

(a) A. N. O* 1934 a. Il convient donc de rectifier ici le Répertoire détaillé des tapisseries des Gobelins, qui avance que ce morceau du Lavement des pieds est une copie par Van Loo d'un tableau de Mutien.

(3) On lit à la suite de la mention qui en est faite par le livret : • L'auteur, ayant été pressé par le tems de l'Exposition du Salon, n'a pu termine entièrement ce tableau. •

16 janvier 1758, et 4,000 sur les aides et gabelles le 1 1 septembre 1 759, le parfait payement de 8,000 livres, à quoy montent deux tableaux, l'un représentant Jésus-Christ qui lave les pieds à ses apôtres, estimé 6,000 livres fait pour être exécuté en tapisserie à la manufacture royale des Gobelins et l'autre la Descente de Croix d'après Jouvenet ■ estimé 2,000 livres et destiné pour l'église des Capucines à Paris; lesdits tableaux livrés en 1757.

Actuellement au musée de Caen, où il rat envoyé par l'État en 187a : H. 4 m. - L 7 m,

20 La Tenture des Arts.

En 1737, les Bâtiments commandèrent à Restout une suite de quatre pièces, qui rat appelée ensuite Tenture des Arts pour ce que les différents arts y étaient représentés par des faits empruntés à la mythologie ou à l'histoire ancienne et relatifs à l'exercice de chacun d'eux.

La première pièce de cette série fut la Peinture, qui parut au salon de 1739 avec cette mention au livret :

Un grand tableau, en largeur de 17 pieds sur 11 de haut, représentant Alexandre dans l'école d'Apelles, qui luy donne sa maîtresse Campasque, par M . Restout, professeur. Ce tableau est destiné pour être exécuté en tapisserie pour le Roy.

Le payement en eut lieu le 29 mars 1741 :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 2,000 livres pour son payement d'un tableau représentant Alexandre qui fait faire le portrait de sa maîtresse par Appelles, qu'il a fait pour être exécuté en tapisserie à la manufacture des Gobelins pendant les années 1739 et 1740.

Actuellement au musée de Rouen, où il rat envoyé par l'État en 1872.

La seconde pièce, la Sculpture fut exposée au salon de 1 745, et le livret en donne la notice suivante :

Un grand tableau pour le Roy, en largeur d'environ 18 pieds sur 1 1 de haut, représentant Vénus qui exauce la prière de Pigmalion, qui avoit fait un voyage dans l'isle de Cypre pour

demander à Vénus qu'il animât la stattle qu'il avoit faite, et dont il étoit éperduement amoureux : le peintre a pris le moment où cette déesse l'anime. La métamorphose se fait connoitre par la partie supérieure de la figure qui devient chair et par l'inférieure qui est encore de marbre. A cette vile, Pigmalion, étant saisi d'étonnement, d'impatience et de joye, court la recevoir entre ses bras de dessus le piédestal où il l'avoit faite, auprès duquel sont deux Amours, dont l'un va décocher une flèche pour la rendre sensible à l'amour de celui qui l'a formée; l'autre lui fait remarquer que l'instant de la blesser est arrivé. Les Grâces, les colombes, le char, qui sont tenues par des Amours, sont les attributs de Vénus. Au haut du tableau est une danse d'Amours, qui viennent célébrer les transports d'allégresse des deux amans. Dans l'enfoncement, on voit une école de sculpture, dans laquelle un élève travaille à une statue de Mercure. Les richesses, que Pigmalion offroit à sa statue (comme il est marqué dans la Fable) sont parsemées sur le plancher, telles que sont des étoffes, des perles, coquilles et autres bijoux, qui servent à l'ornement et à la parure des femmes (Fab. 8. Metamorph., liv. X.)

Pour cette tenture les prix avaient d'abord été très étroitement fixés par Orry (1) ; à sa mort les artistes représentèrent à son successeur de Tournehem qu'avec des prix pareils ils rentraient à peine dans leurs déboursés pour les ouvrages de grandes dimensions : le tarif alors fut relevé et c'est ainsi que cette seconde pièce fut payée à Restout presque le double de la précédente, bien qu'elle fût de dimensions égales. Le payement est en date du 24 mai 1746 (Exercice 1745) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 1 ,700 livres pour faire, avec 2,3oo à luy ordonnez acompte scavoir i,5oo sur l'exercice 1744 le 7 juillet de l'année dernière, et 800 de ceux de la susdite année le 1 3 octobre audit an, le parfait payement de 4,000 livres à quoi monte tant un tableau qu'il a fait pour être exécuté en tapisserie à la manufacture des Gobelins et qui représente Pigmalion amoureux de sa statue, que Je supplément à lui fait sur le prix d'un autre tableau qu'il a ci-devant fait pour le Roy, pendant l'année 1744.

(1) Cf. page 3 16 supra.

La troisième pièce, l'Architecture, parut au salon de 17^1 ; voici l» mémoire de Restout (1) :

Mémoire d'un tableau fait pour le Roy, par Tordre de M. le contrôleur général des bâtiments de Sa Majesté, par Jean Restout, peintre ordinaire du Roy, adjoint-recteur de son Académie royale de peinture et sculpture, en 1 75 1 .

Ce tableau a 17 pieds et demi de long sur 11 pieds de haut.

Ce tableau est le troisième des quatre qui m'ont este ordoné pour la manufacture royale des Gobelins et représentant les Quatre Arts. Celuy-cy est pour l'architecture, dont le sujet est Didon qui montre à Énée les bâtiments de la nouvelle ville de Carthage. La reine Didon et Enée avec le petit Ascagne paroissent au milieu du tableau. Un architecte, accompagné d'un jeune homme qui porte un rouleau de desseins, présente le plan d'un édifice à exécuter ; deux pages suivent la Reine, dont l'un porte le bas de son manteau et de sa robe, plusieurs femmes et quelques soldats, dont un à cheval, annoncent l'arrivée de la Reine et du prince Troyen. Ce tableau estant destiné à représenter l'Architecture, l'autheur a tasché de faire entrer dans la composition le plus grand nombre de parties qui regardent l'exécution de cet art. Au dessous de la suitte de la Reine, est un tailleur de pierre, occupé à finir la base d'un pilastre ; à côte de lui, sur une pierre, sont les instruments de sa profession ; sa règle est appuyée sur le parement de la pierre qu'il taille. Sur un plan plus avancé et de l'autre côté du tableau, est un grouppe de cinq ouvriers, occupez à lever un bloc de pierre pour le mettre en chantier, deux de ces gens-là pèsent sur un levier, deux autres aident de leurs mains. Cette pierre est taillée sur une face et tracée pour la travailler de l'autre côté; derrière ces ouvriers, est un autre qui porte un moilon pour caler ce bloc, au devant paroit une baze, preste à poser. Derrière ce grouppe, est un notable citoyen amené par la curiosité, qui semble s'entretenir avec d'autres, que la grandeur de la toille n'a pas permis d'y ajouter.

(1) Nouvelles archives de l'art français, VIII, 88.

JEAN RKSTOUT 419

Plus loin que ces figures est une suitte d'échafaux de charpente, que les ouvriers élèvent tant pour poser les machines pour la construction d'un bâtiment que pour le finir et y élever des trophées, figures et autres ornements, destinez à la décoration ; en cela lautheur a suivy la narration de Virgile, qui raporte les mouvements des Tyriens fugitifs, qui sont tout occupez à suivre les ordres et les empressements de Didon, qui leur distribuoit l'ouvrage pour la construction des bâtimens et des ramparts de cette ville, qui a disputé l'empire à la ville de Rome, ce que l'autheur ne pouvoit faire agréablement qu'en variant les espèces de travaux de cet art. Il a peint dans le fond une colon* nade, semblable à celle du Louvre, ne pouvant suivre un plus magnifique modèle pour la décoration du fond de son tableau.

Sur le devant du tableau, est un commencement du port de Carthage avec une barque où sont deux matelots, dont l'un avec sa rame tâche d'aprocher de terre et l'autre roule un balot de marchandises pour en décharger la barque. L'obélisque, qui est derrière la Reine, fait voir que cette scène se passe en Afrique, qui est la partie du monde où ces sortes d'ouvrages sont plus communs comme en Egypte, et sert en môme temps pour la décoration de la place devant le palais. Les arbres, qui sont sur le devant, démontrent que, cette ville n'étant pas finie à l'arrivée d'Énée, ils doivent estre arrachez dans la suitte, et servent en même temps à la décoration du tableau, cette ville ayant été bâtie par Didon en pleine campagne et non sur les ruines d'une autre ville.

Pour mes peines et soins il m'est dû la somme de 3,5oo livres.

Le parfait payement est en date du 20 mars 1753 (Exercice 1751) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de i,5oo livres pour faire, avec 2,000 à luy ordonnés acompte sur l'exercice 1751 le 3 février 1752, le parfait payement de 3,5oo livres à quoy a été estimé un tableau qu'il a fait, en ladite année 1751, pour la manufacture des Gobelins, représentant Didon, reine de Carthage, qui montre,à Énée les bâtimens de son palais.

Actuellement au musée de Rouen, où il fut envoyé par l'État en «87a.

La dernière pièce, la Musique, fut exposée au salon de 1763 (t) ; voici le mémoire de l'artiste (2) :

Mémoire d'un tableau fait pour le service du Roi, sous les ordres de M. le marquis de Marigny, par le sieur Restout, pendant Tannée 1 763 .

Le sujet représente Orphée descendu aux En/ers pour demander sa femme Eurydice. Ce tableau qui exprime la Musique est le dernier des Quatre Arts, qui ont été ordonnés à l'auteur pour être exécutés en tapisserie aux Gobelins.

Il a 11 pieds de hauteur sur 17 pieds 8 pouces de largeur. Estimé 5,ooo livres.

Le parfait payement est en date du f avril 1771 (Exercice 1764) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 2,000 livres en contracts à 4 0/0 sur les aides et gabelles pour faire, avec 3,ooo à luy ordonnés acompte sur l'exercice 1764, les i3 mai et 18 septembre 1766, le parfait payement de 3,ooo livres, à quoi monte un tableau, représentant Orphée descendu aux En/ers pour demander Euridicc, qu'il a fait, en 1763, pour être exécuté en tapisserie à la manufacture royale des Gobelins.

Actuellement au musée de Rennes, où il fut envoyé par l'État en 187a : H. 3 m. 60. — L. 5 m. 16.

( 1 ) L'auteur de l'Eloge de Monsieur Restout, ."prononce à l'Académie des lettres, arts et sciences de Cacn, après la mort de cet artiste, qui était membre de cette compagnie, donne de ce tableau la description suivante : « Pluton et Prose rpi ne, Eaque, Minos et Radamanthe, Clotho, Lachésis et Atropos, et les démons ailés qui amènent Euridice, sont peints avec tous les attributs qui les caractérisent. L'auteur a saisi l'instant où Pluton, attendri par les accens harmonieux de la lire d'Orphée, paroit prêt à prononcer un jugement sur lequel il paroit avoir consulté Proserpine. »

Restout mit vingt ans à exécuter ce tableau ; en effet, on le trouve mentionné dans un état des ouvrages commandés (A. N. O' 1934*), à la date de 1743; le prix en est fixé à 5,ooo livres.

JKAN RESTOUT

A Versailles.

i° Hôtel du Grand Maître.

Rcstout fat l'un des douze peintres qui participèrent, en 1724, à la décoration des appartements de l'hôtel du Grand Maître à Versailles (1); il y traita la fable de Diane et Endymion. L'État des tableaux modernes qui ont été faits et placés dans les dehors de Versailles depuis tannée 1722 jusqu'à ce jour (1737) (2) le dit placé c dans le cabinet suivant la chambre à coucher, au-dessus du trumeau, vis-à-vis de la cheminée »; il était de forme ovale et de 3 pieds 6 pouces de haut sur 2 pieds et demi de large.

Le paiement est en date du 1" juin 1726 (Exercice 1724) :

A Jean Rétout, peintre, 400 livres pour son payement d'un tableau, représentant Diane et Endimion avec ornemens, qu'il a fait pour les appartemens de l'hôtel du Grand Maître à Versailles pendant l'année 1 724.

Restout demandait 600 livres pour ce tableau.

Actuellement à l'Hôtel de Ville de Versailles : H. o m. 90. — L. o m. 75.

2* Église du Parc aux Cerfs.

En 1727, Restout eut à faire pour l'église du Parc aux Cerfs un tableau de 4 pieds de haut sur 3 pieds et demi de large, destiné à faire pendant à une Madeleine, commandée à Galloche (3). Il demanda 600 livres et n'en toucha que 3oo, le 6 avril 1728 (Exercice 1727) :

Au sieur Restout, peintre, la somme de 3oo livres pour un tableau représentant la Contrition de saint Pierre dans une grotte pleurant amèrement, qu'il a fait pour le principal autel de la nouvelle église du Parc aux Cerfs pendant l'année dernière,

Dans l'État des tableaux modernes qui ont été faits et placés dans les dehors de Versailles depuis l'année 1722 jusqu'à ce jour (1737), ce tableau est signalé sur un des petits autels du côté du chœur; il était alors de forme ovale.

(1) Cf. page 76 supra.

(2) A.N. O' io34A.

(3) Cf. page 77 supra.

D'Argenville (i), mentionne qn'en 1762 ce tableau, ainsi que ceux de Gailoche et de Cazes, n'était point placé dans cette église et détenu séparément par les Lazaristes.

II se trouve aujourd'hui dans l'église Saint-Louis de Versailles.

3° Appartements de la Dauphine.

En 1747, Restout exécutait deux tableaux pour le grand cabinet de Marie-Josèphe de Saxe à Versailles (2); voici son mémoire (3) :

Mémoire de Jean Rétout, peintre ordinaire du Roy, pour deux tableaux faits pour Sa Majesté par les ordres de M. de Tournehem, directeur et ordonnateur général de ses bastimens.

Les sujets de ces deux tableaux, qui ont étés placés, en 1 748, dans le grand cabinet de M"" la Dauphine, sont pris de l'histoire de Psiché.

Ils ont 4 pieds 3 pouces de large sur 3 pieds 3 pouces de haut.

Le premier, de quatre figures, représente Psiché fuyant la colère de Vénus. L'histoire fabuleuse rapporte qu'étant sur le bord d'un torrent, elle pensa être surprise par deux satellites de Vénus, à qui cette déesse avoit donné ordre de la chercher. Après être échapée de ce péril, elle aperçut un vieillard qui portoit des filets de pêcheur, il lui aida à passer ce torrent, et la conduisit sur une montagne, où étoit son habitation, que la Nature seule avoit formée. Là, deux filles de ce vieillard gardoient cinq ou six chèvres et s'occupoient à faire de petits ouvrages de jong. Le peintre a représenté, suivant la narration, Psiché tenant le vieillard par la robe, elle monte cette montagne rocailleuse et aperçoit les deux jeunes filles avec un air d'étonnement, qui est égal de leur côté en voyant cette belle infortunée. Cet endroit est très agréablement raconté par M. de La Fontaine ; il auroit etté à souhaiter que la grandeur du tableau eut permis de s'étendre davantage.

Le second, de sept figures, représente Psiché demandant par-

(1) Voyage pittoresque des environs de Paris.

(2) De Nolhac, Le château de Versailles sous Louis XV, p. ib+.

don à Vénus d'avoir été aimée de son fils. L'histoire dit que Psiché, après avoir longtemps échapé aux recherches et à la colère de Vénus, prend enfin le parti de venir à Cyterre se jetter à ses pieds, que la déesse la fit transporter dans son char à Paphos, accompagnée de la Colère, de la Jalousie, et de l'Envie. Vénus y arriva aussitôt qu'elle et les trois satellites, qui l'avoient escortée, la présentèrent à Vénus, qui se faisoit rajuster. Lorsque Psiché lui eut réitéré les excuses, la jalouse déesse ordonna à ces trois Furies de la fustiger jusqu'à ensanglanter la blancheur de son corps. Le peintre a pris le moment que Vénus donne cet ordre cruel, elle est à sa toilette, les Grâces racomodent sa coëffure ; Psiché est en suppliante : derrière elle sont les Furies qui se disposent à lui infliger le châtiment prononcé par la déesse.

Le prix de ces tableaux est de 700 livres chacun . . 1 ,400 liv.

Ces deux tableaux parurent au Salon de 1748, et le parfait payement en eut lieu le 3o janvier 1751 (exercice 1748):

Au sieur Restout, peintre, la somme de 700 livres pour faire, avec pareille somme à luy ordonnée acompte sur l'exercice 1748 le 17 juillet 1749, le parfait payement de 1,400 livres à quoy montent deux tableaux qu'il a faits pour le service du Roy pendant ladite année 1748.

Pigahiol de la Force, dans sa Description de Versailles et d'Argenville, dans son Voyage pittoresque des environs de Paris, signalent ces deux tableaux dans la chambre à coucher de la Dauphine.

Actuellement, tous les deux, au musée de Fontainebleau (nM 13 1 et 133), identifiés à tort à des sujets de l'histoire d'Herminie : H. 1 m.o5. — L. 1 m. 40.

Concours de 1727 et de 1747.

Restout prit part, en 1737, au concours organisé entre les membres de l'Académie par le duc d'Antin; voici, d'après le Mercure de France de juillet 1737, le sujet de son tableau :

L'adieu d'Hector. Iliade. Liv. VI ; de M, Restout. Hector et Andromaque ayant fini leurs tristes adieux, ce général des Troyens s'approcha de son fils ; mais cet enfant, éfraïé

des armes de son père et surtout du panache de son casque, se jetta entre les bras de sa nourrice : ce que voyant Hector, il ôta son casque, prit son fils, l'éleva vers le ciel, et, après une courte prière aux Dieux, il le remit à Andromaque, qui le reçut avec un sourire mêlé de larmes. Tel est le sujet de ce tableau que le peintre a accommodé à sa manière. Andromaque a son Bis sur son sein, Hector adresse sa prière au ciel, un page tient son casque, et son char attelé de chevaux bondissans est tout proche.

Les dimensions de cette toile étaient de 6 pieds de large sur S de haut ; le prix fut partagé entre de Troy et Le Moyne, et le tableau de Restout revint à son auteur. ,

Il fut encore l'un des onze officiers de l'Académie qui prirent part au concours de 1747 : son tableau de 6 pieds de large sur 5 de haut fut exposé au Salon de 1 747 dans la galerie d'Apollon, et le livret le mentionne ainsi :

Alexandre, après avoir bu le breuvage qui luy étoit présenté par Philippe son médecin, luy donne à lire la lettre que Parménion luy avoit écrite, par laquelle il Tavertissoit que Philippe avoit été corrompu par Darius pour l'empoisonner. Ce faux avis irrita Philippe de façon qu'il jetta la lettre et son manteau par terre devant le lit du Roy, lequel au bout de trois jours fut entièrement guéri.

Le 39 septembre 1747, Restout percevait la gratification promise :

Au sieur Restout, peintre, 1 ,5oo livres pour son payement d'un tableau représentant Alexandre et son médecin Philippe qu'il a fait en la présente année pour le concours ordonné par Sa Majesté.

Ce tableau entre alors dans la collection de la Couronne. Actuellement au musée d'Amiens, où il fut envoyé par l'État : H. 1 m. 48. — L. 1. m. 88.

A Paris.

Jouvenet avait exécuté, en 1677, pour le maître-autel de l'église des Capucines (rue Neuve des Petits-Champs) la fameuse Descente de croix, actuellement exposée au Louvre.

En 1756, ces religieuses offrirent ce tableau au Roi, qui l'accepta et, pour le remplacer, le marquis de Marigny en commanda une copie à Restout (1).

(1) A. N. O' 1934 a. — L'Académie avait, de son côté, manifesté le désir

Cette commande dut être exécutée en 1758 ; voici, en effet, le mémoire de l'artiste (1) :

Mémoire d'un tableau fait pour le service du Roy, sous les ordres de M. le marquis de Marigny, par le sieur Restout, pendant l'année 1758.

Copie de la Descente de croix, de Jouvenet, destinée pour l'église des Capucines de la place de Louis le Grand.

Ce tableau a 1 3 pieds de hauteur sur 9 pieds de largeur, même grandeur que l'original. Estimé 2,000 livres (2).

Le payement est en date du 10 décembre 1760. Nous l'avons transcrit ci-dessus (3).

d'avoir le tableau de Jouvenet ; voici la lettre qu'en date du 1 5 juillet 1 756, Marigny écrivait au secrétaire de cette compagnie : « Le Roy a accepté, Monsieur, le sacrifice que les dames religieuses Capucines luy ont fait du tableau du mattre-autel de leur église, et en cela Sa Majesté, sur ma représentation, a rempli les vœux de l'Académie qui desiroit avoir ce tableau dans son salon, mais, comme l'idée que le Roy a conçue de ce tableau pourroit lui faire désirer de le voir dans ses appartements, l'Académie ne doit espérer d'en jouir que dans le cas que Sa Majesté ne jugeroit pas à propos d'en décorer quelqu'une des maisons royales. Ayez agréable de prévenir M. Restout que le Roy a ordonné qu'il feroit de ce tableau une copie aussy fidelle qu'il luy sera possible pour dédommager ces dames Religieuses du sacrifice qu'elles font de l'original ». (1) A. N. O' 1934 a.

(3) Il est, d'ailleurs, probable que ce tableau, s'il fut exécute en 1758, ne fut pas livré cette année-lâ, car, le 7 novembre 1761, le marquis de Marigny manifestait, en termes très vifs, au secrétaire de l'Académie son mécontentement de ce que Restout n'ait point encore livré le tableau, qu'il devait faire pour l'église des Capucines (A. N. O' 1908).

Quant au tableau de Jouvenet, il fut en 1756 restauré au compte du Roi par la veuve Godefroid, ainsi qu'un autre tableau de cet artiste, qui décorait la chapelle de ces religieuses (A. N. O' 1933) :

« La Descente de croix, peinte par Jouvenet, tableau de i3 pieds de hauteur sur 9 de largeur. Nota. M. le Directeur général ordonne après la réparation du tableau de la Descente de Croix, qu'on croyoit être ruiné, qu'il serait transféré au cabinet du Roi : ensuite il chargea M. Restout d'en faire une copie de la même grandeur pour remplacer l'original.

€ Le martyre de saint Ovide, tableau de 7 pieds de haut sur 5 de large.

« Ces deux restaurations avoient été arrêtées par M. le baron de Thiers pour les dames religieuses à la somme de 1,000 livres ».

(3) Cf. page 416 supra.

Jean-Bernard RESTOUT

A Bellevue.

En 1766, cet artiste eut à faire quatre dessus de porte pour le salon des jeux à Bellevue (1) ; voici son mémoire (2) :

Mémoire de quatre tableaux, dessus de porte, faits pour le service du Roi, sous les ordres de M. le marquis de Marigny, parle sieur Restoutfils pendant Tannée 1767.

Ces tableaux, destinés pour le salon des jeux du château de Bellevue, ont chacun 2 pieds 10 pouces de haut sur 2 pieds 8 pouces de large. Figures au dessous de demie nature. Ils représentent les Quatre Saisons.

Le Printemps désigné par Flore ; l'Été, par Cerès ; l'Automne par Bacchus ; l'Hiver avec ses attributs.

Estimés énsemble 2,400 livres.

Le paiement de ces quatre tableaux est en date du 1" avril 1771 (Exercice 1 767) :

Au sieur Restout le Jils, peintre du Roy, 2,400 livres en contrats à 4 pour 0/0 sur les aides et gabelles pour son payement de quatre tableaux représentant les Quatre Saisons, qu'il a faits en 1767 pour être placés dans les appartemens de Bellevue.

Actuellement, tous les quatre, au grand Trianon : Diamètre o m. 78; de forme ronde. — Signés : Restout fils 1767 (3).

(1) Cf. pages 246 upra.

(a) A. N. O' ig3i.

(3) On relève, dans un État des ouvrages ordonnés en date de 1774 (A. N. O* 1933), la commande suivante en date de 1772 :

« Restout. A lui ordonné cinq grands tableaux dont les sujets sont choisis de l'histoire de Didon et Enée dans l'Enéide. Ils sont destinés pour être exécutés en tapisserie aux Gobelins. Les Esquisses sont faites. Estimés chacun 4,5oo livres. Ensemble aa,5oo livres ».

On ne dut pas donner suite à ce projet car nous n'en avons retrouvé aucune autre mention.

Page 1