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Inventaire des tableaux du roi

L’ancienne collection de la Couronne forme actuellement le fonds principal de nos musées français. Depuis longtemps on souhaitait la publication d'un inventaire complet des œuvres diverses qu’elle contenait ; ce désir pourtant n’avait encore pu être réalisé, et depuis l’entreprise que la mort de Lépicié laissa inachevée au milieu du xviii6 siècle, aucune tentative en ce sens n’avait été faite.

Nous avons pensé qu’il était possible de dresser un tel inventaire, nos archives françaises en possédant les éléments essentiels.

Ainsi, en ce qui concerne les peintures, on pouvait avoir l’état complet de la collection de la Couronne, au moment de la Révolution, en éditant d’abord l’ Inventaire général des tableaux du Roy fait en 170g et 1710 par Bailly ; puis en le complétant par un Inventaire des tableaux commandés et achetés par la Direction des Bâtiments du Roi de 1710 à 1792, établi d’après les mémoires des artistes qui travaillèrent pour le Roi et les mentions diverses, portées aux Comptes des Bâtiments pour les années correspondantes.

Aujourd’hui, on présente au public le premier de ces inventaires. Le document par lui-même est de la plus haute importance, puisqu’il nous donne l’état complet des collections royales à la fin du règne de Louis XIV ; sa publication était désirée depuis bien des années, et, dès

i85o, Villot déclarait qu’ « il méritait à tous égards les honneurs de l’impression » : il les aura attendu pendant près de deux siècles.

Mais la publication simple et toute nue d’un tel document, si intéressante fût-elle, n’eût peut-être pas répondu au but que l’on pouvait attendre. Il convenait d’entourer cet inventaire des notes et des commentaires susceptibles de lui donner toute sa valeur : il fallait donc prendre isolément chacun des tableaux signalés par Bailly, rechercher comment il était entré dans la Collection de la Couronne, mentionner d’après les inventaires antérieurs et postérieurs les emplacements divers qu’il occupa, indiquer ses états successifs et les restaurations dont il fut l’objet, reconnaître enfin sa place actuelle et à quel auteur il est attribué; en un mot, donner, autant que possible, l’histoire de chaque tableau.

Une telle entreprise devait avoir une réelle utilité, puisqu’elle ne tendait à rien moins qu’à fixer l’histoire générale de la majeure partie des tableaux de nos musées français, et qu’elle permettait d’établir, d’une façon précise et définitive, les catalogues de nos diverses collections artistiques.

La publication de l’inventaire Bailly aura, en outre, une exceptionnelle importance pour l'histoire de notre école française de peinture. (

Le dédain immérité et systématique qui, pendant longtemps, frappa nos artistes nationaux, eut pour conséquence l’oubli de leurs noms et la dispersion de leurs oeuvres. Bailly nous apporte une liste considérable de tableaux exécutés par ces peintres, et nous fournit ainsi d’inestimables renseignements sur leurs travaux : si, en effet, les attributions qu’il propose sont très contestables pour les œuvres des anciens maîtres étrangers, son témoignage, au contraire, en ce qui concerne les artistes français, est des plus sûrs et des plus valables, puisque son inventaire fut

rédigé du vivant de la plupart d’entre eux, et, bien vraisemblablement, d’après leurs indications et sous leur contrôle.

Cet inventaire Bailly sera donc — nous osons du moins l’espérer — utilement consulté par les historiens de l’art de notre pays : ils auront ainsi, avec les Comptes des Bâtiments du Roi , dont la publication assure à M. J. GuifFrey la reconnaissance de tous ceux qui s’intéressent à ces questions, deux sources incomparables et très sûres, qui se complètent sur bien des points.

Aussi espérons-nous que le travail considérable qu’une telle entreprise a demandé, n’aura pas été stérile; et la plus précieuse récompense de l’auteur sera d’avoir pu servir la bonne et noble cause de l’art français.

LES GARDES DES TABLEAUX ET LES DIVERS INVENTAIRES DE LA COLLECTION DE LA COURONNE

Les origines de la Collection de la Couronne remontent ^ ^éoulltion à François Ier. Ce fut, en effet, ce roi qui, le premier, eut de la couronne. l’idée d’avoir « un cabinet de tableaux », c’est-à-dire de réunir, dans un simple but de curiosité, des peintures indépendantes de la décoration générale des appartements, et exposées pour elles-mêmes. A cet effet, il recueillit à grands frais, principalement en Italie, des tableaux et autres objets d’art (André del Sarte et le Primatice furent même en quelque sorte ses « rabatteurs ») ; d’autre part, il fit directement aux artistes des commandes assez importantes, dont ses comptes de dépenses conservent encore quelques traces.

Cette collection embryonnaire fut établie à Fontainebleau ; elle était naturellement assez restreinte, et jusqu’à Louis XIV ne reçut que peu d’accroissement. Le docu-

INTRODUCTION

Sous Louis XIV.

ment le plus intéressant et le plus complet, que l’on possède sur ce sujet, est encore le Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau, par le père Dan, portant la date de 1642 : l’énumération sommaire des peintures de la collection royale qu’on y trouve constitue vraiment le premier inventaire de la collection de la Couronne, inventaire bien imparfait sans doute et notoirement insuffisant, puisqu’il ne vise que 4g tableaux, mais infiniment précieux car il nous montre le point de départ du Cabinet des tableaux du Roi, dont on pourra désormais suivre les états divers et le développement.

En réalité, ce fut Colbert qui, réalisant les intentions de Louis XIV, créa définitivement la collection de la Couronne et lui donna toute son importance : à l’avènement de ce monarque, en effet, le cabinet des tableaux ne comptait pas plus de 200 peintures; à sa mort, il en renfermait près de 2,5oo. Les commandes multipliées, faites aux artistes et nécessitées d’ailleurs par les grandes décorations des maisons royales; quelques donations, comme celle de M. de Béthune, qui en 1664 offrait au Roi 2,000 tableaux, statues et manuscrits (1); enfin, les achats successifs et judicieux d’œuvres remarquables donnèrent à la collection de la Couronne une splendeur et un éclat extraordinaires. Deux de ces acquisitions sont particulièrement fameuses: d’abord celle de la collection du cardinal de Mazarin, en 1661, qui introduisit plus de 600 tableaux dans le cabinet royal; puis en 1671, celle de cent tableaux de la galerie de Jabach, provenant en majeure partie de la collection du roi Charles Ier d’Angleterre, après avoir antérieurement figuré dans celle des ducs de Mantoue, la plus renommée de l’Italie (2).

(1) Rathery. Notice historique sur l'ancien cabinet du Roi. Paris. Techener, 1 856.

(2) Ce fut après l’acquisition de la collection de Jabach, que fut publié

INTRODUCTION

Depuis quelque temps déjà, le cabinet du Roi ne se trouvait plus à Fontainebleau. Il avait d’abord été placé à Paris, au Vieux Louvre; en 1659, il fut en partie détruit dans l’incendie qui dévora ce palais ; alors, on le réinstalla, en 1680, dans les sept salles voisines de la galerie d’Apollon (1), et on mit également un certain nombre de tableaux dans quatre des salles de l’hôtel Gramont, qui joignait le Louvre. C’était donc là un véritable musée, et les tableaux, qui y étaient exposés, étaient considérés comme objets non de décoration, mais de curiosité et d’étude.

Le Brun fut nommé directeur du cabinet des tableaux Les gardes des

tableaux du Roi

du Roi, aux appointements de 3, 200 livres par an (2), et Le Brun. en 1 683, il rédigeait le premier inventaire de la collection de la Couronne. Ce document se trouve actuellement aux Archives Nationales (3); il comprend 39 feuillets et a pour titre : Inventaire des tableaux du Cabinet du Roy.

Au recto du feuillet 3q, on relève cette mention :

Je reconnois que les tableaux mentionnez au présent Inventaire, au nombre de 426, m’ont été mis entre les mains. Faict à Paris, ce 18e octobre i683. Le Brun.

Postérieurement, cinq pages furent ajoutées pour men-

l’ouvrage de Félibien : Tableaux du cabinet du Roy. Statues et bustes antiques des maisons royales, t. I“r. Paris, de l'Imprimerie Royale. 1677. Une nouvelle édition en fut faite en 1679. Nous ne citons ce livre qu’à titre purement documentaire, car il n’est, à vrai dire, qu’un recueil de gravures d’après vingt-quatre des tableaux les plus célèbres de la collection, avec une notice sur chacun d’eux par Félibien.

{1) Mercure Galant. Décembre 1681. — Les salles étaient subdivisées par des volets mobiles sur lesquels on plaçait des tableaux. Les peintures les plus précieuses étaient recouvertes par des volets spécialement décorés : « Les plus anciens et les plus rares (tableaux) sont enfermez dans des manières d’armoires plates et dorées, dont le dessus est peint, et l’on pourroit dire que ce sont des tableaux qui en cachent d’autres. »

(2) Cf. les Comptes des Batiments, aux années correspondantes.

INTRODUCTION

Nouasse, garde des tableaux de Paris.

Paillet, garde des tableaux de Versailles.

tionner 56 tableaux nouvellement acquis. Dans cet inventaire de Le Brun les peintures sont numérotées arbitrairement, mais leurs dimensions y sont données et une description sommaire en est faite.

A la fin du xvne siècle, ces tableaux du cabinet du Roi cessèrent d’être considérés comme pièces de musée et furent plus spécialement utilisés pour la décoration des divers appartements de Versailles et des autres maisons royales. Cette tendance ne fit ensuite que s’accentuer.

Le Brun mourut en 1690, et ses fonctions furent alors partagées entre les peintres Houasse et Paillet.

Celui-là déjà, du temps même de Le Brun, avait la garde des tableaux placés à l’hôtel Gramont (1) ; ses fonctions furent alors étendues aux divers tableaux qui se trouvaient au Louvre. Il dressa donc, en 1690, un inventaire de prise de charge (2); on n’y compte plus que 90 peintures. Cette pièce, conservée aux Archives Nationales (3), a pour titre : Inventaire des tableaux et desseins du Roy étant à la garde du sieur Houasse à Paris, signé par ledit sieur le 18 juin iôgi et continué. Les quatre premiers feuillets visent les sculptures; l’énumération des dessins occupe sept pages ; le reste est consacré aux peintures, dont le nombre, on le voit, est singulièrement réduit.

C’est, qu’en effet, la majeure partie des tableaux du Louvre avait été placée, à Versailles et dans les autres châteaux ; et, tandis qu’Houasse avait la garde de ceux de Paris, le peintre Paillet était spécialement commis à la conservation des tableaux de Versailles et des autres mai-

(1) On relève ainsi, dans les Comptes des Bâtiments , à la date du 8 juin 1687, l’ordonnance de paiement suivante : « A Houasse, 3oo livres, pour le soin qu’il prend des tableaux qui sont dans l’hostel de Grandmont. »

(2) Dans les Comptes des Bâtiments, il est fait mention de cet inventaire à la date du 24 décembre 1690.

INTRODUCTION

sons royales. Celui-ci, au mois de décembre 1695 (1), rédigeait un Inventaire général des tableaux du Roy qui sont à la garde particulière du sieur Paillet à Versailles, à Trianon et à Marly, Meudon et Chaville. Les Archives Nationales conservent l’original et une copie de ce document (2), visant 776 tableaux et comprenant 142 pages. Le titre du tableau, ses dimensions, son emplacement sont indiqués; les peintures, cette fois, sont classées par nom d’artiste (3).

Le ier février 1699, Paillet était plus spécialement chargé Baüiyet

. 11 0 son inventaire

du « nettoiement » des tableaux du Roi, et la garde des tableaux de Versailles et des maisons royales lui était retirée pour être donnée à Nicolas Bailly, fils du peintre en miniature Jacques Bailly, et lui-même exerçant cet art (4).

Peu de temps après son entrée en fonctions, le nouveau garde des tableaux recevait de Mansard l’ordre de procéder à un recolement général des diverses peintures qui composaient alors la Collection de la Couronne, et de dresser du tout un inventaire général. L’entreprise était considérable, Bailly lui donna tous ses soins, et la première rédaction de son inventaire était achevée en 1706.

Cette pièce figure aux Archives Nationales (5). C’est un registre in-folio, relié en maroquin rouge aux armes de

(1) Paillet entra exactement en fonctions en novembre 1689, aux appointements de 1,400 livres (cf. Comptes des Batiments, t. III. col. 824).

(2) O' 1964 et 1966 — Voir ci-après, p. xxxi.

(3) A la fin se trouve la note suivante : « Je soussigné reconnois que M. Mesmyn, Conseiller du Roy, premier commis de la Surintendance des Bâtimens de Sa Majesté, a remis, par ordre de Mgr le Surintendant, à ma garde, tous les tableaux du Roy, tant des anciens maistres que des modernes, estans à Versailles, à Trianon et à Marly, contenus au présent inventaire en 71 feuillets écrits recto et verso, chacun desquels j’ai paraphez et promets représenter le tout au premier ordre qui tn’en sera donné. Faict à Versailles, le 9e jour de décembre 1695. Paillet. »

(4) Voir sur « Les Bailly, peintres et gardes des tableaux du Roi » l’élude de M. J. Guiffrey, dans la Revue de l'art français ancien et moderne (avrilmai-juin 1896, p. 11 3).

vin

France, ayant pour titre : Inventaire général des tableaux originaux qui appartiennent au Roy, tant des anciens maîtres que des modernes, divise \ en deux classes , la première contenant les plus habiles maîtres. L’inventaire comporte 789 pages, plus i3 pages de table; les tableaux sont décrits sommairement, avec l’indication de leurs dimensions et de leur emplacement; 188 peintres y sont mentionnés, sans ordre d’écoles, et avec cette division, vraiment bizarre, en peintres plus ou moins habiles.

Assurément, un tel classement dut motiver des froissements et soulever quelques mécontentements; aussi, en 1708, Bailly donnait-il une nouvelle rédaction du même inventaire, mais, cette fois, sans la division adoptée en 1706. Cette seconde édition se trouve également aux Archives Nationales (1) ; elle est intitulée : Inventaire général des tableaux originaux appartenants au Roy, tant des anciens maîtres que des modernes. C’est un registre in-folio, de 756 pages de texte et de 16 pages de table, relié comme le précédent (2).

En même temps que les œuvres originales, Bailly inventoriait également les esquisses et les copies de tableaux qui figuraient dans la collection de la Couronne. Comme les précédents, ce répertoire spécial se trouve encore aux Archives Nationales (3). Il a pour titre : Inventaire des esquisses, tableaux inconnus et copies de tableaux; le nombre des œuvres ainsi inventoriées est de 827, divisés

(2) En tête on lit : Nous, Julles Hardouin Mansart, comte de Sagonne, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, Conseiller du Roy en ses Conseils, Surintendant et ordonnateur des Bâtimens de S. M., Certifions que tous les tableaux originaux, tant des anciens maîtres que des modernes, contenus au présent inventaire, sont sous notre direction et placez tant dans les Maisons royalles que dans les cabinets destinez pour les garder. En foy de quoy nous avons signé de notre main le présent certificat et fait contresigner par notre secrétaire ordinaire. A Versailles, le 9e mars 1708.

INTRODUCTION

en tableaux inconnus, copies de tableaux faites jusqu’en 1706, et miniatures.

Enfin, en 1710, Bailly réunissait, fondait ces divers inventaires, les mettait au net, les complétait, en arrêtait définitivement la teneur et donnait alors une édition méthodique et définitive, un inventaire général des tableaux du Roi, répondant exactement à ce titre et le justifiant. C’est cette pièce la plus complète et la mieux rédigée, qui fait l’objet de notre publication.

Le document original, conservé aux Archives Nationales (1), est intitulé : Inventaire général des tableaux du Roy, faits (sic) avec soin en 170g et 1710 par le sieur Bailly , garde d’iceux, suivant les ordres qui lui en furent donne\. C’est un registre in-folio, relié en maroquin rouge, portant sur les plats les armes de France, et, sur le dos, des L. L. enlacés. Les tableaux de maîtres y sont mention-

nés par écoles et ainsi répartis :

Écoles romaine et florentine 89

— vénitienne 102

— lombarde 178

— allemande et flamande 179

— française g3o

A la suite de ces tableaux originaux se trouve le détail des esquisses, miniatures, oeuvres inconnues et copies que possédait alors le cabinet du Roy; cet inventaire, assez arbitrairement ordonné, se décompose ainsi : -

Miniatures et copies 22

Le Brun : esquisses 8

Verdier 3

Mignard, inconnus et copies 865

(1) O' 1975. — On trouve également, aux Archives Nationales, sous la cote O1 1972, le brouillon du travail de Bailly.

INTRODUCTION

En 1710, la Collection de la Couronne comprenait donc exactement 2,376 tableaux.

Douze ans plus tard, en 1722, le duc d’Antin fit faire plusieurs copies de l’inventaire de 1710. En tête des divers exemplaires que l’on en possède actuellement, se trouve le brevet suivant, qui renseigne très exactement sur le rôle et les attributions respectives du garde des tableaux Bailly et du peintre Stiémart, chargé alors du « nettoiement » de ces peintures :

Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, pair de France, marquis de Montespan, de Gondrin et de Mézières, seigneur des duchez d’Epernon et de Bellegarde, vicomte de Murat, baron de Cursé, de Montcontour, Languais, Limeuil, Langon, et du fort de Chailly, seigneur d’Oyron, Daunan, Blanquefort, Laleu, Rougemont, les Vergeries, Bauché, les Marais et autres places et lieux, Lieutetenant général des armées du Roy et de la haute et basse Alsace Sunsgaw et Brisgaw, Gouverneur et lieutenant général pour S. M. des villes et duchés d’Orléans, pais Orléanois, Chartrain, Perchegouet, Sologne, Vendômois, Blaisois et dépendances d’iceux et de la ville et château d’Amboise, Surintendant et Ordonnateur général des Bâtimens et Jardins du Roy, Arts, Académies et Manufactures royales,

Avons fait remettre au sieur Bailly, peintre en miniature du Roy, garde des tableaux de S. M., la présente copie de l’Inventaire d’iceux, faite d'après les minuttes de sa main, qu’il a composées avec soin et y a donné le nouvel arrangement qui s’y trouve, tant sur les anciens Inventaires qu’au moyen des recherches exactes qu’il a faites suivant nos ordres dans les maisons royales, garde-meubles et autres lieux appartenans à S. M. pendant les années 170g et 1710. Lesquels inventaires avec les minuttes dudit sieur Bailly sont déposées au bureau de la Surintendance des Bâtimens, à l’effet qu’il nous donne des inventaires ou états particuliers desdits tableaux où il sont à présent placez, certifiez de chaque dépositaire et de luy.

Il visitera souvent lesdits tableaux et n’en fera déplacer aucun d’un palais ou autre lieu en un autre, ni ne souffrira point qu’il n’en soit copié sans que nous l’ayons ordonné.

11 donnera soigneusement avis au sieur Stiémart, chargé du nétoiement desdits tableaux, de ceux qui se pourroient gâter, ou qui seroient mal entretenus.

INTRODUCTION

Il tiendra un registre journal par devers lui, dont il donnera de temps à autre au bureau de la Surintendance, des feuilles signées de luy, des changemens, déplacemens et autres occurences qui seroient arrivées concernant lesdits tableaux, comm’ aussy des nouveaux qui auront été faits pour S. M., nous confiant du tout à la probité, fidélité et vigilance dudit sieur Bailly.

En foi de quoi, nous avons réitéré et signé la présente commission en faveur dudit sieur Bailly, laquelle nous avons fait contresigner par le secrétaire ordinaire des Bâtimens du Roy et y apposer le cachet de nos armes.

A Paris, le 6e jour de juin 1722, signé : le duc d’Antin. Par mond. seigneur, Marchand.

Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, pair de France, etc.; avons fait remettre au sieur Stiémart, peintre du Roy, le présent Inventaire des tableaux de S. M., afin qu’il les connoisse, qu’il prenne grand soin de les nétoyer et entretenir en état de propreté ; que, dans le transport qui s’en fera d’un lieu en un autre, il prenne, conjointement avec le sieur Bailly, garde desdits tableaux, les mesures et précautions nécessaires pour qu’ils ne puissent estre gâtez, et que dans les temps que nous lui ordonnons, il fasse nétoyer les peintures des platfonds tant de la galerie de Versailles que des apartemens. En foi de quoi, nous avons signé la présente commission en faveur dudit sieur Stiémart, fait contresigner par le secrétaire ordinaire des Bâtimens du Roy et y apposer le cachet de nos armes. A Paris le 6e juin 1722, signé : le duc d’Antin. Par mond. seigneur, signé : Marchand.

Les Archives Nationales possèdent deux exemplaires de cette copie de 1722, inscrits sous les cotes O1 1978 et KK. 372 ; ce sont deux registres in-folio, reliés en maroquin rouge, avec les armes de France sur les plats, et deux L enlacés sur le dos. Le premier comprend 17 feuillets préliminaires et 519 pages de texte; il a pour titre : Inventaire général des tableaux originaux des Maîtres tant anciens que modernes qui appartiennent au Roi, divisés par écoles; c’était l’exemplaire du directeur des Bâtiments (1).

(1) On lit, en effet, au commencement de cet exemplaire :

« Nous, Duc et Pair de France, Surintendant et Ordonnateur général

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XII INTRODUCTION

Le second comporte 9 feuillets préliminaires et 563 pages de texte ; il est intitulé : Inventaire général dès tableaux du Roy, fait en 170g et 17 1 o par le sieur Bailly, garde desdits tableaux, suivant les ordres qui lui en furent donne à lui remis la présente copie; c’était donc l’exemplaire de Bailly lui-même. Enfin, le troisième exemplaire, celui de Stiémart est actuellement au musée du Louvre : à l’instar des précédents, c’est un registre in-folio de 1 1 feuillets préliminaires et de 604 pages de texte, relié en maroquin rouge aux armes de France. Il a le même titre que l’exemplaire précédent, seulement la phrase finale est remplacée par celle-ci : « Remis la présente copie au sieur Stiémart, chargé du nétoyement desdits tableaux. »

Usd’Houassers On a vu précédemment que la plupart des objets d’art placés au Louvre étaient en dehors du contrôle de Bailly; Houasse en eut la garde jusqu’en 1710, année de sa mort : toutefois, dans ces collections, les peintures étaient en minorité, les desseins, les marbres, bronzes et ivoires en formaient la majeure partie. En 1704, Houasse rédigea un inventaire des tableaux qu’il gardait : cette pièce, assez peu importante, se trouve aux Archives Nationales (1) ; elle a pour titre : Inventaire du cabinet des tableaux au Louime.

Le successeur d’Houasse au poste de garde du cabinet des tableaux de Paris fut Antoine Coypel (2) qui rédigeait, en

Coypel, C oc h in, Duplessis.

des Bâtimens et Jardins du Roy, Arts, Académies et Manufactures royales, avons ordonné que la présente copie de l'Inventaire des tableaux de S. M. demeurera dans notre bureau de la Surintendance entre les mains du sieur Marchand, secrétaire desdits Bâtimens, pour recevoir par lui du sieur Bailly, garde desdits tableaux, les inventaires d’iceux, qui se trouveront placez dans les Maisons royales, gardes-meubles et autres lieux appartenans à S. M. Il enregistrera les ordres que nous donnerons au sieur Bailly et au sieur Stiémart concernans lesdits tableaux, et remettra incessamment entre leurs mains à chacun une copie reliée dudit inventaire. Fait à Paris le 6 juin 1722. — Le duc d’Antin. »

(2) Ses appointements étaient de 1000 livres ; Cochin qui lui succéda n’en

INTRODUCTION

1710, un inventaire de prise de charge, intitulé : Inventaire général des tableaux du Roy, desseins, marbres, yvoires et bronzes, qui sont à la garde particulière du sieur Coypel (1).

Coypel, au surplus, eut bientôt à rédiger un autre inven- Le duc d’Antin taire, et d’un genre assez particulier. En 1715, en effet, tableaux du Roi. quelques jours après la mort de Louis XIV, le directeur des Bâtiments, le duc d’Antin (dont la compétence artistique fut toujours singulièrement négative) (2), profitait de la minorité du nouveau Roi pour faire retirer de Versailles et transférer à Paris en son hôtel particulier 1 3 1 tableaux du cabinet du Roi, les meilleurs et les plus célèbres. Cette désinvolture, au reste, ne souleva aucune protestation, et ces peintures restèrent chez ce seigneur jusqu’à sa mort, en 1736 : ainsi, pendant plus de vingt années, la Collection de la Couronne n’eut d’autre destination que de décorer les appartements particuliers du Directeur des Bâtiments. En 1715, Coypel rédigeait l’inventaire des tableaux ainsi déplacés; les Archives Nationales possèdent l’original et sept copies de ce docu-

reçut que 400 (Courajod. Livre-journal de La\are-Duvaux . Paris, 1873,

p. CLXVIII.)

(1) Cette pièce figure aux Archives Nationales (O' 1965); elle débute ainsi :

« En présence de M. le marquis d’Antin, Directeur général des Bâtimens,

jardins et manufactures de Sa Majesté, nous, Conseiller du Roy, premier architecte, intendant et controlleur général des Bâtimens de Sa Majesté, sommes transporté ce jour d’hui, 27 mai 1710, assisté du sieur Lespée, greffier des Bâtimens du Roy, chés le sieur Houasse, peintre du Roy, commis à la garde de tous les desseins des illustres peintres, de plusieurs tableaux, marbres, yvoires et bronzes, décédé dud. jour 27 may, pour apposer le scellé à tous les cabinets et armoires où sont renfermez lesdits desseins et tableaux, et le sieur Coypel ayant esté nommé par le Roy pour remplir la place dudit sieur Houasse, Nous, officiers desdits bâtimens, avons fait la levée dudit scellée et examiné l’inventaire dont nous avions chargé ledit sieur Houasse en datte du 2 may 1704, pour charger ledit sieur Coypel desdits desseins, tableaux, marbres, yvoires et bronzes, conformément à l’inventaire qui en suit. Signé : de Cotte, Desgot, de I.amotte, Lespée,

Coypel. »

(2) Cf. Le duc d’Antin et Louis XIV , par M. J. Guiffrey. — Paris. 1869.

in-12.

INTRODUCTION

ment (i), qui a pour titre : Inventaire des tableaux du Roy, place 7 dans les appartements de Mgr le duc d’Antin en son hôtel à Paris, en l’année i'j i5.

Ces tableaux ne rentrèrent à Versailles qu’en 1737, après la mort du duc d’Antin : q3 furent placés dans la galerie des tableaux, le reste dans la chambre du Roi; et des inventaires spéciaux furent dressés à ce sujet, sous ces titres : Liste des tableaux pose\ dans la petite gallerie du Roy et des deux cabinets qui la précèdent — Tableaux à choisir pour la chambre à coucher du Roy et pour la pièce ensuitte (2).

A la mort d’Antoine Coypel, les fonctions de garde du cabinet de Paris échurent à son fils Charles-Antoine, et, à la mort de celui-ci, à Cochin, qui se contenta de dresser en 1752 un inventaire de prise de charge (3). Pendant ce temps, la garde des tableaux du Luxembourg était confiée à Jacques Bailly, fils de Nicolas, comme on va le voir ci-après .

Pour terminer cette énumération des divers gardes des tableaux de Paris, disons que Cochin fut remplacé par le peintre Duplessis, qui, en 1785, donnait un Catalogue des tableaux du Roi, qui étoient au Luxembourg et qui sont présentement déposés au Louvre dans deux sales au re\ de chaussée et dans un magasin au pavillon neuf. Les archives du musée du Louvre possèdent cet inventaire.

( 1 ) O ' ig65. — On lit à la fin cette déclaration : « Je soussigné confesse et reconnoisque tous les susdits tableaux appartiennent au Roy, qu’ils ne sont chez moy que par sa permission expresse et que je suis prêt à les remettre quand il plaira à S. M. de l’ordonner, en foy de quoy j’ai signé le présent inventaire fait par le sieur Coypel, premier peintre du Roy, en présence de M. de Cotte, controlleur des Bâtiments du Roy au département de Paris. Fait à Paris, le 27 de novembre 1715. Signé : le duc d’Antin. »

(3) O' 1965. Inventaire généra! des desseins du Roy, marbre, yvoires et bronzes qui sont à la garde particulière du sieur Cochin , garde des desseins du Roy, fait par ordre de M. de Vandières en J y 52, et remis au sieur Cochin en iy53. — Bien que le titre ne parle pas des tableaux, il y en a cependant quelques-uns de signalés.

INTRODUCTION

Si l’on s’en réfère aux termes d’une lettre, adressée en 1774 par Jean-Silvain Bailly au comte d’Angiviller, Directeur des Bâtiments du Roi (1), Nicolas Bailly, le rédacteur de l’inventaire que nous publions, dut à la longue négliger un peu son service : « Si mon grand-père — y lit-on — s’étoit transporté plus souvent à Versailles, M. Stiémart, chargé du nettoiement des tableaux du Roy, n’auroit pas fait les fonctions de garde de ces tableaux. » En effet, vers 1730, la garde des tableaux de Versailles fut retirée à Bailly et donnée à Stiémart; Jacques Bailly, fils de Nicolas, fut seulement chargé de ceux placés dans les autres maisons royales, Marly, Meudon, Fontainebleau, Compiègne, ainsi que de ceux du palais du Luxembourg.

En 1733, Jacques Bailly rédigeait des inventaires spéciaux pour Marly, Meudon, Fontainebleau et Compiègne; ces pièces sont conservées aux Archives Nationales (2). En 1750, il donnait également un Catalogue des tableaux du cabinet du Roi au Luxembourg, qui fut alors imprimé à Paris, chez Le Prieur.

En 1 754, Jean-Silvain Bailly, fils de Jacques, obtenait la survivance de son père, et, après lui, il en exerça les fonctions jusqu’à la Révolution.

A Versailles, la gestion de Stiémart ne fut marquée par aucun événement bien saillant, et à sa mort, en 1740, sa place fut donnée à Portail, le charmant dessinateur : « En 1740 — lit-on dans un placet que ce dernier adres-

(1) Cette lettre, dont l’original existe aux Archives Nationales (O1 2 1934), a été reproduite dans la Revue de l'art français , 1896, nOB 4-6.

(2) O1 1965. — Inventaire des tableaux du chdteaiede Marly. — Inventaire des tableaux qui sont dans le pavillon des Offices n° 1 à Marly , en 1 y 33. — Inventaire des tableaux qui sont dans l'appartement des Maronicrs (à Meudon). — Estât des tableaux mis dans le château de Fontainebleau depuis l'année 1722, et des figures , bustes de marbre et bronqe qui s'y trouvent en la présente année 1 y 33. — Estât des tableaux qui sont au château de Compiègne.

Les successeurs de Nie. Bailly :

Stiémart, garde des tableaux de Versailles et Jacques Bailly , garde des tableaux des autres maisons royales.

Portail, garde des tableaux de Versailles.

sait en 1756 au marquis de Marigny (1) — la place de garde des tableaux du Roi vaqua par le décès du sieur Stiémart ; M. Orry me la donna, et il joignit à la garde des tableaux la direction des ouvrages de peinture, sculpture et dorure, qui se font dans les cabinets de S. M. à Versailles. » La même année, Portail recevait, en outre, la garde des plans des maisons royales.

Lépicié et son Quelque temps après, on soulevait la question de rétabieaux du Roi. daction d’un nouvel inventaire général : « En 1743 — continue Portail — M. Orry m’ordonna de travailler à l’inventaire général des tableaux de la Couronne, afin de mettre cette partie en règle, ce qui ne s’est fait qu’avec bien des soins, des voyages et des frais, et n’a été interrompu que par la retraite de M. Orry ; mais mes minutes ont servi à l’inventaire, qui s’est fait depuis, sous les ordres de M. de Tournehem, dont feu M. Coypel s’était fait donner la commission, et le sieur Lépicié le soin de la rédiger. »

Au dire de Portail, ce serait donc ses « fiches » qui auraient servi à Lépicié pour rédiger son Catalogue raisonné des tableaux du Roi. Nous ne rechercherons pas jusqu’à quel point cette allégation est fondée ; le catalogue de Lépicié n’en demeure pas moins l’un des documents les plus importants sur la collection de la Couronne. Cette publication, entreprise sous le contrôle de l’Académie et par son secrétaire perpétuel, était une œuvre considérable : elle comportait, en effet, la biographie de chaque artiste, la description détaillée et l’histoire de chaque tableau ; c’était, on le voit, dans toute l’acception du terme, un véritable catalogue raisonné. Le premier volume, se rapportant

(1) Archives Nationales. O1 1919. — Ce document a été utilisé par M. Henry de Chennevières, dans une étude sur Portail, parue dans la Galette des Beaux Arts, d’avril 1898. — Portail touchait 1800 livres comme garde des tableaux de Versailles (cf. Courajod. Livre-journal de La\. Duvaux ).

aux écoles florentine et romaine, parut en 1752 ; le second, concernant les écoles vénitienne et lombarde, fut publié en 1754. Lépicié mourut en 1755, et personne — pas même Portail — ne demanda à continuer cet ouvrage, qui en resta au quart de son exécution, et ne fut jamais poursuivi ni terminé (1).

Portail mourut en 1759; Massé le remplaça et Jeaurat eut sa survivance. En 1760, celui-ci dressait un inventaire des tableaux placés à Versailles, à l’hôtel de la Surintendance, où la plus grande partie de la collection de la Couronne était alors exposée; cette pièce se trouve aux Archives Nationales (2).

Cet inventaire contient 55 pages ; c’est, à proprement parler, un simple relevé, pièce par pièce, des tableaux placés à la Surintendance; chaque œuvre y est énoncée par son titre, avec le nom de son auteur, mais sans indication de dimensions.

En 1781, vraisemblablement, quand il fut nommé chancelier de l’Académie, Jeaurat dut résigner ses fonctions de garde des tableaux de la Surintendance ; ce poste fut confié

(1) Nous ne parlons ici que des inventaires proprement dits et spécialement rédigés dans ce but, et nous laisserons de côté les descriptions et guides divers, où il est parlé de tableaux. La Description des châteaux de Versailles et de Marly, par Piganiol de la Force, est assurément la plus importante; elle a, d’ailleurs, été rédigée en grande partie d’après les données de l’inventaire Bailly.

(2) O1 2 1965. Inventaire des tableaux du cabinet du Roy, placés à la Surintendance des Bâtimens de S. M. à Versailles, fait en l'année 1760, par l’ordre de M. le marquis de Marigny, commandeur des ordres du Roy, directeur et ordonnateur général des Bâtimens, etc..., sous la garde des sieurs Massé et Jeaurat , son survivancier. — A la fin se trouve la mention suivante : « Je soussigné, Étienne Jeaurat, peintre ordinaire du Roy, professeur en son Académie royale de peinture et sculpture, survivancier du sieur Massé, garde des tableaux, plans et desseins des maisons royales, certifie que tous les tableaux ennoncés sur ce présent Inventaire sont renfermés dans le cabinet des tableaux du Roy à la Surintendance des Bâtimens de S. M. En foy de quoy j ay signé ce présent certificat. A Versailles, ce 17 décembre 1760. Signé : Jeaurat. »

Successeurs de Portail :

Massé, Jeaurat, Du Rameau.

INTRODUCTION

alors au peintre Du Rameau. On doit à ce dernier un inventaire topographique des tableaux de la Surintendance, sur le modèle de celui de la galerie de Dusseldorf (i). Le Louvre seul en garde deux exemplaires (2): le premier est en date de 1784; le second fut mis à jour en 1 788 et on y relève diverses notes au crayon, indiquant l’état des tableaux et les restaurations qui leur sont nécessaires.

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