TESTAMENT MYSTIQUE DE GUICHENON
Je Samuel Guichenon , advocat au presidial de Bourg, désirant disposer des biens qu'il a pieu a Dieu me donner, ay fait mon testament solemnel ainsy que s'ensuit :
En premier lieu , je rends très humbles grâces a Dieu mon créateur de la faveur singulière qu'il m'a faite de quitter l'heresie en laquelle j'avois été nourry et eslevé , et de suyvre la vérité de la religion catholique , apostolique et romaine ; ce qui me fait tout espérer de la bonté et clémence et des mérites de la mort et passion de notre Sauveur Jésus Christ , qu'il logera mon ame (après sa séparation d'avec le corps ) en son paradis avec les bienheureux.
(1) Tout ce qui a rapport à Guicbenoo est de nature à nous intéresser; nous croyons donc qu'on sera bien aise de trouver ici son testament , publié pour la première fois dans les numéros 10 et il du Journal d'apiculture y sciences et arts de VMn ; Bourg , 1849. Nous reproduisons cette pièce d'après cet estimable recueil où M. Philibert Leduc , à qui nous sommes redevables de cette découverte , l'a fait précéder d'une notice biographique et bibliographique sur l'historien de Bresse et de Bugejr.
Pour ma sépulture , je desîre qu'elle soît en Teglise Nostre Dame.
A laquelle église je lègue la somme de cent cinquante livres , payable une année après mon decés , tant pour l'office et service que MM. les chanoines feront le lendemain de mon decés , que pendant le quarental , des frais duquel ils demeureront par ce moyen chargés.
Ttcm^ je lègue en ausmone a la fabrique de ladicte église la somme de cent livres , payable un an après ma mort.
/tem, je lègue aux PP. Cordeliers, Jacobins, Capucins, a Ste Claire et a Brou , a chacune desdictes églises , la somme de dix livres pour célébrer une messe de mort le lendemain de mon decés.
Item^ je lègue a Monsieur Gallet , médecin, mon bon parent et entier amy, la somme de cent cinquante livres, que je luy supplie d'accepter pour tesmoignage du souvenir que j'ay de tant d'assistances qu'il m'a rendues pendant mes maladies et infirmités, laquelle somme mon héritier lui payera un an après mon decés.
Item , je donne et lègue a Isabeau Huret , ma chère compagne , pour l'amour que je luy porte et pour recompense des bons services qu'elle m'a rendus pendant nostre mariage , tous les meubles qui se trouveront en mon hoirie , sous lequel nom de meubles j'entends de comprendre toute la vaisselle d'argent , d'estain et de cuivre , ustensiles de cuisine , linges , or et argent monnoyés , habits , tapisseries , chèses , tapis , vin , bled , tant celuy qui sera dans ma maison d'habitation qu'a Cezeria , a Vîal ou aillem*s m'appartenant , et généralement tous les effets mobiliaires dont je me trouveray
PIECES DIVERSES saisy a mon decés, mesmenient les licts , coffres , tables , chenets , sans en rien excepter que mes livres , tant imprimés que manuscrits , chartes , médailles d'or , d'argent , d'airain et de cuivre ^ les sacs de ma pratique , lieux communs d'humanité et de droit; mes œuvres, mémoires et papiers tenans a l'histoire de ce pays, a laquelle je travaille , que je veux estre a mon héritier , auquel je deffends de vendre ny dissiper la bibliothèque qne je lui laisse , sous quelque prétexte que ce soit.
//em, je lègue a ladicte Huret toutes les constructions, i*eparations et agencements par moy faits et a mes des^ pens , tant en la maison de RafFort, a (iezeria , qu'en ses deux grangeages , a quoy que le tout puisse monter. Plus, je luy donne et délaisse tout le bestail de ces granges et tous les fruits perçus et a percevoir en ces dictes gi*anges et vignes l'année de mon decés , et tout ce qui me sera deu par les grangiers et vignerons ; et c'est pour tous droits qu'elle pourroit avoir en mon hoirie par vertu de la donation de survie que je luy ai faite par nostre contract de mariage , de laquelle , moyennant les légats susdits qui sont d'assez notable valeur , j'entends qu'elle ne pourra faire aucune demande a mon héritier.
Item , a mes autres parents je lègue a chacun cinq sols.
Au résidu de mes biens, je fais, nomme et veux esti'e mon héritier universel M® Daniel Guichenon , advocat , mou neveu , a la charge de payer mes dettes , frais funeraux et légats ; dans l'espérance que j'ay qu'il persévérera en la religion catholique en laquelle je l'ay fait nourrir et instruire , et a condition que M® Daniel Guichenon , docteur en médecine , son père et mou frère , n'aura pas
Tusufruit de mes biens ny la direction et administration , de la personne de mondit neveu. Je craints qu'il ne l'attire a sa créance ; car s'il arrivoit , que Dieu veuille, que mon dit neveu et héritier vint a changer de religion , en ce cas je veux qu'il soit descheu a pur et a plein de toute mon hoirie , comme indigne d'icelle; laquelle, audit cas, je délaisse par moitié a ma dite femme et au dit sieur médecin Gallet , et au survivant d'eux , sans aucune distraction , sous quelque prétexte que ce soit , laquelle je précise très expressément , car telle est ma volonté : cassant et révoquant tous autres testaments et dispositions de dernière volonté que je pourrois avoir cy devant faits , voulant que celuy cy seul aye lieu et effet. En tesmoîgnage de quoy j'ai signé au bas de ces présentes et cacheté de mon cachet ordinaire.
Fait a Bourg , en mon estude , ce vint deuxième juin mil six cent quai*ante trois , après miçly.
Signé GUICHENON.
Sur la quatrième page , qui servait d'enveloppe , on lit l'acte qui suit :
<« L'an mil six cent quarante-cinq et le vingtunieme jour du mois de février , avant midy , par devant le notaire tabellion royal , garde notte héréditaire a Bourg , soussigné, s'est présenté équitable M"* Samuel Guichenon, advocat au baillage et presidial de Bresse , lequel , en la présence de vénérable messire Estienne Bistac , prêtre chanoine en l'église Nostre-Dame dudit Bourg ; sieur Antoine PoUiat , sacristain royal dudit Bourg et son mandement ; M" Hector Gallet , Louis Puvillant et Prosper Gauthier, procureurs au baillage et siège presidial de Bourg ;
PIECES DIVERSES M"" Denis Revel , praticien ; et sieur Daniel Bistac , marchand bourgeois dudit Bourg ; a présenté et exhibé la présente feuille de papier pliée en quatre , fermée d*un ruban noir et cachetée de son cachet en cire rouge en vingt deux endroits , tant de part que d'autre , dans laquelle il a declai*é estre et avoir escript et signé de sa propre main son testament solemnel et ordonnance de dernière volonté , laquelle il veut et entend estre exécutée sellon sa forme et teneur api^s son decés , de laquelle déclaration il a requis acte a moy notaire , lequel le luy ay octroyé a Bourg , maison du sieur Guichenon, et en son estude visant sur la rue du costé du matin, en présence de M"^* Philibert Beauregard et Jean François Chanlite , praticiens audit Bourg , tesmoins requis , qui ont signé le présent acte avec ledit sieur Guichenon ; comme aussi les susnommés ont pareillement signé et cacheté , scavoir : ledit sieur chanoine Bistac , de son cachet ; les sieurs Gallet , Puvillant , Gauthier et Revel , aussy chascung de leurs cachets; ledit sieur Polliat, du cachet dudit sieur Gallet ; et ledit Daniel Bistac , de celui dudit sieur chanoine , son frère. »
Signé : Guichenon. E. Bistac. Polliat.
Gallet. Puvillant. Gauthier.
Revel. Daniel. Bistac. Beauregard. Chanlitte. et moy notaire royal P. Chanlite.