DAT, DICAT CONSECRAT QUE
INDIGNUS PECCATOR SED HUMILIS PRECATOR
(Petrus Bullioud Lugdunensis societatis Jcsti. )
BuUioud, venu après Paradin et Rubis, a puisé dans leurs ouvrages comme dans celui de Bellièvre ; mais, s'il a profité de leurs travaux, il ne s'en est pas tenu là, ainsi qu'on peut s'en convaincre en parcourant la liste des chartes et des titres anciens qu'il a consultés. La voici telle qu'il l'a donnée luimême :
Martyrologîum manuscriptum ecclesiae lugdunensis , cum horologio.
Tractât us de bellis et induciis inter caocnicos S. Joaunis et S. Justi et cives lugdunenses.
M. S. ex bibliotheca Athanacensi, nunc Bulliodiorum, deinde Pianellornm, ( Les mots soulignés sont ajoutés de la maiu de M. Pianello de la Valette, qui était devenu propriétaire des manuscrits de Bullioud. )
Compendium actorum capitularium ecclesiae majoris ab anno 1361, per nobilissimum Hectorem de Cremeaux decanum et vicarium geueralem archiepiscopi lugdunensis.
AVANT-PROPOS. xiij
Çartularium duplex instnimentonim ecclesiae majoris et probatiouum canonicoruni ab anno 1200 et 1300 , primum Gaspari Mitte , camerarii ecclesiae lugdunensis, alterum Hectoris de Cremeaux.
Cartularium ecclesianim S. Pauli et S. Justi, cum Hbro obituum antiquissimo , ex bibliotbeca domini de Chastillon, camerarii S. Pauli.
Cartularium majus et minus Insulae Barbarae , ex archivîs ejusdem ecclesiae.
Cartularium abbatiae Saviguaci, opéra Maillardi (1).
Cartularium seu inventarium chartarumS. Irinaei, ex arcbivis ejusdem ecclesiae.
Cartularium publicae domus Lugdunensis, olim de Vil-
lanova, postea de Langes et de Villars, nunc de
deinde de la FaUtte (ces derniers mots ajoutés de la même main que ci-dessus).
Lugdunum priscum Claudii Bellievrei , protopraesidis
Gratianopolitani, ex bibliotbeca de Langes, nunc de
nunc Pianelli.
Nicolaus Nicolaï regius geograpbicus. Description générale de la ville de Lion , du Lionnois et Beaujolois , Tan 1573. Ex bibliotbeca Frisonii de Laval (2).
(1) Ce précieux recueil fait partie de la bibliothèque de M. de Verna.
(2) Ce doit être le même ouvrage que le manuscrit cité par Tabbé Sudan dans sa Notice sur quelques manuscrits de la Bibliothèque du roi concernant l'histoire de Lyon et de la province (Archives du Rhône, tome v, page 151). — Ce manuscrit, orné d'un frontispice et de capitales coloriées, est intitulé : Générale description de l'antique et célèbre cité de
AVANT-PROPOS
Tria fragmeata veteris manuscripii de archiepiscopis Lugdunensibus, autoris iDcerti, sed eruditi, qui vixit ante aiinos 1560.
On voit, par cette liste , que rinfatigable jésuite n'avait rien négligé pour compléter son histoire; il avait déchiffré les martyrologes , les obituaires , les actes capitulaires des églises de St*Jean , St-Iréné^ , St-Just, St-Paul, de l'Ile-Barbe, d'Ainay, de Savigny; il avait compulsé les chartes et les documents de THôtel-de-Ville et tous ceux qu'il savait être dans les archives des particuliers, si riches à cette époque. De tous ces monuments originaux que nous resterait-il , s'il n'avait eu soin de les recueillir et de nous en laisser des copies? La plupart ont été livrés aux flammes ou dispersés par la haine stupide des barbares de 93 , qui croyaient se montrer bons patriotes en détruisant les pieuses retraites où, pendant les siècles d'ignorance, les lettres avaient trouvé un asile à l'ombre du sanctuaire (1).
Grâce au zèle et à la patience du P. Bullioud, un grand nombre de documents importants pour
Lion, des pays de Lionnois et de Beaujolais , selon Vassiette, limites et confins de ce pays, par N. de Nicolaï, Dauphinois , sieur d^Arfeuille , premier et ordinaire cosmographe du Boy» Elle est dédiée à la reine Catherine de Médîcis , et porte la date de 1560.
(i) Constat enimlibros et iitteras, monasteriorum ope fuisse coiiservatos. — Leibnizii ad Magliabecchium Epist. 14.
AVANT-PROPOS. xiv
notre histoire nous ont été conservés. N*eùt-ilquece seul mérite, il faudrait le reconnaître ; mais nous lui devons plus encore: le Lngdunum sacroprophanum est le recueil le plus complet de faits et de documents sur rhistoire de Lyon, de son église, de la fondation de ses monastères, chapitres et collégiales, des antiquités , des monuments , des institutions , des lettres et des hommes illustres du Lyonnais , Forez et Beaujolais.
Le P. Menestrier, qui avait vu seulement le projet du Lugdunnm sacroprophanum , regrettait de n'avoir pas eu l'ouvrage entier à sa disposition. << Coname je n'ai vu que quelques lambeaux des premières minutes de cet ouvrage, dit-il, je n'en saurois juger exactement; mais je reconnois, par le peu que j'en ai vu, que si j'avois pu recouvrer son manuscrit qui est demeuré entre les mains de quelqu'un de ses parents, il m'auroit pu être d'un grand secours, parce que, selon les titres qu'il propose dans son ouvrage, il devoit avoir vu plusieurs chartulaires dont il pouvoit avoir tiré de bons mémoires (1). » Après cet hommage rendu au P. Bullioud, le P. Menestrier lui reproche d'avoir marché sur les traces de Symphorien Champier dans son opuscule de clans Lugdvnensibus^
(1) Menestrier, Divers caractères des ouvrages historiques ^ déjà cité, page 207.
AVANT-PROPOS
et d'être remonté, dans ses recherches des origines de Lyon , jusqu'aux enfants de Noé.
Le P. Colonia fait au P. Bullioud la même part et d'éloge et de blâme : « Les Imnières que j'ai retirées, « dit-il, d'un manuscrit que j'ai heureusement dé- « terré, demandent que j'en fasse connoitre ici Tau- « teur et que je n'imite point ces écrivains ingrats « qui cachent ou décrient les sources où ils ont puisé. « Le P. Bullioud, né à Lyon au commencement du « dix-septième siècle, ou vers la fin du seizième, est
« auteur de ce manuscrit latin Le style est fort
« net et assez pur, mais l'auteur n'a aucun goût <( pour la saine critique. » Le P. Menestrier avait fait un crime au P. Bullioud d'avoir parlé des enfants de Noé à propos de Lyon , Colonia enchérit sur lui et Faccuse d'être allé juscpi'à Adam. « Mais, « ajoute-t-il en terminant, les actes et les titres cpie « j'ai trouvez dans les Mémoires du P. Bullioud, « qui les avoit transcrits lui-même de sa main dans « nos anciens cartulaires, m'ont heureusement dé- « dommage de sa mauvaise critique (1). »
Tout en rendant justice, sous quelcpes rapports, à leur confrère, les deux savants jésuites se seraient montrés moins sévères envers lui, sans doute, s'ils s'étaient souvenus qu'il était né à une époque où la saine critique était encore inconnue. En effet, préci-^
(1) Colonia, Histoire littéraire de la ville de Lyon ^ tome II , page 709.
AVANT-PROPOS- XV
sèment vers le temps où Bullioud écrivait, la république des lettres fut infestée par quelques faussaires, d'une nuée d'auteurs supposés dont les manuscrits avaient été trouvés , assuraient-ils , en Allemagne, dans la bibliothèque de l'abbaye de Fulde; et ce fut un jésuite , le P. Geronimo Roman de la Higuera, qui fut l'auteur de cette fourberie littéraire à laquelle un grand nombre de savants se laissèrent prendre, juscpi'au jour où un homme dévoué à la vérité (1) osa arracher d'une main assurée le masque dont s'étaient couverts les audacieux fabricateurs de ces mensonges historiques, et fit retomber dans le néant toute la cohorte des Maxime, des Flavius Dexter, des faux Luitprand et autres prétendus chroniqueurs. Parmi les écrivains contemporains qui tombèrent dans le piège tendu à leur bonne foi, il en est de très recommandables , et leur crédulité à l'égard de ces pseudonymes n'a pas empêché leurs écrits de passer à la postérité qui , tenant compte de leurs travaux, leur a pardonné les fables qu'ils avaient puisées innocemment à ces sources empoisonnées.
En effet, serait-il juste d'accuser des défauts et des erreurs de leur siècle des auteurs qui ont, d'ailleurs, des qualités essentielles? Lorsque le P. Bullioud ras-
(1) Nicolas Antonio , Censura de historias fabulosas ; Valencia, 1742, in-fol. — Bihliotheca hispana vêtus et nova; Matriti , 1788 , in-fol.
AVANT-PROPOS
semblait les matériaux de son Lugdunum sacroprophanum, les ténèbres qui avaient obscurci le moyenàge étaient à peine dissipées, grâce aux eflfbrts de quelques intelligences supérieures qm, apparaissant de loin en loin conmie des points lumineux au milieu de cette obscurité profonde , avaient secoué lentement le linceul dans lequel l'ignorance et la barbarie avaient tenu si longtemps Fesprit hiunain comme enseveli ; il n'eut pour guides dans la carrière que Champier et Guillaume Paradin , l'un et l'autre amoureux des fables les plus absurdes, entièrement dépourvus de jugement, de goût et de critique, mais qu'il faut louer cependant , eu égard au temps où ils ont vécu , d'avoir apporté leur pierre pour la construction du magnifique édifice de la renaissance. En faisant intervenir les enfants de Noé dans l'histoire de Lyon, Bullioud a été entraîné par l'exemple de ses devanciers qui jugeaient convenable de déployer à tout propos un grand luxe d'érudition , sans s'inquiéter si elle était ou non étrangère à leur sujet. C'est ainsi cpi'avaient procédé Grégoire de Tours, le père de notre histoire, Adon dans sa Chronicpie, et tant d'autres qui auraient cru manquer à leurs lecteurs et à leur mission de chronicpieur s'ils n'avaient pas commencé leurs récits à la création du monde : c'était le goût du temps. Et d'ailleurs, si, pour la justification de notre auteur , il nous était permis de hasarder une réflexion, nous dirions que c'était une nécessité pour les historiens de retracer ces origines
AVANT-PROPOS. xvj
lointaines, à une époque où la Genèse était pour tous le point de départ des annales du genre humain , et où personne ne s'était encore avisé de contesterrauthenticité des livres de Moïse. Lors du grand travail de régénération qui s'opéra dans les esprits au quinzième et au seizième siècle, la lumière ne se fit d'abord cpie pour le petit nombre, et il fallait bien que ceux qui écrivaient l'histoire des peuples leur apprissent d'où ils venaient; car, dans leur ignorance, tout était nouveau pour eux, et, jusque-là, la science n'avait pas franchi l'enceinte du cloître et du sanctuaire. Bullioud, ayant à traiter de l'état de la religion dans les Gaules avant les colonies grecques et romaines, n'était -il pas obligé de faire mention des prêtres gaulois , des samothées , des saronides, des druides et des bardes, pour arriver ensuite; aux flamines et aux augures du temple de Rome et d'Auguste , et passer ainsi sans lacune aux disciples des Apôtres, qui les remplacèrent dans les Gaules en prêchant l'Evangile sur les ruines de l'idolàtrie? Tout ce qu'il dit de ces diverses castes du sacerdoce est tiré des auteurs grecs et latins; il n'a fait (pie répéter ce qu'ils avaient écrit avant lui, sans autre garant de leur exactitude et de leur bonne foi que leur antiquité et le consentement de tous les âges. Ce serait tout au plus sur ce point qu'on pourrait le taxer d'avoir manqué de critique en admettant des récits parfois invraisemblables , et encore ne serait-ce pas à lui qu'il faudrait l'imputer, mais à la
AVANT- PROPOS
pénurie des documents qui ne lui permettait pas de contrôler la vérité.
Au seizième siècle, les historiens assignaient encore aux Francs une origine troyenne , et faisaient descendre nos rois de Francus, fils de Priam. Jean Le Maire de Belges est un de ceux qui ont le plus exploité cette fiction dans ses Illustrations des Gaules, qu'il publiait de 1509 à 1512; Nicolas Chorier, qui écrivait l'histoire du Dauphiné quelques années plus tard que Bullioud, ne s'est pas fait faute de nous donner des rois des Allobrogesqui n'ont jamais existé; cependant Chorier, quelles que soient les rêveries et les fables qu'il débite , est encore estimé pour ses recherches ; il a ime place dans toutes les grandes bibliothèques, et le titre d'historien du Dauphiné lui est resté. Le grave Mariana lui-même n'a-t-il pas commencé son histoire d'Espagne à Tubal, fils de Japhet, et ne compte-t-il pas parmi les premiers rois de ce pays Gerion , Hispalus, Hercule et autres héros des temps fabuleux? Cependant Mariana s'est élevé, comme historien, au niveau des grands modèles de l'antiquité, malgré ses défauts qui étaient plutôt ceux de son siècle que les siens propres.
Laissons donc de côté ces accusations de Menestrier et de Colonia, qui n'en ont pas moins profité , autant qu'ils l'ont pu, des travaux du P. Bullioud; accusations d'autant moins fondées, quant au P. Menestrier, qu'il n'avait vu que le projet du Lugdu-
AVANT-PROPOS. xvij
num sacroprophanum ; et, quant au P. Coloiiia, qui avait eu le manuscrit entier à sa disposition, il devait savoir, avant de prononcer, que l'auteur était mort sans avoir eu le temps de mettre la dernière main à son livre. Quoiqu'il en soit, le P. Bullioud est du nombre de ceux qui , les premiers , eurent la pensée judicieuse de débrouiller le chaos des siècles passés, et d'étayer l'histoire non-seulement sur le témoignage des anciens , mais encore sur les titres et les instruments originaux qui lui donnent une sanction, pour ainsi dire légale et irrécusable. Sachons-lui gré aussi du zèle et de la persévérance avec lesquels il a scruté les archives publiques et privées, demeurées lettres closes jusqu'alors. Nous lui sommes redevables d'avoir sauvé de la destruction un grand nombre de documents, soit en entier, soit par les extraits qu'il en a donnés, soit enfin par les indications qu'il a fournies sur eux et sur les lieux où il les avait découverts. Et ces indications sont d'autant plus précieuses qu'elles peuvent mettre sur la voie pour recouvrer ceux qui auraient échappé au grand naufrage de la Révolution. Cette méthode de joindre à l'histoire les pièces justificatives qui lui servent de preuves fut admise , plus tard, par une corporation religieuse qui a donné une impulsion vigoureuse aux études historiques : c'est ainsi que les Bénédictins de la congrégation de St-Maur ont purgé l'histoire ecclésiastique et civile de la France des fables qui la déshonoraient et des
AVANT-PROPOS
chartes supposées dont une critique éclairée leur avait fait découvdr la fausseté; c'est à eux qu'appartient cette gloire qui a valu aux Ste-Marthe, aux MabiUon, aux Ruinart, aux d'Achery , aux Martenne, aux Vaissette , et à toute cette docte phalange bénédictine qui a marché sur leurs, traces, 1* re<îonnaissance et l'admiration des hommes studieux , amis de la vérité. Mais serait-il équitable de méconnaître les efforts des hommes laborieux qui ont fait le premier pas dans la carrière, et qtii ont montré à ceux qui sont venus après eux la voie dans laquelle il fallait s'engager? Le P- BuUioud.a sa place marquée pariai ces hommes, et il est à regretter que la mort ne lui ait pas laissé le temps de revoir et polir son ouvrage , car nous aurions une histoire complète de Lyon. Tel qu'il çst, le Lugdur num sacroprophanum n'en est pas moins un trésor où il n'y a qu'à puiser; on est surpris d'y trouver tant de richesses inconnues , plus surpris encore que les modernes n'y aient pas eu recours plus souvent et qu'ils n'en aient pas tiré plus de fruit.
Le P. Bullioud a été traité avec plus ^e justice par l'abbé Pernetti que par ses confrères en religion : « J'ai « trop d'obligation, dit-il, au P. BuUioud, jésuite, dans « les mémoires duquel J'ai puisé tant de faits intécc ressauts, il a lui-même fait trop d'honneur à son (c nom, à cette ville où il est né, et à la compagnie (t des Jésuites, pour ne pas lui donner une place c< dans ces Mémoires : Virum.lande dignum JUum
AVANT-PROPOS. xvlîj
« veiai mori. » Et plus loin : « Cette histoire est un « recueil de recherches, de dates et de personna-* « lités, qui ne sont point, à la vérité, assez digérées " pour souffrir l'impression; elles n'en sont pas « moins intéressantes : elles m'ont servi merveil-^ " leusement dans la composition de ces Mémoires. « J'en ai l'obligation à MM. de la Valette, qui, « curieux de conserver tout ce qui peut servir à la « gloire de leur patrie ,• ont dérobé cet ouvrage à la « poussière et aux vers (1). »
L'abbé Pernetti s'est servi, en eflFet, de quelquesuns des manuscrits du P. Bullioud pour ses Lyonnois dignes de mémoire : outre le témoignage qu'il en rend, on trouve, parmi les pièces détachées réunies à la suite du tome ix ^ du Lugdunum êocroprophornum^ ime lettre de lui à M. de la Valette, dans la-^ quelle il le prie de vouloir bien lui confier ces manuscrits; et, sur une feuille qui sert d'enveloppe à ces diverses pièces, on lit la note suivante, de la main de M. de la Valette ;
Les pièces enjointes etoient dans le dernier volume du manuscrit du P. Bullioud concernant les églises de Lyon , que j'ai prêté a M. l'abbé Pernetti en novembre 1750,
On voit par cette note que ces manuscrits étaient encore à Lyon au milieu du siècle dernier, et qu'ils
(1) Recherches pour servir à Vhistoire de Lyon , ou les f.yonnois dignes de mémoire, tome n , pages ^35 et 237,
AVANT-PROPOS
ne furent transportés que plus tard à Thorigny, près de Sens.
Le cabinet de M. de la Valette était connu de tous les sayants de l'Europe : voici dans quels termes en parlent deux religieux bénédictins qui le visitèrent pendant leur séjour à Lyon : « .... Celuy « dont nous avons plus sujet de nous loiier, c'est « Monsieur de la VaUette, subdelegué de monsieur Cl l'Intendant, qui demeure en la place de Bellecour. M C'est un homme sçavant, fort curieux et commua nicatif. Il a une bonne bibliothèque, plusieurs « manuscrits, et en particulier tous les mémoires de « feu monsieur Guichenon, auteur des Histoires de « Bresse et de Savoye, et beaucoup d'autres curioii sitez (1). »
. Nous terminerons l'appréciation que nous avons essayé de faire de la valeur littéraire de l'ouvrage du P. BuUioud, par la reproduction d'une note que le bibliothécaire d'Auxerre , le P. Laire , a écrite en tête du tome ix du Lugdunum sacroprophanum :
C'est le dernier volume da fMgdunttm sacroprofiianwn . par le P. Ballioud , jésuite.
C'est un ouvrage qu'on peut qualifier du titre d'Histoire littéraire de la ville de Lyon , et c'est un magazin où plusieurs ont puisé pour écrire cette histoire , mais qui ne l'ont pas épuisé.
Là»
(1) Forage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de St-Maur; Paris, 1717-1724, 2 vol. in-4», première partie , page 233.
AVANT'-PROPOS- xîx
A la suite de ce tome ix est une liasse , qui est sans doute celle que M. de la Valette avait prêtée à l'abbé Pernetti. Sous le titre : Collcctanea pro Ecclesia Liigdanensiy elle contient plusieurs pièces importantes pour notre histoire ecclésiastique. La plupart nous paraissent inédites et méritent de voirie jour.
Nous devons à l'obligeance de M. le conseiller Coste, dont le cabinet est toujours ouvert à ceux qui s'occupent de recherches sur Lyon, la conmiuïiication d'un manuscrit du P. Bullioud, que nous avons cru d'abord être le volume du Lugdunum sacroprophanam qui manque à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier; mais, en Fexaminant , nous n'avons pas tardé à être détrompé. Ce volume, du même format que ceux de Montpellier et en grande partie de la main de l'auteur» pourrait bien être le projet du Lugdunum sacroprophanum dont parle le P. Menestrier. Dans tous les cas, ce n'est qu'un travail préparatoire; et ce qui semble venir à l'appui de cette conjecture, c'est que les documents réunis par le P. Bidlioud dans ce volume sont biftes d'un trait de plume dans toute la longueur de la page , précaution qu'il prenait sans doute à mesure qu'il avançait dans son travail, pour se rappeler qu'il avait fait usage de ces pièces et ne pas s'exposer à un double emploi dans le cas où sa mémoire l'aurait trahi. Le manuscrit de M. Coste contient, dans l'ordre où nous les indiquons, les
ÀVANT-PROPOSi
Indices 10, 11, 9, 1 et 2 du Lugdunum sacroprophanuniy plus un grand nombre de titres copiés sur les originaux; BuUioud y développe le plan de son Histoire, et en donne le projet.
La bibliothèque de la ville de Lyon possède aussi, sous le n** 207, un volume manuscrit du P. Bullioud : ce n'est (ju'un abrégé de son Histoire. Les livres ou Indices 1 , 2, 12 et 13 manquent; les pièces justificatives ne s'y trouvent pas*
Delandine prétend que le Lugdunum sacroprophanum avait passé du cabinet des héritiers de M. de la Valette dans la bibliothèque du collège de Lyon: c'est une erreur de ce bibUographe; il ne connaissait vraisemblablement du Lugdunum sacro-^ pro phanum que la copie incomplète qu'il avait sous les yeux à la bibUothèque de la ville , laquelle peut en effet avoir été donnée par les héritiers de M. de la Valette.
Le même bibhographe a cru que le P. BuUioud était l'auteur de la Vie de François Cagnin , qui est au nombre dés manuscrits de la ville, n® 780 du catalogue. Ce volume, de 132 pages in^foho, a pour litre : Vie de François Cagnin^ d^heureuse mémoire^ coadjuieur de la Compagnie de Jésus j par un Père de la même Compagnie.
On a du P. BuUioud :
lo Symphorianus Bullioud Lugdunensis, olim ièpiscopus Glandevatensis , Vasalensis et Suessionensis, e lenebris hisioriae eductus in lucem cum
AVANT-PROPOS. XX
probationibm in quibns non pauca ad familias Lugdnnenses reperies. Lugduni, 16û5,in-4*.
C'est ridstoire de la vie de Symphorien Bulliond, oncle de l'auteur.
2® Sancîi Treverii confessons, Dumbarum et Bressiae patroni Vila, observationibnê illustralaj fundations abbatiarum aliqnot aucia etfragmehiisviiae nondum evulgalaesanctorum lugdnnensijxmloctiple' iaia. Nunc primum in lucem édita ex typographia haered, Jonae Gautherin. Lugduni , mbgxlvii , in-8*.
L'avis de l'imprimeur apprend que cette vie de St Trivier a été tirée des leçons d'un très ancien manuscrit des églises de St-Trivier en Dombes et de St-Trivier en Bresse, lequel appartenait à Jacques Moyron , baron de St-Trivier. Le P. Bullioud est désigné dans cet avis de l'imprimeur par les initiales P. B. C'est lui, en eftet, qui est le véritable éditeur de la légende de St-Trivier. Il y à joint des notes savantes et curieuses qui peuvent éclaircir plusieurs points de notre histoire. M. Depery, {Histoire hagiologique du diocèse de Belley) , s'est trompé lorsqu'il a dit qull existait deux vies de St Trivier, l'ime par le P. Bullioud, l'autre par Jacques Moyron. Le P. Lelong et l'abbé Pernetti étaient tombés, avant lui, dans la même erreur, en attribuant cette vie au P. Bullioud, qui n'en a été que l'éditeur et y a seulement ajouté des notes ( 1 ).
(1) Documertis inédits sur Lyon , Siècle de Ijouis XI F j par M. Péricaud atné.
AVANT-PROPOS
Le P. Lelong cite, n"" 45710, Lugdunnm sacroprophanum auctore Petro Bulliodo, Lugduni, Barbier, 1647, iii-4®. Ce volume, s'il existe, ne peut être que le prospectus que l'auteur avait donné de son livre; c'est ce que le P. Lelong semblait avoir déjà reconnu en indiquant , sous le n^ 37352 : Pétri BuHiodi Lvgdunum sacroprophanum^she Synopsis historiae Lagdan, Lugduni, Barbier, 1647. Le P. Lelong ajoute que c'est une brochure de quelques feuillets; c'est sans doute l'annonce ou projet du Lugdunum sacroprophanum publié par l'auteur. Le P. Lelong attribue encore au P. Bidlioud, n° 37353, un ouvrage resté manuscrit: Histoire du LyonnoiSy cité, dit-il, par André de la Roque dans son Traité de la Noblesse. Il croit que c'est l'histoire dont le n® 37352 n'est que le programme ou l'abrégé. Ce serait alors du Lugdunum sacroprophanum que La Roque aurait voulu parler en le désignant sous le titre de Histoire du Lyonnois , car le P. Bullioud n'a jamais écrit cette histoire qu'en latin.
Il nous reste à faire connaître le recueil manuscrit formé par les soins de Samuel Guichenon. Un coup d'œil jeté sur les tables de cette volumineuse collection, suffira pour donner une idée des recherches et des études préliminaires auxquelles les savants consciencieux de ce siècle se croyaient obligés de se livrer avant d'écrire l'histoire. Us fouillaient dans la poussière des archives avec une persévérance que rien n'était capable de rebuter; ils prenaient des
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copies exactes de tous les documents qui étaient de nature. à leur servir; en un mot, ils ne négligeaient rien pour s'entourer de toutes les preuves à l'aide desquelles ils pouvaient faire jaillir la lumière; et, après plusieurs années de pénibles labeurs, ils se mettaient à l'œuvre, ne se passionnant que pour la vérité et n'avançant rien que sur des documents authentiques ou sur des traditions respectables ; bien différents, en cela au moins , de certains faiseurs de nos jours , qui prétendent écrire l'histoire sans savoir seulement quels sont les devoirs de l'historien, et qui se croient des Thucydides parce qu'ils ont cousu ensemble quelques lambeaux de nos vieilles chroniques délayés dans des phrases sonores.
Les manuscrits de Guichenon forment trentequatre volumes in-folio, non compris le volume des tables. Ils contiennent près de deux mille quatre cent pièces ou titres, dont quelques-uns en original. Plusieurs de ces documents figurent dans ses ouvrages imprimés , mais la plupart sont encore inédits ou dispersés dans des Uvres qu'on se procure difficilement; ceux qui concernent Lyon remplissent à eux seuls sept à huit volumes. Toutes les pièces de ce recueil n'ont pas, il est vrai, la même importance, mais toutes sont intéressantes pour l'histoire.
La signature de Guichenon , apposée sur le premier volume , garantit l'authenticité de cette collection.
AVANT-PROPOS
Nous en donnons le fac-similé^ suiri des qualités qu'il avait coutume de prendre, et donb on retrouve la formule invariable sur tous les livres qui' ont fait partie de sa bibliothèque :
^cS^. Qsyy.yJi- jya/ysC' SoJS- u(^\i^S
On voit, par la date, 1661, que ce recueil fut le travail de toute sa vie, puisqu'il mourut en 1664.
Fils d'un obscur chirurgien de ChàtiUon-les- Dombes, porté par inclination à la recherche du blason et des généalogies des familles nobles de sa province , Guichenon n'avait pu échapper à la manie des grandeurs : il s'intitulait docteur en l'un et l'autre droit, conseiller du roi , historiographe de France, de Savoie et de Dombes, chevalier aux éperons dorés , comte palatin , chevalier de l'ordre
AVANT-PROPOS. xxî]
des saints Maurice et Lazare, et seigneur de Pain- ^ tiessuit. Louis XIV lui accorda des lettres d'annoblissement et de chevalerie, datées de Lyon 1658* Papillon les a insérées textuellement dans la Biblioihèque des auteurs de Bourgogne. Il est dit dans ces lettres , « que les savants ne contribuant pas moins <c à la gloire de leur pays que les gens de guerre , « et que le Roi, voulant récompenser les travaux de « Samuel Guichenon , Ta créé chevalier avec pou- « voir d'en prendre et porter le titre et qualité, <c tout ainsi qu'ont accoutumé de faire les autres kc chevaliers créés de sa main ou par les Rois ses »c prédécesseurs, dans un combat, bataille, siège " ou prise de place, lui ayant, à cet eflFet, donné « l'accolade , ainsi qu'il est accoutumé eu pareil « cas. »
Ces lettres, scellées du grand sceau en cire verte et lacqs de soie rouge et verte, sont signées Louis et plus bas, Seguier. Les armes données à Guichenon étaient de gueules au sautoir d'or, engoulé de quatre tètes de léopard mouvantes des angles^ chargé en cœur d'une autre tête de léopard du champ.
La devise : fidelis praemia pennae, rappelait au nouveau noble la cause de son annoblissement , en même temps qu'elle était pour l'écrivain un témoignage et comme un certificat de l'exactitude avec • laquelle il écrivait l'histoire, exactitude dont, malgré l'attestation du grand roi, on l'a souvent' accusé de s'être écarté. Puisque l'ambition de Gui-
AVANT-PROPOS-
chenon était de faire partie du corps de la Noblesse , duquel il était si loin par sa naissance plébéienne , il eut lieu d'être satisfait, car il ne pouvait y entrer par une voie plus honorable.
En tête du premier volume du recueil de Guichenon, on lit la note ci-après de la même main que celle qui se trouve à la fin du Lugdunum sacroprophanum :
u Cette précieuse collection manuscritte a été formée u par M. Guichenon , historiographe de Savoye , et de c< Bresse et Bugey, dont on voit l'écriture ci-dessous. (( Après sa mort, elle fut achetée par M. Planelli de la a Valette , gentilhomme transporté d'Italie et établi à (( Lyon , où il occupoit des places distinguées.
« Planelli, homme de lettres, avoit soin, après la moil a des gens de letti'es , d'acquérir leurs manuscrits, et en « formoit un cabiiiet curieux et intéressant. C'étoit le a bisayeul de M. Planelli de Maubecque , seigneur de a Thorigny près de Sens , qui , s* estant émigré en 1791, ce a laissé ses biens à la Nation qui a vendu les immeubles, <t et en a conservé les livres et les tableaux qui furent « transportés à Sens et de là , en partie , icy à Auxerre. <t Dans ce château de Thongny existoit une très belle bi- « bliothèque avec un cabinet de physique ; mais ce sei- <t gneur en avoit fait transporter dans son hôtel de Paris « ce qu'il y avoit de plus précieux , et cette collection <i est peut-être ce qu'il y avoit de meilleur dans sa suc- •« cession littéraire. »
Laire.
Cette note explique clairement Torigine des mar
AVANT-PROPOS. xxiî]
nuscrits rassemblés par Guichenon. Achetés par M. de la Valette , transportés plus tard par ses héritiers à leur château de Thorigny près de Sens, laissés à la Nation par M. de Maubec lorsqu'il sémigra, suivant l'expression du P. Laire, celle-ci les fit déposer d'abord à Sens , puis à Auxerre où ce bibliothécaire les a vus , et c'est de là que M. Prunelle les expédia à la bibliothèque de la Faculté de Montpellier, où, après tant de vicissitudes , ils ont trouvé enfin xm port assuré.
Parmi ces manuscrits, le monument le plus précieux pour l'histoire de notre province est sans contredit le Cartulaire de l'abbaye de Savigny, fondée par Charlemagne ou au moins de son vivant, dévastée tour à tour par les Hims , les Hongrois , les Vandales, les Anglais, les Huguenots, et enfin par les niveleurs de i 793 qui ont mis la dernière main à l'œuvre et n'ont pas laissé pierre sur pierre. Tout ce qui reste aujourd'hui de l'abbaye et de son église consiste en quelques pierres grossièrement sculptées, encastrées dans les murailles des maisons du bourg de Savigny, ou en quelques chapiteaux romans aux feuilles d'acanthe eflSlées , qui servent de borne çà et là aux héritages. Un poète du seizième siècle a fait le tableau suivant des désastres de l'abbaye de Savigny , depuis l'invasion des Huns jusqu'à celle des disciples de Calvin :
Relliquias tantum cernes queis flamma pepercit , Caetera diripuit militis atra manus.
AVANT-PROPOS
Hunnica barbara gens s urgentes eruit aedes ,
Et restaura tas diruît Hungrus atrox.
Post , ferro et flammis învasit Vandalus hostis
Et domus haec Anglis postea praeda fuit.
Quid superest? Calyinus adest, templîque decorem
Foedat sacrilegus et documenta cremat.
Haec domus , haec sic Troja fuit , fuit undique fumans.
Si non fumasset , par sibi nulla foret.
Le Cartulaire de Savigny est un in-folio de 165 feuillets de diverses mains, mais très net et très lisible. Le titre porte :