QUEM DOMNUS ABBAS PONTIUS COMPONI FECIT
INCIPIT PROLOGUS.
Sapiniacense coenobium olim longe ab antiquîs patrie bus instinictum diu multunKjue claruit donec Hunnomm bestiall ferîtate , divîno et occulto permîttente judicio , desolatum fuit, monachis <jui ibi inhabitabant eSugatis atque occisis, etc.
Le moine coUectçur.de la Pancsurte ajoute dans le prologue, qxi'il a pu^seiilement trouver le nom de onze abbés depuis la foièdatiau.d^ l'abbaye jusqu'à sa destruction par les Huns, et dt treize depuis sa restauration jusqxi'à Pontju^^^ filsi.de noble Aimon de Lay, élu abbé vers 1121, et par l'ordre duquel le Cartulaire fut rédigé.
Immédiatement après le prologue, commence le Cartulaire :
lacipit de abbate Âdalberto. Prestaria Wandelberti. . . data die sexta martis in mense maio anno IIIP, post obitum Caroli Magni régis.
De Anasteo abbate. Prestaria de Crisiniaco.
Le dernier acte du Cartulaire est un décret de l'empereur Lothaire qui donne l'abbaye de Savigny
AVANT-PROPOS
à l'Eglise de Lyon. Ce prince avait fait déjà à Rémi, archevêque de Lyon, une donation, dans les mêmes tenues qxie celle-ci, du monastère de Nantua; mais ces deux donations restèrent sans effet.
Voici le commencement et la fin de ce décret de Lothaire :
Decretum Lotharii imperatoris quo moaasterium Saviniaceose Lugduneasi ecclesiae subjicit (1).
A la fin :
SIGNUM LOTHARII
RI
SERENISSIMI AUGUSTI
Hirdmundus notarius ad vicem Hilduini recognovi data ii idus septembris, anuo, Christo propitio , domini Lotharii imperatoris io Italia xxxiii et ia Francia xii, Indictione xv. (Anne Christi 852.)
Actum vîUa Ghemiaco in deînomiae féliciter. Amen.
La Pancarte originale de Savigny a disparu comme
(1) Le titre de ce décret est faux. C'est, ainsi q[ue nous Tarons dit , une donation et non une sujétion de Tabbaye de Savigny à Véglisc de Lyon .
AVANT-PROPOS. xxv
tant d'autres vénérables reliques de l'antiquité, et on ne sait ce qu'elle est devenue. Nous ne connaissons qub quatre* copiés de ce Cartulaire : celle de la bibliothèque du roi , aujourd'hui nationale , celle de Montpellier, celle du cabinet de M. le conseiller Coste , celle de la bibliothèque de la ville de Lyon. On trouve dans ce recueil de titres les noms de presque tous les bourgs, églises, villages, hameaux, châteaux, cours d'eau et forêts du diocèse de Lyon aux dixième, onzième et douzième siècles. On pourrait en tirer un très grand parti pour l'histoire de laprovince, et pour retrouver l'étymologie des noms de nos conamunes rurales qui, pour la plupart, ne sont arrivés jusqu'à nous qu'eu subissant des altérations plus ou moins notables. On aurait ainsi une géogtaphîe comparée du Lyonnais au moyen-âge ; et quelques recherches sur les noms propres gaulois, gallo-^romains et burgundes qui se rencontrent dans tous les actes, donneraient une idée de la poj^ulation mixte de ce pays et en feraient reeonnsdtre l'élément dt)minant à cette époque. Par ce moyen, on parviendrait à démêler les origines diverses de ces petits centres de vie et d'action qui couvraient notre sol alors, comme de nos jours, et dont? les uns- avaient reçu des dénominations évidemment gauloises avec une terminaison latine; les autres, des noms purement romains , et quelquesuns même des noms teutoniques qui attestent les
AVANT-PROPOS
invasions fréquentes des peuples du Nord dans notre patrie.
Mais un travail lent et consciencieux, tel que de^* vrait être celui cpie nous indiquons , ne peut être entrepris que sur les lieux mêmes , par des hommes pratiques qui seraient en mesure d'aller de commune en commune interroger les traditions locales, étudier les noms patois dans les rapports qu'ils ont conservés avec les noms primitifs du Cartulaire, explorer les moindres hameaux et jusques aux lieux inhabités où souvent une simple croix marque l'emplacement d'une église dont il ne reste plus pierre sur pierre , ainsi qu'on le voit à Anse où une croix élevée de nos jours est tout ce qui rappelle l'antique église de St-Romain, dans laquelle trois conciles furent célébrés en 994, 1026 et 1299. Avant tout, il faudrait apporter dans ces recherches minutieuses, avec l'amour de la science, l'amour de la terre natale et des lieux où on a vécu;- car, de tous les mobiles du cœur humain , c'est celui pour lequel il y a le moins d'obstacles insurmoa-tables.
A la suite du Cartulaire , on trouve une notice sur ce document, adressée par François de Camps, abbé de Signy (1), à M. de Bossuet, abbé de Savigny,
(1) Pour François de Camps, voyez le P. Leiong , BibL hisi., tome III, page il , Mémoires historiques sur plusieurs historiens de France,
AVANT- PROPOS. xxvj
Le trente-quatrième volume des manuscrits de Guîchenon était une chronique de Savoie,- qu'il cite plusieurs fois dans son histoire de cette Maison.
Ce volume n'a jamais paru dans la bibliothèque de la Faculté de médecine de MontpeHier; c'est ce que constate une note qu'on trouvera dans l'inventaire des matières du trente-quatrième volume. EUe est d'une écriture du commencement de ce siècle, et en ces termes laconiques : « Réservée pour la bibliothèque de.... » M. le docteur Kiihnholtz a eu la bonne pensée de remplir la lacune laissée dans les manuscrits par la disparition de la chronique de Savoie, en composant un trente-quatrième volume de diverses pièces détachées qu'il a réunies ensemble et c[ui venaient, conmie le reste , du cabinet de M. de la Valette. Il est à remarquer toutefois que dans ce recueil il y a quelques pièces qui n'ont pu faire partie des manuscrits laissés par Guichenon , leur date étant postérieure à sa mort.
La pensée d'être utile aux personnes qui travaillent à l'histoire de Lyon et des provinces qui en dépendaient autrefois, nous a engagé à publier la table des matières du Lngdunum sacroprophornnm et l'inventaire du recueil de Guichenon. Nous avons copié fidèlement, c'est là notre seul mérite. Si ceux de nos concitoyens c[ui s'occupent de l'histoire de notre province trouvaient dans cette modeste publication quelque secours pour leurs travaux historiques, notre but serait atteint, car
AVANT-PROPOS
nous aurions rendu &ciles à de plus capables que nous, des recherches qui peuvent éclaircir plus d'une page obscure de nos annales. Nous avons été encouragé aussi dans cette pensée, disons-le, par l'opinion que M. le chevalier. Gaz^era , de l'Âcadénûe royale de Turin, émettait il. y a quelques années sur l'avantage cpi'il y aurait à publier le catalogue de tous les manuscrits existants dans les bibliothèques publiques. Ce savant exprimait ce vœu à propos du recueil de Guichenon, de l'inventaire duquel il se félicitait d'avoir obtenu ui^^ copie. Nous sommes heureux de réaliser sa pensée, au moins en partie: son opinion, d'un si grand poids dans l'Europe lettrée, nous fait espérer que notre travail ne sera pas sans utilité.
A la suite de ces tables, nous dpnnons la notice historique du Cartulaire de Savigny, par l'abbé de Signy. La copie de laquelle nous l'avons extraite étant très défectueuse, nous avons été forcé d'y faire quelques corrections qui ne touchent qu'à la forme, sans atteindre le fonds et sans dénat^re,ç en rien, la pengée de hauteur. Cette notice, quoique bien incomplète, n'est pas cependan.t sans intérêt; nous y avons ajouté quelques notes qui nous ont paru nécessaires. Nous y joignons aussi plusieurs pièces sur Lyon que nous n'avons trouvées ni.parmi les Preuves de l'histoire consulaire de Lyon dij. P. Menestrier, ni dans Severt, ni dans La Mure, ni dans le Gallia christiana.
AVANT-PROPOS» xxvij
Nous ne pouvons nous dispenser, en acheyant cet aperçu , de dire quelques mots de V Histoire du Pays et Souveraineté de Dombes , dont les copies cependant ne sont pas rares. La Faculté de médecine en possède deux : Tune, in-4*', cotée H. 376, a appartenu au président Bouhier, qui a écrit au verso du titre les lignes suivantes :
<( Cette Histoire a été copiée en 1742 par un de mes « amis sur l'original manuscrit qui est entre les mains « d'un des héritiers de feu Samuel Guichenon, qui favoit « composée pom' Mademoiselle de Montpensîer , prince cesse de Dombes , laquelle ne voulut pas qu'on l'imr a primât. »
L'autre copie, cotée H. 52, est in-folio, d'une écriture très nette, mais faite par un copiste à gages, et par conséquent incorrecte (i). EUe a, de plus que rin-4® , un avertissement dans lequel Guichenon explique que <( la princesse de Dombes n'ayant pas voulu , par raison d'état , que son histoire fut imprimée, et lui, n'ayant pas consenti aux suppressions qu'elle exigeoit , il a remis la minute avec tous les papiers et mémoires à la princesse, ne s'en réservant qu'une copie de diverses mains, pour servir de mémoire aux siens tant seulement. »
(I) Elle a appartenu aussi au président Bouhier. On lit en tôte : Codex Ms. hiblioihecae Buherianaè» B. 241 i année mdcclv.
AVANT-PROPOS
Cette note est datée de Bourg, lé 25 mars 1663 , dix-huit mois avant la mort de Guichenon, c[ui finit ainsi sa carrière littéraire par un dégoût et une contrariété auxquels le succès de ses premiers ouvrages ne l'avait pas préparé.
« Ce qui avait blessé la princesse, ajoute-t-il, c'est que la principauté de Dombes ne relevoit pas immédiatement de l'Empire et de la Couronne de France, mais bien de celle de Savoie, outre qu'il y a des terres mouvantes dé l'abbaye de Clugny , de l'église de Lyon et des comtes de Forez , dont la princesse ne vouloit pas avouer la mouvance. »
A voir l'insistance que Guichenon met à détailler les raisons d'état et de vanité blessée qui firent que Mademoiselle ne voulutpasque l'Histoire de Dombes vît le jour, on serait tenté d'attribuer un autre motif au refus de cette princesse. On a prétendu, en effet, que cette Histoire était mal écrite et qu'elle ne valait pas la peine d'être imprimée. Cependant, s'il faut en croire Papillon (Bibliothèque des auteurs de Bourgogne) , M. de la Mare en pensait bien autrement. Voici en quels termes ce savant s'en explique dans ses Mémoires manuscrits : « Guichenon fat invité « par Mademoiselle d'Orléans d'écrire l'histoire de « la principauté de Dombes. Il le fit avec exacti- « tude; et ayant fait mettre son ouvrage au net, il c< le présenta à cette princesse, qui, l'ayant lu, et « ayant reconnu qu'elle , ( sa principauté ) , n'é- « toit presque composée que de diverses usurpa-.
AVANT-PROPOS. xxviîj
« lions faites sur la France, l'Eglise de Lyon, Tab- « baye de Cluni et TIsle-Barbe, etc., eUe quitta le « dessein de la faire imprimer; et, après avoir fait « donner mille écus à Guichenon, elle mit ce livre « dans son cabinet, où il est encore. Mais Torigi- « nal de cette Histoire (1) est entre les mains des « héritiers de Fauteur, qui m'a dit ce que dessus. » Papillon ajoute : « Je viens d'apprendre que M. le président Bouhier en a recouvré depuis peu une copie. »
L'exemplaire in-folio de Montpellier contient dé plus une assez longue note au sujet de la copie que Guichenon avait conservée « pour servir de mé- «i moire aux siens tant seulement. » C'est une espèce de consultation moitié de casuiste , moitié de jurisconsulte. EUe nous apprend que les héritiers de Guichenon avaient reçu de la princesse de Dombes 3,000 livres pour qu'il ne restât aucun vestige de cette malencontreuse Histoire. L'avocat consultant engage son cousin, l'héritier de l'historiographe, « à se faire honneur de cette copie auprès de Mademoiselle, s'il a quelque chose à lui demander, ne doutant pas qu'on ne lui accorde quelque grâce en échange. » Il paraît aussi que, d'après l'arrangement conclu entre un sieur Penet, agent de la princesse,
(1) M. de la Mare se trompe sur ce point : on a vu par la note de Guichenon lui-mêoie qu'il ne conserva qu'une copie de diverses mains de son livre , et que l'original fut remis par lui à la duchesse de Montpensier.
AVANT'PROPOS
et les kéritiers de Guichenon , ceux«<^i étaieat teaus de restituer les 3,000 liyres payées par elle , daos le cas où il serait prouvé qu'ils avaient encore entre leurs mains quelque chose de l'Histoire de Ctood^es: d'où il résulte évidemment que Mademoiselle n'avait réprouvé cette histoire que parce qu'elle blessait son orgueil princier en la £aiisant descendre , en vertu de titres authentiques , des hauteurs de la souveraineté absolue à laquelle elle prétendait, pour la soumettre à la mouvance de l'EgUse de Lyon, des abbayes de Cluny et de l'Ile-Barbe, et à celle des comles de Fciwez , ce qu'elle regardait connue injurieux pour une petitefille de Henri IV. Ce fait, ainsi étabU, honore la naé^ moire de Guichenon. En refiisant de supprimer ce que, dans sa conscience, il croyait être la vérité, il fit un acte de probité d^autant plus louable, que , en même temps qu'il sacrifiait son intérêt pécuniaire auquel on lui a reproché si souvent de se montra trop attaché , sa gloire d'écrivain était compromise aux yeux de ceux qui, ne connaissant pas les véri-* tables motifs du mécontentement de la duchesse de Montpensier, pouvaient croire qu'elle ne lui refusait les honneurs de l'impression que parce qu'elle ne l'en jugeait pas digne. Cette jM-euve de loyauté Â rencontre d'une princesse puissante suffît pour justifier Guichenon de l'accusation de cupidité portée contre lui, vraisemblablement par des personnes auxquelles il n'avait pas cru devoir donner place dans le Nobiliaire de sa province, ou dont la vanité
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se plaignait de n'avoir pas^ été assez bien traitée. Un écrivain capable de falsifier des titres et de fabriquer des généalogies pour de l'argent n'y aurait pas regardé de si près, pour complaire à une fiUe de France qui aurait largement rémunéré sa condescendance. Ajoutons que si Guichenon a été accusé de cupidité et d'infidélité, c'est qu'il avait soulevé contre lui bien des haines et des rancunes en abjurant la doctrine de Calvin, dans laquelle il avait été élevé par son père. Il n'en fallait pas davantage pour lui attirer des ennemis irréconciliables qui croyaient servir utilement leur cause en déversant l'outrage et la calomnie sur un honune qui, en revenant à la foi catholique, n'avait obéi qu'à dés convictions sincères et à la voix de sa conscience. Un de ceux qui se montrèrent les plus violents fut Jean Léger, pasteur et modérateur des Eglises des Vallées, — c'est ainsi qu'il s'intitule dans son Histoire générale des Eglises évangéliques des vallées de Piémont on Vaudoises; Leyde, 1669, infolio. — Dans sa préface au lecteur, après avoir incriminé Guichenon d'avoir falsifié contre science et conscience tout ce qui regarde les droits , l'innocence et la conduite des Vaudois , et de n'avoir pas eu honte d'y employer sa plume mercenaire , il ajoute pour dernier trait qu'il ne trouve pas cela étrange à un renégat qui a apostasie de la vérité pour se vendre aux intérêts du mensonge. ,Tel est l'emportement de l'esprit de parti , telle est encore
AVANT-PROPOS
la faiblesse et la légèreté de l'esprit humain qui accepte et donne cours inconsidérément à des opinions souvent fausses et perverses, sans s'inquiéter d'examiner de quelle source elles procèdent (1).
Nous donnons ici la table des matières de YHis ioire du Pays et Souveraineté de Bombes:
Livre l®"*. — Contenant la description générale et les singularités du pays , quels peuples l'ont autrefois habité , et quels ont été ses seigneurs jusqu'à ce qu'il fut soumis à l'empire.
(1) Guichenon a été attaqué avec non moins de passion par les modernes que par ses contemporains : le comte Ferdinand dal Pozzo , maître des requêtes et premier président de la cour impériale , à Gênes , dans son Essai sur les anciennes assemblées nationales du Piémont et de la Sa^^oie , etc.^ Paris , 1829 , in-8*», traite avec le plus profond mépris rhistorien de Bresse et Bugey et de Savoie , lequel. n'est à ses yeux qu'un plat courtisan , un écrivain mercenaire , diffus et ennuyeux à lire; appuyant en cela son jugement sur l'assertion de Denîna , qui ( Préface de son Histoire de r Italie occidentale ) assure avoir ouï dire au cardinal Gerdil : <f Qu'il ne croyait pas qu'il y eût personne au monde d'assez aguerri contre l'ennui , pour le lire d'un bout à l'autre. » M. dal Pozzo, pour faire suspecter la bonne foi de Guichenon, cite encore Emmanuel Tesauro qui, dans l'Introduction à V Origine des guerres civiles du Piémont , prétend qu'un jour Guichenon , ayant été blâmé d'avoir avancé des faits contraires à la vérité, aurait répondu impudemment qu'il se souciait fort peu de la vérité , pourvu qu'il continuât à
AVANT-PROPOS. XXX
Livre 2*". — Contenant la description topographique de celte Souveraineté. — Les lieux y sont décrits pai* ordre alphabétique , de Ambérieux à Villon.
toucher la pension que la maison de Savoie lui faisait. Et afin de ne rien omettre de ce qui pouvait diffamer Guichenon , M. dal Pozzo s*appuie encore sur le témoignage de Bayle *, sur celui de Jean Léger , et sur une allégation de Fauteur de VA lias historique , généalogique , etc. , lequel commente avec complaisance une note écrite, dit-il, de la main du généalogiste d'Hozier sur Texemplaire de V Histoire généalogique de la maison de Savoie qui lui avait été donné par l'auteur en 1661. D'après cette note , reproduite en entier par M. dal Pozzo , sur la foi de M. de Lascases qui ne nous dit pas en quelles mains se trouve l'exemplaire où il l'a vue , Guichenon n'aurait rien cru des prétentions de la maison de Savoie à tirer son origine de celle de Saxe; il croyait au contraire qu'elle venait de Bozon, roi de Provence; et si, malgré ses convictions, il a adopté dans son Histoire la tradition qui la fait descendre de la maison de Saxe , tradition dont M. du Bouchet lui avait démontré la fausseté , c'est qu'il ne voulait pas déplaire à la maison de Savoie , qui tenait à ce que son origine saxonne fût considérée comme la seule vraie et admissible , par la raison , ajoute d'Hozier , encore d*après M. de Lascases , que , se flattant toujours de l'espoir d'arriver à l'Empire , les ducs de Savoie croyaient ne pouvoir y parvenir qu'autant que leur origine germanique serait bien établie.
L'opinion de d'Hozier sur ce point fût-elle celle qu'on lui prête , et quelle que fût d'ailleurs l'intimité de ses relations avec Guichenon, nous ne savons jusqu'à quel point elle peut avoir l'autorité d'un jugement en dernier ressort :
AVANT-PROPOS-
Livre 3^. — Contenant les commencements , les progrès et l'établissement de cette Souveraineté sous les sires de Beaugé , de Beaujeu , de Thoire et de Villars , comtes et ducs de Savoye, ducs de Bourbon et de Montpensier.
une assertion sans preuves à Tappui ne saurait être d*âucun poids ^c'était , dans tous les cas , de la part de d'Uozier, mal reconnaître la confiance et l'amitié de Guichenony que de consigner une accusation aussi flétrissante , sur l'exemplaire même dont celui-ci lui avait fait hommage.
M. Léon Menabrea , De la marche 4^s études historiques en Savoie et en Piémont y a repoussé victorieusement les incul> pations d'Emmanuel Tesauro, du sceptique fiayle et du barbet Jean Léger , bien que revêtues de la sanction de M. le comte Ferdinand dal Pozzo , et , avec Hoffmann, il croit devoir n*en tenir aucun CQmpte. Quant à l'appréciation attribuée au cardinal Gerdil , M. Menabrea confesse ingénument qu'il n'y a, à la vérité , rien de très récréatif dans les écrits de Guichenon, mais qu'on n'a à les examiner que sous le rapport de leur utilité. Nous pensons comme lui , et de plus nous ne nous en rapportons pas plus au témoignage de Denina , historien philosophe et superficiel , qu'à celui de l'auteur sous le nom duquel a paru V Atlas historique.
Si quelques écrivains contemporains de Guichenon ont attaqué sa probité, nous en avons dit la raison. Les écrivains révolutionnaires de notre époque se sont inspirés à la même source. Ces flatteurs du peuple , dans leur ardeur de démolition , n'ont rien trouvé de mieux à faire que d'accuser, sans examen , de bassesse , de mauvaise foi et d'improbité les historiens qui ont écrit sous l'empire des idées monarchiques et du respect de la royauté. C'est ainsi qu'ont procédé Denina
AVANT-PROPOS. xxxj
livre 4®. — Gonteaant la généalogie des sires de Beau* jeu , seigneurs de Dombes.
et le comte dal Pozzo, qui, gênés dans le développement de leur système aventureux d'émancipation des masses populaires , ont mieux aimé traiter Guîchenon de faussaire que de subir les faits historiques qu'il avait établis.
Pour donner une idée de la nature des relations de Guichenon avec les princes de Tillustre maison de Savoie et avec les grands personnages de leur cour , nous publions ci-après deux lettres inédites que M. J. Baux, archiviste du département de TAin, a bien voulu nous communiquer et dont les autographes sont en sa possession : Tune est adressée à Thistoriographe par la duchesse Christine , fille de Henri IV, régente de Savoie ; l'autre est écrite par Guichenon au marquis de Lullins : elle renferme quelques détails curieux sur la publication de V Histoire généalogique de la maison deSavoieimpTimée à Lyon en 1660. Cette lettre nous semble écrite d'un ton et dans des termes qui sont loin de déceler un plat courtisan. La lettre de la régente montre aussi dans quelle estime cette princesse avait Guichenon : elle n'aurait pas écrit ainsi à un écrivain qu'elle aurait payé pour mentir. Les princes peuvent avoir des flatteurs à gages ^ mais, s'ils les payent, ils les méprisent ; les peuples devraient en faire autant pour les. leurs,, ils les payent assez chèrement pour en avoir le droit.
Lettre de la régente Christine à Guichenon.
Monsieur le chevalier Guichenon , j'ay receu vostre lettre du 8 de ce mois, et ag;rée singulièrement les témoignages que vous m'y donnez de vostre affection, sur l'advis que vous avez eu du restablissement de ma santé et de la restitution de la citadelle de Turin. J'advoue que. comme l'affaire de la dicte citadelle regarde particulièrement ma perspnne et justifie la
AVANT-PROPOS
livre 5*. — Contenant l'institution du parlement , liste de ses principaux officiers , les gouverneurs et baillis de Dombes , création du bailliage et de la monnoie de Trévoux et autres officiers du bailliage de Dombes f et les privilèges du pays.
conduicte de ma régence, j'en ay aussy ressenty une plus particulière satisfaction, et faict que je vous scay d'autant plus de gré de la part que vous prenez de ce glorieux événement qui ne sera pas oublié dans yostre Histoire arec les cii'constances qui en relèvent le mérite, Le privilège que vous demandez pour la faire imprimer e^t obtenu ; j*ay donné ordre qu'on vous renvoyé. Ma santé a toujours été fort incertaine : j'ay tousiours eu un peu de fièvre jusques a maintenant que je m'en trouve deslivrée depuis deux jours seulement. J'espère que la belle saison où nous entrons contribuera a me remettre en parfaicte santé , et que j'auray lieu de vous tesmoigner l'estime que je fais de vostre mérite et combien je
suis,
Monsieur le chevalier Gnichenon , Vostre bien bonne amie ,
GHRBSTIBiriVB.
De Turin , 25 mars 1657.
A M. le chevalier Guichenon.
Lettre de Guichenon au marquis de Lullins,
Monseigneur , Quoyque les privilèges des Muses cessent pendant la guerre, je me persuade pourtant qu'il y a une exception pour les savoysiennes et qu'il me sera toujours permis d'entretenir Y. E. du succès de mon entreprise , dans les plus grands tracas de ses emplois. A la fin il est tombé quelque manne du haut des
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Livre 6^. — Contenant les généalogies des familles nobles. — Commençant anx d'Ars, seigneurs dudit lieu et de Tanây en Dombes et de Sainte-Croix , finissant aux Villeneufve de Joux sur Tarare et de la Bastie en Dombes.
Livre 7®. — Contenant Tarmorial de Dombes. Armoriai des armes et devises des familles nobles et plus
Alpes ; les graveurs ont entamé leur besogne , les caractères neufs vont estre bientost fondus , et le beau papier se voyture toutes les semaines, de sorte qu'au premier d'octobre pour le plus tard la presse roulera. Voila , Monseigneur , un langage bien éloigné de celuy que l'on tient tous les jours aV. E. a la quelle on ne parle que de régiments, que de canons , que de sièges, que de combats , que de morts et de blessés. Mais faut'-il attendre cette denrée de moy qui suis homme de cabinet , qui n'ay jamais veu la guerre que dans mes livres , et qui ne puis faire autre chose que d'escrire ce que les autres font ? Agréez donc , Monseigneur , s'il tous plait , ma liberté ou plustost cette saillie d'esprit qui m'a servi de prétexte a faire cette lettre a V. E. pour luy demander des nouvelles de sa santé et des progrès de nostre armée , en tous asseurant que je cesseray d'estre quand je cesseray de publier que je suis ,
Monseigneur 9
de V. E.
Le tres-humble, tres^beissant et tres-obligé serviteur, Le chevalier Guichenoit.
A Bourg en Bresse, ce 22 d'Aoust 1657.
A M. le marquis de LuUins , gouverneur d'Ast.
AVANT-PROPOS
coii5id£Eable& dont il e&k parlé dan« cette' Histoire. — Cet. armoriai commence aux Albizi de FloEence , et finit aux Ursîns TraineL
Afin que rien ne manque- à la* notice des manuscrits de Guichenon, nous ajouterons à la suite de l'inventaire du recueil de la bibliothèque de la Faculté de Montpellier la table des pièces contenues dans deux volumes manuscrits in^** qui faisaient autrefois partie de cette collection, et qui furent laissés, par Guichenon à la> ville de Bourg, dont iU soni encore la pro^iété. Nous devons la coimi»a^ nication de la table des matières de ces deux volumes à l'obligeance de M. J. Baux , qui s'est fait une place si distinguée , comme écrivain et comme savant, par son Histoire de Notre-Dame de Brou. On aura ainsi sousile» yeux le répertoire complet de tout ce qui nous reste des manuscrits de Guichenon. Ces deux volumes ne sont pas tomes, tous les deux portent le même titre et la même suscription :
Recueil de diverses j^eces cuneuses servant a rtiistoire*
Ex bibliotheca Samuelis Guichenon , in preridtsde Se^
busianorum curia cansarum patroni , consiliarii regii ,
Franciae et Sabandiae hîstoriographi , equitis et comitis
palatin!.. 1646. GciCHBNOcr, J; Y. D. '
Nous terminerons cette, revue des manuscrits de la Faculté de Montpellier par quelques mots sur une
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chronique qui avait fait partie du cabinet du président Bouhier : c'est la Chronique de Savoie. Le président Bouhier a écrit de sa main au verso du titre :
a Guîchenon, en la préface de son Histoire de Savoye, (( parle de cette Chronique dont Fauteur est incertain ; a mais les manuscrits qu'il en a vus ne contenoient pas a la vie d'Ame Vï , ou Vil selon lui , le premier duc de « Savoye, qui commença à régner en 1361 , et dont on (c trouve la vie à la fin du présent volume , mais il n'y en c( a que le premier feuillet. »
Ce manuscrit in-folio, sur papier très fort, a !27i feuillets. Il finit brusquement aux premières lignes du chapitre 223 : Cronique de Ame septième conte ^ etc, U n'y a de ce chapitre que treize hgnes, dont les deux dernières se trouvent au verso du feuillet 271 et n'ont pas été continuées. Ce manuscrit, dont nous reproduisons les premières lignes autographiées, parait être de la fin du qpiinzième siècle. La première lettre de chaque chapitre est toujours laissée en blanc, pour être historiée et enluminée au pinceau. La marque du papier est un taureau. Voici le titre du manuscrit :
CRONICQUES ANCIENNES DE âAVOYE