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La Cène, au Vatican

Cette tapisserie a une importance capitale, en raison du sujet, de la fabrication et du souvenir historique qui s'y rattache.

Elle représente La Cène, d'après la célèbre fresque

peinte par Léonard de Vinci, dans le réfectoire d'un couvent de Milan. La copie est à peu près du même temps que l'original, mais elle a sur lui l'immense avantage d'être infiniment mieux conservée, la fresque se trouvant actuellement dans un déplorable état.

Sa date est déterminée d'une manière certaine par les armes et la salamandre de François Ier, qui en ornent les bordures. Elle a donc été exécutée sous ce monarque et à l'usage de la cour.

Comme elle servit longtemps pour la cérémonie du lavement des pieds, le Jeudi-Saint, elle a non-seulement perdu en partie la vivacité de son coloris, mais surtout elle est déchirée en maint endroit.

Mézerai, dans son Histoire de France, fait évidemment allusion à ce noble produit d'un atelier français, quand il écrit: « Le roi (François Ier) fit présent au Pape (Clément YII, lorsqu'il vint à Marseille, en 1532), d'une tapisserie de haute-lice, où se voit la représentation de la Cène de Jésus-Christ ». (1)

Je suis le premier à avoir révélé cette tapisserie précieuse à l'admiration des connaisseurs. Je la fis examiner attentivement, en 1870, par l'ancien directeur des Gobelins, et, après une séance qui fut assez longue, j'écri-

(1) En 1531, Pieter de Pannemacker exécuta pour Charles-Quint un sujet analogue. La Recette générale des Finances en parle en ces termes : « A Pieter de Pannemacker, pour une riche pièce de tapisserie d'or, d'argent et de soye, contenant xxvm aul , où est la Cène que N. S. feist à ses appostres le blanc-jeudi, qu'il avoit vendu à l'empereur à xxxviij 1. de xl gros l'aulne, m xxvi 1. » (Houdoy, Le» tapisseries de haute-lisse, pag. 90, 145).

vais, d'après les impressions de M. Badin, la note suivante clans la Correspondance de Rome :

« La troisième tapisserie que l'on admire au Vatican, clans l'appartement de la comtesse Mathilde, est la Cène de Léonard de Vinci, envoyée par François Ier à Clément VII et exécutée probablement à Fontainebleau, sous les yeux mêmes du célèbre peintre milanais. Singularité remarquable, cette composition qui suffirait à remplacer l'original, dégradé et trois fois retouché par des artistes malhabiles, tout en gardant le faire de la tapisserie, rend avec une énergie et une fidélité extrêmes les figures du Christ et des Apôtres. Le fond seul est changé très-heureusement, du consentement de Léonard, qui a substitué à la froideur des murs du Cénacle une riche architecture dont les arcades s'ouvrent sur une délicieuse campagne. Au dire de M. Badin, c'est une des plus belles tapisseries qu'il connaisse et elle mérite d'être restaurée, rentoilée et exposée dans la galerie des tableaux au Vatican. Que si on n'y prend garde, elle se détériorera davantage. Au reste, Rome possède assez de tapisseries de haute-lisse et de très grand prix pour oser ce qu'aucune ville ne pourrait faire, même Florence (nous ne parlons pas de Paris, puisque la Révolution a brûlé tous les Gobelins et même les cartons), pour oser, disons-nous, fonder un musée spécial de tapisseries. Il y a d'ailleurs de la place au Vatican. On comprend bien que les œuvres de l'hospice apostolique de S. Michel feraient bonne figure dans ce musée ».

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