La Virginité, au Vatican
Les sujets symboliques ne sont pas toujours suffisamment clairs par eux-mêmes; de là, l'emploi des inscriptions qui en élucident le sens caché.
La tapisserie, offerte à Pie IX par le chapitre de Sainte Marie-Majeure, qui l'a découverte dans ses archives en 1869, se pose comme une des œuvres les plus remarquables de la haute Renaissance, tant au point de vue de la composition que du dessin.
La bordure est parsemée de raisins, le fruit eucharistique, et de roses, la fleur de la Passion, à cause de sa couleur de pourpre.
(1) En 1486, on trouve, dans un inventaire d'Innocent VIIT, la mention d'un petit retable tissô : « Item unus parvus (pannus) ex auro, serico et lana, ad usuin altaris, cum historia adorationis magorum. » (Muntz, La tapisserie à Rome au XVQ siècle, p. 6.)
Le sujet général est indiqué par un texte emprunté au livre des Proverbes. C'est Jésus-Christ lui-même qui, assis sur les genoux de sa mère, presse un raisin dans un calice que tient une jeune fille agenouillée à ses pieds. Là, pendant que les anges font entendre une musique céleste, le divin enfant dit ces graves paroles : « Buvez le vin que j'ai pressuré pour vous, c'est lui qui fait germer les vierges », Bibite vinum quod miscul vobis. (1)
Comme si ce témoignage ne suffisait pas encore, un prophète raconte à l'avance, de la jeune martyre, qu'elle a présenté sa main pour la libation et qu'elle s'est abreuvée du sang du raisin. Puis Isaïe ajoute que^ce breuvage est amer pour celui qui le boit, car ce sanginvite au martyre, tout en donnant des forces pour le supporter.
Porrexit manum suam in Ubaciône et Ubavit de sanguine uve (2).
Amara eritpotio bibentibus illam (3).
Tout me porte à croire que ce tableau fut aussi, dans le principe, un retable d'autel. (4)