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La Crucifixion, à la basilique de Saint-Pierre

Ce tableau, ainsi que le suivant, se fait remarquer par une finesse et une grâce charmantes: la haute Renaissance, c'est-à-dire la seconde moitié du xve siècle, y a laissé la plus suave empreinte.

Je ne sais pourquoi on ne le fait pas voir aux étrangers qui visitent le trésor de la basilique. Pour la première fois, il a fait son apparition à l'exposition religieuse de 1870, où il a produit sur tous les amateurs une sensation profonde : on eût dit que c'était pour le public comme la révélation d'un art inconnu. En effet, le dessin s'y unit à la couleur pour produire une œuvre aussi parfaite que possible. Quant au sentiment chrétien, il semble monté là à son apogée.

La tapisserie est tissée or et soie. Une bordure de fleurs l'encadre.

Les Evangélistes, placés aux quatre coins, assistent, comme témoins et narrateurs, à la crucifixion, qui est figurée à la partie supérieure.

Au-dessous, à l'étage inférieur, la scène de l'Annonciation, qui ouvre la vie du Christ comme sa mort la termine, est accompagnée de plusieurs saints, reconnaissablcs

à leurs attributs : saint Jean-Baptiste montre l'Agneau de Dieu, saint Jérôme est habillé en cardinal, saint Augustin tient son cœur à la main, sainte Catherine d'Alexandrie s'appuie sur la roue de son supplice et sainte Marthe demeure victorieuse du dragon infernal.

Cette tapisserie est de petite dimension. Elle a juste la largeur d'un autel (à cette époque ils étaient peu développés) et ne s'étend pas en hauteur : sa forme est celle d'un rectangle. J'en conclus qu'elle a dû servir de retable. Cet appendice mobile, figuré dans les miniatures audessus de la table du sacrifice, n'était pas toujours en métal, en pierre ou en bois. Par la tradition de la chapelle Sixtine, nous sommes autorisés à admettre des retables en tapisserie (1).

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