ART DE L'ARMURIER
Les armures et les armes anciennes sont aujourd'hui fort rares en Forez. On y rencontrait encore, il y a 2.") ou 30 ans, (juelques arbalètes à tour ou à cric, plus rarement à cranequin, des arquebuses, des mous((ucts du xvi'^ siècle, et un assez grand nombre d'armes d'hast et d'épées. — La plupart ont disparu. Quelques-unes, et des plus belles heureusement, ont été recueillies par d'intelligents collectionneurs en tête desquels se place M. Louis Nicolas.
Aussi bien le comité n'eût pas et ne pouvait avoir la prétention de composer un musée complet pouvant donner Vllisloire de rarmiircvic. Par un choix de quelques pièces remarquables, il a voulu présenter le tableau d'une industrie d'art trop peu connue, do l'Art de l'anmirier, qui depuis le milieu du xiv® siècle, époque de l'adoption de l'armure de fer plat, et surtout durant la Renaissance, a produit d'innombrables ouvrages de luxe demandant le concours du sculpteur, du ciseleur, du damasquineur, du graveur, de l'orfèvre, de l'émailleur et de l'artiste fournissant les dessins.
Une place d'honneur avait été donnée au bouclier en fer repoussé, ciselé et doré du maréchal de Saint-André, gracieusement prêté par un de ses descendants M. le marquis d'Albon. — Il est de forme ovale, orné d'un grand cartouche central rectangulaire, représentant une lutte de cavaliers, et de quairo autres petits bas-reliefs, celui du haut accosté de deux écussons aux armes des
d'Albon avec le collier de l'ordi'e de Saint-Michel. — Cette belle pièce, qui rappelle le bouclier du Louvre décrit par M. Barbet de Jouy, sera, croyons-nous, publiée par son heureux possesseur.
Epieu, Hallebarde, Pertuisanes (pl. 30). — Sur une même planche a été donnée la fleur des belles armes d'hast de la collection L. Nicolas. — Au centre, une hallebarde de cérémonie de la baronnie de Rochetaillée dont la lance est séparée de la douille par un entrelacement de rinceaux forgés et ciselés encadrant deux R adossés. Elle est accostée de deux pertuisanes, aux ailerons repercés à jour dessinant, ceux-ci, les armes de France et Salomon, famille éteinte, ceux-là, les dauphins du Forez. Quant à la troisième pertuisane, la longueur de sa lance semble en faire un véritable outil de guerre, et le style de son ornementation la daterait de la Renaissance.
Est-ce bien un épieu pour la chasse à l'ours ou au sanglier qui figure à gauche sur notre planche? Cette attribution, fournie par M. Nicolas, semblait incertaine en présence des textes* qui s'accordent tous pour donner à l'espieu un fer de javeline, élargi en feuille de sauge et renforcé par des arêtes médianes. — Ici, le fer au lieu d'être renforcé est évidé dans toute sa longueur. Ce ne serait donc en tous cas qu'un outil de parade? Mais un de nos très compétents collègues M. Guilhaume est plus affirmatif. Pour lui, cette pièce est indubitablement un porte-mèche, arme d'hast des canonniers du xvi^ siècle. Après avoir constaté l'impossibilité de résistance suffisante de la lame par suite d'absence d'arêtes, « le porte-mèche, écrit-il, avait généralement le fer en « forme de pique d'esponton et possédait toujours deux branches recourbées ou serpentins qui « recevaient la mèche dont le reste s'enroulait autour de la hampe. L'extrémité de ces branches « affectait ordinairement la forme d'un bec d'oiseau ou la tête d'un animal quelconque. L'arme « de M. Nicolas offrirait donc un type des plus purs, puisqu'elle se termine par des têtes de ser- « pents. » M. Guilhaume cite à l'appui de sa thèse un riche porte-mèche italien du musée d'artillerie et le serpentin n° 13 du recueil de M. Perrot (Paris, Correard, 1864), lequel ofTre une analogie frappante avec l'arme de M. Nicolas.
Notre exposition d'armes artistiques se complétait d'une panoplie de six épées avec pommeaux, gardes, branches et quillons en fer, des xvi*^ etxvii^ siècle; d'une hallebarde datée de 1704 aux armes de Foy de Sathonay et de Richard de Beaucourt ; d'un mousquet à rouet et riches incrustations d'ivoire, du temps de Henry III; d'un poitrinal à rouet, pareillement incrusté d'ivoire, aux armes des Saint-Priest-Sainte-Colombe ; et d'un autre mousquet à rouet orné d'arabesques avec l'écusson des Capponi. Ces belles armes provenaient encore de la collection Nicolas.
Une seule armure de plates, à pièces de recouvrement, à gantelets et solerets lamés ; et comme spécimen de coiffure de guerre, une bourguignotte avec garde-nuque à M. Gérard.
La galerie d'armes de M. le comte de Charpin nous avait prêté un espadon, longue épée à deux mains des gens de pied, plusieurs dagues ou poignards en fer ciselé, gravé et repercé à jour et un couteau de chasse à lame damassée et poignée en ivoire sculpté.
L'armurerie d'art de Saint-Etienne était représentée par cinq poignées d'épée et une plaque découche de fusil, chefs-d'œuvre des maîtres graveurs Rambert Dumarest, Roulle, Pierre Merlay et Marcellin Beraud, député à la Convention.