‹ Inventaire descriptif et raisonne des principaux objets d'artChapitre 21 sur 30 · TAPISSERIES · texte numérisé non relu

TAPISSERIES

Présenter l'histoire de cette magnifique industrie d'art par quelques-uns de ses monuments disposés chronologiquement, fut le but que se proposa le comité, comme pour la peinture sur verre. Il voulut en outi e fournir à nos compatriotes l'occasion de se familiariser avec ce noble art décoratif, dont les ouvrages, sont par leur prix, par leurs dimensions, retenus dans les musées, les gardes-meubles et les luxueuses demeures. Ne faut-il pas que les classes sociales, restées Jusqu'ici presque étrangères au goût des choses vraiment belles, commencent à s'y intéresser et à appi écier à leur juste valeur, le clinquant du faux luxe et l'éphémère frivolité des fac-similé et de l'article Paris ?

C'est au début du xiv" siècle, on le sait, que les anciens tapissiers sarrazinois et les nouveaux venus, les hauts-lissiers, se constituant en corporation, commencèrent à produire ces tentures historiées, ces « tapiz a ymages » auxquels Arras donna son nom et dont le xv^ siècle fut l'âge d'or,

Tapisserie du milieu du XV'" siècle (pl. '52). — Les monuments do cet âge sont extrêmement rares et, pour en montrer un, nous avons dû recourir à la riche collection Bulliot à Autun. Ce panneau pourrait s'intituler les Plaisants déduits de la vie de château au xv^ siècle. Au premier plan trois jeunes demoi-selles jouent du luth et cueillent des fleurettes, pour en tresser des couronnes. Robes à corsages justes sans ceintures, et longues manches pendantes. Coiffures de rubans à torsades de perles, d'où s'échappent les cheveux en deux touffes latérales. — Plus loin dans une forêt, deux seigneurs attaquent un sanglier à l'épée et à l'épieu. Un troisième est resté à cheval et sonne l'hallali. Chausses de deux couleurs, longues poulaines, surcots justes et très courts. Ce sont les costumes du temps de Charles VII. Absence de perspective et de bordures. — Trouvé en Bourgogne, et provenant peut-être de ces gardes-meubles des ducs qui regorgeaient de tentures ainsi qu'en témoigne l'inventaire de 1420 de Philippe Le Bon, ce panneau rappelle comme disposition, comme style, comme fabrication, la tenture de la Licorne de Boussac.

Tenture des Preux. Panneau de Gharlemagne (pl. 33). — Deux pièces de la suite des Preux, Charlomagae et David, fermaient le xV siècle. D'un aspect solennel et saisissant elles ont l'ail l'admiration générale. Des six panneaux de cette tenture, que possédait l'auteur de cet Inventaire, il n'a gardé que les deux plus intacts et surtout les plus remarquables comme ordonnance, connue dessin, comme style. Nous en avons donné la monographie dans le catalogue de l'Exposition, Ces tapisseries sont tissées de laine soie et or, et blasonnées des armes de Chabannes et de Blancliefort. La devise des La Tour d'Auvergne se répète sur la bordure. — Dans un travail spécial, nous nous proposons de donner les raisons qui autorisent à les dater de 1495 à 1497.

Les Lansquenets du château de Feug-eroUes (pl. 34). — Deux rudes compagnons à pourpoint et haut de chausses tailladés, avec la coiffe, le bonnet à la coquarde et les souliers pattes, sont armés de dagues et de lourds espadons. Ce sont des lansquenets de l'époque de Louis XII, qui se promènent au milieu de hautes tiges fleuries en dehors d'une ville dont on aperçoit les murailles crénelées. — Ce panneau d'un grossier tissu des Flandres est très curieux, très décoratif et fait partie d'une suite ornant une des chambres du château de Feugerolles.

Notre tableau synoptique n'a pu malheureusement se compléter d'une de ces fines tentures de Bruxelles du milieu de la Renaissance dont nous connaissions pourtant une suite de trois pièces en Forez. — Nous avons dû passer de Louis XII au xvii*' siècle représenté par deux tapisseries venant l'une du château d'Ailly, l'autre de celui d'Uriage.

La première est une vaste composition d'une belle ordonnance. Au premier plan de nombreux personnages s'occupent des préparatifs d'un départ. A gauche, un escalier monumental couvert de tapis s'élève jusqu'au portique d'un palais dans le goût de la Renaissance italienne, où se voient des convives prenant part à un luxueux festin. — Tissu laine et soie. Fabrique de Fontainebleau ?

La tapisserie d'Uriage presque tout soie, est une pièce de la tenture de l Enlèvement des Satines, de Ch. Lebrun. Les femmes Sabines s'interposent entre deux groupes de guerriers prêts à en venir aux mains. Sur la bordure, qui simule un cadre sculpté et doré, se lit la devise : Omnia vincit Amor. Fabrique des Gobelins.

Une Diseuse de bonne aventure, d'après le carton bien connu de Boucher, présente l'expression parfaite de l'art de la haute lisse au xviii® siècle. Le tissu soie et laine de la fabrique des Gobelins est d'une finesse extrême. Le coloris a beaucoup souffert. Provient du château du Bourg.

Le moyen âge et la Renaissance n'avaient qu'exceptionnellement affecté à l' ameublement les tissus de haute ou basse lisse. Avec le xviii® siècle l'exception devient la règle. A cette époque grâce aux perfectionnements apportés dans la teinture et les métiers en basse lisse, les tapissiers cessent d'être des décorateurs pour devenir de simples copistes de tableaux à l'huile. Et pendant que les Gobelins reproduisent en haute lisse les compositions de Boucher, de Coypel, de Watteau, les ateliers de Beauvais, sous la direction d'Oudry, dès 172C, couvrent les meubles de fleurs, d'animaux, de chasses, de sujets galants aux chairs roses et nacrées. C'est frivole ; c'est faux ; c'est de la folie, mais de la folie si élégante, si spirituelle, que la critique est désarmée.

Canapé et fauteuils du château de Gatellier (pl. 35 et 36). — Nous avions dans le salon d'honneur la triomphante expression de cette révolution décorative, grâce au canapé et aux deux fauteuils prêtés avec le plus patriotique empressement par le comte de Gatellier. Ces trois pièces ont fasciné la foule. Le tissu de Beauvais qui les recouvre figure, sur les dossiers, trois scènes connues de Boucher : les Amants surpris, la Pêche à la ligne et la Confidence amoureuse ; sur les sièges, un paysage et deux sujets de chasse d'après Oudry. Les peintures, d'un coloris absolument délicieux, sont encadrées par l'or des montures, signées Delannoye. Dans les gris opalins des paysages, dans les soies amaranthes des bergères et les rubans lilas des moutons ou des chiens, le siècle des élégances, le siècle charmeur revit tout entier. Et le charme n'est pas prêt de se rompre, comme en témoignent les prix fantastiques offerts à M. de Gatellier pour le décider à céder son ameublement qui est une des perles du Roannais.

Il serait injuste d'oublier le canapé en Aubusson, de la fin du xvin® siècle, qu'avait bien voulu prêter le baron de Jessé. Mais cette belle pièce avait un trop écrasant voisinage. A noter aussi deux fauteuils Louis XVI de M. Gouttenoire.

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