‹ Inventaire descriptif et raisonne des principaux objets d'artChapitre 8 sur 30 · ÉCOLE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ÉCOLE FRANÇAISE

Quant à l'école française, pour réduire à 63 toiles son apport de la fin du xvi« siècle à nos jours, le comité a dû, faute de place, se résigner à d'innombrables et très durs sacrifices. Il aurait pu notamment, grâce à quatre de nos collections foréziennes, composer un salon spécialement réservé à l'école lyonnaise, où auraient brillé par leurs chefs-d'œuvre les trois célèbres peintres de fleurs, Saint-Jean, Remillieux et Régnier.

Une place d'honneur a été donnée à deux magnifiques toiles de Nicolas Largillière qui appartiennent à M. le docteur Rieux et à M. Bertholus. Elles offrent sous ses deux principaux aspects le talent du célèbre portraitiste.

La Dame au perroquet par Larg-illière (pl. 19). — Quand il représente, dans l'épanouissement de sa beauté déjà mure et dans l'éclat de ses somptueux atours, cette grande dame de la cour du Roi-Soleil qui offre à son ara vert et bleu une rouge fleur de grenadier, Largillière nous apparaît comme un magique décorateur. Il ne s'attarde pas à l'expression; il ne cherche pas à concentrer la lumière sur le visage, sur les chairs nues et les belles mains de son modèle; il la jette avec autant de profusion que de maestria sur les soies à reflets, sur les velours, les dentelles, les joyaux, les marbres et les fleurs. C'est un éblouissement; c'est une fête de couleurs qui, jointe à une exécution véritablement superbe, séduit la foule et l'arrête.

Portrait de Jans de Lyens par Largillière (pl. 20). — L'autre toile, le portrait de Jans de Lyens, daté 1724, passionne de préférence les artistes et appelle 1 "étude ainsi que la réflexion. Là point d'entraînement de palette, point de détails éclatants de costume ou d'accessoires. Tout le tableau est dans une note calme et sombre; le visage seul l'illumine; il est vivant, il vous suit; il va parler. Ce beau portrait est le digne pendant de celui de la galerie Rothan, où le maître s'est représenté, comme ici, son élève, en costume d'atelier.

L'Ecole d'Athènes par Jouvenet (pl. 21.) — Au-dessous de ces deux pages, sur la cimaise, avait été placée, pour le repos de l'esprit et des yeux, une grande et claire esquisse de Jouvenet, sorte de dessin à la plume lavé de glacis à peine colorés. Le sujet est l'Ecole d'Athènes. Quarante personnages sont ingénieusemeni distribués sur l'escalier et dans la cour d'un palais dont les colonnades et les portiques composent une savante et grandiose décoration. Si l'ordonnance est heureuse, le dessin est généralement aussi correct qu'habile. Tout cela a grand air. Tout cela se meut sans effort et sans pose dans une atmosphère opaline, délicieuse de transparence et de limpidité.

Autour de ce contre lumineux se pressaient d'autres toiles excellentes que nous ne pouvons qu'énumérer. A côté d'une blonde fillette de M"" Ledoux, l'élève de Greuze, une chaude et crâne ébauche a toute la verve et le faire de Fragonard. C'est le portrait du graveur marseillais, J.

Gaultier d'Agoty, le peintre de Marie-Anioinette. Il s'est représenté en costume d'atelier. C'est à un membre de sa famille, M. Vincent, qu'appartient cette rarissime pièce.

Dans deux toiles de Rigaud, peintes en pleine pâte, se retrouvent les incomparables étoffes du maître et sa vigueur de coloris. Pour compléter enfin cette réunion de portraitistes, un Vanloo gris-rose, spirituel, mais un peu tué par les ors du cadre, et provenant du château de Vougy, faisait pendant au portrait très vivant de M'"^ Elisabeth Franklin, mère du comte de Waters, peint par L. Toqué, en 1745. Il nous avait été pi'êté par M. le vicomte de Meaux.

Rien à dire de deux portraits authentiquement signés par Jean-François Millet, l'auteur de V Angélus. Les connaisseurs ont raconté que le maître n'avait pas encore trouvé sa voie quand il peignait ces deux toiles !... Nous le citoyens sans peine.

Pour représenter l'école lyonnaise, avaient été choisies dans la galerie Poulot deux pages maîtresses : un grand tableau de fleurs et fruits posés sur un socle, chef-d'œuvre de Remillieux, daté de 1846, et la toile sur laquelle Michel Grobon s'est représenté en buste, habit gris et cravate blanche; exquise peinture qu'on attribuerait à Prudhon.

Quatre panneaux décoratifs d'Honoré Fragonard (pl. 22). — Cette réunion de nos maîtres français se complétait de quatre panneaux qui occupent aujourd'hui une place importante dans l'œuvre de Fragonard.

C'est à ce maître qu'un de ses admirateurs, le marquis de Saint-Vincent, grand seigneur des environs de Roanne, confiait, vers 1770, la décoration artistique du château de la Motte qu'il venait d'édifier. — Les sujets, assez bizarres pour ne rien dire de plus, symbolisent les fanatismes des quatre principales religions; ils lui avaient été fournis par son ami, M. de Voltaire, et c'est tout dire. Le scepticisme impie prenait ainsi la place de l'amour libertin, ce dieu du jour, thème monotone et perpétuel de toutes les fantaisies dont les palais et les boudoirs étaient alors inondés par l'ami de la Pompadour, par François Boucher, que Diderot excusait en disant : « Que voulez-vous qu'il jette sur sa toile? On ne naît pas sous la Régence et avec « Louis XV pour se faire capucin. »

Les scènes représentées sont contenues entre de sveltes colonnettes supportant des draperies ou de légères toitures, et le socle de ces petits édicules pompéiens repose sur les épaules d'un homme et d'une femme nus accroupis en atlantes. Aucune description ne peut rendre l'élégance, la hardiesse et l'esprit de toutes ces compositions et agencements fantaisistes qui flottent dans les ciels opalins du paradis de l'Islam ou dans la fumée bleuâtre du parfum des cassolettes. Mais ces colorations tendres, légèrement brossées sur fond blanc, perdaient au contact des tons chauds et sombres des tableaux voisins. Elles demanderont toujours les ors des boiseries, les mats des tentures, les lumières des miroirs et les reflets des pièces d'orfèvrerie. Provisoirement transportés à Florence il y a quelques années, dans la galerie du prince Rospigliosi, ces précieux panneaux sont aujourd'hui la propriété de M. J. Bajard, qui a bien voulu les prêter à notre Exposition. Nous lui en témoignons de nouveau notre profonde reconnaissance.

Six trumeaux attribués à F. Boucher (pl. 17). — Dans son hôtel de la ville, notre marquis régence donnait aussi carrière à ses goûts artistiques, comme en témoignent six trumeaux peints en grisaille et attribués à F. Boucher : ingénieuses allégories de la Peinture, de la SculpturCj de l' Architecture, de la Musique, de l'Eté et de l'Automne. C'est de la décoration agréablement conçue et d'un dessin à la fois juste et très habile. M. Lapoire a bien voulu nous permettre de les détacher des boiseries de son salon.

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